ENTRÉE DE LA REINE DANS PARIS. FÊTES POPULAIRES
(Jean de Troyes, Livre des faits,)
Et le mardi, premier jour de septembre, la reine aussi arriva à Paris en bateaux par la rivière de Seine, et vint arriver au terrain de Notre-Dame ; et illec, à Farrivée qu'elle fit, trouva tous les présidents et conseillers de ladite cour de parlement, Tévêque de Paris, et plusieurs autres gens de façon, tous honnêtement vêtus et habillés. Et à l'entrée dudit terrain y avait fait de moult beaux personnages, illec richement mis et ordonnés de par la ville de Paris. Et si est à savoir que, avant que ladite reine se mît èsdits bateaux pour venir à Paris, furent au-devant d'elle et pour la recevoir les conseillers et bourgeois de ladite ville en grand et notable nombre, aussi tous en bateaux, qui étaient tous richement couverts de belle tapisserie et draps de soie. Et dedans iceux étaient les petits enfants de chœur de la Sainte -Chapelle, qui illec disaient de beaux virelais, chansons et autres bergerettes moult mélodieusement. Et si y avait autre grand nombre de clairons, trompettes, chantres, hauts et bas instruments de diverses sortes, qui tous ensemble jouaient, chacun endroit soi moult mélodieusement, à l'heure que ladite reine, ses dames et damoiselles entrèrent en leur bateau; dedans lequel par lesdits bourgeois de ladite ville lui fut présenté un beau cerf fait de confiture, qui avait les armes d'icelle noble reine pendues au col : et si y avait plusieurs autres beaux drageoirs tous pleins d'épiceries de chambre et belles confitures; grand'quantité aussi y avait de fruits nouveaux de moult de sortes, violettes fort odorantes, jetées et semées tout
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parmi le bateau ; et vin à tous venants y fut baillé et distribué, tant que on en voulait avoir et prendre. Et après qu'elle eut faite son oraison à Notre-Dame de Paris, elle se rebouta en son bateau, et s'en vint descendre à la porte devant l'église des Célestins, où aussi elle trouva dessus ladite porte de moult beaux personnages ; et elle descendit à terre, monta et ses dames et damoiselles sus chevaux, belles haquenées et palefrois qui illec l'attendaient, et puis s'en alla jusques en l'hôtel du roi aux Tournelles; et devant la porte dudit hôtel trouva autres moult beaux personnages. Et icelle nuit furent faits à Paris les feux par les rues d'icelle, et illec mises aussi tables rondes, et donné à boire à tous venants.
§ 14. — IMSTlTUTlOir DE l'ORDRE DE SAINT-MICHEL. LETTRE DE LOUIS XI AU GRAND MAÎTRE (1469).
(Cabinet du roi Louis XI.)
Très cher et amé cousin, pour ce que depuis naguères, par l'avis et délibération de notre très cher et amé oncle, le roi de Sicile, de Jérusalem et d'Aragon, et nos très chers et amés frères, les ducs de Guyenne et de Bourbon, et autres de notre sang, et grand conseil, a été délibéré que nous ferions et porterions l'ordre de monsieur Saint-Michel et de notre compagnie et fraternité, ferions le nombre de trentesix chevaliers ; et par l'avis des susdits, avez été élu du nombre des douze lesquels ont été choisis pour élire le surplus et jusque audit nombre, et pour un des plus grands et notables chevaliers d'ancienne lignée, extrait des grandes et notables maisons, et qui toujours avez bien et loyalement servi nos prédécesseurs et nous ; et qui plus a fait et vu en armées,
et aussi pour l'état et office de souverain maître d'hôtel de France; et pour la grande prochaineté que vous avez à l'entour de notre personne, avez été comme raison est, élu pour un des principaux de ladite compagnie; et pour ce, nous vous envoyons présentement le collier de notredit ordre, a notre amé et féal conseiller et maître de notre hôtel, le sire de la Choletière, afin que le preniez et reteniez, et que dorénavant vous le portiez en faisant le serment en sa présence de bien et loyalement entretenir le contenu es chapitres et articles faits sur ce, de point en point, ainsi qu'ils sont contenus; lequel sire de la Choletière veuillez croire de ce qu'il vous en dira de par nous, comme nous-mêmes, et par lui vous faites savoir de vos nouvelles. Donné à Cesnan, le 26 octobre.
Signé : Loys *.
§ 15. — RÈGLEMENT SUR l'iNFAWTEBIB DES FRANCS ARCHERS.
(Extrait de V ordonnance royale de 4469.)
En 4469, après V entrevue de Péronne, Louis XI reprit Vidée qu'avait eue son père Charles VII d'organiser une infanterie nationale, et il ordonna, par tout le royaume, la levée de 46 000 francs archers,
1. On trouve dans Brantôme quelques renseignements sur le collier de Saint-Michel. « Il était fait, dit-il, de coquilles entrelacées l'une à l'autre d'un double lacs, assises sur chaînettes ou mailles toutes d'or au milieu desquelles sur un roc y avait une image d'or de saint- Michel combattant le diable et le tenant sous soi. C'était un sacrilège que de le vendre ou engager, et quand un chevalier mourait, il fallait que ses héritiers le rendissent au roi, qui le gardait pour un nouveau chevalier.
LES FRANCS ARCHERS i03
Quatre capitaines généraux devaient conduire ces francs archers.
Chacun desdits quatre capitaines généraux aura pour sa charge 4000 francs archers, et sous ses ordres, 7 capitaines qui en conduiront chacun 500; 500 resteront sous le commandement direct du capitaine général, qui fera porter devant lui un fanion blanc.
Il y aura en chaque quartier un lieutenant desdits capitaines, lequel aura puissance que, si aucun franc archer s'en retourne sans congé du capitaine général, il le fera pendre par la gorge ; le coupable ne pourra être mené en justice que devant ledit lieutenant.
Tous francs archers, que Ton mettra sus de nouveau, seront habillés de Jacques, salades, gantets, épées, dagues et autres bâtons dont ils se sauraient aider K
§ 16. — EXTRAITS DU MONOLOGUE DU FRANC-ARCHER DE BAGNOLET, ATTRIBUÉ A FRANÇOIS VILLON.
(P.-L. Jacob, Œuvres complètes de François Villon,)
C'est à meshuy K J'ai beau corner !
Or ça, il s'en faut retourner,
1. L'organisation des francs archers fut complétée par des ordonnances de 1474 et de 1475; on a dit à tort que Louis XI lui-même crut devoir dissoudre cette milice en 1480. Mais elle fut réorganisée sous ses successeurs. Nous donnons ci-dessous la chanson de Villon sur les francs archers {Monologue du franc archer de Baignollet). La ville de Paris était depuis 1411 pourvue d'une compagnie d'archers.
2. C'est aujourd'hui! — Appel ou défl adressé par le franc archer à un ennemi imaginaire.
i04 LOUIS XI ET SON GOUVERNEMENT
Maulgré ses dents, en sa maison.
Si ne vis-je piéça * saison Où j'eusse si hardi courage Que j'ai! Par la morbieu ! j'enrage Que je n'ai à qui me combatre...
Y a-t-il homme, qui à quatre Dis-je, y a-t-il quatre qui veuillent Combattre à moi? Si tôt recueillent Mon gantelet; voilà pour gage!
Par le sang bien I je ne crains page S'il n'a point plus de quatorze ans.
J'ai autrefois tenu les rangs, Dieu merci! et gagné le prix Contre cinq Anglais que je pris Pauvres prisonniers dénués Si tôt que je les eus rués ^.
Ce fut au siège d'Alençon.
Les trois se mirent à rançon.
Et le quatrième s'enfuit.
Incontinent que l'autre ouït Ce bruit, il me prit à la gorge.
Si je n'eusse crié : Saint -George !
Combien que je suis bon Français Sang bien ! il m'eût tué, ançois ^ Que personne m'eût secouru.
Et quand je me sentis féru D'une bouteille qu'il cassa Sur ma tête : « Venez ça, ça ! »
Dis-je lors. Que chacun s'apaise.
Je ne quiers point faire de noise, Ventre bien ! et buvons ensemble.