PRIVILÈGES ACCORDÉS AUX PARISIENS
fut ordonné que tous ceux de Paris seraient pris par écrit et par dizaines, pour en prendre de chacune dizaine dix hommes; mais il ne s'en fit rien.
— Et après que ladite rencontre eut été ainsi faite audit lieu de Mont-le-héry, lesdits princes tous ensemble , ainsi étant contre le roi que dit est , furent et demeurèrent ensemble, se mirent audit lieu d'Étampes, et s'y tinrent par l'espace de quinze jours; et après se délogèrent, et prirent le chemin par-devers Saint-Mathurin de Larchant, Moret en Gâtinais, Provins, et le pays d'environ. Et quand le roi en eut ouï les nouvelles, il envoya à Melun, Montereau, à Sens, et autres villes d'environ, des gens de guerre et de l'artillerie pour garder lesdits lieux, et pour faire des saillies sur les dessusdits, quand ils verraient leur avantage.
Et le samedi tiers jour d'août, audit an 1465, le roi, ayant singulier désir de faire des biens à sa ville de Paris et aux habitants d'icelle, remit le quatrième du vin vendu A détail en ladite ville au huitième ; et voulut que tous privilégiés pussent jouir de leurs privilèges, tout ainsi qu'ils avaient fait durant la vie dudit défunt roi Charles.
Et en outre ordonna toutes les impositions qui avaient cours en ladite ville être abattues, hors et excepté les denrées de six fermes vendues en gros en icelle ville : c'est à savoir les fermes de la Bûche, du Pié-Fourché, le» drap vendu en gros, le vin en gros, le poisson de mer, etc.
Et ce même jour ces choses furent publiées à son de trompe par les carrefours de Paris.
(Jean de Troyes, Livre des faits.)
Et puis fut l'assemblée desdits trois états tenue audit lieu de Tours, qui pour cette cause y étaient allés : et illec, le roi présent, fut pourparlé et conclu sur la question pour laquelle ils étaient assemblés audit lieu de Tours jusques au jour de Pâques, qui fut 1468, que chacun d'eux illec venus s'en retournèrent en leurs maisons, après la conclusion par eux prise sur le fait de ladite assemblée. Et pour cette cause y étaient venus le roi premièrement, le roi de Sicile, monseigneur le duc de Bourbon, le comte du Perche, le patriarche de Jérusalem, le cardinal d'Angers, et plusieurs autres seigneurs, barons, archevêques, évêques, abbés, et autres notables personnes et gens de grande façon ; ensemble aussi les ambassadeurs venus audit lieu pour cette cause, de la plupart de tout le royaume de France.
Et par tous iceux ainsi assemblés, et à grande et mûre délibération, fut dit et conclu : que, au regard de la question d'entre le roi et mondit seigneur Charles touchant son apanage, qu'il aurait et recevrait pour icelui apanage, et de ce, se tiendrait pour bien content, douze mille livres tournois en assiette de terre po-r an, et titre de comté ou duché; et en outre que le roi lui fournirait en pension par chacun an jusques à soixante mille livres tournois; et tout ce, sans préjudice aux autres enfants qui pour le temps advenir pourraient venir à la couronne, de pouvoir demander tel et semblable apanage, pource que le roi, pour avoir paix et bon amour avec sondit frère, se élargissait à lui bailler si grande somme que de soixante mille livres tournois par an. Et en tant
que touchait le duché et pays de Normandie, monseigneur Charles ne l'aurait point, disant qu'il n'était pas au pouvoir du roi de le bailler, ne démembrer sa couronne. Et au regard du duc de Bretagne, qui détenait par force et rudesse mondit seigneur Charles, et qui avait prises les villes du roi en Normandie, lequel on disait avoir intelligence avec les Anglais, anciens ennemis de la couronne de France, fut dit et délibéré par lesdits trois états qu'il serait sommé de rendre au roi lesdites villes; et au cas que il en ferait refus, et que le roi serait duement averti de ladite alliance auxdits Anglais, qui incontinent le roi recouvrât sesdites villes à main armée, et de lui courir sus; et pour ce faire lesdits trois états promirent de secourir et aider au roi ; c'est à savoir les gens d'Église, de prières et oraisons, et biens de leur temporel ; et les nobles et populaire, de corps et de biens, et jusques à la mort inclusivement. Et que en tant que touchait la justice de tout le royaume, le roi avait singulier désir de la faire courir par tout sondit royaume ; et fut content que on élut nobles personnes de tout état pour y mettre remède et bon ordre. Et outre furent d'opinion lesdits trois états que à ce faire monseigneur de Charolais se devait fort employer, tant à cause de proximité de lignage qu'il a au roi, comme aussi de pair de France. Et après ladite délibération le roi se partit de Tours et s'en alla à Amboise, et puis après envoya son ambassade par-devers l'assemblée étant à Cambrai, afin de savoir leur vouloir et réponse sur ladite délibération prise par les trois états ainsi assemblés, comme devant dit est.
§ 8. — DÉTAILS SUR LES SÉANCES DES ÉTATS GÉNÉRAUX TENUS A TOURS EN 1468.
(Champollion-Figeac, Documents historiques inédits, t. III, p. 494.)'
Suit la manière, le lieu et comme les princes et états du royaume furent assis et ordonnés à la convention faite des trois états du royaume de France en la ville de Tours au mois d'avril 1468, avant Pâques, au temps du roi Louis, fils de Charles VII.
Premièrement, le mardi cinq avril suivant, le roi entra Taprès-dinée à Tours en grand triomphe et magnificence, tous les chevaux des hommes d'armes de sa garde drapés, et accompagnés d'un très grand nombre de princes et seigneurs qui étaient grandement et richement habillés, spécialement monseigneur le connétable, monseigneur du Perche, monseigneur Dammartin , et plusieurs autres , et alla à Saint-Martin et de là coucher au château de Tours.
Le jour précédent, le roi de Sicile et monseigneur de Fouès étaient arrivés à Tours ; mais ils ne furent point accompagner le roi à son entrée.
Ledit jour il fut fait assavoir que tous ceux qui étaient mandés fussent le lendemain matin à huit heures en la salle du palais de l'hôtel archiépiscopal de l'archevêque de Tours, qui est bien grande et bien notable et tendue de tapisserie, et au bout d'en haut vivait un haut étage où l'on montait à cinq ou six marches de degrés, et à deux ou trois pieds de la paroi avait une chaire ou siège où l'on montait à deux ou trois marches de degrés couverts d'un ciel à fleurs de lis.
Ledit jour suivant, qui fut mercredi, l'on fit comparence et assistance en icelle salle et palais en
laquelle avait deux sièges ou chaires audit haut étage, huit ou neuf pieds près, et à côté d'icelle du roi, lesquelles deux chaires étaient couvertes de draps d'or, Fune à côté était pour le cardinal d'Angers, évoque d'Evrcux, et Tautre à côté pour le roi de Sicile et de Jérusalem.
Item, et à deux marches au-dessous dudit haut étage et à trois marches de haut au fond dudit haut étage avait une allée de dix pieds de lé ou environ, en laquelle avait ou parmi un huis ou issue, et au côté d*être d'icelle étaient les sièges des six pairs de l'Église, c'est assavoir pour monseigneur de Reims premier duc, monseigneur Tévêque de Laon second duc, monseigneur l'évoque de Langres pour tiers duc, monseigneur l'évéque de Beau vais pour le premier comte, monseigneur l'évéque de Chàlons pour le second, et l'autre pour monseigneur de Noyon, absent pour cause de maladie, et en l'autre côté n'y avait nuls des pères séculiers.
Item, ou parmi de ladite allée avait un huissier pour entrer au parquet et es hauts bancs, auquel parquet, qui était petit et rond, avait deux secrétaires.
Et au premier haut banc, au côté dextre, avait au bout de haut un siège un peu plus haut que ledit banc, et joignait d'un côté au dos de celui de monseigneur de Reims, auquel siège était assis monseigneur le connétable, et au plus près en icelui banc était monseigneur le chancelier de France, Jouvenel, et après monseigneur le patriarche de Jérusalem, et et après lui l'archevêque de Tours, l'évéque de Périgord, cordelier, et après ensuivant 18 ou 20 évoques, dont étaient monseigneur l'évéque de Paris, monseigneur l'évéque d'Avranches et l'évéque de Lodève et plusieurs autres.
En l'autre banc, de l'autre côté sénestre d'entour ledit parquet, furent assis monseigneur le comte de Fouès, qui fut le premier jour sur bout au côté de la chaire du roi, et monseigneur le comte d'Eu au côté sénestre, et depuis et autres jours ledit monseigneur de Fouès fut assis au côté et banc dessus touché, environ le lieu de monseigneur le connétable, et au côté sénestre furent mis et assis les seconds jours monseigneur d'Anvers, monseigneur d'Eu, monseigneur le marquis de Pons, fils du duc de Calabre, le comte de Guise, fils de monseigneur du Maine, monseigneur de Vendôme, monseigneur de Gaure, monseigneur Charles d'Armagnac et plusieurs autres.
Item^ audit premier banc furent monseigneur de Tancarville, monseigneur de Dunois et autres plusieurs comtes, qui n'étaient pas assis et se tenaient haut auprès du haut étage où le roi était, et il y avait dans les degrés comme l'on descendait du haut étage plusieurs seigneurs du conseil du roi, comme monseigneur de Dammartin, monseigneur de Forest, monseigneur de Torcy, monseigneur de Gursal, et fut ledit premier jour aux pieds du roi, le prince de Piémont, fils du roi de Savoie et de la sœur du roi, et fut monseigneur du Perche, ledit jour auxdits degrés longtemps, et depuis il fut assis auxdits bancs auprès dudit marquis de Pons.
Item, aux seconds bancs, derrière lesdits chancelier et prélats, étaient monseigneur Guillaume Cousinot, chambellan du roi et gouverneur de Montpellier et du Languedoc, maître Pierre Doriole, général, maître François Halle, procureur du roi en sa cour du parlement, maître Jean de Popincourt, maître Pierre du RefFuge pour le duc d'Orléans, et plusieurs autres qui étaient pour les ducs et comtes qui n'avaient pu comparaître.
Item, au second banc après, audit côté dextre, furent assis ceux de la ville de Paris, et au banc suivant furent assis ceux de la ville de Rouen, et après ceux de Bordeaux furent appelés et mis au choix d'être après ceux de Paris ou ceux de Rouen, et choisirent à être après ceux de Paris, et après ceux de Toulouse furent appelés et furent assis après ceux de Rouen, et après Toulouse furent assis ceux de Tournai, et après ceux de Bordeaux furent assis ceux de Lyon, et ainsi conséquemment appelés et assis tous ceux des autres cités et bonnes villes.
Et au côté sénestre, derrière le premier banc où les comtes étaient furent assis les barons en très grand nombre, en lesquels étaient des premiers monseigneur de Ferrières, monseigneur d'Estouleville et monseigneur de Glère, et les autres bancs en-suivant du même côté étaient les chevaliers et écuyers en très grand nombre, tant que ladite salle et palais était presque tout plein.
Item, la salle ainsi fournie et parée, le roi entra par une porte qui était au côté de ladite chaire dudit haut étage, environ Theure de dix heures, et fut bien environ demie heure debout entre ladite porte et sa chaire où il parlait au roi de Sicile, à monseigneur le cardinal, monseigneur de Dunois, monseigneur de Tancarville, et autres seigneurs, et après entra en sa chaire, et à ses deux côtés étaient lesdits seigneurs de Fouès et d'Eu, qui tenaient chacun un des deux côtés de ladite chaire, et aux deux chaires après couvertes de drap d'or, ainsi qu'on Ta dit avant, furent assis ledit cardinal à droite et le roi de Sicile à gauche, et, tous assis, ainsi qu'on le dit, le roi parla en brèves paroles, et après parla ledit cardinal, après le roi de Sicile, et après fut chargé monseigneur le chancelier de parler,
lequel exposa notablemeul les dignités, saintetés, prérogatives et prééminences du roi et de la couronne de France, et les faits des rois qui avaient été, et des chroniques, et les différences, divisions et causes pour lesquelles l'assemblée avait été faite, qu'il déclara en trois points principaux, en quoi le roi demandait aide, conseil et confort.
Item, le jeudi 7 avril, parlèrent messeigneurs le patriarche, l'évêque de Paris et autres pour avoir les conseils du roi.
Item, le vendredi suivant, parlèrent monseigneur l'archevêque de Reiras, duc et pair de France, et ledit monseigneur Guillaume Cousinot, seigneur de Montereul.
Item, le samedi quatrième jour de rassemblée, parlèrent monseigneur l'évêque de Langres, msdtre Pierre Doriolle, monseigneur de Torcy, la ville de Paris et monseigneur l'évêque de Périgord, Cordelier.
Le dimanche cinquième jour de ladite assemblée, la relevée, les villes et cités de Rouen, Bordeaux, Toulouse, et la ville 4e Reims.
Item, le lundi suivant, 6« jour de ladite assemblée, maître François Halle, archidiacre de Paris, Angers et le Mans et tout le pays d'Anjou et du Maine, par un homme; la Rochelle, Orléans, Sens, Chartres, par un homme, et monseigneur l'évêque de Paris.
Ledit jour, après dîner, parlèrent les villes de Poitiers pour eux et ceux de Saint -Jean-d'Angély et Saintes, l'évêque de Beauvais pour Noyon, Ghâlons, Senlis et autres villes et cités.
Item, le mardi 7» jour (de l'assemblée), parlèrent maître Jean de Popincourt, seigneur de Corselles. Les villes de Falaise, Vire, Saint-Lô, Garentan et Valongnes, par la bouche de maître Nicolle Michiel, bourgeois, pour eux et autres villes; et fut monsei-
Paysan vers 1400.
gneur de Bourbon auprès du roi de Sicile, et un siège plus bas que la chaire du roi et plus haut que le siège des comtes, et y vint le roi, qui parla longuement tellement que tous le pouvaient entendre, et prit trois conclusions dont deux le touchaient; c'est à savoir la justice et Tapanage de son frère, et l'autre conclusion touchant la séparation du duché de Normandie, lequel il remettait aux États.
Ledit jour après dîné, Tévêque de Chartres, le patriarche, l'archevêque de Tours, Tévêque de Valence, Tévèque de Lodève, de Limoges, d'Angoulême, de Chàlon, monseigneur de Bourges et autres prélats, les villes de Clermont, Saint-Pourçain et autres villes du pays et province d'Auvergne, par un autre, les villes de Bayonne et plusieurs autres, par un autre.
Itenif le mercredi 8® jour de l'assemblée, parlèrent maître Robert de Tournebu, pénitencier d'Évreux, pour les villes d'Évreux, Lisieux et Dieppe, monseigneur de Ferrières, pour les nobles de Normandie, monseigneur le maréchal Joachim, monseigneur de Lohéac, pour plusieurs villes, monseigneur de Nesle, pour lui et les nobles de l'Ile-de-France, monseigneur de Gaucourt, l'archidiacre de Reims, monseigneur le Chancelier, monseigneur de Dunois , monseigneur d'Armagnac, monseigneur de Vendôme, monseigneur d'Eu, monseigneur de Nevers, monseigneur de Fouès ou Foir, et furent la relevée, par le roi de Sicile, monseigneur le cardinal et monseigneur de Bourbon délégués gens, pour aller vers le roi et le remercier, et parla monseigneur de Paris.
Le jeudi dernier jour , les dénommés furent appelés pour voir les articles, et après furent lus en public et en tout tenus pour bien faits, et depuis vint le roi et parla à nos seigneurs le cardinal et.