SCÈNE PREMIÈRE
JÉROME, SATURNIN, et LE RÉGIMENT dont ils font partie. (Jérôme est porte-drapeau, et Saturnin, sergent. Le régiment arrive accablé de fatigue et de chaleur; les soldats portent leur uniforme ouvert et semblent ne pouvoir plus marcher.)
JÉRÔME
C’est ici que nous devons prendre quelques heures de repos.
ANTOINE
Si c’est tout ce qu’on nous fait prendre aujourd’hui, il n’y a pas besoin de se mettre en frais pour ça...
Dire que nous voilà en Égypte !..
ANTOINE
Et dans un joli morceau de l’Égypte, encore... en plein désert...
SATURNIN
François l’avait bien prédit, que notre drapeau ferait le tour du monde.
JÉRÔME
François a eu l’honneur de le porter en Italie... le général en chef l’a nommé, depuis, capitaine, et, maintenant, c’est moi qui porte notre cher étendard.
SATURNIN
En attendant que ce soit mon tour... Moi, mon ami, je n’ai qu’une ambition, c’est de mourir en le défendant.
JÉRÔME
Allons donc, il vaut bien mieux monter en grade, en le plantant au sommet d’une redoute, comme l’a fait François.
SATURNIN
Ce brave capitaine... Nous voilà, pour la première fois, séparés de lui.
JÉRÔME
Il est allé porter, à Kléber, un ordre du général en chef... Nous le retrouverons sous les murs du Caire.
ANTOINE
Pardon, excuse de vous interrompre, mes officiers, mais voilà le brouillard du matin qui se dissipe, le soleil ne va pas tarder à se montrer, un soleil que celui de la canicule, en France, n’e3t qu’une simple lune en comparaison.
SATURNIN
Que veux-tu que nous y fassions?..
ANTOINE
Si vous avez des tentes, ça serait bien le quart d’heure de les déployer.
JÉRÔME
Il n’a été permis à personne d’en emporter avec soi.
ANTOINE
Alors, gare à nous ! ça va chauffer. . . Tenez, v’ià ce monsieur qui se lève. (Le soleil se lève eu effet, le désert est inondé de lumière.) Bonjour, Monsieur!
JÉRÔME
Oui, une terrible chaleur.
ANTOINE, montrant un jeune soldat et un fifre.
Et voilà 'des enfants qui ont déjà beaucoup souffert. . j’ai peur que ce soleil de feu ne leur soit fatal. (Au fifre.) Eh bien! comment que ça va, petit?..
l’histoire d’un drapeau,
LE FIFRE
Mal, père Autoine... Je suis honteux de n’avoir pas plus de courage.
JÉRÔME
Ce n’est pas le courage qui te manque, mon enfant, c’est la force.