ARTAXERCE-LONGUE-MAIN
auprès de lai , et s'étant prosterné devant son trône :
« Vous voyez à vos pieds , ô grand roi, <c lui dit cet étranger, Thêmistocle TAa thénien,.dont le nom est peut-être arrivé <( jusqu'à vous. C'est moi qui ai vaincu les «armées de Xerxès, votre père, lors- « qu'elles sont venues fondre sur la Grèce; a et maintenant que mes concitoyens m'ont <( banni de ma patrie, je viens me mettre fc entre vos mains ^ et vous demander un « asile. »
Ce Thémistocle , mes enfans , était en effet un des plus habiles et des plus vaillans généraux <le la Grèce , comme vous l'apprendrez 9 lorsqu'on vous racontera This* toire de ce pays; c'était lui qui avait mis en fuite les Perses que Xerxès avait conduits contre sa patrie; mais ensuite les Athéniens, jaloux de ce grand homme, avaient eu l'ingratitude de l'exiler de leur ville et même de le poursuivre dans tous les pays où il avait voulu se retirer. Celuici s'était Bonc décMé à chercher un refuge
ARTAXERCE-LONGUE-M AIN. 1 7 1 auprès du roi de Perse , dont il avait entendu vanter partout la bienfaisance et la grandeur d'âme.
Artaxerce ne pouvait pas aimer Thé-mistocle qui avait causé bien des malheurs à la Perse , sous le règne de son père, et même il avait autrefois promis une grosse récompense à celui qui le lui livrerait mort ou vif; mais quand il vit ce grand capitaine suppliant à ses pieds , il eût rougi de manquer de générosité envers un homme qui venait se mettre sous sa protection, et lui ordonna de se présenter le lendemain au palais, pour connaître sa résolution.
Dans ce temps-^là les Perses, comme presque tous les peuples anciens , adoraient plusieurs dieax, dont les principaux étaient Oromazb , ou le dieu du bien , et ÀRiiEAirE , ou le dieu du mal. C'était à ce dernier qu'ils adresAient ordinairement leurs prières, pour lui demander d'envoyer à leurs ennemis toutes les calamités possibles, et surtout de mauvaises pensées;
17a ARTAXERCE-LONGUE-MAIN.
aussi Artaxerce ne manqua-t-il pas d^offrir un sacrifice au dieu Ârimane , pour le remercier d'avoir inspgré aux Grecs la funeste idée d'exiler Thémistocle : sa joie de posséder cet homme célèbre fat si vive, que pendant la nuit on Tentendit plusieurs fois s'écrier : a J'ai Thémistocle l'Athénien. »
Le lendemain;- ayant fait introduire l'étranger en. sa présence : « Thémistocle, ft lui dit-il , j'avais promis une réconi- (( pense considérable à celui qui te livreu rait mort jou vif, et comme tu l'as méa ritée en venant te mettre toi*méme entre « mes mains, je vais ordonner qu'on te c( la paie à Tinstant même ; de plus , puisci que tu as voulu être l'hôte du roi de a Perse , je te donne quatre grandes villes <i de mon royaume , dont l'une te fournira « ton pain^ l'autre ta viande, la troisième <(. ton vin , et enfin k quatrième tes vêtea mens. »
Thémistocle fut pénétré de reconnaissance en entendant ce langage^ dans ta
ART AXÉRCE-LONGUE-M AIN. 1 7 3 suite , la munificence d'Artaxerce envers lui ne se démentit pa^ un seul instant ; il le retint souvent à sa cour peut* avoir le plaisir de s'entretenir avec lui , et lui accorda toutes les faveurs qu'il put désirer.
Vous pouvez juger que ce prince, en se conduisant ainsi envers un des plus redoutables ennemis de la !Rerse, se fit beaucoup d'honneur par sa générosité ; tandis que si, par une basse vengeance, il eût fait mourir Thémistocle , chacun lui au-
* rait reproché*de n'avoir pas, su respecter le malheur dans lequel cet illustre personnage était tombé. Nous verrons dans une autre histoire que Thémistocle n'était pas indigne d'une si haute fortune, puisqu'il aima mieux mourir que de manquer à la reconnaissance iqu'il devait à son bienfaiteur, ou de porter les armes contre la patrie qui l'avait banni.
Dans tous les temps, mes petits amis, rien n'a été plus honorable que de savoir
. pardonner à ceux qui ont cherché à nous
174 ARTAXEHCE-LOINrGU&MAlN.
nuire, et 'même de leur reodre le bien pour le mal, lorsque cela nous a été possible; mais aujourd'hui c'est un devoir sacré pour nov», qui avons été élevés dans la religion ahrétieune^ dont un des pré»
ceptes est le pardon des injures.
ARTAXERC£-MNÉMON. 175
LA FAMIXXB
D'ARTAXÈaCE-MNÉMON.
Depuis Tan 4214 jusqu'à Tarr 40B avant J.-€«
1m n'aurai point d'histoire à vous racon^ ter, mes petits amis, sur les trois fils d'Artaxerce* Longue-Main, qui occupèrent successÎTement, en peu de temps, le trône de Perse. Vous saurez seulement que les deux premiers, Xs&xiss et Soodien, ne régnèrent que quelques jours , et que Djl- Riuft-NoTBUs, leur frère, s'ëtant emparé de la couronne , gouverna Tempire avec gloire pendant près de vingt années , et mourut dans un âge aTancé.
Ce prince laissa deux fils : Tainé, nommé A rtaxerce, auquel on donna le sur-