PORTRAIT DK LOUIS XI
{Mémoires de CommineSy 1. 1, ch. x.)
Je me suis mis en ce propos, parce que j'ai vu beaucoup de tromperies en ce monde, et de beaucoup de serviteurs envers leurs maîtres , et plus souvent tromper les princes, et seigneurs orgueilleux, qui peu veulent ouïr parler les gens, que les humbles qui volontiers les écoutent. Et entre tous ceux que j'ai jamais connus, le plus sage pour soi tirer d'un mauvais pas, en temps d'adversité, c'était le roi Louis XI, notre maître, le plus humble en paroles et en habits, et qui plus travaillait à gagner un homme qui le pouvait servir, ou qui lui pouvait nuire. Et ne s'ennuyait point d'être refusé une fois d'un homme qu'il prétendait gagner; mais y continuait, en lui promettant largement, et donnant par effet argent et états qu'il connaissait lui plaire. Et quant à ceux qu'il avait chassés et déboutés en temps de paix et de prospérité, il les rachetait bien cher, quand il en avait besoin, et s'en servait, et ne les avait en nulle haine pour les choses passées. Il était naturellement ami des gens de moyen état, et ennemi de tous grands qui se pouvaient passer de lui.
Nul homme ne prêta jamais tant l'oreille aux gens, ni ne s'enquit de tant de choses, comme il faisait, ni qui voulut jamais connaître tant de gens; car aussi véritablement il connaissait toutes gens d'autorité et de valeur qui étaient en Angleterre, en Espagne, en Portugal, en Italie, et es seigneuries du duc de Bourgogne, et en Bretagne, comme il faisait ses sujets. Et ces termes et façons qu'il tenait, dont j'ai parlé ci-dessus, lui ont sauvé la couronne, vu les ennemis, qu'il s'était lui-même acquis à son avènement au royaume. Mais surtout lui a servi sa grande lar-
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gesse : car ainsi comme sagement il conduisait l'adversité, à l'opposite, dès ce qu'il cuidait être à sûr, ou seulement en une trêve, se mettait à mécontenter ses gens, par petits moyens qui peu lui servaient, et à grand'peine pouvait endurer paix. Il était léger à parler des gens, et aussi tôt en leur présence qu'en leur absence, sauf de ceux qu'il craignait ; qui était beaucoup; car il était assez craintif de sa propre nature. Et quand pour parler il avait reçu quelque dommage, ou en avait suspicion, et le voulait réparer, il usait de cette parole au personnage propre : « Je sais bien que ma langue m'a porté grand dommage ; aussi m'a-t-elle fait quelquefois du plaisir beaucoup; toutefois c'est raison que je répare l'amende ». Et n'usait point de ses' privées paroles, qu'il ne fît quelque bien au personnage à qui il parlait; et n'en faisait nuls petits.
Encore fait Dieu grand'grâce à un prince, quand il sait le bien et le mal, et par spécial quand le bien précède, comme au roi notre maître dessusdit. Mais à mon avis , que le travail qu'il eut en sa jeunesse, quand il fut fugitif de son père, et fuit sous le duc Philippe de Bourgogne, où il fut six ans, lui valut beaucoup ; car il fut contraint de complaire à ceux dont il avait besoin, et ce bien (qui n'est pas petit) lui apprit adversité. Comme il se trouva grand et roi couronné, d'entrée ne pensa qu'aux vengeances ; mais tôt lui en vint le dommage, et quand et quand la repentance ; et répara cette folie et cette erreur, en regagnant ceux auxquels il tenait tort, comme vous entendrez ci-après. Et s'il n'eût eu la nourriture * autre que les seigneurs que }'ai vu
1. Éducation. — Être nourri dans une maison, c'était y être élevé.
PORTRAIT DE LOUIS XI i55
nourrir en ce royaume, je ne crois pas que jamais se fût tant élevé ; car ils ne les nourrissent seulement qu'à faire les fols en habillements et en paroles. De nulles lettres ils n'ont connaissance. Un seul sage homme on ne leur met à l'entour. Ils ont des gouverneurs à qui on parle de leurs affaires, et à eux rien ; et ceux-là disposent de leursdites affaires ; et tels seigneurs y a qui n'ont que treize livres de rente, en argent, qui se glorifient de dire : « Parlez à mes gens », cuidans par celte parole contrefaire les très grands seigneurs. Aussi ai-je bien vu souvent leurs serviteurs faire leur profit d'eux, en leur donnant bien à connaître qu'ils étaient bêtes. Et si d'adventure quelqu'un s'en revient, et veut connaître ce qui lui appartient, c'est si tard qu'il ne sert plus de guères; car il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait grandes choses, ont commencé fort jeunes. Et cela gît à la nourriture, ou vient de la grâce de Dieu.
SUR LES AUTEURS ET LES OUVRAGES DONT LES EXTRAITS SONT TIRÉS
Philippe de Commine».
Cet historien naquit en 1445 au château de Cornmines, près de Menin, d'une ancienne famille flamande. II fut d'abord au service de la maison de Bourgogne, accompagna le comte de Charolais à la bataille de Mont- Ihéry, assista à l'entrevue de Péronne et donna à Louis XI captif d'utiles avis, qui furent peut-être la cause principale de son salut. Il abandonna la cour de Bourgogne en 1472, pour entrer au sej^vice du roi de France. Louis XI le fit son conseiller, le nomma sénéchal du Poitou et seigneur d'Argenton. Il l'employa dans une foule de circonstances et le chargea de plusieurs missions diplomatiques en Bourgogne et en Italie. A la mort de Louis XI, il intrigua avec les princes et se fit exclure du conseil de régence. Ses menées auprès du duc d'Orléans et du connétable de Bourbon lui valurent huit mois de captivité dans une des cages de fer du château de Loches. Mais Charles VIII, qui avait besoin de ses services, l'envoya à Venise pour préparer l'expédition d'Italie et surveiller les Vénitiens. C'est lui qui acquit les preuves de la trahison de certains États italiens et qui sauva Charles VIII d'un désastre presque inévitable. Son rôle
politique se termina avec le règne de Louis XII. Il mourut en 1509, au château d'Argenton.
Les Mémoires de Gommines, dont l'éloge n'est plus à faire, furent écrits de 1464 à 1483 et de 1488 à 1494. Ils furent imprimés pour la première fois en 1524, et en 1528. La meilleure de toutes les éditions est celle que Mlle Dupont a donnée pour la Société de l'Histoire de France (1840-1845, 3 vol. in-8o).
Jean de Troyes.
Ce chroniqueur, dont la vie est à peu pi^s inconnue, a laissé sur le règne de Louis XI, son contemporain, une chronique dénuée de critique, mais intéressante pour l'étude des mœurs et des usages du temps. Il était peutêtre au service de Jeanne de France, sœur de Louis XI et femme du duc de Bourbon.
YlUon.
Le poète François Villon naquit à Paris en 143! et mourut entre 1480 et 1489. Aventurier de la pire espèce, il fut plusieurs fois condamné par la justice royale et gracié par le roi en 1461. Ses principales œuvres poétiques sont : le Grand et le Petit Testament, le Codicille, le Jargon^ les Ballades, On lui a attribué encore les Repues franches et le Monologue du franc archer de Bagnolet.
l. — Lutte de Louis XI contre la féodalité rebelle. — Condamnations de Charles de Melun, du comte d'Armagnac, DE Charles d'Albhet, du connétable de Saint-Pol, DU duc de Nemours. — La justice royale punit les
méfaits des itOBLES DANS CERTAINES PROVINCES 1
§ 1. — Mandement de Louis XI à un de ses officiers au sujet d'une conspiration ourdie à Perpignan (1462) 2
§ 2. — Exécution de Charles de Melun (20 août 1465). 2
§ 3. — Jean Balue, évoque d'Angers et cardinal. Convaincu de trahison, il est emprisonné (1469) 3
§ 4. — Lettre de Louis XI relative à la maladie de
son frère, le duc de Guyenne (1472) 6
§ 5. — Exécutions féodales. — • Le comte d'Armagnac est pris et tué dans Lectoure (1472). 7
§ 6. — • Charles d'Albret, sire de Sainte-Bazeille, allié du comte d'Armagnac, est décapité à Poitiers (1472) 8
§ 7. — Arrestation, procès et exécution du connétable de Saint-Pol (1475) 9
§ 8. — Louis XI annonce au chancelier qu'il a donné ordre d'incarcérer le duc de Nemours à la Bastille (31 juillet 1476) 20
§ 9. — Le duc de Nemours écrit de la prison de la Bastille à Louis XI pour implorer sa grâce (1476) 21
§ 10. — Lettre de Louis XI au parlement de Paris, relativement aux trois conseillers qu'il a révoqués pour avoir voulu adoucir la procédure criminelle faite contre le duc de Nemours (11 juin 1476) 23
§ 11. — Louis XI donne des instructions à M. de Saint-Pierre sur la manière dont doit être traité le duc de Nemours, prisonnier à la Bastille (1«' octobre 1476) 24
§ 12 — Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, condamné à mort et exécuté (1477) 25
§ 13. — Extrait du mémoire adressé par Doyat au procureur général du parlement de Paris, touchant les méfaits commis dans PAuvergne et le Bourbonnais par les officiers du duc de Bourbon (1480) 27
§ 14. — Extrait de l'ordonnance de Plessis-lès-Tours sur les Grands Jours d'Auvergne (25 juillet 1481) 36
II. — La politique extérieure de Louis XI. — Affaire DE LA Pragmatique et relations avec lb Saint-Siège. — Intervention de Louis XI dans les affaires de l'Itaub. — Son alliance avec les Médicis de Florence et les Sforza de Milan. — Traité avec les villes hanséatiques.
§ 1. — Extrait de la lettre adressée par le pape Pie II à Louis XI pour le féliciter de son projet d'abolir la Pragmatique Sanction (26 octobre 1461) 32
§ 2. — Retour à la Pragmatique Sanction. — Assemblée d'Orléans (1478) 33
§ 3. — Réception du roi de Portugal à Paris (1476). 34
§ 4. — Lettre de Louis XI à Laurent de Médicis. — Il le prie d'intervenir pour que le duc de Berri, son frère, ne parvienne pas à se faire relever, par la cour de Rome, du serment solennel qu'il a exigé de lui.... 37
§ 5. — Instructions données par Louis XI à son
ambassadeur auprès du Saint-Siège . (novembre 1478) 38
§ 6. — Renouvellement d'alliance entre Louis XI et Bonne^ duchesse de Milan, ainsi que Jean Sforza Visconti, son fils (12 juillet 1478) 48
§ 7. — Mémoire rédigé par l'ordre du roi touchant ses droits sur la succession de Lorraine (1480) 51
§ 8. — Renouvellement du traité avec les villes
hanséatiques (août 1483) 56
§ 9. — Toute-puissance de Louis XI. — État de • ses relations avec les gouvernements étrangers (1483) 59
111. — Principales institutions de Louis XI. — Justice et FINANCES. — Les États généraux. — Les ordonnances et règlements MiLrrAiRES. —Paris sous Louis XL — Villon.
§ 1. — Description du royaume de France 63
§ 2. — Projets de Louis Xî sur la réforme judiciaire et l'unité de poids et mesures... 71 § 3. — Lettres patentes de Louis XI portant rétablissement du parlement à Bordeaux
§ 4. -- Extraits des comptes de la chambre du
roi Louis XI (1478-1481) 76
§ 5. — Villon fait des vœux pour Louis XI, qui
vient de le gracier (1461) 80
§ 6. — Privilègesaccordés aux Parisiens parLouis XI pour les récompenser de leur attitude à l'égard des coalisés de la ligue du Bien
public (août 1465) 82
§ 7. — États généraux de Tours (1468) 84
§ 8. — Détails sur les séances des États généraux
tenus à Tours en 1468 86
§ 9. T- Analyse de. l'ordonnance de Montils-les-
Tours sur les mines (sept. 1471) 93
§ 10. — Dispositif de l'ordonnance de Louis Xfpor-
tant que les nobles pevrent se livrer au commerce sans déroger (1480) 96
§ 11. — Comment Loais XI nommait et destituait
ses fonctionnaires 97
§ 12. — La peste à Paris (1466) 99
§ 13. — Entrée de la reine dans Paris. — Fêtes populaires (1469) 100
§ 14. — Institution de Tordre de Saint-Michel. —
Lettre de Louis XI au grand maître (1469). 101
§ 15. — Règlement sur l'infanterie des francs
archers (1469) 102
§ 16. ^ Extraits du Monologue du franc archer
de Bagnolet, attribué à François Villon. 103
§ 17. — L'art militaire sous Louis XL — Le camp
du Pont-de-l'Arche (1481) 111
§ 18. — Règlement sur le service de la cavalerie
et des forteresses (1467) 112
§ 19. — Proclamation de Tarrière-ban (1466) 113
§ 2U. — Comment Louis XI entendait être obéi de ses gens de guerre. — Sa lettre à Saint- Pierre, sénéchal de Normandie (5 septembre 1479) 114
g 21. — L'artillerie de Louis XL — II essaye de nouvelles bombardes (1477) 115
IV. — Lbs dernières années de Louis XI. — La vik du ROI DE France a Plessis-lkz-Todrs. — Ses maladies. — Dévotions et pèlerinages. — Recommandations suprêmes A l'héritier de la couronne. — Derniers moments ET MORT DE Louis XI (1480-1483).
§ 1. ^ Gomment Louis XI vivait à Plessis-leï-Tours. — Le saint ermite de Calabre. — Efforts du roi pour conserver son autorité et faire illusion sur son état de santé « 117
§ 2. — Louis XI tombe malade. — Son voyage à
Saint-Glaude (1480-1481) 122
§ 3. — Lpuis XI malade. — Pèlerinages, dévotions,
recommandations au dauphin (1480-1483). 126
§ 4. — Louis XI anoblit Olivier le Dain et lui
donne des armoiries 130
§ 5. — Texte des instructions données par Louis XI à son fils sur la manière de gouverner (1482) 132
§ 6. — Sermentprêté par le duc d'Orléans àLouis XI par lequel il s'engage à servir loyalement le dauphin (17 octobre 1482) 138
§ 7. — Dernière maladie et mort de Louis XL —
Jugement sur son règne (1483) 139
§ 8. — Dernière maladie de Louis XL — Ses cruautés et ses défiances. — Les cages de fer. — Mort du roi. 142
§ 9. — Portrait de Louis XI 153
Notices sur les auteurs et les ouvrages dont les extraits sont tirés 157
CouLOMMiERS, — Typog. P. BRODÂRD et GALLOIS.
This Book is Due
ranpe ra-