‹ L'histoire ancienneChapitre 26 sur 49 · D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

D'ALEXANDRE

ce grand homme, en renversant le puissant royaume des Peines, avait conquis à lui seul les plus riches contrées de l'Asie.

Or, à la tête de l'armée d'Alexandre, ori distinguait plusieurs généraux qui avaient partagé s» gloire et ses travaux , et qui étaient tous des hommes de cœur : le plus fameux d'entre eux était Perdiccas . qui , par respect pour la mémoire de son maitre, avait voulu qu'Arrhidée et Alexandre Aigus occupassent son trône, tout incapables qu'ils étaient l'un et l'autre de gouverner; mais Perdiccas, qui avait beaucoup d'ambition , espérait régner sous leur nom et être le véritable roi.

Après lui venait Ptoléméç, fils de La- Gus, qu'Alexandre aimait comme un frère, et auquel il avait donné l'Egypte pourgouvernement; puis Amtipater, Séleucus , Lysimaque, Aktigoue et Eumene, qui était , dit-on , le plus honnête homme de tous ses compagnons. Perdiccas donna d'abord des gouvernemens à chacun de ces généraux pour les contenter, espérant

axo LES SUCCESSEURS

qu'ils seraient aussi fidèles i l^urs nouveaux maîtres qu'ils l'aTaietit ëtë à Alexandre Ini-ménie^ mais il s'aperçut bîeuiôt qu^il s'était trompe^ car tous ces ambitieux se révoltèrent à la fois contre lui ^ iBt de simples gouverneurs qu'ik étaient^. Us voulurent à leur tour devenir rois des pays qui leur avaient été confiés»

n s'ensuivit alors une grande guerre dans laquelle Perdiccas fut massacré par ses propres soldats , et bientôt après, E^* mène, qui avait embrassé avec lui le parti des rois Âlexandro et Arrhidée, que per»

sonne ne respectait pins , fut mis à mort par Antigone, son ancien ami.

Cendant, au milieu de tant de meurtres et de combats, personne n'avait encore osé verser le sang de la famille d^ A* lexandre , lorsqu'une femme en donna le premier exemple.

A cette époque, la reine Olympias, mère du conquérant, vivait encore* C'était une femme orgueilleuse et vindicative, qui , au lieu de faire tous ses efforts pour

t)'AL£X4NDR£. au

rétablir h paix dans l'empire , mit le comble aux malbeurs publics par la haine im-^ placable qu^elle, portait à Arrhidée* Ce prince imbécile et «a femme EimYt>iG« furent égorgés par son ordre» avec cent de leur prinqjpaux amis, pour que le titre de roi de Macédoine appartint sans partage au petit Aigus j mais cette princesse cruelle fut bientôt punie de ce crime | car étant tombée au pouvoir de C assandrx, fils d' An»tipater, homme féroce et impitoyable, ce chef, sous prétexte de venger le meurtre d'Arrhidée , la condamna à nK>rt | et fit entourer la prison où elle étut enfermée par deux cents soldats chargés de Tégor^ ger. Deux cents soldats pour tuer une faible femme , nie dires-vous , c'était une force bien inutile} mais tel était encore le res«pect que ces homme grossiers conservaient pour le sang d'Alexandre, qu'aucun d'eux n'osa porter la main sur celle qui avait été sa mère ; il fallut que Cassandre., pour ce meurtre , fit appeler les parens de ceux

ai a LES SÙCCESSEU&S

qu'elle avait fait mourir avec Arrhidée ,'

qui cette fois ne l'épargnèrent pas.

Telle fut la fin de cette princesse , qui avait été fille , sœur , femme et mère de rois , et qae personne ne pat plaindre , parce qu'elle avait été impitoyable envers sa propre famille. Cassandre, qui avait pris en même temps Roxane et son fils, le petit Aigus , les jeta d'abord dans une étroite prison , où bientôt après il les fit étrangler.

Ainsi, moins de douze ans après la mort d'Alexandre, il ne restait plus aucune personne de sa famille, et son immense héritage était déchiré par ses anciens compagnons d*armes, qui s'en disputaient les lambeaux.

On dit pourtant qu'au milieu de tant d*horréurs, ceux même qui exterminaient sa race tremblaient encore à l'aspect de la statue de ce grand homme qui avait été leur maître, et en détournaient les yeux avec terreur. ,

Celte histoire est déplorable , mes pe-

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tits amis , puisqu'elle nous apprend que toute la puissance du plus fameux des guerriers ne servit qu'à causer la perte de son fils et de ses autres parens ; le malheureux Darius fut ainsi promptement vengé «des maux qu'il avait soufferts, mais TAsie fut , pendant de longues années encore , la proie de bien des calamités.

Cassandre , Ptolémée et les autres généraux qui , comme eux , avaient l'ambition de porter aussi des couronnes, voyant que la famille royale de Macédoine était éteinte, se mirent à se disputer entre eux les débris de Tempire ; et comme Antigone était le plus puissant d'eux tous, ses rivaux se réunirent contre lui pour le renVerser et s'enrichir de ses dépouilles.

iàt/» LE COLOSSE DE KHODES.

LE œLOSSE DE RHODES.

Depuis Tan 3o5 jusqu'à l'ao Soi avant J.-C«

AnTiOoUB avait un fik « nommé DÉici- T«iijs i qui n'était jmis moins redoutable que son père ; c'était un si taillant guerrier qu'on lui avait donné le surnom de PbuoaciflTBS , ce qui , dans la langue grec* que, voulait dire le PRBNBtia db YmiBs.

Dans ce temps-là , les halntans d'une lie fameuse, appelée Rhodss, peu distante de l'Asie , et autrefois soumise au grand Alexandre, se révoltèrent après sa mort , et ayant égorgé en un seul jour toute la garnison macédonienne, entreprirent de se rendre indépendans , c'est-^-dire de se gouverner eux-mêmes.

D'abordMIs parurent réussir dans leur

LE COLOSSE DE RHODES. 2i5 desBoin; mais Démécrtus leur ayant ordonné de lui envoyer des soldats et de l'argent , ils refusèrent d^obëir à ses toiontés, et forcèrent ce prince à venir les assiéger aveo une grande armée et un nom* bre prodigieux de machines de guerre qui lançaient des pierres et des flèches ; car vous savez sans doute que les anciens ne connaissaient pas Tusage de la poudre à caqoB ni des armes à feu , dont on se sert aujourd'hui dans les batailles.

' De leur côté , les Rhodiens déployèrent d'incroyables moyens de défense ^ mais ils auraient sans doute fini par succomber , malgré leur courage, si Ptolémée ne fât venu à leur secours avec une flotte égyp^ tienne, et n'eât contraint Démétrius à épargner cette malheureuse ville déjà presque épuisée par un siège opiniâtre et meurtrier , qui durait depuis plus d'une année.

Les Rhodiens, reconnaissans envers Pto*lémée, qui les avait tirés d*un si grand péril, lui donnèrent le surnom de 3oter, ce qui veut dire sauveur, qoe Thistoire

2i6 LE COLOSSE DE RtODES.

lui a coDservé, et déclarèrent qu'ils ne

prendraient jamais les armes contre un

prince qui leur avait rendu un si grand

service.

Quant à Démétrius le preneur de villes, qui n'avait pourtant pas pu prendre cellelà , comme il avait un cœur trop généreux pour conserver le moindre ressentiment contre ceux qui avaient été ses ennemis , il fit présent aux Rbodiens, avant de quitter leur lie pour rejoindre son père Antigène, de toutes les machines de guerre qu'il avait employées contre eux.

Les habitans de Rhodes , attribuant leur délivrance à la protection d'Apollon , dieu du soleil , auquel ils n'avaient cessé d'offrir des sacrifices pendant le siège de leur ville ) imaginèrent de tirer parti de cet immense attirail , pour élever un monument durable à cette prétendue divinité.

A cet effet, ayant vendu à des marchands étrangers tout le cuivre , le fer et les autres métaux qui entraient dans cette multitude de inachines de guerre, avec

LE €OLOSSE DE RHODES. 217 Targent qu'ils en tirèrent , ils élevèrent à rentrée de leur port une énorme statue d'airain représentant ce dieu , et dont Télé- Tation était si considérable que ses deux pieds étant posés sur des rochers écartés, les plus gros" navires pouvaient passer à pleines voiles entre ses jambes. Ce monument gigantesque avait plus de cent pieds de hauteur , et Ton dit qu'aucun homme ne pouvait entourer, de ses deux bras , le pouce de l'un de ses pieds.

C'était là, mes en fans, ce que Ton a nommé le golossb db Rhodss , qui passait autrefois pour l'une des merveilles du inonde, comme les pyramides d'Egypte.

Douze ans entiers suffirent à peine pour le construire, mais il n'exista guère plus de soixante ans au lieu où il avait été placé.

A cette époque , un terrible tremblement de terre ayant détruit plusieurs villes d'Asie, l'Ile de Rhodes fut ravagée par ce fléau , et le fameux colosse lui-même fut renversé et mis en pièces.

Il demeura dans cet état pendant un

HIST. ANCIEirXIS. 5« ÉD. l3

2i8 LE COLOSSE DE RHODES, grand nombre d'années , aubout desquelles un chef ennemi, qui s'était emparé de Rhodes, vendit les débris du colosse à des marchands juifs, qui en eurent la charge de neuf cents chameaux , ce qui est prodigieux , car vous n'ignorez pas que ces robustes animaux portent des fardeaux considérables.

Cependant Démétrius avait à peine rejoint en Asie son père Ântigone , que ces deux princes apprirent que Ptolémée, Lysimaque , Séleucus et Cassandre s'avançaient pour les combattre avec de grandes armées ; le père et le fils , réunis , remportèrent d'abord plusieurs victoires éclatantes sur ces redoutables ennemis ; mais s'étant rencontrés de nouveau auprès d'aa bourg de l'Asie Mineure , nommé Ipsus , ce lieu devint le théâtre d'une nouvelle bataille ; Antigone y perdit la vie , et Démétrius, n'ayant puparvenir à rallier les débris de son armée , se* vit forcé de prendre la fuite et d'abandonner à ses rivaux la plus grande partie des provinces qu'il possédait.

LE COLOSSE DE RHODES. a^

Je dois vous faire remarquer ici , mes enfans, que cette bataille d'Ipsus décida du sort de Tempire d'Alexandre, que les vainqueurs partagèrent entre eu2^ en qua« tre royaumes.

Par suite de cet événement , Ptolémée , resté maître de l'Egypte , devint le chef d'une longue dynastie de rois, que Ton a nommés les Lagides , à cause de leur aïeul Lagus.

Séleucus se mit en possession du royaume de Syrie, qu'il forma des provinces de Tempire des Perses en Asie,, comprises entre TEuphrate et TIndus , autre grand fleuve de cette partie du monde ] et Antiochus Epiphanes , qui traita avec tant de cruauté les Israélites , comme vous l'avez TU dans Thisloire des Machabées, était un des descendans de ce prince , auxquels t>n donnait le nom de Séleucides.

Quant àLysimaque, il fonda un royaume de Thrace qui comprenait une portion de TAsie Mineure , et passa bientôt après lui dans d'autres familles.

J!u6 LE COLOSSE DE RHODES.

Enfin, Gassandre derint roi de Macédoine, comme le grand Aténandre TaTait été. n n'y eut donc qu0 D^étrius-Poliorcètes qui , après avoir si vaillamment combattu, se trouva sans royaume et presque sans asile , ainsi que je vous le raconterai tout à Theure.

Vous- ferez bien, mes petits amis, de jeter un coup d'œil sur une carte géographique , afin de mieux comprendre quelles furent les contrées que chacun des vainqueurs dlpaus s'attribua dans le partage qui suivit cette bataille.

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