‹ L'histoire d'un drapeau grand drame militaire en douze tableauxChapitre 42 sur 77 · SATURNIN, WOLF · texte numérisé non relu

SATURNIN, WOLF

(Saturnin, blessé, a le bras en écharpe. Wolf porte l'uniforme autrichien.)

WOLF

Eh bien ! mon pauvre Saturnin , pourquoi êtes-vous si triste, si accablé?

SATURNIN

Pourquoi? Parce qu’au lieu d’être jci, à Vienne, avec l’armée française triomphante...

WOLF. -

Vous y êtes prisonnier.

SATURNIN

Prisonnier !... Si du moins je l’étais seul!...

WOLF

Oui, le drapeau l’est ainsi que vous!..

SATURNIN, avec douleur.

Le drapeau !

WOLF

La blessure que vous avez reçue vous a fait perdre connaissance; mais vous teniez votre étendard si énergiquement pressé contre votre poitrine, que, pour prendre l’un, il a fallu vous emporter tous les deux.

SATURNIN

Et dire que l’armée française n’est qu’à quelques lieues d’ici !

WOLF

Il y a entre Vienne et cette armée le Danube; il y a, de ce côté-ci du fleuve, une nombreuse artillerie qui en défend le passage. Le pont de bois, qui sert de communication d’une rive à l’autre, sautera dès que les Français se montreront, et avant qu’ils aient pu en construire un autre, l’armée russe et l’armée autrichienne auront le temps de se réunir pour écraser leurs ennemis.

SATURNIN

Oui, c’est une nouvelle bataille qui se prépare, et je ne serai pas Là ! Oh ! pourquoi ne suis-je pas mort ?

WOLF

Ne vous désespérez donc pas ainsi ; votre sort est-il si ter-

rible?, En souvenir de notre ancienne connaissance, j’ai obtenu pour vous l’autorisation de vous promener dans la ville; ^ vous êtes prisonnier sur parole, libre d’aller où bon vous sera- * blera.

SATURNIN

Oui, mais vous m’accompagnerez toujours.

Bon ! Je vous gêne... et je sais pourquoi...

SATURNIN

Vous savèz!...

WOLF

Que vous avez reçu, ce matin, un billet.

SATURNIN, avec émotion.

Un billet!

WOLF, l’observant.

Un billet doux, j’en suis certain.

SATURNIN, avec contrainte'.

Un billet doux! Oui, oui, c’est cela.

W’OLF, à part.

11 s’est troublé ! (Haut.) Ah! nos belles Viennoises portent un touchant intérêt aux prisonniers jeunes et beaux, et ma présence pourrait bien vous gêner un peu. . .

SATURNIN

Je l’avoue...

WOLF, à part.

Allons donc!.. Il y a là un mystère que je découvrirai. (Haut.) Eh bien ! monsieur Saturnin, je ne vous enveloppe pas dans la haine mortelle que je porte à l’jrn de vos deux amis, et vous êtes libre de chercher des consolations à votre captivité... Je vous laisse...

Merci, monsieur Wolf; je voudrais pouvoir reconnaître ce que vous faites pour moi...

WOLF

Rien de plus facile... J’ai quitté la France depuis longtemps, dites-moi ce que sont devenues...

SATURNIN

Qui?... Les trois jeunes brodeuses?

WOLF

Oui, parlez.

SATURNIN

11 y a quelques mois, à la paix de 1804, quand l’empire venait d’être décrété, quand on allait distribuer à l’armée de nouveaux étendards, nous .qui voulions garder le nôtre, nous avons usé de stratagème.

WOLF

Comment?...

SATURNIN

François a foudu et ciselé l’aigle qui devait remplacer le

l’histoire d’un drapeau.

fer de la lance, et, pour changer la légende, nous sommes accoures dans l’atelier des jolies brodeuses... 11 n’y en avait plus que deux : Louise et Jeanne; elles nous attendaient, les braves filles! et quelques jours après, elles s’appelaient madame Jérôme et madame Saturnin.

WOLF

Et Marie?... Marie?...

SATURNIN

L’empereur venait de rouvrir les portes de.la France aux émigrés, M. de Marsilly rentra dans sa patrie, et ne crut pas déroger en accordant la main de sa fille au commandant Beaudoin.

WOLF

Sa femme! elle est sa femme! (a part.) Allons! je ne vivrai plus que pour satisfaire ma haine.

SATURNIN

Mais... il y a encore... quelqu’un... dont vous avez sans doute à me demander des nouvelles ?

WOLF

De qui parlez-vous?

SATURNIN

De votre mère.

WOLF

De ma... ma mère!... nonl... Eh bien , oui, oui, parlezmoi d’elle ; elle me maudit, n’est-ce pas?

SATURNIN

' Elle pleure votre mort.

Ma mort!., mais elle croit donc...

SATURNIN. '

Elle sait que vous avez renié votre patrie, que vous combattez sous un drapeau ennemi de la France, et, je vous l’ai dit, elle pleure votre mort.

WOLF, à part.

Oh! malheureux!., malheureux que je suis! (Haut.) François, c’est sur toi que je me vengerai 1 et si mes soupçons ne me trompent pas, ce sera bientôt, je l’espère I (n s’éloigne.)

SATURNIN, le regardant s'éloigner.

Enfin!... Il m’a fait trembler!... 11 savait que j’avais reçu ce billet qui me donne rendez-vous ici... Heureusement il a pris le change... Mais quels sont les amis qui doivent venir? Cette écriture, que je crois reconnaître... Non... c’est impossible !..

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