‹ L'histoire ancienneChapitre 33 sur 49 · ET LES ACHÉENS · texte numérisé non relu

ET LES ACHÉENS

Matëdoniens, accepta avec joie les prooositions du traître, tout en méprisao^la trahison ; mais comme il n'avait pas à 4a disposition, assez d'argent pour satisfaire ce misérable , il vendit secrètement toute la vaisselle d'or qu'il possédait, ainsi que les propres bijoux de sa femme , pour en remettre le produit à cet homme , qui s'engagea à l'introduire dans la place dès la nuit suivante, avec une petite troupe de soldats achéens.

Cette action , mes enfans , doit vous faire comprendre quel était le désintéressement d'Aratus et son' entier dévouement pour sa patrie , puisque dans cette entreprise où il allait exposer sa vie, il n'hésitait point encore à sacrifier tout ce qu'il possédait de plus précîeuxy

Un plein succès fut la récompense de ce généreux citoyen; Dioclès, à la faveur de l'obscurité, l'introduisit dans la citadelle par un sentier si étroit , que les cent Achéens qui le suivaient ne pouvaient y marcher qu'un à un : ils n'y furent pas plus

25o ARATUS

tôL entrés que , profitant du moment de sum:ise des Macédoniens, ils tuèrent tous ceux qui Toulurent se défendre , et forcèrent les autres à se dérober par la fuite au sort de leurs compagnons.

Grande fut la colère d'Antigone de Goni, lorsqu'il apprit en même temps que TÂcro-Corinthus, véritable clef du Péloponèse , était tombé au pouvoir de ses ennemis, et que plusieurs villes de TAttique, que la crainte de ses armes avait jusqu'alors retenues sous sa domination , étaient près d'entrer dans la ligue. achéen ne , qui devenait plus formidable de jour en jour.

Ce revers inattendu fut un coup fatal pour ce prince ambitieux, qui, étant tombé malade peu de temps après , mourut au moment où il s'efforçait de susciter de nouveaux ennemis aux Achéens.

Aratus, délivré par cet événement de son plus redoutable adversaire, poursuivit Taffraucbissement du Péloponèse, en appelant les peuples delà Grèce à la liberté, comme il y avait appelé ceux de Sicyone. Il dé*

ET LES ACHÉENS. ' aSi truîsit ainsi successivement tous les tyrans que les Macédoniens avaient établis dans les différentes villes, et ce titre devint alors tellement odieux à tous les Grecs, que plusieurs de ceuK qui exerçaient encore la tyrannie , renoncèrent volontairement à la puissance qu'ils avaient usurpée, pour rentrer dans la classe des simples citoyens.

Ce fut vers ce temps-là, mes enfans^ que Ton vit pour la première fois arriver à Coriiithe, devenue alors la principale ville du Péloponèse, dés ambassadeurs romains chargés de solliciter Tappui des Achéens contre des pirates dont les vaisseaux infestaient les mers voisines. Le nom de Rome était alors à peine connu parmi les Grecs , et Ton était loin de penser, à cette époque, que ces étrangers dussent devenir en moins de cent ans , lès maîtres de la Grèce , et bientôt après ceux du monde entier , comme vous le verrez bientôt dans cette histoire et dans d'autres.

aSa LES ROIS DE SPARTE.

Depuis l'an 243 jusqu'à l'an 235 avant J.-C.

Depuis les siècles les plus reculés, mes petits amis , c'était l'usage à Sparte, capitale de la Laconie , qu'il y eût à la fois deux rois, choisis dans une même famille, appelée celle des Héraclides, parce qu'elle passait pour descendre d'Hercule , ce fameux demi-dieu dont je tous ai raconté les douze travaux dans la Mythologie des Grecs. Dans le temps où Aratus était stratège des Achéens, cette coutume était encore obserTée à Sparte ; mab les deux princes qui régnaient ensemhle sur cette yille différaient heaucoup Tun de l'autre par leur humeur et par leur caractère.

Léon iDAS , le plus âgé des deux , avait

passé la plus grande partie de sa vie à la cour du roi Séleucas, en Syrie, où il avait contracté toutes les habitudes ordinaires aux Mèdes et aux Assyriens ; aussi ne pouvait-il s*acconimoder que d'une vie douce et efiféminée , tandis qu'au contraire Agis, c'était le nom de Tautre roi, quoique beaucoup plus jeune que son collègue , méprisait la parure et les vains ornemens, et sp faisait gloire de paraître en public vêtu d'une simple casaque, comme les hommes du peuple de ^arte , et d'observer dans ses repas une frugalité comparable à celle du grand Cyrus.

Autrefois , mes enfans , tous les Spartiates, c'est-à-dire les habitans de Sparte, avaient pratiqué les vertus dont Agis cherchait à leur donner l'exemple , et lorsque vous lirez l'histoire de cette ville dans un autre livre , vous verrez que c'était par la tempérance, la simplicité, la modestie, que cette nation était devenue l'une des plus braves et des plus illustres de la Grèce. Mais leschoses étaient bien changées depuis

HIST. AHCniHlfl. 5* KD. l5

a54 LES ROIS D£ SPARTE,

cette époque^ et Sparte, autrefois si redoutée de ses ennemis et de ses voisins , ne complaît plus qu'eiiviron sept cents ' citoyens , uniquement occupés de conserver les richesses qu'ils avaient acquises , non par le travail ( car un Spartiate ne pouvait être que soldat, et aurait rougi de labourer la terre ou d'exercer un métier), mais par la ruse et par la force que ces hommes avides ne se faisaient point scrupule d'employer.

Tous les autres habitans de la Laconie n'étaient que des esclaves ou des étrangers, pauvres et opprimés par les riches , qui les faisaient rudement travailler, et ne leur payaient qu'avec avarice le prix de IKirs peines.

Le jeune Agis , qui avait un bon cœur et un esprit vraiment généreux, ne put voir sans compassion les souffrances de ce peuple ] il ne cessait d'en entretenir les jeunes gens qui l'entouraient , et c'était là le sujet ordinaire de ses conversations avec son aïeule Archidàmie et sa mère Agési- STRATA, les deux dames les plus respectables

LES ROIS DE SPARTE. a55

de leur temps, auxquelles il avait fait partager la pitié que lui inspirait le sort de tant de misérables. Le peuple , qui connaissait ses bonnes intentions , lui témoignait sa reconnaissance par des acclamations , chaque fois qu'il paraissait en public ) et Agis n'attendait qu'un moment favorable pour les mettre à exécution. .

Un jour donc ce prince, ayant assemblé les Spartiates et le menu peuple sur la place publique , proposa aux riches de partager avec les pauvres leurs terres, leurs maisons , leur argent , et enfin tout ce qu'ils possédaient. Pour lui , donnant l'exemple en même temps que le conseil , il distribua son bien à un grand nombre de Laconiens , et fut imité par son aïeule, sa mère, et la plupart de ses jeunes amis.

Cette nouveauté, comme vous le croirez sans peine,. ne fut pas du goût de tout le monde, et le roi Léonidas, traitant son collègue d'imprudent et d'insensé, refusa absolument de partager avec les indigens ses biens qui étaient considérables ^ car cet

homme, accoutumé à toutes les douceurs de l'opulence et de Toisiveté, né voyait pas de plus grand malheur que d'être forcé à une TÎe frugale et laborieuse. Les riches embrassèrent aussitôt le parti de Léonidas^ mais le peuplé , qui était bien plus nom* breox, se- révolta contre ce dernier, et le dépouillant du titre de roi, mit à sa place C1.É0MBROTE , son gendre , qui était aussi de la famille des Héraclides, et de plus Tami du généreux Agis.

Dans ce temps-là, mes enfans, lorsqu'un homme ^ même criminel , pour échapper à ses ennemis, se réfugiait dans un temple des dieux, il pouvait y demeurer tant qu'il voulait , sans que personne eût le droit de Ten arracher. Ce fut précisément le parti que suivit le fier Léonidas, que la fureur du peuple poursuivait, certain quMl ne lui arriverait aucun mal , aussi longtemps qu'il ne sortirait pas de cet asile inviolable.

La fille de Léonidas se nommait Ché- LONiDE ^ quoiqu'elle aimât tendrement son

LES ROIS DE SPARTE. aS?

mari Cléombrote, elle montra alors à son père malheureux une piété filiale que Von ne saurait trop honorer. Cette princesse, quittant aussitôt Cléombrote devenu roi, alla trouver Léonidas dans sa retraite , et se dévouant tout entière à le consoler dans son affliction, elle mêla ses larmes à celles de son père, et préféra la tristesse et le deuil aux douceurs du trône et à la ten« dresse deson époux , qui la suppliait instamment de venir partager sa puissance.

Cependant Agis , ayant à peine achevé cette mémorable révolution , que le peuple de Sparte accueillait avec joie , se vit forcé de marcher au secours des Achéens, ses voisins, menacés d'une invasion pal* les ^TOLiEiïs, autre peuple de la Grèce centrale, qui, ayant traversé Tisthme de Corinthe, s'avançaient pour ravager TAchaie. Toute la jeunesse 'de Sparte , entièrement dévouée à Agis, voulut le suim dans cette expédition , où il acquit une^ande gloire, par il défit entièrement les iEtoliens, et les contraignit à fuir pré-

a58 ' LES ROIS DE SPARTE, cipitamment vers leur pays. Mais pendant ce temps , Cléombrote s'étant trouvé presque seul exposé dans Sparte à la colère des riches , ceux-ci , reprenant les armes , le chassèrent du trône, et y replacèrent Léonidas, qui sortit aussitôt de sa retraite, et ressaisit avec joie la royauté.

Cléombrote, à son tour, pour se soustraire au ressentiment de son- beau-père, n'eut que le temps de se réfugier dans ce même temple qui^ peu d'instans auparavant , avait servi d'asile à ce prince ^ mais à peine y fut-il entré, qu'il vit accourir près de lui la courageuse Chélonide , aussi tendre épouse qu'elle avait été bonne fille 5 car son rôle à elle était de s'attacher au plus malheureux.

Elle était là avec ses deux petits garçons, qu'elle avait amenés auprès de leur père^ lorsque Léoliidas , entrant a\ec emportement dans le temple , reprocha amèrement .

a Cléombrote de s'être réuni à se&Huie»

mis pour lui arracher la couronne ; ^^ernier , les yeux baissés , gardait le silence ^

mais Chélonide, embrassant les genoux du roi j ne désespéra pas d'obtenir la grâce de son mari.

« Mon père , m lui disait-elle d'une voix suppliante , « ces habits de deuil dont je « suis vêtue, sont les mêmes que je n^ai « point. quittés depuis le jour de vos mal- « heurs. Faut-il donc, à présent que vous « êtes vainqueur et triomphant daiis et Sparte , que je pleure encore sur celui « que vous m'avez donné pour époux ? )> En achevant ces paroles , cette vertueuse dame fondait en larmes , et parmi les témoins de cette scène attendrissante, il ne se trouva pas un seul homme dont le cœur fût assez dur pour ne pas pleurer avec elle.

Enfin Léonidas, vaincu par les prières de sa fille , fit signe à Cléombrote de se lever, et lui ordonna de quitter Sparte à rinstant même , l'assurant qvwil pourrait se retirer en sûreté hors de la Laconîe.

Peut-être se flattait-il , par celte modération , de retenir Chélonide auprès de lui ; mais il ne put obtenir qu'elle abandonnât

a6o LES ROIS DE SPARTE.

Texilé, et dès que celui-ct se fut mis en devoir de sortir , elle lui mit entre les bras Tainé des en fans, prit l'autre dans les siens , et après avoir remercié les dieux de Tasiie qu'ils leur avaient donné dans leur temple, elle s'en alla vers une terre étrangère avec Cléombrote, qui fut bientôt consolé, par sa tendresse, d'avoir perdu une couronne. Léonidas remonta alors sur le trône , et les riches , sout^ius par lui , reprirent aux pauvres tous les biens qu'on leur avait distribués».

Au premier bruit de ces évënemens inattendus, Agis, étant promptement ac* couru à Sparte, apprit avec indignation ce qui s'était passé pendant son absence ; le peuple , dant la faveur est toujours inconstante, l'accueillit avec indifférence, et ceux mêmes auxquek il avait fait le plus de bien, lorsqu'il était victorieux, l'accusèrent de les avoir livrés sans défense à leurs ennemis. Bientôt abandonné par les Spartiates qu'il croyait ses meilleurs'arois, et poursuivi par le vindicatif Léonidas , il

LES ROÏS DE SPARTE. a6i

fut réduit à se réfugier précipitamment dans ce même temple qui avait déjà servi d'asile à deux rois. Là , il vécut pendant plusieurs mois, n'ayant d'autre consolation que la société de quelques courageux ci* toyens qui lui étaient demeurés attachés malgré sa mauvaise fortune, et ne quittant sa retraite que la nuit pour se rendre secrètement au bain , où quelques-uns de ses amis raccompagnaient de peur de surprise.

Parmi ceux qui témoignaient le plus de dévouement à Agis, se trouvait un Spartiate nommé Ampharès , qui , sous une apparence de franchise et de loyauté , cachait une âme basse et corrompue. Ce misérable, qui, au temps de la richesse d'Agésistrata, avait emprunté à cette dame de magnifiques tapis de Perse et une quantité considérable de vaisselle d'or et d'ar- , gent, conçut la pensée de trahir celui qu'il appelait son ami, pour s'approprier ces choses précieuses.

a6a LES ROIS DE SPARTE.

II y avait alors à Sparte cinq magistrats, auxquels on donnait le titre d'ÉPHoa£s ou d'iJvsPEGTEUBs , parce que leur devoir était de -surveiller les actions de tous les citoyens , depuis le plus puissant jusqu'aux plus humbles ; les princes eux - mêmes étaient soumis à leur inévitable surveillance ; ces magistrats u^exerçaient point la royauté , mais ils avaient le droit d'ôter la couronne aux rois , et même de les faire mourir, s^ils avaient commis quelque crime contre les lois du pays. Ce fut devant ces magistrats que le perfide Ampbarès se présenta pour les avertir qu'Agis sortait chaque nuit de sa reti^ite, suivi d'un petit nombre d'amis^ et que rien ne serait plus facile que de se saisir de sa personne.

En effet, dès la nuit suivante, desgardes apostés par ce ^raitre se jetèrent sur la petite troupe d' Agis , au moment où il se rendait au bain, selon sa coutume, et l'ayant dispersée, ils chargèrent ce prince de chaînes, et le traînèrent aussitôt devant

LES ROIS DE SPARTE. a63

les éphores assemblés par Tordre de Léonidas , à qui ils étaient entièrement dévoués.

Néanmoins eeux-cîj pénétrés de respect pour le sang royal des Héraclides, hésitaient à condamner leur prisonnier , lorsque Léonidas, entourant leur tribunal avec une troupe de soldats , obligea les juges à faire étrangler à Tinstant même le malheureux Agis , afin que le peuple apprit en même temps sa captivité et son supplice. Son aïeule Archidamie et sa mère Agésistrata , qui étaient accourues auprès de leur fils, espérant par leurs prières attendrir les éphores' périrent comme lui de la main du bourreau , et il n'y ett pas dans toute la Grèce un seul homme qui ne détestât Léonidas et sa cruauté.

Ce méchant prince, resté seul sur le trône après le meurtre d'Agis , ne songea plus alors qu^à jouir de ses richesses, en se livrant au plaisir et à la dissipation. Il abandonna l'exercice de la royauté aux éphores , qui n'avaient que trop bien servi sa

a64 LES ROIS DE SPARTE,

vengeance, et mourut bientôt après.,^.sans que personne le regrettât : ce qui était juste, puisqu'il s'était montré impitoyable envers ses ennemis.

Il ne faudra point confondre ce farouche Léonidas avec un autre roi de Sparte, dont l'histoire tous sera racontée quelque jour : celui-là , bien loin d*asservir sa patrie, périt glorieusement en combattant pour défendre sa liberté.

CLÉOMÈNE. , a65

Depuis Tan 235 jnsqu'à Tan 222 avant J.-C.

- LéoNiDÀs, en faisant étrangler Agis, dont le seul crime était d'avoir favorisé le peuple de Sparte aux dépens des riches , ne se doutait guère que son propre fils , Cléomène , qui lui succéda sur le trône, suivrait Texempleëe ce prince infortuné.

Cléomène avait pris pour femme la belIe-soBur d'Agis , et il avait appris de cette dame à estimer les vertus de ce prince et à les imiter : aussi brave que généreux^ il résolut de ne pas souffrir plus longtemps qu'une poigne de Spartiates possédât seule toutes les terres de la Laconie , tandis que le reste de la population était chaque jour menacé de mourir de faim

'a66 CLÉOMÈNE.

et de misère, sans que personne lui tendit une main secourable ^ et pour commencer, il donna4ui-méme l'exemple de la tempérance et de la simplicité dans ses habillemens et sa manière de vivre.

Dès ce moment, vêtu du costume le

• plus modeste , on le vit seul et désarmé parcourir paisiblement les rues de Sparte, écoulant les plaintes de chacun , sans jamais rebuter personne. Ce fut ainsi qu il parvint à se faire chérir de tout le peuple , qui ne pouvait s'empêcher de comparer son affabilité à la dureté du roi son père, devant lequel personne ne paraissait qu'en tremblant. ^

 cetle époque , les épbores qui avaient mis à mort le pauvre Agis existaient encore ; et comme ils appartenaient à la classe des riches,, ces hommes putssans ne faisaient usage de leur autorité que pour persécuter les plus honnêtes gens du pays, et contemr le peuple par la terreur; mais Cléomène , indigné de leur cruauté , réu* nit cositre eux une troupe de soldats étran-

CLÉOMÈNE. a67

gers , car il ii'y avait guère de Spartiates qui osassent affronter ia colère de ces méchans , et leur ayant livré bataille , il tua quatre de ces tyrans et força le cinquième à sortir de Sparte avec quatre-vingts de ses partisans.

Alors V voyant que personne ne pouvait plus s'opposer à Taccomplissement de ses desseins généreux, il partagea toutes les terres de la Laeonie, sans en excepter les siennes propres , en quatre mille parts , qu'il distribua à autant de- citoyens de la ville et de la campagne ^ mais comme il ne voulait pas que personne, même parmi ses ennemis, pût l'accuser d'injustice , il réserva des portions de terres pour ceux qui avaient suivi le dernier épbore dans sa fuite, persuadé, disait-il , que ces bommes égarés reconnaîtraient tôt ou tard leur erreur. Après cela , pour montrer son res-^ pect pour les anciens usages, il allait appeler au trône un second roi , selon la coutume de Sparte, et avait déjà* jeté les yeux sur Archidamus, fils d'Agis , lorsque

a68 CLÉOMÈNE:

ce prince fut assassiné traîtreusement par

des ennemis de sa famille.

Cette révolution de Sparte , mes en fans, fut un grand événement pour toute la Grèce \ dans chaque ville , le peuple se flatta de voir les magistrats suivre Texemple de Cléomène, et partager ainsi les terres par portions égales entre tous les citoyens : les Achéens eux-mêmes chantèrent les louanges de ce prmce magnanime, qui voulait que^ sous son règne, tout le monde fût riche et heureux.

Cependant Aratus, voyant que Sparte, sous un prince si sage , ne pouvait manquer de devenir bientât forte et puissante, aurait, désiré que cette cité entrât aussi dans la ligue achéenne, dont , presque seule des villes du Péloponèse , elle ne faisait point encore partie. Il s^imagina que, sous un prince jeune encore, quoiqu'il eût déjà fait de grandes choses , rien ne lui serait plus facile que d'obliger Sparte à se soumettre aux Achéens ; mais il ne tarda pas à être détrompé 5 car ayant conduit contre

Cléotnèneune armée achéenue, il fut complètement défait au pied du mont LvcâE, Tune des principales montagnes de l'Arcadie , et perdit même plusieurs villes de ce pays , qui, jusqu'alors , avait appartenu aux Achéens. Le roi de Sparte acquit une grande gloire par cette éclatante victoire sur la ligue achéenne , et Aratus , au désespoir, fut forcé de lai demander la paix*

Or, quoique Aratus fût orné d'un grand nombre de belles qualités, il ne put se défendi^e d'une profonde rancune contre Cléomène qUi venait de le vaincre au mont Lycée^ et ne mit plus en doute que, sous un pareil prince , Sparte ne soumit bientôt tout te Péloponèse à sa domination* Aratus d'ailleurs n'était point un grand homme de guerre ; il avait bien, à la vérité, dans sa jeunesse , chassé les tyrans de Sicyone, et surpris les Macédoniens dans l'Acro-Gorinthus; mais ce n'est pas assea pour un général d'avoir du courage et de la résolution , il faut encore qu'il soit

doué d*un caractère prévoyant et de véritables talens militaires.

Dans cette extrémité , ce grand citoyen , qui avait rendu de si éminens services au Péloponèse, aveuglé par la fatale envie que lui inspirait Cléomène, oublia son ancien ressentiment contre les rois de Macédoine, et tourna ses espérances vers le fik d' Antigène de Goni , qu^il se flatta d'amener à s'unir aux Achéens, pour accabler les Spartiates , plus redoutables , à ses yeux , que tous les peuples du monde.

Le prince qui occupait alors le trône d'Alexandre-le-Grand portait, comme son père, le nom d* Antigène, et on l'avait surnommé Dosozr, ce qui voulait dire en grec QUI DONNERA , parcc qu'il avait l'habitude de faire les promesses les plus magnifiques , qu'il ne réalisait jamais. Vous pouvez juger par là quelle confiance devait inspirer cet Antigène ; car un homme, et surtout un roi, ne doit jamais manquer à sa parole.

Aratus connaissait Antigène - Doson ;

CLÉOMÈNÉ. 271

mais il aima mieux introduire de nouveau les Macédoniens dans le Péloponèse que de voir Cléomène remporter sur lui , et soumettre peut-être la ligue acfaéenne à la domination de Sparte. Aussi Toccasion d'accroitre sa puissance parut-elle trop favorable au Macédonien pour qu'il ne s'empressât pas de la saisir. Il accepta donc , sans hésiter, les ofifres d'Aratus , fit entrer une forte garnison dans la ville de Corinthe , dont cet imprudent lui ouvrit les portes , et franchissant aussitôt l'isthme , il conduisit une armée contre Cléomène , qu'il rencontra auprès d'une ville de Laconie, nommée Sellàsie, où fut débattue pour la dernière fois, entre les Spartiates et les Macédoniens, la domination de la Grèce. Cléomène y fut complètement vaincu par Antigone et les Achéens réunis^ et Sparte, qui, jusqu'à ce jour, n'avait jamais vu la fumée d'un camp ennemi , suivant l'expression de ses plus vieux ci- ' toyens, tomba au pouvoir des vainqueurs.

a7a CLEOMÊNE.

Antigone-Doson fut si glorieux de cette victoire de Seliasie, que, le jour même où il la remporta, Texcès de sa joie lut causa un vomissement de sang qui, quelques mois plus tard , le conduisit au tombeau ; mais, avant de mourir, pour que les Spartiates ne se relevassent jamais de leur défaite, il établit un tyran dans leur ville, afin de ruiner sans retour tout ce que Cléomène avait entrepris pour le bonheur de son pays. Quant à ce prince malhea* reux, obligé de quitter la Grèce pour échapper à la poursuite des Macédoniens, il chercha un refuge en Egypte avec sa famille et un petit nombre d'amis , auprès de Ptolémée-Évergète , qui régnait alors sur cette contrée.

Aratus , que sa honteuse jalousie contre Cléomène avait ainsi conduit à déduire lui-même , dans sa vieillesse , Tindépendance de la Grèce, qui avait été le but des travaux de sa vie entière, s'aperçut, mais trop tard , qu'au lieu d'avoir donné un

appui à la ligue acliéenne en appelant Antigone dans le Pétoponèse, il lui avait knposé un maitre ^ et cette' pensée dut rendre bien amères les dernières années de son existence.

274 LES iETOLIENS.

LES iETOLIENS.

Depuis l'an 222 jusqu'à l'an 2o5 avant J.-C.

Pendant que la ligue achéenne, fondée par Aratus , et déjà tombée sous- la domination d^Antigone-Doson , s'étendait sur la plus grande partie du Péloponèse , mes jeunes amis^ plusieurs autres peuples grecs que Tisthme de Corinthe séparait de TA* chaïe , dans l'espoir d'arrêter les progrès de la puissance macédonienne, avaient aussi formé une confédération qui prit le nom de ligue jetolienne , parce que c'était en iEtoIie qu'elle avait pris naissance.

Or , les iEtoliens étaient fiers et belliqueux. On racontait même que lorsque les Gaulois avaient envahi la Grèce, pour piller le temple de Delphes , ils avaient

LES iETOLlENS. 275

autant contribué que la foudre et les éclairs à la destruction de ces barbares. Les iEtoliens avaient vu avec indignation Ara tus appeler Antigone dans le Péloponèse, per* suadés avec raison que le prince macédo*nien, comme son aïeul et son père, ne cherchait qu'un prétexte pour s'emjoarer de la Grèce entière.

Il arriva précisément vers ce temps-là qu'Antigone-Doson mourut des suites de la joie que lui avait causée la victoire de Sellasie , et laissa le trône de Macédoine à un petit-fils d'Antigone de Goni, son parent , qui , à peine sorti de Tenfance , annonçait déjà Tesprit turbulent et ambi-* tieux de la famille des Poliorcètes , et prit avec la couronne le nom de Philippe III , parce qu'il était le troisième prince ainsi nommé qui régnât sur ce pays.

Les JEtoliens , jugeant que le moment était venu d'abattre lés Achéeus , privés de «l'appui d'Antigone , leur déclarèrent la guerre, et, conduits par leur stratège, nommé Scopas, ils franchirent Tisthme de

276 LES iETOLIENS.

G)rinthe, et s^ayancèrent en Achale, où ibèxercèrent toutcT^orte de ravages. Ara* lad essaya d'abord de* les repousser , maïs ce général , presque toujours malheureux à la guerre , ayant été complètement défait dans une bataille qui eut lieu auprès d'une Tille nommée Caphyes, les soldats achéens se dispersèrent devant les vainqueurs. Aratus se vit donc encore une fois dans la nécessité d'appeler à son secours les Macédoniens, dont le roi, tout jeune qu'il était , accourut à la tète d'une armée formidable, vainquit Scopas à diverses reprises 9 et repoussa les ennemis jusqu'en JEtolie , où il leur prit plusieurs villes.

Cette lutte acharnée entre les peuples grecs , où les Achéens combattaient d'un côté , et les ^toliens de l'autre , est ordinairement appelée la gderab des ueuï

tàlGUES.

Cependant 9 Cléomène, informé en Egypte des événemens dont la Grèce était le théâtre, avait appris en même temps que les Spartiates , fatigués d'obéir aux

LES iEÏOLlENS. a? 7

tyran%qu'Ântigone leur avait imposés , s'étaient unis aux £tolien3 contre Phi-* lippe, et il avait pris la résolution de retourner à Sparte, dan^ Tespoir de venger sur ce prince sa défoite de Sellasie.

Mais Ptolémée-É vergeté étant ipdrt sur ces entrefaites , son fils , Philopator , qui venait de lui succéder, ne voulut pas permettre au prince Spartiate de quitter VÉ*gypte. Ayant même été averti que , malgré sa défense, Cléomène se proposait de s'embarquer secrètement pour la Grèce t il le fit jeter en prison , où , peu de jours après , on le trouva égorgé ainsi que sa femme et ses enfans. Lès Spartiates qui avaient suivi leur roi en Egypte , furent indignés d'une pareille perfidie, et préférant la mort au malheur de survivre a un prince si généreux , ils s'entre-tuèrent tous jusqu'au dernier.

Cet événement délivra Aratus d'un rival"qu'il avait poursuivi avec tant d'acharnement ; mais il n «ut pas le temps de se félièiter de son triste triomphe , car ayant

BxsT. ÂirciEifirK. 5« éd. i6

»78 LES iETOLIENS.

adressé quelques remontrances à Pjjilippe sur la dureté avec laquelle il traitait les Grecs qui l'avaient appelé à leur secours , le Macédonien y> dont le caractère était violent et cruel, lui fit donner dans un repas ui^ poison lent qui devait le faire mourir en peu de temps.

Aratus , déjà parvenu à un âge avancé, et miné par un mal secret dont personne ne pouvait deviner la cause, languit encore plusieurs tnois, et expira enfin avec le re^et de voir la ligue achéenne menacée d'une ruine prochaine. Ainsi la Grèce perdit presque en même temps deux hommes dont rinimitié avait causé; la perte de leur patrie, que leur union aurait pu sauver.

Dans ces circonstances , les ^toliens et les Spartiates s'aperçurent promptement qu'ils n'étaient point assez forts pour résister à la puissance de Philippe , qui, devenu stratège des Achéens, aspirait ouvertement à la domination de la Grèce entière^ ils prirent alors le parti d'appeler à leur aide les Romains , ces étrangers qui

LES ^TOLIENS. , 1179

n'étaient encore connus des Grecs que par les ambassadeurs qu'ils aTaient envoyés à Corinthe ^ mais vous verrez bientôt, mes petits amis, ce qui résulta de cette impru* dence.

En effet , ces conquérans, dont la puissance était déjà formidable , et qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour envahir la Grèce, ne laissèrent pas échapper celle-ci, et ayant déclaré la guerre au roi de Macédoine et à la ligue achéenne, un de leurs généraux livra aux flammes les vaisseaux de Philippe, et obligea ce prince à leur demander humblement la paix , en donnant pour otage son fils aine , qui se nommait Démétrius.

Cette victoire des Romains fut un coup mortel porté à la Grèce, et c'en était peutêtre déjà fait de la liberté de ce pays y s'il ne se fût trouvé , parmi les Achéens , un officier nommé PuiLOPOBMEir, qui, avec plus de talens militaires qu'Aratus , détectait encore plus que lui le joug des étrangers".

a8o LE DEUIVIER DES GRECS.

LE DERNffiR DES GRECS.

Depuis Vâa 2o5 jusqu'à l'an 196 avant J.-C.

Philopoemeit avait décidé par son courage le gain de cette fameuse bataille de Sellasie^ où Antigone-Doson avait vaincu Cléomène. Depuis ce temps le roi Philippe j qui connaissait ses talens pour la guerre , Tavait souvent pressé de se donner entièrement à son service ; mais Phîlopomen aimait trop sa patrie pour jamais IV bandonner.

Ce grand citoyen était tellement simple dans ses vétemens , qu'un jour, étant entré dans une maison où il était invité à diner , la maîtresse du logis , qui ue lé connaissait pas ^ le prit pour le serviteur de Tun des conviés , et lui ordonna de se

LE DERNIER DES GRECS. 28 1 mettre à fendre du bois; ce qu^il fit aus«sitôt après avoir ôté son manteau. Je vous laisse à penser quelle fut la confusion de cette dame, qui avait souvent entendu parler de Philopœmen , lorsque son mari lui fit connaître Terreur dans laquelle elle était tombée. Mais le guerrier ne fit que rire de cette méprise, dont sa modestie ne fut nullement affectée.

Comparez maintenant, mes bons amis, cette glorieuse simplicité k Torguetl de certains enfans, qui rougiraient jusqu'au blanc des yeux s'ils étaient obligés de rendre un léger service qu'ils croient au-des* sous de leur amour-propre. Pensent-ils donc, ces petits orgueilleux, valoir mieux que le grand Philopœmen qui commandait des armées, et dont le courage arrêta seul un moment toute la puissance romaine ?

Depuis que les Spartiates , avec l'aide des ^toliens , s'étaient soustraits a la domination macédonienne, il s'était élevé parmi eux un tyran plus cruel que tous

aSa LE DERNIER DES GRECSceux dq^t je vous ai parlé jusqu'à présent; il avait nom Nabis, et surpassait en avarice et eo barbarie tout ce qu'on peut imaginer de plus affreux.

Cet homme atroce , ayant chassé de la ville la plupart des meilleurs citoyens pour s'emparer de leurs biens, fit construire une machine avec laquelle il prétendait qu'aucun homme ne pourrait résister à ses volontés.

C'était une statue à ressort , vêtue d'une robe magnifique, et qui ressemblait parfaitement à Apegâ , femme de Nabis : lorsque le tyran apprenait que quelqu'un avait en sa possession une somme d'or ou d'argent, il le mandait devant lui, et, lui parlant d'abord avec douceur, il cherchait à obtenir par ruse qu'il lui en fit l'abandon ; mais si l'homme qu'il prétendait dépouil* leropposaitquelquerésistance : a Eh bien !

« lui disait-il sans colère , nous allons voir « si vous pourrez résister à Apega. »

Alors on approchait la terrible statue, qui , ouvrant tout à coup de grands bras

LE DERNIER DES GRECS. ad) armés ^e pointes de fer cachées sous ses habits , embrassait étroitement le pauvre malheureux, et le serrait contre sa poitrine , aussi hérissée de pointes , jusqu'à ce que, vaincu par d'horribles souffirances, il consentit à céder tout ce qu'on exigeait de lui.

Vous aurez peine à croire peut-être que les Spartiates aient pu se soumettre à une si épouvantable tyrannie ^ mais le malheur leur avait ôté tout le courage qu'ils avaient eu autrefois , et ils ne savaient plus que courber la tête.

Ce fut Philopœmen , devenu stratège des milices achéennes , que le ciel suscita pour punir Tinfâme Nabis. Ce général, qui , comme Aratus , était l'ennemi de tous les tyrans , s'approcha' de Sparte à la tête d'une armée, et battit sans peine les troupes étrangères que Nabis avait rassemblées ; mais le vainqueur ne pensait peutêtre pas encore à faire périr ce misérable, lorsque les soldats mêmes que ce dernier avait pris à son service le tuèrent par tra-

%H t£ D£RNI£R D£S GEËCS.

bison , et délivrèrent la terre de cet abominable scélérat.

Philopœœen , profitant de la confusion que causa cet événement^ entra aussitôt dans Sparte avec son armée , et en traita d'abord les babitans avec douceur ; mais bientôt ceux-ci s'étant de nouveau déclarés contre les Acbéens , il revint dans leur ville « dont il fil; raser les murailles, congédia les soldats étrangers , et ne laissa plu^ dans ces ruines que quelques naalbeureux , indignes de porter le nom de Spartiates.

Telle fut la fin de cette ville célèbre , sur laquelle vous lirez ailleurs des histoires fort intéressantes , et qui expia si cruellement alors tant de siècles de gloire , parce qu'elle avait cessé de pratiquer ses anciennes vertus.

Cependant Philopœroen , qui était aussi habile que courageux , s'était aperçu depuis longtemps que lesJEtoliens n'étaient pas les ennemis les plus redoutables que la ligue achéeniie eût à combattre; les Ro-

LE DERNIER DES GRECS. «SS maÎQS, bien autrement puisaans que les premiers , depuis que Philippe avait été soumis par leurs armes, lui paraissaient beaucoup plus à craindre , et ils*rétaient en. effet, car ce peuple aspirait ouvertement à devenir le maître de tous les autres» -

De leur côté , les Romains avaient reconnu que tant que Pbilopœmen serait à la tête de^ Achéens , cet homme seul les empêcherait de s'emparer de la Grèce ; et il n'y eut pas dès lors de pièges qu'ils ne cherchassent à lui tendre : tantôt ils le brouillaient avec Philippe, afin que ce prince perBde le fit périr, comme il avait fait périr Aratu3 ; taoidt ib excitaient des révoltes dans les villes de TAchaîe pour lui susciter des embarras et des périk.

Ce fut ce dernier moyen qui leur réus-, sit : la ville de M$s9b»e, Tune des principales de la ligue, se sépara des Achéens, et leur déclara la guerre ; aussitôt Philo* pœmen s'avança avec des troupes contre les Messéniens pour les combattre ; mais

aa6 LE DERNIER DES ORECS.

ceux-ci , qui étaient les plus nombreux , euTeloppèrent Tarmée achéenne dans une étroite vallée , et ce généreux capitaine , ayant été séparé dtô siens en cherchant à leur ouvrir un passage , fut renversé de son cheval , et tomba au ppuvbir des en-* nemis.

Le chef des Messéniens , sans respect pour les cheveux blancs de Philopœmen , exposa ce noble vieillard aux insultes de la populace de Messène, et le fit ensuite conduire au supplice. A ce moment suprême, Philopœmen n'eut encore d'autre pensée que le, bien de sa pktrie; et lorsqu'on lui eut dit que ses soldats, par leur courage, s'étaient fait jour à travers les Messéniens : a Eh bien , dit-il , je meurs « content , puisque l'armée achéenne est a sauvée ! )>

Cette affreuse injustice attira de grands malheurs sur Messène : peu de temps après qu'elle eut été accomplie, les Achéens, furieux, s'étant emparés de cette ville, lapidèrent , c'est -à- dire assommèrent à

LE DERNIER DES GRECS. 287 t^oups de pierres, sur le tombeau de Philopœmen , tous ceux qui avaient contribué à sa mort. Les cendres de cet illustre citoyen furent portées en grande pompe à Mégàlopolis , sa patrie , Tune des villes d^ la ligue; partout tes peuples^ fondant en larmes , accoururent sur le passage de son cortège funèbre , et la Grèce entière porta le deuil de celui que Ton a nommé le dernier des Grecs, parce qu'en effet il fut le dernier qui combattit pour leur liberté.

tlSS l£S Jeux isthmiques.

^ Depuis l'an 196 jiisqu*à Tan 146 avant J.^. I

Depuis ks temps les plus anciens, mes bons amis, c'était l'usage que, tous les trois ans, les différons peuples grecs s'assemblassent auprès de Corinthe, pour y célébrer des jeux publics en l'honneur du dieu de la mer. On leur donnait le nom de jeitx ISTHMIQUES , parce qu'ils aTaient lieu sur l'isthme de Gorinthe.

Ces jeux, à la vérité, étaient bien faits pour attirer une grande affluence de peuple; c'était là que l'on distribuait des prix à ceux qui l'emportaient par leur adresse ou leur force, dans les courses de chariots, dans la lutte, la danse, et en général dans tous les exercices auxquels

LES JEUX ISTHHIQUES. %Sg

les jaunes Grecs s'aGcoutumai^it dès leur enfance , et qui les r^idaient ensuite si agiks et si intrépides à la guerre.

Les prix que Ton distribuait aux vainw quenrs n'étaient pourtant ppint une chose bien précieuse; ils. consistaient, lé plus souTent en de simples couronnes de feuil^ i&ge>.P^us glorieuse cent fois aux yeux des Grecs que si elles eussent été d'or où de pierreries , reçues en présenoe de tous leurs concitoyens^ qui applaudissaient à leur triomphe; on vit même plusieurs fois des rois venir les disputer, et s'enorgueillir de les avoir méritées.

Quelquefois aussi on élevait des statues dans les temples à ceux qui avaient obtenu des couronnes» ou bien Ton chantait leurs louanges dans les cérémonies publiques, pour inviter les jeunes gens à les imiter.

Vous trouverez peut-être fort extraordinaire, mes petits amis, que Ton attachât alors tant d'importance à être {dus fort, plus agile, oa plus adroit que les autres dans des exercices favorables Bans

uisT. AiraEirn£. 5* bq. jn

ftgo LES JEUX ISTHMiQUES;

donfte à la janlé^ mais si fort au-dessous de ceux de Téfeude et de l'inteiHigence. Cest qu'alors la forée du coi^ décidait sooTent des afibires piiUiques, tandis qu^ujourd'iuii ce soiit l#^ eottnaisçancea de l'esprit et 1^ bonkie éducation qui dietinguent les hommes et les font valoir.

. C/étak le temps^ ou devaient se célébrer les jeux Isthtntques f malgré les maliiears «Ui pays, une- foule consfdéraUe, aecowue de toutes lesps^i^lies 4^ ,1a. Grèce , se trouvai! réunie à Gorinthe : ou voyait là des JEtôlieits au visage farouche et bruni par le*soleil et la guerre; des Âchéens, in* quiets de l'avenir et attristés d'avoir perdu leurs plus généreux citoyens ; quelques Spartiates échappés à la crua^é de Nabis ^ eten^n up certain nombre de Romains, qui Tenaient jouir dur spectacle de la Grèce avilie, plutôt que de cçlui des jeux.

Tout à coup un héraut mcHita sm* le théâtre, où ne paraissaient habituellement que les comédiens chargés de divertir le peuple , et proclama à baate voix « que

« les Romains et Qmuxus FxiauRivs j leur a ipéjiéral, ayant yaincu Philippe et les « Macédoniens, déclaraient les villes de ta tt Grèce libres, et entendaient qu'elles se f( gouvernassent par leurs propres lois, n

Je ne saurais yous exprimer, mes enfans, quels transports de joie ces paroles èsei*^ tèreat dans toute rassemblée : on n'enten-* dit de toutes parts que des cris d'allégresse et des "trépignemens ^ chacun des Orecs crut renaître à la vie , parce que les Romains leur promiEfttateftt la liberté ; mais ils né s'a|)ercevaient pas que si Rome leur permettait alors d'être libres, un jour aussi elle pouvait leur ordonner d'être esolaves.

En effet, peu d'années après ^ de nou* Telles guerres s'étant éleTées en Grèce, Flaminius ruina facilement les iBtoliens, qui , enfin détrompés silr leurs dangereux alliés , avaient imploré le secours d'AN- TiOGHtrs , roi de Syrie , le dernier des Se»

leucides ; mais ce prince , vaincu par les Romains dans Un lieu célèbre de la Grèce, nommé les Tbeehoptlbs, fut obligé de

%g^ LES JEUX ISTHMIQUES.

retoarner en Asie, pour défendre ses propres États 9 dont ces mêmes conqnérans «^emparèrent peu de temps après.

Plusieurs royaumes se formèrent alors des débris de l'eropive queSéleucus-Nicator avait aalrefois fondé en Asie , après la bataille dlpsus.Les plus célèbres furent ceux de Poht, de Pb^gàmb , de BirHnriE , D^AniuuriB, et enfin cetui des Paithes, dont vous entendrez souvent pariCr dalUs d'autres histoires.

Vers le mémeteinpa , Pbuév, second fib de Philippe III , devenu roi de Macédoine après la mort de son père, et par le meurtre de Démétrius, son frère aîné, fut défait par un autre général romain nommé Paul Émilb, et conduit à Rome , ou il périt misérablement dans un cachot.

Il ne restait plus debout que la ligue achéenne, déjà chancelante depuis longtemps, et dont la ruine paraissait de jour en jour plus inévitable; mais quelque temps après la chute de Persée^ les Ro* mains, oubliant leurs promesses, et ayant

trouvé ua prétexte pour la détruire, ren* versèrent de fond en comble les principa* les villes du Péloponèse, et saccagèrent enfin la riche Corintbe , dont ils emportèrent les statues et les tableaux, quoiqu'ik fussent bien loin alors d'en apprécier tout le mérite. Les maisons de cette ville devinrent la proie dçs flammes \ ses murailles furent rasées jusqu'aux fondations; les femmes et les enfans furent vendus et emmenés en esclavage , et les hommes moururent presque tous dans la captivité.

Alors la Grèce entière fut réduite en province romaine , c'est-à*dire que les Romains y commandèrent seuls en maîtres; et on lui ôta jusqu'à son nom , pour lui donner celui d'AcHAÎE, sans doute parce que les Achéens avaient été les derniers Grecs qui eussent défendu leur liberté contre les armes romaines.

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