SCÈNE IY
Les mêmes, FRANÇOIS, puis JÉROME, puis SATURNIN.
JEROME, entrant.
Bonjour tout le monde!.. (Apercevant madame Wolf.) Oh! la citoyenne!
l’histoire d’pn drapeau.
MADAME WOLF, avec ironie.
Bonjour, mon garçon.
JÉRÔME, avec embarras.
Citoyenne, je viens... savoir... si la broderie avance, (il regarde Marie.)
Oui, oui, ce sera bientôt prêt.
SATURNIN, entrant.
Serviteur, les petites citoy... (Apercevant madame Wolf.) Oh! la citoyenne Wolf!
WOLF, à sa mère.
Encore un quLne s’attendait ’fms à te trouver ici.
MADAME WÇLF, riant.
C’est vrai. (Haut.) Qu’est-ce qwl t’amène, mon garçon?
SATURNIN, regardant Louise.
Citoyenne... je... je viens savoir... si... si... la broderie avance.
WOLF
Lui aussi !
FRANÇOIS
Salut à la compagnie ! (Apercevant madame Wolf.) Oh ! la citoyenne Wolf... Bonjour citoyenne Wolf!.. Je viens... je venais...
WOLF. ■ '
Tu veux savoir si la broderie avance, n’est-ce pas?
FRANÇOIS, regardant Jeanne.
Si la broderie avance.., oui, justement.
WOLF
C’est singulier ! tous les trois pour le même motif!
FRANÇOIS, bas à Marie.
Citoyenne, il faut que je te parle, ici, tout à l’heure.
MARIE, bas.
C’est impossible!
FRANÇOIS, bas.
11 y va de mon bonheur, de ma vie! Tu viendras, n’est-ce pas?
WOLF
Il lui a parlé bas.
JEANNE, qui a écouté.
' Un rendez-vous... ici... tout à l’heure...
WOLF
Ahçà! que diable brodez -vous donc qui intéresse si fort ces trois citoyens ?
FRANÇOIS
Ce qu’elles brodent? c’est un drapeau.
WOLF
Un drapeau!
FRANÇOIS
Oui; le bruit s’est répandu, il y a quelques jours, que la
TABLEAU ï
brave armée d’Italie avait à combattre un ennemi dont les forces s’accroissent de jour en jour, et que le héros de Montenotte, de Lodi et de Mantoue, était placé dans une position dangereuse par l’approche d’une armée nouvelle, sous les ordres du général Alvinzi. Aussitôt les cœurs se sont émus : trois mille braves, trois mille volontaires se sont présentés prêts à partir, et c’est ce drapeau, sous lequel ils vont coin- / battre, que les citoyennes brodent en ce moment.
WOLF
Eh bien! et vous?
FRANÇOIS
Nous y avons travaillé aussi.
WOLF
Comment, tous les trois?
JÉRÔME
Oui, certes.
SATURNIN
Moi, je suis Canut; j’ai tissé l’étoffe aux trois couleurs.
JÉRÔME
Moi, je suis tourneur et j’ai tourné la hampe du bois le plus solide.
FRANÇOIS
Et moi, j’ai ciselé le fer de la lance qui doit le surmonter, et qui attendra l’ennemi en face.
JÉRÔME
Vous le Voyez, citoyennes, ce drapeau est notre enfant à tous, et c’est aujourd’hui le jour de sa naissance.
Ce morceau d’étoffe que vous brodez là, jeunes filles, des milliers d’hommes mourront en se disputant la gloire de le planter sur une redoute, de l’arborer, triomphant, au milieu d'une capitale ennemie.
WOLF
Et, pourtant, ce ne sera toujours qu’un peu de soie, un peu de bois et de cuivre.
FRANÇOIS
Oui, quand il sortira de nos mains ; mais qu’il passe dans les mains de nos braves, qu’il flotte sur un champ de bataille, et il se transforme aussitôt; il semble qu’il s’anime, qu’il respire, qu’il rêve. (Musique douce.)
TOUS
C’est vrai ! c’est vrai !
FRANÇOIS
Plus tard, quand la guerre finit, il revient déchiré par la mitraille, et sur son passage toutes les têtes s’inclinent, tous les cœurs s’émeuvent, tous les yeux se remplissent de larmes, car ses mille blessures parlent des mille soldats tombés pour sa défense ; il porte dans ses plis l’honneur et la gloire de la nation. Le drapeau, c’est l’âme de l’armée, c’est le foyer pa-
l’histoire d’un drapeau.
temel qui suit au loin le soldat, c’est le clocher du village qui marche au milieu du régiment, c’est la famille, c’est la patrie absente ; qu’il soit au sein du désert, sur l’océan et j usqu’au bout du monde, le drapeau, c'est toujours la France.
WOLF, avec ironie.
J’admire ton enthousiasme, citoyen.
FRANÇOIS
Mais tu ne le partages pas.