LA PESTE A PARIS
(Jean de Troyes, Livre des faits,)
En ladite année, es mois d'août et septembre, fut grande et merveilleuse chaleur, au moyen de laquelle s'en ensuivit grande mortalité de pestilence, et autres maladies, dont et de quoi il mourut tant en la ville, villages voisins, prévôté et vicomte de Paris, quarante mille créatures et mieux, entre lesquels y mourut maître Arnoul, astrologien du roi, qui était fort homme de bien, sage et plaisant ; aussi y mourut plusieurs médecins et officiers du roi en ladite ville de Paris. Et si grand. nombre se firent enterrer au cimetière des Saints-Innocents, en ladite ville de Paris, que tant des morts en ladite ville que de l'Hôtel-Dieu tout y fut rempli : et fut ordonné que de là en avant on porterait les morts au cimetière de la Trinité, qui est et appartient à l'hôtel de la ville de Paris. Et continua ladite mort jusques en la fin de novembre, que, pour faire cesser, et prier Dieu que ainsi il lui plût de le faire, furent faites de moult belles processions générales à Paris par toutes les paroisses et églises d'iceUe, où furent portées toutes les châsses et saintes reliques, et mêmement les châsses de Notre-Dame, de sainte Geneviève et saint Marcel; et lors cessa un petit ladite mort.
— En ce temps furent apportées à Paris les châsses de saint Crépin et saint Grépinien, pour trouver remède à ladite maladie de pestilence, et aussi pour eux quêter, afin d'avoir de quoi recouvrir l'église desdits saints audit lieu de Soissons, que ladite foudre et tempête avait ainsi détruite et abattue, comme flit est devant,
iOO LOUIS XI ET SON GOUVERNEMENT