‹ L'histoire ancienneChapitre 7 sur 49 · LES MONUMENS DE L'ÉQYPTE · texte numérisé non relu

LES MONUMENS DE L'ÉQYPTE

concitoyens, conduisit une colonie dans un beau pays d'Europe, alors peu connu, et auquel on donna plus tard le nom deGiuÈGE, Cécrops y porta en même temps les arts et les inventions de TÉgypte, et devint le fondateur de plusieurs villes, dont la plus célèbre fut Athènes, sur laquelle vous apprendrez, par la suite, bien des histoires remarquables.

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Depuis ^an 718 jusqu'à l'an 67 1 avant J.~C.

Depuis les temps les plus anciens , mes petils amis, tous les habitansde TÉgypte étaient partagés en trois classes, également utiles et respectables. La première était celle des prêtres, qui seuls possédaient Tart de se servir des hiéroglyphes, déchiffraient cette écrJiture mystérieuse , observaient le cours des astres , et présidaient aux sacrifices que Ton oGTrait aux divinités du pays : quoiqu'ils fussent en petit nombre, ils* possédaient à eux seuls le tiers des terres du royaume.

La seconde classe était celle des guerriers, qui n'avaient d'amre occupation, d'autre science que celle de défendre leur patrie contre les ravages des Éthiopiens et

3o SÉTHOS.

des peuples pasteurs qui avaient autrefois envahi l'Egypte. Ces guerriers , comme je vous Tai dit tout à Theure, possédaient aus9t le tiers des terres du royaume, dont le.féste appartenait entièrement aux rois.

Le peuple enfin , c'est-à-dire les marchands, les ouvriers, les artisans de toute espèce, formaient la plus nombreuse et la dernière classe des habitans de TÉgypte.

Ceux-là n'apprenaient ni à lire ni à écrire; leur caractère était craintif, leurs mœurs farouches, et ils ne savaient qu'obéir et souffrir en silence.

Ces pauvres gens ne possédaient pas le plus petit coin de terre; ils vivaient à demi nus, se nourrissaient de quelques légumes grossiers , et n'avaient d'autre abri que les 'portiques des «temples, ou des huttes fra-* giles de paille et de feuillage. La plupart du temps ils n'échappaient aux plus affreuses privations, qu'en se livrant aux travaux pénibles et dangereux que leur imposaient, pour un modique salaire , les orgueilleux Pharaons, qui construisirent les pyramides^

SÉTHOS. 3i

et couvrirent l'Egypte* des gigantesques monumens de Thèbes et de Memphis. Vous pouvez même vous rappeler à cette occasion d'avoir lu , dans l'histoire dé Mofte^ que le cruel Aménophis ordonnait à ceux qui faisaient travailler les Hébreux pendant ' leur captivité en Egypte, de redoubler de rigueur envers ces infortunés , afin qu'ils périssent en plus grand nombre, et que leur nation fût promptement exterminée.

Maintenant il faut que je vous dise, mes bons amis, qu'en Egypte, lorsqu'un roi venait à mourir, ce n'était pas toujours son fils ou son plusprocbe parent qui lui succédait sur le trône ; le plus souvent, les prêtres choisissaient parmi eux, sans consulter le peuple ni les guerriers, celui qui leur paraissait le plus digne de recevoir la couronne , et comme ils étaient plus sa vans et plus respectés que tous les autres Égyptiens, chacun s'empressait de souscrire au choix qu'ils avaient cru devoir faire.

Or, il arriva qu'un Éthiopien, nommé Séthos , fut élevé au trône par le choix des

3a SÉTHOS.

prêtres, parce qu'^ avait été instruit luimême dans les mystères de la religion d^Osiris, et possédait la plupart des sciences seci^tes interdites au reste de la n&tion.

Sélhos ayait donc beaucoup de savoir et d^habileté, mais il était en même temps fier envers les guerriers, sans pitié pour le pauvre peuple et insatiable de richesses. Il dépouilla les premiers de toutes les terres que le grand Sésostris avait distribuées à leurs ancêtres , et surchargea les seconds de travaux si pénibles, qu^en peu d'années plusieurs provinces de FÉgypte se trouvèrent presique entièrement dépeuplées.

Mais tandis que l'inflexible Séthos accablait ainsi sans pitié cette nation malheureuse, il apprit tout à coup qu'une grande armée d'Assyriens , comme celle qui avait envahi plusieurs fois la Judée, ainsi que je vous Tai raconté dans THistoire sainte , s'approchait de FÉgypte, conduite par un roi , nommé Sennachérib , qui était le petit-fils de Salmanasar, le destructeur du royaume d'Israël.

Je n^essaierai points mes enfans, de vous peindre Teffroi de TEgypte entière et de Séthos lui-même, en apprenant cette fatale nouvelle^ mait ce fut bien pis encore, lorsque les guerriers qui haissaicint ce prince à cause de ses injusdces, déclaré** rent qu'ils ne prendraient point les armes en sa fftveur contre les Assyriens, et que chacun d'eux attendrait paisiblement dans sa demeure le maître qu'il plairait aux dieux d'imposer à l'Egypte.

Mais Séthos, tout avide et orgueilleux qu'il était, ne manquait pas de courage, et se voyant ainsi abandonné de ceux dont le devoir était de défenc^e leur patrie, il réunit autour de lui un petit nombre de marchands, d'artisans et de gens de la lie du peuple, inhabiles à manier les armes, et se mettant à leur tête, il s'avança jusqu'à Péluse, où déjà l'armée de Sennacbérib couvrait au loin le rivage d'une multitude de tentes.

A l'aspect d'un ennemi aussi supérieur en nombre, Séthos, voyant sa petite troupe

tomber dans le découragement, eut recours à un artifice que lui suggéra'le respect que les Égyptiens professaient pour ses moindres paroles^ il leur annonça qu'il allait recevoir du ciel un secours extraordinaire, et par cette espérance , qu'il ne partageait sans doute pas lui-même , il retint autour de lui ses soldats prêts à prendre la fuite.

En effet, il arriva précisément, pendant la nuit suivante, qu'une multitude innombrable de rats , se répandant tout à coup dans le camp des Assyriens, rongèrent en quelques heures , avec la voracité propre à cette race d^animaux , les cordes de leurs arcs, les brides d# leurs chevaux, et jusqu'aux courroies de leurs boucliers , dont ils se trouvèrent dans l'impossibilité de faire aucun usage: Les- Assyriens se voyant ainsi désarmés , et assaillis sous leurs tentes par cette espèce d'ennemis qui ne leur laissaient pas un seul instant de repos , prirent la fuite avec précipitation , persuadés que quelque divinité malfaisante et favorable aux Égyptiens avait suscité contre eux les

nouveaux adversaires contre lesquels ils étaient sans défensQ.

Les Égyptiens profitèrent habilement de cette terreur subite de Tarmée de Sennachérib, pour tuer un grand nombre d'Assyriens , et Sëthos ne manqua pas de répandre dans toute TÉgypte que l'invasion des rats était le secours miraculeux qu'il avait attendu du ciel : pour consacrer à jamais le souvenir de cet événement, il 5e fit ériger,, dans un temple de Memphis, une statue qui le représentait tenant dans sa main droite un gros rat, avec une inscription ainsi conçue :

Apprenez , ei9 me voyant , k respecter LES Dieux !

DepuU TaB 671 jusqu'à Tan 6-17 avant J.-C.

LVir des soins les plas eonstans des rois et des prêtres égyptiens^ mes petits amis, avait été, dans tous les temps, d'inspirer au peuple et aux guerriers de cette nation une profonde horreur pour les étrangers, qu'ils confondaient , dans leur ignorance , avec les Hycsos et les barbares qui avaient autrefois subjugué TÉgypte. Ils n'avaient pas une aversion moins prononcée contre la mer, qu'ils regardaient comme l'ennemie de leur patrie, parce qu'elle avait autrefois couvert de ses flots le Delta, leur plus riche province; et leur répugnance pour la navigation était telle, que lorsque la tempête ou le hasard jetait sur leurs rivages quelques malheureux marins^ ils étaient aussitôt im-

LE LABYRINTHE DE MEMPHIS. 37 pitoyablement égorgés par la populace,' comme des êtres d^gereux et nuisibles.

Il y avait déjà plusieurs années que le roi Séthos avait cessé de vivre, et personne en» core n'avait été choisi pour prendre place a a trône qu'il laissait vacant, lorsque douze seigneurs, voyant TÉgypte livrée à tous les malheurs qui suivent infailliblement l'anarchie, c'est-à-dire cet état violent où aucune autorité n'est assez forte pour se faire craindre et respecter , résolurent de s'emparer du souverain pouvoir , et de gouverner le royaume d'un commun accord.

Unis par une sincère et généreuse amitié , ces douze princes , pour ne point se séparer , se firent élever auprès de Memphis un palais , ou plutôt un édifice immense formé de douze palais , communiquant l'un avec l'autre , et renfermant un si grand nombre de vestibules , d'appartemens, de cabinets, de portes, de galeries, d'escaliers, de^corridors , que lorsqu'on y était entré, il devenait presqu'impossible de ne pas s'y égarer. Au-dessous

HI8T. iirriENifx. 5« io. 3

de ce vaste monument , un pareil nombre de palais souterrains, contenant, dit-an , quinze cents chambres différentes , étaient destinés à servir de sépulture aux douze vois j et d'habitation aux crocodiles et aux autres animaux sacrés. Cet édifice gigan* tesque portait le nom de labyrinthe , et e^e^ de là qu'est venu l'usage d'appeler ainsi un jardin dont les allées se croisent en tant de sens différons, que ceux qiii le parcourent craignent bientôt de ne ptus pouvoir en sortir.

Or» quelle que fût auparavant Tunion des douae princes qui régnaient ensemble sur FEgypIe , depuis qu'ils s'étaient partagé le pouvoir suprême, une défiance mutuelle s'était glissée entre eux , et ils consultèrent secrètement un des plus savans prêtres de Memphis, qui leur prédit que celui des douze qui ferait des libations à Osiris dans un vase d'airain , deviendrait seul maître de l'Egypte : mak vous ne savez sans doute pas ce que c'était qu'une « libation », et je vais tâcher de vous en donner une idée*

LE LABYRINTHE DE MËMPHW. % Lorsque lies Égyptiens offraient des sacrifices à leurs dieux, il était d'usage que les assistans, pour rendre la divinité favorable à leurs prières^ répandissent sur Tau-* tel des vases remplis de lait, de vin ou d'autres liqueurs parfumées. C'était ce qu'on appelait alors faire des libations, et dans chaque temple des coupes d'or ou d'argent, destinées à cet usage, étaient préparées auprès de l'autel.

Un jour donc que les douze princes étaient réunis dans un temple de Mempbts pour offrir un sacrifice, lorsque le moment fut venu de faire les libations, on ne trouva que onze coupes d'or , et l'un de rois , nommé Psamméthique , afin de ne point retarder le sacrifice , prit son casque qui était d'airain , et s'en servit pour accomplir cette cérémonie. Mais cette circonstance rappela tout à eoup à toi» les assistans la prédiction qui leur avait été faite à ce sujet , et de ce moment Psammétbique, devenu odieux à ses anciens amis , fut contraint de fuir précipitamment leur pré-

sence, pour ne point être tué par leur ordre, et de se réfugier dans une prorince éloignée où , sous un déguisement obscur, il attendit patiemment que quelque événement inattendu le tirât de cet exil.

A quelque temps de là , comme il se promenait sur le bord de la mer , rêvant sans doute au malheur dans lequel il était tombé , il aperçut à peu de distance un navire étranger qu'une furieuse tempête venait de briser sur le rivage, et remarqua que les hommes échappés au naufrage étaient couverts d'armures de fer :

il se souvint alors qu'on lui avait prédit dans sa jeunesse , que la mer amènerait un jour à son secours des hommes d'airain qui changeraient sa fortune. Plein de confiance dans cette prédiction , il alla au-devant de ces étrangers , se mit à leur tête y et, grâce à leur courage, ayant défait complètement l'armée des onze rois , qui périrent tous dans la bataille , il se trouva seul maitré de l'Egypte , sur laquelle il régna avec sagesse pendant trente-neuf ans.

L£ LABYRINTHE OË MEMPHIS. 41 Depuis ce temps, mes bons amb, les Égyptiens cessèrent de se montrer cruels envers les navigateurs qui abordaient leurs rivages ; eux-mêmes apprirent des étrangers à construire des vaisseaux avec lesquels ils se livrèrent au commerce qui les enrichit , et le successeur de Psamméthique , appelé Néghao , que vous retrou-* verez peut -être un jour dans d'autres livres , fit entreprendre , par des marins de sa nation , une des plus longues navigations dont il soit question dans l'histoire des peuples de l'antiquité.

A présent que je vous ai raconté de rÉgypte tout ce qui m'a paru devoir vous intéresser, nous allons passer en Asie, qui fut , selon toute apparence , la première partie du monde habitée par les hommes, puisque c'était auprès des sources du Tigre et de l'Euphrate qu'était situé le paradis terrestre, où Adam et Eve vécurent si heureux avant leur péché.

Depuis l'an aSoo jusqu'à Tan 1993 avant J.— C.

Il y avait autrefois en Asie un homme qui était si passionné pour la chasse, qu'il employait sa rie entière à poursuivre les bétes fauves dans les forêts : il se nommait NBMROi>-i.B-CHAS8EtiR , et passait pour être Tun des descendans de Cham.

Or il ne faut pas croire que Nemrod , en se livrant à la chasse avec cette ardeur, n'eut pas d'autre idée que de détruire les animaux sauvages : sous ce pré* texte, il réunissait autour de lui un grand nombre d'hommes jeunes et robustes qui, toujours armés pour cet exercice, prirent l'habitude d'une vie rude et laborieuse, et s'accoutumèrent à obéir au chef qui les

NEMROD-LE-CHASSEU». 4^

dirigeait dans leurs courses, de sorte qu'ua certain jour ils proposèrent à Netnrod de le faire roi , et celui-ci , qui surpassait tous ses compagnons par son courage et son habileté , y consentit avec plaisir.

Alors le grand chasseur cessa de parcourir les campagnes à la poursuite dat bétes fauves ; il apprit à ses sujets à abat tre les forets dont la terre était encore couverte, et leur persuada de bâtir une ville au lieu même où, avant la dispersion des hommes , les fils de Noc avaient entre* pris la fameuse tour de Babel que 0ieu ne leur permit pas d'achever.

Ce fut donc dans cet endroit que Nemrod jeta les fondemens de Tune des plus grandes villes qui aient jamais existé, et à laquelle il donna le nom de BAiTLoirt ; il la construisit sur les bords de TEuphrate, et a peu de distance d'un vaste pays ap^ pelé terre de Sbkkaar , où les hommes s'étaient établis après le déluge. Les peuples qui habitaient la eontrée voisine de Babylone reçurent le nom de Châlbéeks ,

et vous pouvez vous rappeler que ce fut

de la Chaldée que Dieu appela Abraham ,

pour lui ordonner d^alier habiter la terre

sainte.

Maintenant , mes enfans , vous serez sans doute surpris d'apprendre que ces peuples antiques , dont l'histoire nous est à peine connue, furent les premiers in- Tenteurs de Tune des sciences les plus difficiles que les hommes puissent cultiver : je veux parler de I'àstron omib , étude qui a pour objet la connaissance des astres.

Sous le beau climat de PAsie, où le ciel est toujours pur et serein , c'était l'usage , dès ce temps-là , que les bergers qui menaient paître leurs troupeaux dans les plaines de la Chaldée , passassent toutes les nuits en plein air, sans autre abri qu^une tente légère faite de peaux de bétes ou de branches d arbres. Ces bergers , dans leur solitude , prirent la coutume d* examiner avec attention les astres qui brillaient au ciel ; ils remarquèrent que les étoiles pouvaient les aider à se diriger dans les voyages

qu'ils étaient obligés de faire à travers les immenses pâturages de la Chaldée , et c*est de leurs observations que se sont formées les premières notions de l'astronomie , qui est devenue par la suite une science intéressante et indispensable pour la navigation et la géographie. Ainsi les Ghaldéens furent les plus anciens astronomes ^ ce fut par eux que les premières découvertes qu'ils avaient faites furent portées en Egypte, et successivement dans les autres pays du monde , où des hommes laborieux qui les recueillirent s'adonnèrent à les étudier avec persévérance.

Mais cette invention qui aurait dû faire comprendre à ces peuples la puissance infinie de Dieu, seul et véritable créateur des merveilles qu'ils observaient, les fit tomber au contraire dans une erreur grossière : pénétrés d'admiration et de respect pour les corps lumineux qui brillaient audessus de leur tête, ils s'accoutumèrent à les adorer comme des divinités , et donnèrent ainsi naissance à une fausse religion,

/, 6 NEiJrOD^LE-CH ASSEUR.

que l'on nomme le sabéisme , et qui n'est autre que l'adoration des asires : ils dressèrent des autels au soleil , auquel ils rendirent un culte sous le nom de Baal, ce qui , dans leur langue, roulait dire roi ou seigneur : bientôt après ils poussèrent Tex* travagance jusqu'à rendre les mêmes bon* neurs aux princes qui les avaient gourer^ nés, ou aux hommes ingénieux qui leur avaient enseigné quelque connaissance utile. Le grand cbasseur Nemrod fut , diton ^ mis au nombre des dieux et confondu avec Baal. L'un des plus anciens temples du monde lui fut élevé par les Cbaldéens, à Babylone même qu'il avait fondée , et où , dans une tour d'une hauteur considérable , leurs prêtres continuaient leurs ob* servations astronomiques. Toile fut, mes petits amis, l'origine de l'idolâtrie dans laquelle les Israélites eux-mêmes se lais« seront si souvent entraîner ; et si vous avez déjà étudié la Mythologie , vous pouvez aisément reconnaître y dans ce que je viens de vous raconter, la source de la

plupart (les fables dont elle est remplie.

Vers le même temps un autre homme puissant, nommé Assue, qui était au^si originaire du pays de Sennaar, et l'un des descendans de Sem , le premier des fils de Noé, bâtit sur les bords du Tigre une nouvelle ville, à laquelle il donna le nom de NiNivE : tout le pays environnant prit celui d'AssYRiE , ou royaume des Assyriens. *

Il se trouva donc presqu'à la même époque , et dans la même partie du monde , deux empires fondés par des descendans de Noé, qu'il est aisé de distinguer Tun de l'autre ; mais celui des Chaldéens ne fut pas de longue durée, car peu d'années après la mort de Nemrod, un roi de Ninive, qui avait nom Bélvs , s'empara de Babylone , fit tuer le prince qui régnait sur cette ville, ainsi que toute sa famille, et assujettît sans retour le royaume des Babyloniens à la domination assyrienne.

Depuis Tan 1968 jusqu'à l'an 1916 avant J.-C.

Le fils de Bélus, mes petits amis, ne fut pas un prince moins illustre que son père :

sous son empire , la domination des Âssy* riens s'étendit sur une grande partie de FAsie, qu'il conquit par la force de ses armes. Secondé par un peuple voisin que Ton nommait les Arabes, il soumit l'Egypte , la Syrie, ainsi que plusieurs autres pays que nous apprendrons à connaître plus. tard, et réunit de grandes armées qui traînaient après elles plusieurs milliers de chariots armés de faux : ainsi les hommes , qui depuis peu de siècles seulement avaient ap-

3VmUS, ROI D'ASSYRIE. 49

pris à se bâtir des maisons, connaissaient déjà Part de fabriquer des armes tranchantes pour s'entre-détruire.

Je TOUS prie de remarquer , mes enfans, à propos des Arabes qui secondèrent Ninus dans^ses entreprises et contribuèrent ainsi à l'accroissement de la puissance assyrienne, que ces peuples n'étaient autres que les anciens Ismaélites, cette nation farouche et guerrière qui tirait son origine d'Ismaêl, fils d'Abraham, que sa mère Agar porta tout enfant dans le désert pour obéir aux ordres de Dieu , ainsi que je vous Tai raconté dans THistoire sainte.

Cependant Ninus, parvenu par ses conquêtes au comble de la gran^^ur, avait choisi Ninive pour en faire la capitale de son vaste empire , et il prenait plaisir à Torner de palais magnifiques et de somptueux édifices ; c'était là qu'il assemblait ses armées lorsqu'il voulait entreprendre des guerres lointaines, et ajouter de nouvelles provinces à son royaume.

Un jour que ce prince assiégeait la ville

5o WmUS, ROI D'ASSYRIE,

de Bâctabs , capitale de la Bactriaste , Tune des plus riches ccMatrëes de TAsie , it aperçut sur les murailles' dont cette ville était entourée, une femtife qui lui parât si merveilleusement belle, qu'il voulut à l'in** stant même savoir qui elle était. On lui répondit qu'elle se nommait Sêmiramis, et que son mari était précisément le gouverneur de la ville : il apprit en même temps que la beauté de Sémiramis , tout admi-* rable qu'elle lui paraissait, n'était que le moindre des avantages dont la nature Ta-^ vait comblée; on lui rapporta que, dans son enfance, cette dame ayant été aban^ donnée par ses parens dans une forêt , avait été nourrie comme par miracle par des colombes. Je n'ai pas besoin de vous dire que c'était un conte que Ton faisait là au roi, puisque cela est tout à fait impossible ; mais les anciens peuples ajoutaient foi à beaucoup d'autres récits non moins diffi* ciles à croire, et tians la langue que Ton parlait alors en Asie , le mot de Sémiramis voulait dire Colombe.

NINUS, ROI D'ASSYRIE. - 5i Ce récit ne fit qu'irïitcr.chez le prince assyrien le désir de connaître cette femme dont on racontait des choses si extraordinaires, et lui faire regretter qu'elle eut un mari ; mais la ville ayant été prise peu de jours après , Ninus , informé que le gou-* verneur avait péri dans le combat, se hâta d'épojiser la^ belle veuve , dont il eut un fils, qui reçut le nom de Nintas.

Je dois vous dire à présent , mes petits amis, que cette femme qui était douée de tant de brillantes qualités avait cepen* dant de terribles défauts^ car la bonté n'accompagne pas toujours les cbarmes de la figure , et ce n'est pas assez d'avoir de l'esprit , des grâces et des talens, si Ton ne possède en même temps un bon cœur et un caractère aimable.

Sémiramis , au contraire y était fière et ambitieuse \ lorsqu'elle se vit assise à cdté de son nouveau mari sur le plus puissant trône du monde , il lui prit envie de régner seule, et le pauvre Ninus, qui se croyait le plus heureut des hommes d'être

devenu son époux, ne tarda pas à être cruellement puni de son imprudence.

Cette femme adroite lui ayant une fois témoigné le désir de gouverner seule Tem- , pire d'Assyrie pendant cinq jours seulement , pour mieux apprécier toutes les douceurs de la royauté , le roi , qui ne savait rien lui refuser, ordonna que pendant ce temps tous les officiers de son palais et de ses États obéiraient à Tinstant < même à Sémiramis, quelque chose qu'elle leur commandât. Mais le faible Ninus n'eut pas plus tôt donné cet ordre, que cette princesse perfide le fit, à Tinstant même, saisir par ses propres gardes el plonger dans une sombre prison, où, peu de jours après, on assure qu'il fut mis à mort.

Après ce crime odieux , Sémiramis se trouva l'une des plus grandes reines de la terre •, mais le malheur vint s'asseoir avec elle sur le trône , car d'insupportables remords empoisonnèrent cette grandeur qu'elleavait tant désirée, et elle croyait voir

sans cesse devant ses yeux la figure pâle et irritée de Tinforluné Ninus qui lui reprochait son ingratitude. Cette image cruelle ne la quittant plus ni jour ni nuit, elle imagina de consulter un oracle, c*est-àdire Tun des prêtres des faux dieux de Babylone , qui passaient pour savoir prédire Tavenir, et le supplia de lui indiquer ce qu'elle devait faire pour échapper à cet effroyable tourment : mais Toracle, pour toute consolation, lui répondit que son fils Ninyas serait la cause de sa mort.

Alors cette princesse reconnut que le sort dont elle était menacée était le juste châtiment de sa cruauté envers Ninus , et elle détesta une puissance qui n'avait plus pour elle que de Famertume.

Cette histoire doit vous apprendre, mes enfans, qu'une mauvaise action ne peut jamais être profitable, à cause des regrets qu'elle laisse toujours après elle.

Depuis l'ati 1916 jusqu'à l'an 1874 avant J.-C.

Les remords de Sëiniramis , et le souTe* nir cuisant du crime qu^elle avait commis, ne Tempéchèrent pourtant point d'illustrer son règne par un grand nombre d'actions célèbres. L'un de ses soins les plus importans fut d'orner la ville de Ba-^ bylone d'un grand nombre de monumens, dont il existe encore aujourd'hui des débris fort remarquables ; le temple de Bélus , commencé par les prêtres chaldéens pour continuer leurs observations astronomiques , fut entouré par elle d'une haute et forte muraille, et devint le dépôt des richesses et des trésors qu'elle recevait de toutes les provinces de son empire. Elle l'avait

SÉMIRABIIS. 55

fait surmonter de huit tours , qui , placées les unes sur les autres, formaient une élé* vation considérable, d'où Ton pouvait découvrir au Ibin tout ce qui se passait à une grande distance.

Ces tours renfermaient une multitude de statues, de tables, d'omemens^ de vases et d'encensoirs d'or et d'argent , non moins admirables par le travail que par la matière. On dit qu'une seule de ces sta-^ tues , tout en or massif, n'avait pas moins de quarante pieds de hauteur ^ mais il ne faut pas , mes petits amis , croire aveuglé»

ment tout ce que Ton nous raconte de tant de merveilles ^ ces récits , pour être vrai^ semblables , ressemblent beaucoup trop à ces contes des fées où l'on ne parle que de pierreries et d'escarboucles en si grande quantité qu'il semblerait, en vérité, que dans ce temps-là les diamans et les rubis étaient aussi communs que le sont aujourd'hui les cailloux de la rivière.

L'un des plus fameux ouvrages de Semiramis à Babylone fut la construction de

magnifiques terrasses couTertes d'une riche verdure, que les anciens appelaient des jardins suspendus : ce devait être , en effet, un admirable spectacle que celui d'un si grand nombre de beaux arbres qui, plantés comme par enchantement à une élévation prodigieuse, formaient en Tair des forêts embaumées, où des milliers de petits oiseaux faisaient entendre leur ramage, et à travers lesquelles coulaient des ruisseaux limpides dont les eaux étaient amenées à cette hauteur par des machines ingénieuses. On arrivait par de superbes escaliers à ces jardins , où les plus belles fleurs et les meilleurs fruits se présentaient en abondance, comme dans un nouveau paradis terrestre.

Les murailles de Babylone, commencées par Nemrod , furent aussi terminées par Sémiramis , et leur construction n'est pas moins célèbre que celle des jardins suspendus; quoique d'une grande élévation , elles étaient tellement larges, que deux j ou trois chariots attelés de plusieurs che«

vaux pouTaient y courir sans danger comme sur une grande route.

Un magnifique pont sur l'Eupbrate, qui traversait la capitale, et aux deux extrémités duquel s'élevaient de vastes châteaux , ainsi que cent autres travaux non moins considérables, furent entrepris et achevés à Babylone et dans tout T'empire par Sémiramis, qui y employa, dit-on, plusieurs millions d'hommes : cette ville devint par .ses soins la première du monde , et jamais règne n'eût été plus glorieux que le sien , si toute cette grandeur n'eut pas été achetée par un lâche oubli de tous les bienfaits qu'elle avait reçus de Ninus.

Au milieu de tant.de travaux et de soucis, Sémiramis ne négligeait pas ses armées, que plusieurs fois elle conduisit ellemême à la guerre , et dans lesquelles elle faisait régner une discipline exacte et sévère. Un jour qu'elle était à sa toilette, car elle aimait la parure comme presque toutes les dames, on vint lui apprendre qu'une révolte éclatait parmi ses soldats ;

58 SÉMIR/lMis.

aussitôt elle se rendit au milieu du camp rebelle, encore à demi coiffée, punit sévèrement les chefs de ce tumulte , et par sa fermeté fit à Tinstant rentrer les matins dans le?devoir.

En mémoire de cet événement, on lui éleva une statue où elle était représentée ainsi décoiffée , pour rappeler à la fois son courage et sa célérité.

Cependant le temps approchait où Toracle qui la menaçait de son propre fils devait s'accomplir, et elle apprit avec douleur que des officiers de sou palais, sous prétexte de venger la mort de Ninus, avaient formé un complot contre sa vie, pensant être agréables à Ninyas, quoique ce jeune prince n'en fût point in* formé.

Cette nouvelle acheva de la dégoûter de l'empire, dont ses remords lui rendaient le poids chaque jour plus insupportable; elle résolut alors de se retirer secrètement dans le tombeau de Ninus, pour y pleurer son crime et passer dans le deuil le reste

SÉMIBAMIS. 59

de sa vie. En effet , peu de jours après elle disparut sans que personne sût ce qu^elle ëlait devenue, et ce ne fut qu'au bout de plusieurs années que Minyas apprit ie triste sort de sa mère , qu'il regrettait amèrement; il lui fit rendre les-honneurs funèbres, et ériger un temple somptueux où elle fut adorée comme une divinité par les Assyriens, qui ne pouvaient croire qu'une femme qui avait accompli de si grandes choses ne fût pas au-dessus d'une simple mortelle.

Son corps fut déposé à Babylone, dans un tombeau magnifique , où elle avait ordonné qu'on gravât , après sa mort , cette inscription qu'elle avait composée ellemême dans cette intention :

« La nature m'a donné le corps d'une « femme, et mes actions m'ont rendue « l'égale des hommes les plus vaillans ; j'ai « gouverné l'empire de Ninus, qui s'étend « sur presque toute l'Âéie : avant moi , ii aucun des Assyriens n'avait vu la mer;

6o SËMIRAMIS.

n je leur en ai fait connsdtre quatre que « personne n'abordait auparavant, tant (( elles étaient éloignées^ j'ai détourné le (( cours des fleuves pour arroser des terres « stériles que. j'ai rendues fécondes; j'ai (( élevé des forteresses et percé des routes (( à travers des rochers impraticables ; j*ai « conduit mes chariots de guerre par des a chemins que les bétes féroces elles- (( mêmes ne pouvaient gravir; et parmi a tant de travaux j'ai encore trouvé du « temps pour mes plaisirs et pour mes (( amis. »

Cette inscription , tout orgueilleuse qu'elle vous paraîtra sans doute, mes petits amis, «car il n'est permis à personne de faire son propre éloge, est pourtant le tableau exact de la grandeur de Sémiramis; les quatre mers qu'elle se vante d'avoir la première fait connaître aux Assyriens, sont la mer Méditerranée, la mer

ClSPlEMKB, le POUT-EUXIK Ct U MER

Rouge , dont il vous sera aisé de distinguer

SËMIRAMIS. 6t

la position sur une carte géographique , et il faudra vous rappeler que ce fut cette princesse qui éleva la puissance assyrienne plus haut que tous les rois qui régnèrent avant et après elle sur l'Asie.

tllSt. AUCIBiritR. 5* V.Ti

6a LA MORT DE SARDANA.PALE.

Depuis l'an 1874 jusqu'à Tan 769 avant S .-'C,

Les rois d'Assyrie qui succédèrent à Sémiramis ne ressemblèrent pas à cette grande princesse, et son propre fils Ninyas, au lieu de déployer comme sa mère un noble courage et une louable activité, passa sa vie dans Tindolence et Toisiveté :

enfermé dans son palais de Ninive , il affecta de ne jamais se montrer à ses peuples, qui s'accoutumèrent aisément à mépriser un roi qu'ils ne connaissaient pas. Les trente rois qui régnèrent après lui ne furent pas plus recommandables ; mais le dernier de tous fut aussi le plus indigne du rang où il était placé.

Ce prince des Assyriens, mes petits amis, se nommait SàrpànâpAle , et son unique

LA MORT DE SA.RDANAPALE. 63 plaisir était de passer sa vie au fond de son palais, entouré d'esclayes et de femmes^ dont il aimait à imiter les parures et les occupations, constamment habillé et fardé comme elles, et s'exerçant à filer.

Or , dans ce temps-lji , le travail ordi^ naire des femmes , quel que fut leur rang, était de filer la laine et le l^n , avec lesquels se faisaient les habillemens des hommes et des rois eux-mêmes. La laine la plus fine était teinte en touk^hè, c'est-à-dire en une belle couleur rouge, que produisait un petit coquillage marin, et servait à fabriquer les robes et les manteaux des rois et des grands personnages.

A présent , lorsque vous lirez dans cette histoire que des princes portaient des vértemens de pourpre , vous vous rappellerez quelle était cette précieuse étoffe, que l'on tirait ordinairement d'une célèbre ville d'Asie nommée Tx^, dont j'aurai plus d'une occasion de^us parler dans d'autres livres.

C'était un genre de vie bien honteux

pour un homme , n'est-il pas vrai ? mes enfans , qu'avait adopté là le lâche Sardanapale; inaccessible à tous ses sujets, on ne le voyait jamais comme le vaillant Nemrod se livrer au plaisir de la chasse, ou paraître à la tête des troupes, monté sur un cheval fringant : Sardanapale, au contraire, dormait tout le jour dans un appartement où Ton ne laissait point pénétrer la clarté du soleil, et passait les nuits à boire et à danser avec ses esclaves : le son de la trompette eût déchiré son oreille accoutumée à une musique molle et langoureuse , et ce qu'il craignait par-dessus tout, c'était la poussière et le soleil , qui auraient pu gâter sou teint et brunir son visage.

Vous comprendrez aisément , mes bons amis , qu'un prince adonné à une pareille vie ne /^occupait guère de son royaume \ aussi lis premiers officiers de l'empire n'avaien|-ils jamais vi; leur roi, qui n'au« rait pu s'empêcher de^ougir devant eux X s'il se fût laissé apercevoir dans son accoulOrement de femme.

LA MORT DE SARDANAPALE. 65 Un jour, pourtant, un seigneur nommé Abbàce , qui était gouverneur de la Médib, Tune des principales proyinees d'Assyrie , parvint jusqu'à l'appartement de Sardanapale; et je tous laisse à penser quelle fut son indignation en voyant ce monarque le visage peint de plusieurs couleurs , et la tête ornée d'un léger voile de lin, au lieu de la TiAïus, qui était une coiffure élevée par laquelle les rois assyriens se distinguaient de leurs sujets. Quant à une épée, Sardanapale n'en portait jamais, parce qu'il lui semblait qu'il n'aurait point la force d'en soutenir le poids.

Arbace, en sortant du palais, ne put cacher à ses compagnons la honte du roi ; et tous frémirent de colère en pensant que tant de vaillans hommes obéissaient à un prince si méprisable. Ce fut là le signal de la perte de Sardanapale , et ils convinrent ensemble 4^ ne pas souffrir plus longtemps une telle indignité.

Cependant le roi, au milieu de sa mollesse, avait quelquefois eu la pensée

qu'un grand péril pouvait le menacer, et, suivant la eoutume de ce temps, il avait envoyé consulter un oracle, qui lui avait répondu que Nînive ne pourrait jamais être prise, tant que le Tigre tie combattt^it pas avec ses ennemis.

Or, le Tigre, comme vous savez, était précisément le fleuve sur les bords duquel s'élevait la grande Ninive avec ses hautes murailles et ses portes d'airain. Mais voici que tout à coup la prédiction de Poracle fut accomplie ; car les eaux du fleuve s^étant grossies extraordinairement, renversèrent avec violence ui^e partie des murailles , tout épaisses qu'elles étaient, et ce fut précisément par celte brèche qu'Arbace et ses compagnons pénétrèrent dans la ville, et vinrent assiéger Sardanapale daïis son propre palais.

Il ne faut pas croire pouitant , mes bons amis , que ce roi , tout méprisable qu^it était , n'eût pas encore quelques vaillans soldats qui voulussent défendre le dernier successeuii de Nemrod j il y eg^ donc d'à-

LA MORT DE SARDANAPALE. 67 bord de terribles combats dans lesqueb les amis d'Arbace n'obtinrent pas toujours la Tictoire , et plusieurs d'entre eux parlaient déjà de se retirer, lorsque BÉLigsis , prêtre chaldëen et savant astronome, qui était Tun des principaux conjurés, les retint en leur assurant qu'il avait lu dans les astres que s'ils voulaient persévérer cinq Jours encore , ils réussiraient certainement dans leur entreprise. Bélésis, à vous parler franchement, n'avait pas pu lire cette prédiction dans les étoiles, qui n'indiquent point l'avenir^ mais ses comparons ajou-«> tèrent foi à ses paroles, et aucun d'eux ne voulut l'abandonner.

En effet , avant que le ^cinquième jour Mt écoulé, Sardanapale, déjà fatigué de combattre, et se rappelant le sens de Toracle dont il était menacé, fit allumer, dans une des cours de son palais , un immense bûcher où il se précipita avec ses femmes , ses esclaves et tous ses trésors , qui s'élevaient à des sommes considérables.

Ces ora4^ et ces prédictîo ^ , qui s'ac-

com plissent toujours à point nommé, comme nous venons de le voir, ne vous semblent-ils pas bien merveilleux et véritablement incroyables? Pour moi , je pense qu'ils ont été inventés après les événemens pour faire croire aux peuples de Taneien temps que les prêtres de leurs dieux et les astronomes avaient le talent de prévoir l'avenir , talent qui n'a jamais appartenu à aucun homme sans une permission miraculeuse de la toute-puissance de .Dieu, comme vous Tavez vu dans l'histoire des prophètes d'Israël. ;

Après la mort de Sardanapale, on^lui érigea , par dérision ,.une statue où il était représenté dans l'attitude d'un danseur à moitié ivre ^ et au bas de laquelle on avait écrit en gros caractères :

Mange, bois, divbrtis-toi ^ tout lb

RESTE n'est rien. ^ '

Et chaciîâ^, en lisant ces mots, reconnaissait Sardanapale, car il n'y avait que lui qui pût tenir un pareil langage.

Avec ce prince, va^ enfans, finit le grand

LA MORT DE SARDANAPALE. 69 empire des Assyriens fondé par Bélus , et rendu si puissant par Sémiramis ; il (îit di- Tisé en trois royaumes, qui sont tous trois devenus très- célèbres. Arbace, principal auteur de la cliute de Sardanapale, eut en partage la Médie , à laquelle il essaya de transporter la suprématie assyrienne sur le reste de TÂsie; Bélésis, ce prêtre cbaldéen dont la ruse avait retenu les amis d'Arbace prêts à se disperser, devint roi de Babylone -, et enfin un prince nommé Phul gouverna avec gloire le royaume de Ninive. Le roi Salman/asar, qui emmena les dix tribus de Ju4a en captivité sur les bords du Tigre et Sd TEupbrate , comme je vous Tai raconté dans Tbistoire de Tobie, était un des successeurs dePbul, ainsi qi(e SàTosducbéus ou Nabucbodonosor P', dont la coui^geuse Judith , paT le meurtre d'Holopberne, mit Tarmée en déroute devant Béthulie.

L'EMPIRE DES MKDES.

Depuis Tan 759 jusqu'à Tan Çgo avant J.-C»

 QUELQUE temps de là, mes petits amis ^ 1m Mèdes, qui, depuis la mort de Sardanapale, avaient d^abord été gouvernés:par Arbace , se trouyèrent sans roi *, et ce peuple tomba tout à eoup dans des malheurs effroyables; car il est impossible qu'une nation paisse se gouTerner toute seule , et il arriye ordinairement dans ce cas qpe chacun Veut faire sa volonté ,. et ne plus obéir à )>ersog0e.

Les Mèdes , donc , voyant que la plupart du temps ils se volaient entre eux leurs troupeaux , ou commettaient violemment toutes sortes d'injustices les uns contre les autres^ résolurent de ne pas supporter plus

longtemps de pareils désordres, et ils jetèrent les yeux , pour en faire leur chef, sur uu de leurs camcitoyeus , nommé Déroges, qui arait dans le pays la réputation d'être un homme sage et vertueux.

En effet, ceDéjocès, qui demeuraitdans un yillage de Médie, était si respecté de ses voisins, que lorsqu'il s'élevait entre eux quelque dispute , au lieu de se battre avec fureur , comme le faisaient le plus souvent leshabitans des autres endroits, ils allaient le trouver d'un commun accord, et le priaient de juger leurs différends. Cela valait certainement bien mieux que de s'abandonner à d'effroyables violences:,. dont tout le mondé sortait maltraité et mécdi^teut : de sorte que les voisins de Déjocès^^^ ne cessaient de vanter partout sa prudence et son équité.

Cela donna l'idée aux autres Mèdes de le choisir pour juge dans leurs querelles,, et peu à peu ils s'accoutumèrent à lui obéir en tout ce qu'il leur commandait^

i L'EMPIRE DES MÈDES.

irce que la sagesse est aussi une autoté,

Déjocès, qui, sous une%pparente moestie , cachait une grande ambition , se ssa bientôt de n'être qu^un simple juge B village : il feignijt donc de se retirer dans n autre pays, pour ne plus être obsédé ar la foule de ceux qui venaient de toutes arts le consulter; mais il ne fut pas plus )t parti que les méchans recommencèrent 3urs injustices, et les Mèdes devinrent lus malheureux que jamais '^ car de nouelles querelles s'élevaient de tous côtés , t se terminaient presque toujours par des aeurtres et des batailles.

Alors les plus sages habitans des diSëens villages allèrent trouver Déjocès dont ^absence causait tant de désordres, et le upplièrent à genoux de vouloir bien être éur roi. Celui-ci les refusa d'abord , pour ivoir le plaisir de se faire prier ; mais au bnd du cœur il aurait été bien fâché qu'on e prit au mot, et il finit par accepter !a

royauté, dont il fit bientôt yoir qu'il n'était* pas indigne.

Cet homme^ adroit deyint ainsi un roi puissant et fit, en peu de temps, de l'empire des Mèdes, une de? plus florissantes monarchies de la terre*

D'abord, pour rendre l'humeur de ^s sujets plus docile et moins turbulente, il décida un grand nombre d'entre eux à quitter les cabanes qu'ils avaient habitées jusqu'alors, pour construire une grande «i^ille qu'il nomma EcsATAifE, où il s'établit avec sa famille, ses trésors et une partie de âon peuple, et dont il fit la capitale de son royaume*

Au fond d'un vaste palais qu'il avait fait entourer de sept murailles peintes de différentes couleurs, au milieu desquelles «étaient bâties un nombre infini de maisons, il était informé d'heure en heure de tout ce qui se passait dans les diverses provinces de ses États , que des officiers fidèles et prudens gouvernaient en son nom ; par sa sagesse il rendit l'empire des Mèdes

■IST. ANCIEirirF.. 5« K». 5 '

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iriche et formidable, et lorsqu'it mbup«t^ après un règne long et glorieux, il kias^ sa couronne à son fils Ph^lAoikeses, entre le^» mains chiquiçl devait hî^nt^t, périr k puisp* sance que Déjoçès ayait él&w^ par aa sa*^ gesse et son habileté.

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