‹ L'histoire ancienneChapitre 23 sur 49 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

nom <le Mnémon , à cause de la prodigieuse mémoire dont il était doué ^ le second, appelé Cyrus, que sa mère Parysatis affectionnait particulièrement à cause^ de ses qualités aimables et des bonnes dispositions qu'il annonçait. Malheureusement ces deux princes étaient jaloux l'un de Tautre : ArtaxeFce, parce que Cyrus était Tenfant gâté de sa mère, et Cyrus, parce que son frère avait hérité , sans partage , de Tempire , après la mort de Darius-Notbus , leur père.

C^ était alors la coutume en Perse que chaque nouveau roi , en montant sur le trône , se rendit dafus la ville de Pasarga- DES, autrefois bâtie par le grand Cyru's^ et où se trouvait son tombeau , pour s'y faire sacrer par les mages avec dcfs cérémonies qui vous paraîtront peut-être bizarres, mais qui toutes renfermaient d'utiles leçons.

Ainsi le nouveau monarque était obligé de se dépouiller de ses vétemens , et de se couvrir de la robe que le grand Cyrus avait

D' ARTAXERCE-MNÉMON. 1 7 7

portée avant d'être roi , et que les mages conservaient à Pasargades avec beaucoup dé vénération. Cela signifiait que le prince qui revêtait pour cette cérémonie la robe de Cyrus, devait aussi être désormais revêtu de ses belles qualités et de ses hautes vertus.

Après cela, on présentait au roi un breuvage composé de vinaigre et de lait , qu'il était obligé d'avaler tout d'un trait , pour lui apprendre que les douceurs de la royaiité sont bien souvent mêlées d'amertume.

Cependant le jeune Cyrus , qui s'était rendu à Pasargades pour assister à la cérémonie du sacre, ne pouvait voir sans désespoir Artaxerce s'emparer paisiblement de l'empire. Comme il était d'un caractère violent et emporté, il osa concevoir la pensée d'égorger son frère dans le moment miëme qu'il quitterait la robe royale au milieu du temple. Tout était en effet disposé pour ce crime, lorsqu'un prêtre, qui eut connaissance du complot, en avertit Ib

Ï78 hiL FAMILLE

roi, qui ordonna aussitôt à ses gardes de

saisir Cyrus et de le mettre à mort»

Je n*ai pas besoin de vous dire quelle fut la douleur de la reine Parysatis en apprenant cette nouvelle : cette princesse, hors d'elle-même, après avoir d'abord vai* nement sollicité la grâce de son fils bienaimé , Tentourades tresses de ses cheveux, attacha son cou au sien , et fit tant , par ses prières et par ses larmes j qu'elle obtint enfin du roi qu^il ne lui serait fait aucun mal. La seule punition qu'Artaxerce infligeait à son frère , fut de le reléguer dans une province éloignée , d'où il lui défendit de jamais sortir sans sa permission^ A cette condition seulement, il put conserver la vie, que sa funeste ambition devait pourtant lui coûter un jour,«*f^

Ce fut à Sardes, cette ancienne capitale du royaume de Lydie, dont je voua ai parlé dans Tbistoire de Crésus, que le jeune Cyrus fixa sa demeure après sa dis-* grâce. L4, paraissant oublier sa soif de puissance , il ne s'occupait que d'embellir

D'ARTAXERCE-MNÉMON. 179 ses jardinsetde décorer son palais; Gyrus, d'ailleurs , n'était point un prince méprisable; il avait beaucoup d'esprit et de savoir, et recberchiit avec soin la société des hommes distingués par leur mérite et leurs vertus«

Un jour, entre autres , il reçut la \isite d'un général grec^ nommé LtsAitohe , qui, connaissant Tanimosité de Cyrus contre son frère, espérait, en excitant le ressentiment de ce bouillant jeune homme , causer en Asie des troubles dont les Grecs pourraient tirer un parti avantageux.

Ce Lysandre , aux qualités d'un vaillant capitaine ^ joignait une extrême finesse et une grande habileté pour flatter les passions des hommes, lorsqu'il croyait pouvoir en profiter. Aus^^ à peine eût-il entrevu le jeune Cyrus, qu'il s'aperçut que ce prince supportait avec impatience l'inutile existence à laquelle il était condamné, et que l'obscurité dans laquelle il vivait malgré lui ne faisait qu'èrriter son orgueil.

tt Voilà , » s'écria Lysandre en se pro-

i8o LA. FAMILLE

menant avec Cy rus dans ses jardins, « une (( bien belle allée ! — C'est moi qui Tai « tracée, » lui répondit le jeune prince d'un air satisfait. -.* »

(( Ce parterre est délicieux, » continua le Spartiate , « et ces milliers de fleurs exha<tt lent un parfum qui me charme et m'en- (c ivre. — Toutes ces fleurs, » repartit Cyrus , tt sont de mon choix.

— tt Ces vergers me .paraissent remplis a d'excellens fruits, » ajouta le rusé personnage. — tt J'ai voulu , » s'écria le prince, tt réunir ici les espèces les plus rares. »

Enfin ils entrèrent ensemble dans un bosquet, où des. arbres toufins offraient un ombrage impénétrable à la chaleur du jour, tt Je n'ai jamais vu, » s'écria Lysandre avec l'accent de Tadmiration, tt de plus tt beaux arbres. — C'est moi, » répondit Cyrus avec orgueil, a qui les ai plantés de tt ma main.

— « Eh quoi ! prince , » reprit le Spartiate en le ccA^templa^t de la tête aux pieds, tt vous portez une robe de pourpre , des

D'ART AXERCE-MNÉMON. 1 8 1

«bracelets d*or, des brodequins relevés « d'une riche broderie ; vous vivez au mi- « lieu des parfums et des essences, &t vous <c vous êtes fait jardinier ! »

Cyrus rougit de'honteen entendant ces paroles; il baissa les yeux devant cet homme qui venait de piquer si vivement son amour-propre, et jura tout bas de mourir cent fois, plutôt que de mener davantage cette existence oisive , et de laisser à son frère la couronne, dont il se croyait plus digne que lui ; en effet , peu de temps après ayant assemblé à Sardes une grande armée, il résolut de disputer Tempire à Artaxerce les armes à la main ; et pour mieux s'assurer la victoire, il engagea à son service treize mille Grecs, qui passaient alors pour les meilleurs et les plus braves soldats du monde. Nous verrons bientôt ce que devint cette armée et le jeune Cyrus luimême, qu'un orgueil démesuré poussait à sa propre perte.

Il est certainement honoraole pour un jeune homme d'aspirer aux premières pla-

BtST. AXCIXNBS. 5' ED. j £

i82 AaTAXERCE-HHÉMON.

ces, et de tâcher de s^en rendre digne par son travaU et son appUeation ; c^est là une noble et louable ambition : nais il n^en est pas de même d'une «auîté immodérée qui le porte à la violence et à Ten^; il cesse alors d'être estimable , et au lieu de mériter des éloges et des encouragemens, il devient insupportable à tous ceux qui le connaissent.

LA RETRAITE DES DIX MILLE. i83 -

I . .un i^^^^»s^| nu I I II ■ Il 1 I ^^m^t^ m I i, n i , ■,!■ ■, ■ p ^

LA RETRAITE DES DIX MILLE

Depuis Tan 4o3 jusqu'à Tan 899 avant J.-C.

L^BMPiBB des Perses était si vaste , mes petits amis, qu'il fallut sit mois entiers au jeune Cyrus pour s'avanèer avec son armée , depuis Sardes jusque dans la province de Babylone, où il savait qu'Artaxerce réunissait, pour le combattre, des loupes innombrables. Il est vrai que Tarmée de Cyrus eut à vaincre bien des difficultés pour traverser cette grande étendue de pays ; car elle franchit des fleuves , des montagnes et des défilés presque impraticables , avec un courage et une patience dignes d^une meilleure cause.

Enfin les deux armées, commandées par ces frères ennemis en personne, se

-^, 184 LA RETRAITE DES DIX MILLE

' rencontrèrent tkins un lieu nommé Cu- HAXA, situé àpeu^e distance de Babylone, où s^engagea l'une Ades plus terribles batailles dont il soit question dans Fbistoire. Le jeune Cyrus, secondé par ses treize raille Grecs, combattit avec tané^'ye valeur dans cette sanglante journée , que la victoire paraissait pencber éYi sa faveur, lorsqu'ayant distingué dans la mêlée son frère Artaxerce, contre lequel le poussait une baine aveugle, il se précipita sur lui avec rage , et reçut de sa main la mort qu'il cherchait à lui donner.

Ainsi périt ce prince , que les qualités les plus brillantes et les plus aimables n'a« vaient fait que conduire à sa perte. L'am<bition de régner , qui devient quelquefois le motif d'actions honorables, fut la cause de sa ruine , et personne , si ce n'c^t sa mère , qui avait trop favorisé son orgueil par son indulgence , ne le regretta , parce' qu'il n'avait écouté que sa violence et sa jalousie.

N'est-il pas vrai, mes enfans, que rien

LA^ RETRAITE DES DIX MILLE. i85 n'était plus affreux que cette haine mortelle entre deux frères , qui auraient du s'aimer tendrement au lieu de s'entre-tuer ?

et ne pensez-Tous pas, comme moi, que Cyrus méritait son sort par sa fureur e\, ses emportemens, puisqu'il voulait renouveler le crime de Caïn , que Dieu maudit pour avoir tué son frère Abel ?

Le corps de Cyrus ayant été reconnu parmi les morts, un soldat lui coupa la tête et la main droite, qu'un domestique du roi , nommé Mésabate, porta dans le palais d'Artaxerce , où elles furent exposées aux regards du peuple jusqu'à ce qu'elles tom-^' bassent en poussière.

Cependant les braves Grecs qui avaient si vaillamment combattu pour ce inalheureux prince , se trouvaient à plus de six cents lieues de leur pays , environnés d'ennemis, et séparés du monde entier par des fleuves immenses , de hautes montagnes ,' et des défilés inconnus.

Si vous avez sous les yeux une carte du pays où se passèrent ces grands événe- ^ |

i86 LA RETRAITE DES DIX MILLE, mens, rien ne vous sera p\u^ aisé qii6 de suivre les traces de la marche de ces intrépides soldats^ pour mieux en conserver le souvenir.

D'abord Artaxerce, redoutant le courage de ces terribles guerriers , consentit à les laisser traverser librement son empire; mais bientôt se repentant de sa modération , qu'il crQyait inutile, i|^ attira dans un piège Cléarque, leur général, et ses principaux officiers , et les fit tous égorger par une lâche trahison. Ainsi les Grecs, n'ayant plus de chefs, se seraient trouvés dans un bien cruel embarras, si des hommes aussi vaillans ne savaient pas tout surmonter \ ils remplacèrent aussitôt par de nouveaux commandans ceux qu^ik avaient perdus , et mirent à leur tête, avec plusieurs autres, un officier nommé XénopHON , qui nous a conservé l'histoire de cette célèbre campagne , que l'on appelle la RETRAITE DES DIX MILLE , parce quc les fatigues et les combats réduisirent bientôt cette troupe généreuse à ce nombre.

LL RETRAITE DES DIX MILLE. 187 Vous ne sauriez croire , mes pefits amiSy queb effroyables Iravamz ces dix mille Gieos forent eôntraints ^d'accomplir pour rejoindre leur jtetrie : tantôt ils se treiivaient arrêtés par le Tigre et par PEnpbrate y ces grands fièvres d'Asie dont j<e TOUS ai déjà parlé , et ^'iis ne pouvaient franchir^ parce qu'ils n'aTaîent point es bateaux^ ta|lot ils étaient forcés^ de se jeter dans ks montaignes presque inaccessibles des CàBJSiK^uss , où la neige engloutissait et faisait périr une infinité d'bommes et de cboTaux , tandis qu'à leur suite marchait l'armée des Perses , qui ne laissait pas écouler un seul jour sans les harceler et les combattre.

Enfin ces intrépides soldats, triomphant de tant de fatigues et de privations , revirent leur patrie, glorieuse d'avoir produit de si vaillans citoyens ^ et Xénophon prit le soin d'écrire l'histoire de cette mémorable retraite , qui fait encore aujourd'hui l'admiration de tous ceux qui la connais* sent , quoique depuis cette époque il y ait

i88 LA. RETRAITE J>ES DIX JIILLE.

eu certainement de bien g;randes guerres et des événemens tout aussi célèbres.

La retraite des dix mille, mes bons amis, est surtout remarquable^ eu cequ^elle apprit aux Grecs le secret de leur force , et aux Per^s celui de leur faiblesse* It faudra ne point oublier combien les pre^ miers se montrèrent , dans cette circonstance , supérieurs à leurs ei|pemis, qui étaient peut-être cent contre un \ et tous comprendrez aisément alors comment j quelques années plus tard , uiie poignée de Grecs , conduits par leplus habilècapitaine de son temps, nommé Alexandre, suffit pour renverser sans retour l'immense empire des Perses.

LA VENGEA^NCE DE PÀRYSATlS. 189

LA VENGEANCE DE PARYSATlS.

Depuis Tan 899 jusqu'à l*an 397 avant J.-C.

Cependant Artaxerce-Mnémon , à peine délivré de la crainte que lui avait causée son frère Cyrtts, voyait sa famille et son royaume déchirés par de nouveaux malheurs. Sa mère Parysatis , la plus impitoyable femme que l'on eût encore vue, sî la reine Amestris n'eût pas vécu avant «lie, vengeait d'une manière terrible la ' mort de son fils bieuraimé.

L'un des premiers soins de cette feitimë cruelle fut de tirer vengeance de Mësabâte, ce domestiqua auquel, à Cunaxa, Artaxerce avait donné l'ordre de porter dans son palais la tété et la main du jeune Cyrus; mais de peur que son fils ne voulût

s'y opposer , elle employa , pour en venir à ses fins , une ruse Traiment infernale.

Elle feignit donc de se réconcilier avec Artaxerce, et sous prétexte dé lui tenir compagnie lorsquHl était seul , elle venait souvent jouer avec lui à je ne sais quel jeu qui était en usage à cette époque. Je vous ferai remarquer , à ce propos , que ce n'était certainement pas un jeu de cartes qui amusait ainsi le roi et sa mère^ parce que les cartes à jouer ne furent inventées que dans un temps bien plus rapproché de nous, pour amuser , dit-on, un roi de France qui avait perdu la raison^ c^é* tait dono probablement quelque jeu de hasard ou de calcul , qui était usité alors, peut-être même le jeu de dés ou celai d'échecs , dont on fait remonter Tinven* tion aux siècles les plus reculés.

Quoi qu'il en soit, Artaxerce et sa mère jouant un soir l'un contre l'autre, cette princesse lui proposa de mettre, pour prix de la partie commencée , quelques-uns de leurs domestiques au choix du gagnant :

Là VENGEANCE DE PARTSATfô. 191 le rdl 7 Gooaeatit de grtnd coeur ^ et Tadroite princesse fil d'abord semblant de perdre la partie ; mais lorsqu'elle vH qu'Ârtaxerce était fort animé an jeu, elle ent redresse de prendre $a, reTanche , et se trouva maltresse de choisir le domestique qui lui conviendrait lé mieux parmi tous ceux du palais. Aussitôt elle désigna Mésabate , que le roi lui abandonna sans sç douter de rien \ mais dès qu'elle eut ce malheureux en sa puissance, elle le livrai à des bourreaux qui IMcorchèrent tout vif, et le firent expirer dans cet horrible suppUce* Artaxeroe en fut indigné; mais la Tindicative Parysatis ne fit que rire de sa colère y qu'elle ne redoutait point.

Il ne restait plus à cette méchante femme , pour assouvir son désir de vengeance , que de la faire tomber sur la reine Statihi , femme d'Artaxerce , qu^elle haïssait mortellement, parce que cette princesse s'était réjouie publiquement de la défaite et de la perle de Cyrus. A la vérité , il n'était pas aisé de faire ^ubir h cetie dame, que

uji LA VENGEANCE DE Ï^AHYSATIS.

le roi aimait tendrement ^ le triste sort ddr pauvre Mésabate 5 aussi Parysatis ne Tentreprit-elle pas, mais elle atteignit le même but par une astuce non moins atroce.

Pour y parvenir , elle fit semblant d'oublier son ressentiment contre Scatira , et lui témoigna tout à coup mille égards; sans cesse elle l'invitait à des fêtes et à des* festins, où elle feignait pour elle une amitié véritable. Mais comme cesdeu^L femmes se défiaient secrètement Tune de l'autre, elles avaient toujours soin de manger des mêmes viandes et des mêmes morceaux , pour être sûres que les mets qu'on leur servait n'étaient point empoisonnés; Parysatis sut pourtant éluder tes précautions de son ennemie.

Un jour on servit sûr la table un oiseau fort rare, et qui paraissait accommodé avec un soin tout particulier ; Parysatb, le partageant en deux avec son couteau, en donna la moitié à sa belle-fille , et mangea gaiment l'autre moitié ; mais à peine Statira eut-elle goûté de ce mets, qu'elle

LA VENGEAjyCE DE PARYSATlS. igS tomba dans des convulsions effroyables, et expira aussitôt , avec tous les symptômes d'un empoisonnement.

Artaxerce, saisi de douleur, ne soupr çonna point d^abord sa mère d'un crime si abominable^ mais une esclave de la reine, , nommée Gi&Ys, lui révéla bientôt cet épouvantable mystère , en lui apprenant qu'elle avait frotté elle-même d'un poison violent, par Tordre de Parysatis , un des côtés seulement du couteau dont elle s'était servie pour partager Toiseau, dont Statira avait accepté la moitié.

Ainsi cette méchante princesse s'était exposée elle-mémeji une mort affreuse pour satisfaire sa haîme , et elle a^ait la satisfaction de survivre à son enqemie.

Le roi , en apprenant ce crime , ne put modérer sa colère ^ il ordonna aussitôt à la cruelle Parysatis de se retirer à Babylone, en lui défendant d'en sortir de toute sa vie , et jura que de ses jours il n'approcherait de cette ville. Quant à Gigys, elle fut condamnée au supplice des empoison-

neurs , qui consistait à avoir la tête écrasée etitre deux pierres.

Ce grand prince , qui commandait à Cam t de peuples , ne voyait pas ^ dans tout son ^ empire , un seul homme qui fût aussi affligé que lui ] et peut-être , dans ce moment, regretta-t-il ateèrement de n'être pas tombé lui-même )« comme son frère Cf rus, sur le champ de bataille dé Cunaxa .

LES FILS D'ARTÀXERCË. igf»

LES nLS D'ARTAXERCE.

Depuis l'an 36a |usqv*à Tan 336 avant J.-C.

Lb roi Artaxerce-Mnémon , suivant Tusage des Perses, avait un grand nombre de femmes; aussi , lorsqu'il fut parvenu à la vieillesse, il se trouva père de cent cinquante-trois fils , t#us jeunes gens ambitieux et impatiens V doiil la plupart souhaitaient la mort de leurs frères alnës^four arriver plus promptement au trône.

Or, Tainé de tous ces [Mrinees se nommait Dahios \ et le vieux monarque , ptfé* Toyant qu'après sa mort chacun de ses enfans disputerait la couronne aux autres , résolut de donner dès à présent à celui-ci le titre de roi , et lui permit de porter la

196 LÉS FILS D'ARTAXERCÈ.

tiarer royafe ] maïs ce jeune prince ne se contenta pas de cette brillante coiffure et d'un titre inutile, et, dans son impatience de régner , il forma contre la vie de son • père une conspiration, dans laquelle il fit entrer cinquante de ses frères.

Le pauvre roi était donc toujours bien malheureux dans sa prd^re famille , puisque, après avoir failli être tué autrefois par son frère Cyrus, il voyait encore sa vie mebacée dans ses vieux jours par Tambitiori du fiis même auquel 'û destinait Tempire après lui. Cet nffreiix par* ricide ne fut pourtant point accompli ,' et les desseins criminels d|p ces en fans dénaturés ayant été découverts , le roi , aussi impitoyable envers eux qu'ils l'auraient été pour lui-même 9 les fit tous mettre h mort, comme ils le méritaient. Artaxerce, déjà accablé de tant de peines amères , ne put supporter cette nouvelle affliction , et il mourut fatigué de la vie, après un règne long et glorieux , mais pendant lequel le malheur n'avait pas cessé de le poursuivre.

LES FILS D'ARTAXERCE. i^

Parmi les fils du roi qui lut surTivaient, il yen avait un appelé Ochus, qui était plus rusé ou plus heureux que tous les autres*

Celui-ci ayant été seul témoin delà mort de son père, agit avec tant d'adresse, quUI parvint à cacher cet événement à tout Tempire, pendant dix mois entiers. A la faveur de Ce mystère, il donna constamment des ordres à tous les gouverneurs au nom du prince mort, et ne laissa découvrir la tromperie qu'aiprès avoir trouvé Toccasion de se défaire en un seul joup de tous les princes de la famille royale, de peur que quelqu'un d'entre eux ne songeât à lui disputer la couronne..

A cet effet , il attira par une ruse , dans une cour intérieure de son palais, non-seulement les cent un frères qui lui restaient, mais encore ses oncles , ses cousins et tous ses neveux , qu'il fit tuer à coups de flèches sans qu'ils pussent se défendre.

Sa propre sœur Ocha, que jusqu'à ce jour il avait paru aimer, ayant osé déplorer une pareille horreur, fut enterrée toute

igS LES FILS I^ARTAXËRCE.

vive psr lôn ordres Une maie princesse de la* fiimîUé royale, nommée Sistgavbis, fm assez heureuse pmir saorer de ce massacre un fielit gareoa dent elle était mère.

Les premières aielioiis d'Ochùs , mes pe« tils amis, annoncèrent donc à la Perse un règne sai^inâiîre et terrible ; car que pouvailf-on attendre d*un prince qui, pour s*as* snter lempire, n^avait point bésité à égorger tous ses parens?

Il faut pourtant que je tous dise que , daus ce pay^ , les frères , les oneles , les neiveux, les cousins des rois, ne se connaissaient guère entre eux , et par conséquent ne pouvaient s'aimer. On les devait sépa-' rémtet dans des palais, où, au lieu de leur pairie du bonheur de vivre ensemble comme de bons parens, on leur enseignait, dès Tenfance, à sedéfier les uns des autres ; aussi lorsque le pouvoir tombait à quelque prince impitoyable, son premier soin étaitil presque toujours de sacrifier a sa propre sûreté tous les membres de sa famille, dont Texislence aurait pu lui porter ombrage.

LES FILS D'AETAXERCE. 199 Cependant Ochas, à peine pafveiiu nu * trône, se trouva cliargé de soins importans*^ rÉgypte, celte belle contrée que les rois de . Perse avaient presque toujours possédée depuis que lé furieux Cambyse «'en était emparé^ se^évolta de nouveau contre ses maîtres , et Ochus fut ponlraint de mar^ dier aveO ufie année contre le roi que les * Égyptiens s'étaient doDné.

Dans ce tetnps4à, les rois de Ferse pouvaient aisém«it réunir un nombre immense de soldats ; depuis les conquêtes du grand Cyrils et de Cambyse , leur ^ia* sance s'étendait sur presque toute TAsie; les Grecs eux-mêmes, ces vaillans guerriers que vous connaissez déjà , après avoir combattu les Perses leiur prêtaient quelquefois Tappui de leurs armes, et T^empie des dix mille vous a montré tout ce que cette nation pouvait produire de courage et de ténacité.

Ochus conduisit donc en Egypte une grande armée ^ dans une seule bataille , livrée auprès de Péluse, il mît en déroute

aoo LÈS FILS D'ARTAXERCE.

*celle des Égyptiens , et força NECTAwiEBts, letir roi , à se réfugier en Ethiopie , oii il faut croire qu'il périt, car depuis ce temps on n'entendit jamais parier de lui. Le vainqueur se rendit maître de Mërophis et de toutes tes villes de cette contrée; mais comme si ce pays eût été destiné à être le

' théâtre des fureurs des rois de Perse , il surpassa encore Cambyse en extravagance. Ainsi on le vit- renverser des temples, brûler des villes, égorgei» des prètre3, eV enfin mettre le comble * à seà stupides barbmes en faisant servir le bœuf 'A(hs rôti , dans un festin qu*il donnait à * ses courtisans.

Le bœuf Apis n'avait certainement rien de plus divin que tout autre animal de son espèce; mais vous savez la vénération que les Egyptiens portaient à cette béte, et vous ne serez point surpris de l'indignation qu'ils ressentirent de ce qui leur semblait un affreux sacrilège.

Parmi les généraux de l'armée des Per-^

'seg se trouvait un officier nommé Bagoas,

LES FILS D'ARTAXERCE. aoi quittait habile et courageux. Bagoas était.

Égyptien d'origine; il ne put sans indignation être témoin du sacrilège d'Ochus , et riésolut d'en tirer une terrible vengeance.

Cet homme, qui avait été Tun des domes- .tiques favoris dû roi, et possédait toute sa confiance, trouva moyen de Tempoisonnçr dans un festin ; puis lorsqu'il fut mort ,. sa . haine n'étant point encore satisfaite , il fit dévorer sa chair par des chiens , comme Ochus avait fait dévorer celle du dieu Apis par ses courtisans. Il ordonna en outre que l'on fabriquât avec ses os des manches de couteaux, dont il se sçrvait ordinairement à table, pour montrer que le sacrilège avait • été puni là où il avait commis son crime.

Après cette vengeance, il eut été facile à Bagoas de mettre la couronne sur sa propre tête ; mais il aima mieux faire des rois que de le devenir ^ et choisit d'abord le plus jeune des fils d'Ocbus, appelé ArsÈs ; mais ensuite mécontent de son élève^ qu'il jugea capable de marcher sur les traces de son père , et apprenant que Sisy-.-*

2oa LES FILS D'ARTAXERCE.

gambis avait sauvé an jeune enfantdu massacre de la famille royale , il fit monter ce prince sur le trône, et lui donna le nom de

DAUIUS-*CoDOMÀir.

Vous ferez bien de remarquer ici, mes bons amis, que trois rois de Perse ont porté le nom de Darius : le premier fut Darius fils d'Hystaspes, élevé au trône par Tadresse de son écuy er, après le meurtre de Smerdi»le-Mage; le second, Darius-Nothus, qui succéda à son père Artaxerce- Longue- Main ; et enfin Darius-Codoman , choisi par Bagoas, et qui*fut certainement le plus malheureux de tous, puisque Vempire des Perses périt avec lui.

L4 CHUTE 0E DÀllllJS.* 2o3

Page 1