SCÈNE PREMIÈRE
(Au lever du rideau, des FRANÇAIS, détachés eu tirailleurs, entrent en scène; parmi eux sont ANTOINE, MOLINCHON et BOUDINIER. On échange de part et d’autre quelques coups de fusil.)
MOLINCHON, avec calme.
Ah ! voilà que ça commence, je suis sûr que la peur va me galoper.
ANTOINE
Allons, allons, conscrits, à la besogne! (il tire un coup de fusil.)
BOUDINIER, très- pâle et tremblant.
Oui, oui... à la be... à la be... à la besogne.
ANTOINE
Tirez !
BOUDINIER.
Oui... oui... gre... grenadier.
Est-il heureux d’être brave, monsieur Boudinier !
ANTOINE, chargeant son arme.
Tirer donc .. ,
MOLINCHON.
Ah! pardine, tirez, c’est pas ça qu’est ben effrayant, (il tire.) Tiens, j’ n’ai descendu un. A vous, brave Boudinier!
BOUDINIER.
Oui, à... à moi... (il tire et se met à trembler plus fort, puis regarde autour de lui avec inquiétude.)
MOLINCHON, chargeant son fusil.
Qué drôle de courage que vous avez, monsieur Boudinier?
ANTOINE
Ça ressemble diablement à de la peur. (Nouveaux coups de fusil partis du côté des Autrichiens.)
MOLINCHON.
Ah! mais y vont nous faire du mal, ces gars-là, monsieur Boudinier.
BOUDINIER.
Eh ! qu’est-ce que vous voulez y faire?
MOLINCHON.
J’aurai jamais le courage de me laisser canarder comme ça, moi, je ne suis pas un brave, moi... j’aime mieux aller en avant et les exterminer pour les faire taire.
TABLEAD IY.
Est... est-il bête, donc!..
ANTOINE
Eh bien ! v’ià un poltron qui n’est pas bien loin d’être un brave.
MOLINCHON.
Ah! qu’est-ce que c’est que ça?..
ANTOINE
Les Autrichiens qui débouchent par le pont... je les reconnais!.. c’est la division Metrouski... Ah! et parlé, nos amis, la division Augereau... Ça va chauffer, mes enfants, ça va chauffer... replions sur la colonne!..
BOUDINIER.
Oui, oui, replions...
MOLINCHON.
C’est embêtant de replier. (Les Autrichiens débouchent du pont. On entend un bruit de tambours et de musique.)