DÉMÉTRIOS ET LES A.THÉNIENS
DÉMÉTiaUS ET LES ATHÉNIENS.
Depuis l'an 3oi jusqu'à l'an 284 avant J.-C.
AviJiT d'être vaincu à la bataille d7p-* sus , Démétrius-Poliorcètes avait été puissantet redouté de tous les peuples voisins; mais il n*avait fait qu'un bon usage de sa haute fortune , en comblant de biens plusieurs villes de différens pays , parmi lesquelles celle d'Athènes, en Grèce, avait été la plus favorisée : c'était cette même Athènes , autrefois fondée par l'Égyptien Cécrops , et dont je vous ai dit que le sage Solon était originaire.
Démétrius donc, en partant pour la guerre, avait laissé sa femme et ses enfans chez les Athéniens , qu'il croyait ses meilleurs amis , bien persuadé que sa famille ne
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saurait être nulle part plus en sûreté. Mais, comme vous savez, il perdit la bataille d'Ipsus, et fut contraint de prendre la fuite. Il pensa aussitôt qu'il trouverait un asile assuré dans une ville qui lui avait tant d'obligations , et ne mit Seulement pas en doute que cela put être autrement.
Or, les rois malheureux ne conservent guère d'amis , et comme les Athéniens n'avaient plus rien à espérer du prince fugitif, ils furent assez ingrats pour lui refuser l'entrée de leur ville , et lui renvoyèrent même sa femme et ses enfans , sous prétexte de les soustraire aux poursuites de ses ennemis, avec lesquels ils s'étaient empressés de faire alliance.
Démétrius sentit vivement l'ingratitude de ce .peuple qu'il avait comblé de bien* faits, et cette pensée ajouta encore à l'amertume de ses regrets , puisqu'il comprit alors que sa mauvaise fortune tournait contre lui ceux mêmes qu'il avait trouvé le plus dévoués à sa personne, au tempa de sa prospérité.
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A quelque temps de là , le sort parut un moment sourire à ce vaillant prince ^ il vainquit plusieurs de ses ennemis, et ayant assemblé une nouvelle armée , Tun de ses premiers soins fut de marcher contre les Athéniens , qui ^ de leur côté , se préparèrent à repousser opiniâtrement leur bienfaiteur.
Celui-ci vint donc mettre le siège devant leur ville , et l'ayant -'entourée de tous côtés au moyen de ses troupes , il réduisit bientôt les habitans à toutes les horreurs de la famine, qu'ils supportèrent pendant plusieurs mois avec patience , dans l'espoir que leurs nouveaux alliés ne les abandonneraient pas dans un st grand péril ; mais une flotte que Ptolémée-Soter envoyait pour les secourir , comme il avait secouru les Rhodiens , ayant été mise en fuite par Démétrius, ce prince se rendit bientôt après maître d'Athènes, qu'il parut disposé à traiter avec une extrême rigueur.
Le vainqueur ordonna que toufs les chei s de famille se rendissent sans armes sur la
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place publique., qù il les fit eovironner de
soldats tenant en main leur épée nue.
Grande fut la terreur de ee$ malheureux^ lorsqu'ils se virent ainsi menacés par un prince qu'ils avaient si indignement trahi ^ aucun d'eux ne douta qu'il ne les eût ainsi rassemblée pour les ext^miuer , et ils gardaient tous un morne silence»
quoique la- pâleur de leur visage laissât assez voir <|(ipUes angoisses ils éprouvaieot.,
La plupart d'entre eu;^^ , regrettant de n'avoir pas succombé lorsque la faim dépeuplait leur ville y commençaient à déplorer tout bas le triste sort qui leur était réservé, quand Démétrius, montant sur son tribunal , au lieu de leur montrer un visage irrité, leur représenta avec douceur combien ils avaient été ingrats envers lui ; et ne pouvant retenir ses j^larmes à la vue de tout ce peuple consterné : « Et « moi, aJQUta-t-il y je veux que la terreur a que vous 9Lrei éprouvée soit votre seule (( punition^ maintenant vous pouvez vous
ET LES ATHÉNIENS. ^ifi
(c retirer chacun chez vous. Tandis que a vous étiez ici, mes soldats, par mon* « ordre , ont porté dans yos maisons le « blé qui TOUS est nécessaire pour n^ùr- « rir vos familles, et je n'ai pas voulu que « ma victoire coûtât une larme à un seul « Athénien. »
lime serait difficile , mes petite amis, de vous peindre quels transports de joie écla** tèrent parmi les assistans et entendant ces paroles 5 chacun s'en retourDa> chez soi en bénissant la clémence de Démétrius , qui , pour accomplir sa promesse, fit en effet distribuer au peuple d'Athènes cent mille mesures de blé , qu'il ne pouvait employer à un meilleur usage.
Ce prince généreux méritait certainement un sort prospère , puisqu'il savait si bien pratiquer le pardon des injures*, mais la fortune ne lui fut pas longtemps fidèle :
vaincu dans de nouveaux combats , il tomba vivant entre les mains de Séleucus, roi de Syrie , l'un de ses ennemis les plus acjbarnés, quoique Démétrius lui eût
2a6 DÉMÉTRIUS ET LES ATHÉNIENS, donné sa propre fille en mariage; et celui' ci , satisfait d'avoir privé de sa liberté un prince si redoutable , Ten ferma dans uïi châ^au^ 01] , quoique captif, il put jouir de toutes les douceurs de la vie , et même prendre lé plaisir de lâchasse dans un beau parc. Mais un si brave guerrier ne pouvait longtemps s*accommoder d'une existence oisive et sans gloire : au bout de trois ans, consumé d'ennuis et de chagrins, il mourut avec le regret de voir ses ennemis se réjouir de sa défaite et se partager ses dépouilles.
Son fils Aktigone de Goni , plus heureux que lui, et malgré les efforts de Pyu- RHus, roi d'Epire, son voisin, que nous retrouverons dans l'Histoire romaine, chassa les fils de Cassandre du royaume de Macédoine , que sa postérité conserva pendant de longues années-, et si Démélrius-Poliorcètes n'eut pas le bonheur de conquérir une <îourônne dont il était digne, sa race n'en fut pas moins, après lui , appelée à régner sur un grand royaume.
LA BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE. 227
LA BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE
Depuis l'an 3oi jusqu'à l'an a83 avant J.-C.
Apres la bataille dlpsus , qui 1-aTait affermi sur le trône d'Egypte, Ptolémée-Soler ne songea plus qu'à rendre ce pays florissant; et il y parvint en peu d'années, malgré les guerres qu'il fut encore forcé d'entreprendre et de soutenir.
Ce prince, tout guerrier qu'il était, aimait les sciences et les hommes instruits , parce qu'il savait que les plus glorieuses actions des peuples et des rois seraient bientôt oubliées, s'il ne se trouvait personne pour les écrire et en conserver la mémoire.
Il appela donc autour de lui les personnages les plus savans de son temps, etréunit dans la ville d'ALsxAKDRiE, qu'Alexandre-
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k4jrand avait fondée en Egypte, une immense quantité de liyres, dont il composa la première bibliothèque qui ait jamais existé. Or, dans ce temps4à, les livres-n'avaient pas la forme de ceux que rheureuse invention de Timprimerie a tant multipliés parmi nous ; c'était sur des morceaux d'écorce d'un arbre nommé PÂPYnus que Ton écrivait péniblement les ouvrages les plus longs et les plus difficiles -j c'est là ce que l'on nomme des MANxrsciiTs, ce qui veut dire des livres écrits à la main,
Ces papyrus , ainsi remplis , ne for^ maient pas des volumes comme ceux dont nous nous servons à préseul -, mais ou les mettait en gros rouleaux, que l'on dé<ployait ensuite avec précaution, lorsqu'on voulait les lire. Vous jugée bîeu que cela n'était ni commode ni agréable, et qu'avec de telles difficultés les livres devaient être fort chers et fort rares. Cela doit nous faire comprendre ci^mbien nous devons de reconnaissance à ceux qui , les pre-