DARIUS EN SCYTHIE
pas eu un chameau chargé d'outrés remplies d'eau qui , dans ces marches exces<sives, le suivit partout et lui sauva la vie. Le roi eut tant de reconnaissance envers cet animal , qu'il ramena de cette désastreuse expédition , que lorsqu'il fut de re* tour en Perse, il lui fit construire, dans une des plus riches provinces de son empire , une écurie , à laquelle il donna le nom de aÂNOAMSLA , ce qui , dans la langue du^^^ ^ pays, voulait dire la maison du chameauf \ ^
Dans cette extrémité, les soldats de Darius lui amenèrent un Scythe qui s'était avancé vers eux, annonçdint qu'il avait tjuelque chose de très-important k communiquer au roi. Lorsque cet homme fut en présence du monarque , il lui présenta un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches , et voulut ensuite se retirer ; mais Darius lui ordonna d'expliquer à Tinstant même ce que signifiait ce message , et le barbare, sans témoigner aucune crainte, répondit aussitôt que les Scythes lui envoyaient ce présent, pour lui faire
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connaître que si les Perses ne s'envolaient pas en Tair comme cet oiseau /ou s'ils ne se cachaient pas sous terre comme . cette souris , ou enfin s'ils ne se plongeaient pas dans Teau comme cette grenouille, aucune puissance humaine jae pourrait les sous* traire aux flèches des Scythes..
Darius, ayant écouté patiemment cette explication , ordonna qu'on rendit la liberté à cet homme , sans lui faire 4e moin* dre mal; et il comprit enfin qu'il serait plus sage à lui de ramener sans plus tarder les débris de son armée dans son royaume, que d'attendre l'effet des menaces des barbares. Il retourna aussitôt vers lister, dont il revit les bords avec une vive satisfaction , quoiqu'un petit nombre seule-* ment de ses soldats eussent survécu à cette déplorable entreprise.
Pendant cette désastreuse campagne , Darius, sans le savoir, avait couru un grand danger dont il n'eut connaissance que pins tard. Miltiade l'Athénien, l'un des chefs grecs qu'il avait laissés sur l'Ister, avait
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proposé à Histiée, son compagnon , de détruire le pont dont la garde leur était confiée, afin que l'armée perse tout entière, et le roi lui-même , périssent de l'autre coté du fleuTe; mais Histiée, qui était alors sincèrement attaché à Darius, repoussa celte proposition avec mépris, et ce prince dut s'estimer hei^reux d'être sorti sain et sauf de cette contrée sauvage^ oii la plus grande partie de son arn)ée avait trouvé la mort.
Darius I*', fils d'Hystaspes , que l'on désigne prçsque toujours par ce surnom pour le dfetinguer des deux autres Darius qui régnèrent après lui sur la Perse, est celui avec lequel nous avons déjà fait connaissance dans l'histoire d'Esther et de Mardochée. Nous le retrouverons quelque jour encore dans un autre livre ^ oà nous le verrons porter la guerre chez les Grecs, et donner lieu, de la part de ce peuple , à des traits admirables d'héroistne et de vertu.
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LA REINE AMESTRIS.
Depuis l'an 4^^ jusqu'à i*ati /|65 avant J.-C
Le fils de Darius , qui lui succéda , se .
nommait Xerxès I". C'était un prince vîolejat et orgueilleux , qui se persuadait que^ le monde entier était fait pour lui obéir , tant il se croyait supérieur aux autres hommes ! Vous lirez dans l'Histoire grecque comment il fut puni de ce ridicule amoui^propre , et je me contenterai de vous raconter ici ce qui arriva dans sa famille, autant par sa propre faiblesse, que par la méchanceté deia reine Amestuis , sa femme.
Xerxès avait un frère , nommé Mabiste, qui était le mari d'une belle et vertueuse princesse , dont le roi préférait la conversa-
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lion à celle de toutes les autres personnes de sa cour; et comme la compagnie de cette dame lui plaisait plus que celle d'Amestris, cette reine devint excessivement jalouse de sa belle-sœur. Vous allez voir maintenant tous les maux que causa cette jalousie , qui est la plus terrible de toutes les nassions.
Un jour , dans une visite que XBxès faisait à sa belle-sœur, il était vé^ d'une robe magnifique qu^Amestris avait brodée de ses mains; cette robe était si riche et si belle , que la jeune Arsaihte y ^Ue de Mariste, conçut un désir passionné de s'en faire une parure.
Dans le cours de cette visite pfécisëment, Xerj^ès, qui aimait beaucoup cette prin* cesse, lui ayant promis de lui accorder tout ce qui pourrait la contenter , cette jeune personne eut l'imprudence de demander la robe qui était Tobjet de son envie. Le roi voulut d'abord s'opposer à cette fantaisie , en lui représentant que la reine en serait certainement fâchée, puisqu'elle l'avait brodée elle-même pour qu'il la conservât;
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mats Arsaînte mit tant dMnstance à cette ptière , que Xerxès finit par lui accorder ce qu'elle désirait. Hélas ! ce présent allait devenir bien funeste à celle qui Tavait tant souhaité , surtout lorsqu'elle eut été assez imprudente pour se montrer en public avec cette parure /qu'Amestris reconnut aussitôt, m
-Cett«reine n'était pas femme à oublier l'affront que Xerxès lui avait fait en cédant ainsi un cadeau qu'il nenait d'elle, et regardant la demande d'Arsainte comme un désir de jeune fille, elle tourna toute sa fureur contrera mère de c6tte princesse , et ce fut de cette pauvre dame qu'elle résolut de tirer une terrible vengeance.
On a peine^ à croire en vérité avec quelle noirceur cette femme cruelle calcula l'instant de faire éclater sa colère; mais toute la violence de son caractère était excitée par la jalousie , qui changerait le meilleur cœur du monde en peu de temps , si un cœur véritablement bon pou^ vait être jaloux.
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' C'était l'usage en Perse , à celle époque, qu'au jour de la naissance du roi , ce prince accordât à la reine tout ce qu'elle lui demandait, quel que fût d'ailleurs l'objet de sa demande. Celte coutume avait été établie autrefois pour que cette princesse , dans cette occasion , pût obtenir de son mari la grâce de quelque innocent , ou quelque secours généreux pour les malheureux ; mais Amestris avait bi^n • autre chose en 'tête, et lorsque ce jour fut arrivé , elle exigea publiquement de Xerxès qu'il lui livrât la femme de Mariste , potir en disposer comme elle vo^udrait.
Le roi, en entendant cette demande, fut frappé de terreur , car il connaissait trop bien la reine pour ne pyas deviner ses horribles intentions ; vainement il la supplia ^ de lui adresser une autre demande , elle persista dans sa volonté, et n'en voulut rien rabattre. Cela ne doit pas nous surprendre d'une si méchante femme, mais nous ne pouvons voii:* sans étonnement que Xerxès ait eu la faiblesse de céder à ce dé-
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sir déraisonnable , en lui recommandant pourtant de ne point en abuser.
L'impitoyable Amestris n^eut pas plus tôt obtenu la permission du roi , qu'elle ordonna à ses gardes d^ saisir la pauvre princesse , et de lui couper à l'instant même le nez , les oreilles et les lèvres , qu'elle fit ensuite jeter aux chiens en sa présence même; après quoi elle renvoya cette malheureuse créature à son mari., mettant ainsi le comble à sa barbarie.
Ce crime ^ tout horrible qu'il était , ne fut pas le seul que commit cette exécrable princesse ^ car ayant appris que Mariste, au désespoir, se préparait à réunir une armée pour se venger d'une pareille atrocité , elle le fit suivre par une troupe de cavaliers, qui égorgèrent ce* prince infortuné avec toute sa famille.
Cependant , mes bons amis , les forfaits dont la fureur jalouse d'Amestris venait de remplir le palais et l'empire de Xerxès, n'étaient que le prélude des nouveaux désastres qui allaient fondre sur la famille de
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ce monarque, et dont il devait être une des premières Tictimes. Consumé d^une défiance insurmontable contre tous ceux qui Tenvironnaient , ses serviteurs , ses ministres , et jusqu'à ses propres en fans étaient tour à tour l'objet de ses soupçons et dé ses craintes.
Un jour^ dans Tivresse d'un festin , il ordonna à Tun des principaux seigneurs de sa cour, nommé ârtabahb, qui était le capitaine de ses gardes , de faire mourir Dakiiïs, son fils aîné , qu'il soupçonnait d'aspirer secrètement* à l'empire. Artabane^ espérant que le roi révoquerait cet arrêt barbare lorsque les fumées du vin seraient dissipées, ne se press» point d'obéir^ mais le lendemain, Xerxès lui ayant répété de ûe pas différer davantage l'exécution de ses ordres , cet officier craignant d'attirer sur lui-même la colère d'un homme qui versait ainsi le sang de son propre fils, résolut de le prévenir par un coup hardi , et peut-être de monter sur le
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trône en Taisant périr toute la famille
royale.
En effet, dès la nuit suivante^ Artabane, qui avait su gagner un des domestiques du roi par Tappàt d'une forte récompense, pénétra dans Tappartement de ce prince, qu'il poignarda pendant son sommeil ; aussitôt courant auprès d'ARTAiCERCE , troisième fils de Xerxès. et feignant un air épouvanté , il lui raconta que Darius, son frère aîné, venait de commettre un affreux parricide, et que leur père n'existait plus.
Dans le premier iftoment de sa douleur, Artaxerce, ajoutant foi à ce récit^ se rend à l'appartement de son frère, et avant que ce malheureux prince eût le temps de s'expliquer ou de se défendre , il le fait percer de coups par les gardes qui Tavaient suivi.
Artaxercê, par cet événement, succéda
. à soq père , mais bientôt ayant appris la
double perfidie d'Artabane , il craignit de
devenir lui-même la victime de ce traître,
et le condamna au dernier supplice. '
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