‹ L'histoire d'un drapeau grand drame militaire en douze tableauxChapitre 73 sur 77 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, BOUDINIER, M0L1NCH0N.

M0L1NCH0N, qui & entendu les derniers mots.

Qui ça, perdus? nos trois officiers?.. Pas encore, Antoinette, pas encore !

ANTOINE

Comment?

ANTOINETTE

Que dites-vous?

Et c’est au brave Boudinier, à l’héroïque Boudinier, que nous devrons peut-être leur salut.

TOUS

A lui!..

BOUDINIER, confus.

Mais non, mais non !... Imaginez-vous...

MOLINCHON.

Laisse-moi parler, héros!... V.oilà la chose : Nous étions dans la cour de la préfecture quand on a apporté un papier pour le préfet. « Encore une ! que s’est écrié Boudinier. — Encore une, quoi? que je dis. — Une dépêche, qu’il répond;

c’est la cinquième qui arrive de Gap. Le préfet est absent, et le secrétaire qui les reçoit vient de s’écrier ; « Se peut-il ! l’empereur reviendrait de l’ile d’Elbe? »

TOUS

L’empereur!

MOLINCHON.

Oui, l’empereur!... Cette nouvelle me lecArise, comme on dit, et il me pousse une idée... Je m’élance avec Boudinier dans le bureau de M. le secrétaire. « Qu’est-ce que vous voulez? qu’il nous dit. — C’est les dépêches, que nous répondons.— Les dépêches? — Et dépêchez-vous !.. » Le secrétaire refuse, moi, j’élève la voix... et j’aperçois Boudinier qui pâlit... c’était de colère. Le secrétaire fait mine de sonner; je porte là main à mon sabre et je vois Boudinier qui se met à trembler... c’était de fureur... « Perdons pas de temps, que je m’écrie; les papiers, mille tonnerres ! » Et voilà que je dégaine. Alors, Boudinier ne se connaît plus, et au moment où je mettais la pointe de mon bancal sur la gorge de M. le secrétaire, Boudinier, dans sa rage, s’élance vers la porte... c’était pour enfermer l'ennemi... Et le secrétaire, rempli d’épouvante, nous donne enfin les dépêches !

ANTOINETTE

Et elles annoncent le retour de l’empereur ?

BOUDINIER.

Entièrement.

MOLINCHON, montrant les dépêches et les lisant.

Les voilà, écoutez ; elles sont toutes de M. le maire de Gap. N® 1. « L’ogre de Corse... »

TOUS, avec indignation.

Oh!..

MOLINCHON.

Attendez. (Lisant.) « L’ogre de Corse a débarqué au golfe Juan... La population s’est soulevée contre lui. »

ANTOINE

Après? après?..

MOLINCHON.

N® 2. « L’usurpateur...» ça n’est déjà plus un ogre!.. « l’usurpateur est àCérénon; il est traqué de toutes parts.»

Elle est bonne, celle-là!.. Ensuite?

MOLINCHON.

N® 3. «Bonaparte!.. Bonaparte a paru à Barême, suivi de quelques militaires. » — N® 4. « L’ancien souverain s’est dirigé sur Digne, escorté d’un assez grand nombre de soldats et de paysans. »

TOUS. i

Enfin!...

l’histoire d’un drapeau.

MOLINCHON.

Enfin... N« 5. «S. M. l’empereur et roi vient de faire son entrée triomphale à Gap, au milieu des acclamations de ses fidèles sujets, et il marche sur Grenoble. » Voilà ce que nous devons à ce brave Boudinier. .

BOUDINIER.

Non... non... Molinchon.

MOLINCHON.

Oui, bon, brave... bon Boudinier.

• BOUDINIER,

Décidément, il y tient.

Arrivera-t-il à temps pour les sauver?

ANTOINE, à Molinchon et à Boudinier.

Une idée!.. Mes amis... il faut me trouver un cheval, vite, à l’instant.

BOUDINIER.

Un cheval... mais...

< MOLINCHON.

Nous en trouverons un... Le premier cavalier que nous rencontrons, nous le jetons à bas, le brave Boudinier et moi, et nous vous amenons sa bête.

ANTOINE

Partons donc... pas une minute à perdre. (On entend de grands

cris au dehors.)

ANTOINETTE

Écoutez... écoutez...

ANTOINE

Regardez donc... là-bas... au milieu de cette foule... mais c’est...

TOUS

C’est lui!..

ANTOINE, désignant des soldats qui sortent de la ville.

Et de ce côté... une partie de la garnison...

ANTOINETTE

Est-ce qu’on oserait faire marcher des soldats contre lui?..

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