‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 125 sur 129 · Saint François de Paule, fondateur des Minimes · texte numérisé non relu

Saint François de Paule, fondateur des Minimes

qu'il lui plût faire allouger sa vie. Il répondit ce que sage homme devait répondre. Je l'ai maintes fois ouï parler devant le roi, qui est de présent, où étaient tous les grands du royaume, et encore depuis deux mois; mais il semblait qu'il fût inspiré de Dieu es choses qu'il disait et remontrait; car autrement n'eût su parler des choses dont il parlait. 11 est encore vif, parquoi se pourrait bien changer en mieux, ou en pis ; et pour ce m'en tais. Aucuns se moquaient de la venue de cet hermite, qu'ils appelaient Saint-Homme; mais ils n'étaient point informés des pensées de ce roi, ni ne savaient les choses qui lui donnaient l'occasion. Notre roi était en ce Plessis, avec peu de gens, sauf archers, et en ces suspicions dont j'ai parlé ; mais il y avait pourvu; car il ne laissait nuls hommes, ni en la ville ni aux champs, dont il eût suspicion, mais par archers* les en faisait aller et conduire. De nulle matière on ne lui parlait, que des grandes qui lui touchaient. Il semblait mieux, à le voir, homme mort que vif, tant était maigre; ni jamais homme ne l'eût cru. Il se vêtait richement, ce que jam^s n'avait accoutumé paravant ; et ne portait que robes de satin cramoisi fourrées de bonnes martres ; et en donnait à ceux qu'il voulait, sans demander ; car nul ne lui eût osé demander, ni parler de rien. Il faisait d'âpres punitions, pour être craint, et de peur de perdre obéissance ; car ainsi me le dit lui-même. Il renvoyait officiers, et cassait gens d'armes, rognait pensions, et en ôtait de tous points. Et me dit, peu de jours avant sa mort, qu'il passait temps à faire et à défaire gens. Et faisait plus parler de lui parmi le royaume que n'avait jamais fait; et le faisait de peur qu'on ne le tint pour mort; car, comme j'ai dit, peu de gens le voyaient; mais quand on oyait parler des œuvres qu'il faisait, chacun en avait doute;

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