SATURNIN, FRANÇOIS, JÉROME
(Ces deux derniers sont vêtus en paysans allemands; ils paraissent au fond, regardent de tous côtés, descendent en scène et viennent serrer la main à
Saturnin.)
Saturnin... mon ami!..
SATURNIN
Vous, ici !...
FRANÇOIS
Oui; nous qui poursuivions ceux qui t’emportaient évanoui, enveloppé dans notre drapeau, nous qui avions juré de mourir ou de vous arracher tous les deux de leurs mains, et (pie la nuit a surpris séparés de notre camp par les lignes ennemies.
SATURNIN
Mais vous êtes perdus !
JÉRÔME
Qui sait?,. Nous avons pu déjà nous procurer ces habits...
SATURNIN
Profitez-en donc pour tenter de retourner au camp.
' FRANÇOIS
Y retourner!., sans rapporter le drapeau !.. Est-ce que c’est possible? Ah ! si tu avais vu avec quelle furie nos soldats s’élancaient à la poursuite de ceux qui l’emportaient, avec quel héroïsme ils bravaient la mort ! si tu avais entendu leurs cris de désespoir et de rage!.. Là mitraille les décimait, et ils marchaient toujours. Ils tombaient par centaines, et ceux qui expiraient se soulevaient encore, tendaient vers nous les mains, en criant : Mes amis, sauvez, sauvez le drapeau !
SATURNIN
Mes braves camarades...
Et tu veux que nous retournions là-bas sans lui? C’est impossible !.. Notre honneur est prisonnier ici, avec le drapeau, je ne reparaîtrai qu’avec lui à la tète de mon régiment.
SATURNIN
Vous avez raison, mes amis; à votre place, j’agirais comme vous le faites.