‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 128 sur 129 · LOUIS XI ANOBLIT OLIVIER LE DAIU · texte numérisé non relu

LOUIS XI ANOBLIT OLIVIER LE DAIU

vans, avons octroyé et octroyons de notre propre mouvement, grâce spéciale, pleine puissance, certaine science, et autorité royale par ces présentes, voulons, et 'nous plaît que lui, et sadite postérité et lignée, née et à naître en loyal mariage, puissent comme nobles porter les armes cy-peintes, figurées et armoyées, etc., en tous lieux et en toutes contrées et régions dorénavant perpétuellement et à toujours, tant en notre royaume que dehors, et tant en temps de guerre comme de paix, et qu'ils en jouissent et usent, leur vaillent et servent à la décoration d'eux, tout ainsi et par la forme et manière que si elles leur étaient ordonnées et échues de droit, être et ligne. Et avec ce voulons et nous plaît que lui et sadite postérité et lignée soient dorénavant surnommés le Dain en tous lieux, et tant en jugement que dehors, et en leurs actes et affaires ; et lesquels armes et surnom nous avons donnés, octroyés et transmués, donnons, octroyons et transmuons audit maître Olivier et à sadite postérité et lignée, sans ce qu'il soit loisible à aucun de plus les surnommer dudit surnom de Mauvais, lequel nous leur avons ôté et aboli, ôtODs et abolissons par ces présentes, par lesquelles nous donnons en mandement et à féaux conseillers les gens de notre cour de Parlement, au prévôt de Paris, et à tous nos autres justiciers et officiers, ou à leurs lieutenants ou commis présents et à venir et chacun d'eux si comme à lui appartiendra, que de nos présents, grâces, don, transmutation et octroi, et de tout le contenu en cesdites présentes fassent, souffrent et laissent ledit maître Olivier le Dain, ensemble sadite postérité et lignée, jouir et user pleinement et paisiblement, sans leur faire ni souffrir être fait, ores ni pour le temps avenir aucun destourbier ou empêchement, au contraire, aiiiçois si fait, mis ou donné leur

était, l'ôtent, réparent et mettent ou fassent ôter, réparer et mettre incontinent et sans délai au premier état et dû, et afin que du contenu en cesdites présentes aucuns ne puissent prétendre cause d'^ignorance, nous voulons et leur mandons qu'ils fassent icelles lire et publier par tous les lieux de leurs juridictures qu'il appartiendra et dont ils seraient requis. Car ainsi nous plaît-il être fait, et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à ces présentes, sauf en autres choses notre droit et l'autrui en toutes. Donné à Chartres au mois d'octobre 4474 et de notre règne le quatorzième.

§ 5. — TEXTE DES INSTRUCTIONS DONNÉES PAR LOUIS XI A SON FILS SUR LA MANIÈRE DE OOUVEBNER (1482).

Louis, par la grâce de Dieu roi de France, dauphin de Viennois, comte de Valentinois et Diois, à tous ceux qui les présentes verront, salut.

Considérant l'origine et la fin de toute chose et aussi de l'humaine nature, qui est de si courte durée, et que Dieu notre créateur nous a fait de si grandes grâces, qu'il lui a plu nous faire chef, gouverneur et prince de la plus notable région et nation de dessus la terre, c'est-à-dire du royaume de France, dont plusieurs des rois nos prédécesseurs ont été si grands, vertueux et vaillants, qu'ils ont acquis le nom de rois chrétiens en réduisant à la bonne foi catholique plusieurs grands pays et diverses nations naguère inCdèles, en extirpant les hérésies et vices de notre royaume, en entretenant le saint-siège apostolique et la sainte Église de Dieu en leurs droits, libertés et franchises, et par plusieurs autres beaux faits dignes de perpétuelle mémoire, tellement qu'il y a un certain

nombre d'entre eux tenus pour saints et vivant éternellement en la sainte compagnie de Dieu en son paradis.

Lequel notre royaume (et autres nos pays) nous avons, grâce à Dieu et par l'intercession de la très glorieuse Vierge Marie, sa mère, si bien entretenu, défendu et gouverné que nous l'avons augmenté de toutes parts par grande sollicitude et diligence, par l'aide aussi de nos bons et loyaux officiers, serviteurs et sujets; jaçoit (quoique) qu'après notre avènement à la couronne les princes et seigneurs de notre sang et autres grands de notre royaume, la plupart du moins, aient contre nous et contre la chose publique conspiré par trahisons et à force ouverte, au point qu'il s'en est suivi de grandes guerres et divisions, d'où sont résultées une étonnante effusion de sang humain, la destruction des pays et la désolation de beaucoup de peuples ; guerres qui ont duré depuis notre avènement jusqu'à présent, lesquelles ne sont encore du tout éteintes, et même après la fin de nos jours pourraient recommencer et longuement durer, si aucune bonne provision n'y était donnée.

Pour cela, et en considération de notre âge et de certaines maladies à nous survenues, pour lesquelles nous avons été en très grande dévotion visiter le corps de monseigneur saint Claude, l'ami de Dieu, d'où nous sommes revenu amendé et en meilleure santé, à l'aide de notre créateur et de sa sainte mère, nous avons, dès notre retour, décidé de voir notre cher amé fils dauphin de Viennois et de lui remontrer plusieurs notables choses pour l'édifiement de sa vie et sa bonne conduite au gouvernement de la France, s'il plaît à Dieu que la couronne lui advienne après nous. Pour l'accompHssement de ce dessein, nous nous sommes rendu au château

d'Amboise, où toujours nous l'avons fait tenir et élever; là en présence de certain nombre de seigneurs et dames de notre lignage et autres grands personnages, gens de notre conseil, capitaines et officiers tant de nous que de notre fils, avons fait venir icelui notre fils par-devers nous, et alors nous lui avons remontré les choses dessus dites et les suivantes :

Premièrement , nous lui avons témoigné notre grand désir qu'après nous il parvienne, avec l'aide de Dieu, à la couronne de France, son vrai héritage ; et qu'il puisse si bien, si grandement gouverner le royaume, que ce soit à son honneur, au profit et utilité des sujets et de la chose publique.

Pour Tépoque où il plaira à Dieu de disposer de nous d'après sa sainte volonté, comme il est dit, nous lui avons ordonné, commandé et enjoint, ainsi que père peut faire à son fils, qu'il se gouverne et maintienne au bon régime desdits royaume, dauphiné et autres pays, par le conseil et gouvernement de nos parents, des seigneurs de notre sang, et autres barons, chevaliers, capitaines, gens sages et notables, et principalement de ceux qu'il saura et connaîtra avoir été bons et loyaux à feu notre très cher seigneur et père (que Dieu absolve), à nous et à notre couronne de France, et qui nous ont été bons officiers, serviteurs et sujets.

Nous lui avons aussi expressément enjoint, quand la volonté de Dieu l'appellerait à la couronne, d'entretenir dans leurs charges et offices lesdits seigneurs, barons, gouverneurs, écuyers et capitaines, les chefs de guerre et tous autres, ayant charge, garde et conduite de gens, villes, places et forteresses, et les officiers ayant office tant de judicature qu'autres, de quelque nature que soient lesdits offices, sans aucunement les changer, décharger, ni désappointer.

sinon toutefois qu'il fût trouvé, par juste déclaration faite en justice, qu'aucuns d'eux fussent autres que bons et loyaux.

Afin que notre fils soit plus décidé à accomplir notre susdite ordonnance, nous lui avons remontré les grands maux et irréparables dommages qui nous advinrent peu après notre avènement pour n'avoir pas maintenu lesdits seigneurs et officiers de notre royaume en leurs états, charges et offices; ce qui a onguement duré au très grand dommage de nos pays et sujets, et dure encore, sans qu'il y ait fin de

Monnaie de Louis ^.

paix; quoique pourtant, grâce à Dieu, comme il a été dit, nous n'ayons rien perdu de la couronne, mais icelle augmentée et accrue de grandes terres et seigneuries, espérant dé bref, au vouloir et plaisir de notre créateur, y faire mettre paix, tranquillité et union; si le roi notre fils n'entretenait les officiers de tout ordre dans leurs charges, il lui pourrait arriver aussi mal et pis qu'à nous : qu'il aime donc le bien, honneur et augmentation de lui et du royaume, sans aller à rencontre, quelque cas qui advienne.

Lesdites remontrances ainsi par nous faites à notre fils pour le bien de la couronne de France, et afin que lesdits commandements à lui faits sortissent effet, et qu'il en fiH perpétuelle mémoire, nous

avons demandé à notredit fils ce que lui en semblait; et s'il n'était pas bien décidé et en bons propos et intention de faire et accomplir les choses dessus dites et autres par nous recommandées, et spécialement touchant les charges et offices; à quoi il nous a humblement fait répondre et dit de bouche que très volontiers il obéirait; qu'il ferait et accomplirait de bon cœur et de tout sori pouvoir les commandements, enseignements, ordonnances que nous lui faisions, et dont très humblement il nous remerciait.

Nous lui avons en outre recommandé de se retirer de ses gens et officiers qui là étaient, et qu'il s'entretînt avec eux des choses dessus dites, par nous remontrées et qu'il avisât bien s'il ne voulait pas entretenir tout ce que nous lui avons enjoint ; après l'avoir fait, il nous a dit telles paroles qui suivent : « Monseigneur, à l'aide de Dieu, et quand son plaisir sera que les chcJSes adviennent, je obéirai à vos commandemenls et plaisirs, et ferai, entretiendrai et accomplirai ce que m'avez enjoint, commandé et enchargé» ; et à cette cause lui avons dit que puisque, pour l'amour de nous, il le voulait, il levât la main, et nous promît d'ainsi le faire et tenir ; ce qu'il a fait.

Après plusieurs autres avis dépendant des précédents et après avoir parlé de plusieurs seigneurs nos adversaires, de qui étaient venus en partie les maux et inconvénients cités plus haut, afin qu'il y prît bien garde, nous lui avons recommandé aucuns de nos bons serviteurs et officiers dont les uns étaient présents et les autres absents, lui remontrant que bien et loyalement ils nous avaient servi tant à rencontre de nos adversaires, à Fentour de notre personne, que autrement en plusieurs et diverses ma-, nières.

Desquelles choses nous avons commandé à notre amé et féal notaire maître Pierre Parent, illec présent, de faire toutes lettres patentes et closes, comme déclarations de notre vouloir autant que besoin sera, tant durant notre règne que sous le règne de notre fils ; et dans ce dernier cas par manière de confirmation à l'égard d'iceux officiers dans leurs charges et offices, ledit Parent étant à la fois son secrétaire et le nôtre.

Ainsi donnons en mandement par ces présentes à nos amés et féaux conseillers, gens de notre parlement et de celui de Grenoble, et de Téchiquier de Normandie, gens de nos comptes, généraux, conseillers de nos finances, de la justice, de nos aides, maître des requêtes de notre hôtel, prévôt de Paris, à tous baillis, sénéchaux, prévôts et autres nos justiciers et officiers, ou à leurs lieutenants, que de nos présentes ordonnances et déclarations et des dépendances d'icelles, ils accomplissent et fassent accomplir de point en point tous les articles et qu'ils y contraignent quiconque y voudrait mettre obstacle; qu'ils eussent et annulent toutes lettres qui y contreviendraient, qu'ils procèdent même à la détention des contrevenants et de leurs biens, nonobstant oppositions, doléances de leur part; noftobstant même les restrictions qu'on tenterait plus tard de leur apporter pour en retarder ou empêcher l'exécu • tion en aucune manière : et comme il faudra appliquer les présentes en plusieurs lieux, nous voulons qu'au Vidimus d'icelles, fait sous sceau royal ou signé par ledit Parent ou autre de nos secrétaires, pleine foi soit ajoutée comme à ce présent original.

Donné au château d'Amboise, le 21 septembre, l'an de grâce 1482, de notre règne le vingt-deuxième; contresigné par monseigneur le Dauphin, monsei-

gneur le comte de Beaujeu, le comte de Marie, maréchal de France, Tarchevêque de Narbonne, les seigneurs du Bouchage, de Précigny, du Plessis- Bourré, de Soliers, Jean de Doyat, gouverneur d'Auvergne, Olivier Guérin, maître d'hôtel, et plusieurs autres présents.

§ 6. — SERMENT PRÊTÉ PAR LE DUC D'OBLÉANS A LOUIS XI PAR LEQUEL IL s'engage A SBRVIR LOYALEMENT LE DAUPmi

(17 octobre 1482).

Nous, Louis d'Orléans, de Valois, etc., avons promis et juré sur le canon de la messe et sur le livre des saints évangiles que tant que nous vivrons, nous servirons bien et loyauement notre très redouté et souverain seigneur Loys, à présent régnant, envers et contre tous ceux qui peuvent vivre et mourir; et s'il plait à Dieu que nous lui survivions, que nous servirons notre très redouté seigneur le dauphin son fils, comme notre roi et souverain seigneur, envers et contre toute personne, sans prendre jamais contre lui directement ou indirectement avec qui ce soit, parti, pratique ou intelligence, soit avec notre cousin le duc de Bretagne, soit avec autres princes, seigneurs ou communautés, sous couleur de prochaineté de lignage ou autrement, et que nous n'entreprendrons aucune chose touchant la personne et le gouvernement de monseigneur le Dauphin, de son royaume, de ses serviteurs ou sujets, autrement ni plus avant que son bon plaisir et l'avis de son conseil; que si notre cousin le duc de Bretagne ou autres nous conseillaient de faire ou entreprendre quelque chose autrement que dessus est dit, nous ne les croirons ni ne suivrons leurs amis, et incontinent révélerons

ce qui en sera à mondit seigneur le roi ou à monseigneur le Dauphin après lui ; que nous nous déclarerons contre tous ceux qui voudraient entreprendre les droits de la couronne; et qu'à la conservation d'iceux droits du Dauphin nous nous emploierons jusqu'à la mort inclusivement; que s'il vient à notre connaissance que l'époux de notre sœur, le vicomte de Narbonne, veuille quelque chose faire ou entreprendre contre monseigneur le Roi et monseigneur le Dauphin, nous en informerons sans délai le Roi ou le Dauphin son fils, et que nous nous y opposerons de tout notre pouvoir.

§ 7. — DERNIÈRE MALADIE ET MORT DE LOUIS XI. JUGEMENT SUR SON RÈGNE (1483).

(Jean de Troyes, Livre des faits.)

En ladite année 1483, le roi délibéra d'avoir et lui être portée la sainte ampoule qui était en l'église Saint-Remi de Reims, et qui été apportée par grâce divine dès l'an SOO par une colombe blanche au bon saint Rémi de Reims, pour en oindre et sacrer à roi de France le roi Clovis, qui fut le premier roi chrétien, lequel mourut en ladite année, et gît en l'église Sainte-Geneviève-au-Mont de Paris. Et par ainsi était demeurée ladite sainte ampoule audit lieu de Saint-Remi neuf cent quatre-vingt et trois ans, qu'elle en fut tirée et mise hors de son lieu, et apportée à Paris par Claude de Montfaucon, gouverneur d'Auvergne, à ce commis par le roi. Et arriva à Paris le dernier jour de juillet; et fut apportée en grande révérence et procession reposer en la Sainte- Chapelle du Palais-Royal à Paris, où elle y demeura jusques au lendemain au soir premier d'août, qu'elle

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fut emportée dudit lieu de Paris au roi, en son hôtel des Montils-Iez-Tours, avec les verges de Moyse et Aaron, et la croix de la Victoire, qui aussi fut envoyée par grâce divine au bon roi saint Charlemagne, pour obtenir victoire à rencontre des infidèles. Lesquelles verges et croix avaient toujours été audit lieu de la Sainte-Chapelle à Paris avec les saintes reliques étant illec, au premier jour d'août, qu'ils en furent avec ladite sainte ampoule par Tévêque de Séez, et autres commissaires à ce ordonnés de par le roi, emportés.

Audit an, le lundi vingt-cinquième jour dudit mois d'août, le roi devint fort malade en son hôtel des Montils-lez-Tours, tellement qu'il perdit la parole et tout entendement. Et en vinrent les nouvelles à Paris le mercredi vingt-septième jour dudit mois qu'il était mort, par des lettres qu'en écrivit maître Jehan Briçonnet; auxquelles lettres fut foi ajoutée, pource que ledit Briçonnet était homme de bien et de crédit. Et à cette cause les prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris, pour pourvoir aux affaires d'icelle ville, firent mettre garde aux portes de ladite ville pour garder que homme n'en issit ne y entrât. Et à cette cause fut bruit tout commun parmi ladite ville de Paris que le roi était ainsi mort, dont il n'était rien; et s'en revint, but, parla et mangea très bien, et véquit jusques au samedi au soir ensuivant, trentième et pénultième jour dudit mois d'août, environ l'heure de entre six et sept heures au soir, qu'il rendit l'âme ; et incontinent fut le corps abandonné de ceux qui l'avaient servi en la vie.

En après ledit trépas, son corps, depuis qu'il fut appareillé comme on a de coutume de faire, fut porté inhumer dudit lieu de Montils en l'église Notre- Dame-de-Cléry, pource qu'il voulut et ordonna en

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son vivant que ainsi fût fait, et ne voulut être mis avec les défunts très nobles rois de France ses prédécesseurs en église et abbaye de Saint-Denis en France. Et ne voulut jamais dire la raison qui le avait mû à ce. Mais aucuns pensaient que ce fut pour la cause de Téglise, où il lit moult de biens, et aurssi pour la grande dévotion qu'il avait à la benoîte vierge Marie, priée audit lieu deCléry. Lequel défunt roi en son vivant, à cause d'aucuns personnages qui étaient à Tentour de sa personne, comme Olivier le Diable, dit le Dain, son barbier, Jehan de Doyac, et autres plusieurs, lesquels il créait plus que gens de son royaume, fît durant son règne beaucoup de injustice, maux et violences; et tellement qu'il avait mis son peuple si au bas, que au jour de son trépas était I resque au désespoir : car, les biens qu'il prenait sur son peuple, il les donnait et distribuait aux églises, en grandes pensions, en ambassades, et gens de bas état et condition, auxquels pour les exhausser ne se pouvait tenir de leur donner argent, biens et possessions, en telle façon qu'il avait donné et aliéné la plupart du domaine de son royaume. Et nonobstant qu'il eut durant sondit règne plusieurs affaires, toutefois il mit en telle sujétion ses ennemis, qu'ils vinrent tous par-devers lui à merci ; et fut si craint et douté qu'il n'y avait si grand en son royaume, et mémement ceux de son sang, qui dormît ne reposât sûrement en sa maison. Et avant sondit trépas fut fort molesté de plusieurs maladies. Pour le guérir desquelles maladies furent faites pour lui, par les médecins qui avaient la cure de sa personne, de terribles et mei^veilleuses médecines ; lesquelles maladies lui puissent valoir au salut de son âme; et lui dotme son paradis par sa miséricorde celui qui vit et règne au siècle des siècles ! AmeUi

§ 8. — DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XL — SES CRUAUTÉS ET SES DÉFIANCES. — LES CAOES DE FER» — MORT DU ROI.

(Mémoires de Commines^ 1. VI.)

Tantôt après que le mal lui prit, il perdit la parole, comme autrefois avait fait; et quand elle îui/ftit revenue, se sentit plus faible que jamais n'avait été, combien qu'auparavant il l'était tant, qu'à grand'peine pouvait-il mettre la main jusques à la bouche; et était tant maigre et défait, qu'il faisait pitié à tous ceux qui le voyaient. Ledit seigneur se jugea mort; et sur l'heure il envoya quérir monseigneur de Beaujeu, mari de sa fille, à présent duc de Bourbon, et lui commanda aller au roi son fils qui était à Amboise (ainsi l'appela-t-il) en lui recommandant le roi sondit fils et ceux qui l'avaient servi; et lui donna toute la charge et gouvernement dudit roi; et lui commanda qu'aucunes gens n'en approchassent ; et lui en dit plusieurs bonnes et notables causes; et si en tout ledit seigneur de Beaujeu eût observé ses commandements, ou à tout le moins en partie (car il eut quelque commandement extraordinaire, et qui n'était de tenir), et qu'en la généralité il les eût plus gardés, je crois que c'eût été le profit du royaume et le sien particulier, vu les choses advenues depuis. Après envoya le chancelier, et toute sa séquelle, porter les sceaux audit roi son fils. Lui envoya aussi partie des archers de sa garde, et capitaines, et toute sa vénerie et fauconnerie, et toutes autres choses. Et tous ceux qui le venaient voir, il les envoyait à Amboise devers le roi (ainsi l'appelai t-il), leur priant de le servir bien et par tous lui mandait quelque chose; et par spécial par Etienne de Vesc, lequel avait nourri ledit roi nouveau, et servi de

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premier valet de chambre; et l'avait déjà fait le roi notre maître bailli de Meaux. La 'parole jamais ne lui faillit, depuis qu'elle lui fut revenue, ni le sens, ni jamais ne l'eut si bon ; car incessamment se vidait, qui lui ôtait toutes fumées de la tête. Jamais en toute sa maladie ne se plaignit comme font toutes sortes de gens quand ils sentent mal. Au moins suisje de cette nature, et en ai vu plusieurs autres; et aussi on dit que le plaindre allège la douleur.

Incessamment disait quelque chose de sens. Et dura sa maladie (comme j'ai dit) depuis le lundi jusques au samedi au soir. Pource je veux faire comparaison des maux et douleurs qu'il a fait souffrir à plusieurs, à ceux qu'il a soufferts avant de mourir; pource que j'ay espérance qu'ils l'auront mené en paradis, et que ce aura été partie de son purgatoire. Et s'ils n'ont été si grands, ni si longs, comme ceux qu'il a fait souffrir à plusieurs, aussi avait-il autre et plus grand office en ce monde, qu'ils n'avaient; aussi, jamais n'avait souffert de sa personne; mais tant avait été ojjéi, qu'il semblait que toute l'Europe ne fût faite que pour lui porter obéissance. Parquoi, ce petit qu'il souffrait contre sa manière et accoutumance, lui était plus grief à porter. Toujours avait espéfiance en ce bon hermite, qui était au Plessis (dont j'ai parlé qu'il avait fait venir de Calabre); et incessamment envoyait devers lui, disant qu'il lui allongerait bien sa vie, s'il voulait; car nonobstant toutes ces ordonnances qu'il avait faites, de ceux qu'il avait envoyés devers monseigneur le Dauphin son fils, si lui revint le cœur, et avait bien espérance d'échapper; et si ainsi fut advenu, il eut bien départi l'assemblée qu'il avait envoyée à Amboise à ce nouveau roi. Et pour cette espérance qu'il avait audit hermite, fut avisé par un certain théologien

et autres, qu'on lui déclarerait qu'il s'abusait, et qu'en son fait n'y avait plus d'espérance qu'à la miséricorde de Dieu ; et qu'à ces paroles se trouverait présent son médecin, maître Jacques Gothier, en qui il avait toute espérance, et à qui chacun mois il donnait dix mille écus, espérant qu'il lui allongerait sa vie. Et fut prise cette conclusion par maître Olivier, et par ledit maître Jacques le médecin, afin que de tous points il pensât à sa conscience, et qu'il laissât toutes autres pensées et ce saint homme en qui il se fiait. Et tout ainsi qu'il avait haussé ledit maître Olivier et autres, trop à coup et sans propos, en état plus grand qu'il ne leur appartenait ; aussi tout de même prirent charge, sans craindre de dire chose à un tel prince qui ne leur appartenait pas ; ni ne gardèrent la révérence et humilité qu'il appartenait au cas, comme eussent fait ceux qu'il avait de longtemps nourris, et lesquels peu auparavant il avait éloignés de lui pour ses imaginations. Mais tout ainsi qu'à deux grands personnages qu'il avait fait mourir de son temps (dont de l'un fit conscience à son trépas, et de l'autre non, ce fut du duc de Nemours, et du comte de Saint-Paul) fut signifiée la mort par commissaires députés à ce faire, lesquels commissaires en brefs mots leur déclarèrent • leur sentence, et baillèrent confesseur, pour disposer de leurs consciences, en peu d'heures qu'ils leur baillèrent à ce faire; tout ainsi signifièrent à notre roi les dessusdits sa mort en brèves paroles et rudes, disans : « Sire, il faut que nous nous acquittions, n'ayez plus d'espérance en ce saint homme, ni en autre chose; car sûrement il est fait de vous; et pource pensez à votre conscience, car il n'y a nul remède ». Et chacun dit quelque mot assez bref; aux* quels il répondit : « J'ai espérance que Dieu m'ai-

dera; car par aventure je ne suis pas si malade comme vous pensez ».

Quelle douleur lui fut d'ouïr cette nouvelle et cette sentence? Car oncques homme ne craignit plus la mort, et ne fit t^nt de choses, pour y cuider mettre remède, comme lui ; et avait tout le temps de sa vie à ses serviteurs et à moi comme à d'autres, dit et prié que, si on le voyait en nécessité de mort, que l'on ne lui dit, fors tant seulement : « Parlez peu », et qu'on l'émut seulement à soi confesser, sans lui prononcer ce cruel mot de la mort ; car il lui semr blait n'avoir pas cœur pour ouïr une si cruelle sentence : toutefois il l'endura vertueusement, et toutes autres choses, jusques à la mort, et plus que nu] homme que jamais. j'aie vu mourir. A son fils qu'il appelait roi, manda plusieurs choses; et se confessa très bien ; et dit plusieurs oraisons servans à propos, selon les sacrements qu'il prenait, lesquels lui-même demanda. Et comme j'ai dit, il parlait aussi sec comme si jamais n'eût été malade; et parlait de toutes choses qui pouvaient servir au roi son fils. Et dit entre autres choses, qu'il voulait que le seigneur des Cordes ne bougeât d'avec sondit fils de six mois ; et qu'on le priât de ne mener nulle pratique sur Calais ni ailleurs, disant qu'il était conclu avec lui de conduire telles entreprises, et à bonne intention, pour le roi et pour le royaume, mais qu'elles étaient dangereuses, et par spécial celle de Calais, de peur d'émouvoir les Anglais. Et voulait sur toutes choses qu'après son trépas on tînt le royaume en paix cinq ou six ans, ce que jamais n'avait pu souffrir en sa vie. Et à la vérité dire, le royaume en avait bon besoin; car, combien qu'il fût grand et étendu, si était-il bien maigre et pauvre, et par spécial pour les passages des gens d'armes qui se remuaient d'un pays en un

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'autre, comme ils ont fait depuis et beaucoup pis. Il ordonna qu'on ne prit pas de débat en Bretagne, et qu'on laissât vivre le duc François en paix, et sans lui donner doutes ni craintes, et à tous les voisins semblablement de tout ce royaume, afin que le roi et le royaume pussent demeurer en paix jusques à ce que le roi fût grand et en âge pour en disposer à son plaisir.

Voilà donc comment peu discrètement lui fut signifiée cette mort. Ce que j'ai bien voulu réciter, pource qu'en autre article précédent j'ai commencé à faire comparaison des maux qu'il avait fait souffrir à aucuns, et à plusieurs qui vivaient sous lui et en son obéissance, avec ceux qu'il souffrit avant sa mort, afin que l'on voie que s'ils n'étaient si grands ni si longs (comme j'ai dit audit article), que néanmoins étaient-ils bien grands, vu sa nature, qui plus demandait obéissance que nul autre en son temps, et qui plus l'avait eue; parquoi, un petit mot de réponse contre son vouloir lui était bien grande punition de l'endurer.

Quelque cinq ou six mois devant cette mort, il avait suspicion de tous hommes, et spécialement de tous ceux qui étaient dignes d'avoir autorité. 11 avait crainte de son fils et le faisait étroitement garder; ni nul homme ne le voyait, ni parlait à lui, sinon par son commandement. Il avait doute à la fin de sa fille et de son gendre, à présent duc de Bourbon, et voulait savoir quelles gens entraient au Plessis quand et eux; et à la fin rompit un conseil que le duc de Bourbon, son gendre, tenait léans par son commandement. A l'heure que sondit gendre et le comte de Dunois revinrent de ramener l'ambassade qui était venue aux noces du roi son fils et de la reine à Amboise et qu'ils retournèrent au Plessis, et entrè-

rent beaucoup de gens avec eux, ledit seigneur, qui fort faisait garder les portes, étant en la galerie qui regarde en la cour dudit Plessis, fît appeler un de ses capitaines des gardes, et lui commanda aller tàter aux gens des seigneurs dessusdits, voir s'ils n'avaient point de brigandines sous leurs robes, et qu'il le fit comme en devisant à eux, sans trop en faire de semblant. Or regardez, s'il avait fait vivre beaucoup de gens en suspicion et crainte sous lui s'il en était bien payé, et de quelles gens il pouvait avoir sûreté, puisque de son fils, fille et gendre il avait suspicion. Je ne le dis point pour lui seulement, mais pour tous autres seigneurs qui désirent être craints. Jamais ne se sentent de la revanche jusques à la vieillesse ; car, pour la pénitence, ils craignent tout homme. Et quelle douleur était à ce roi d'avoir telle peur et telles passions?

Il avait son médecin, appelé madtre Jacques Cothier, à qui en cinq mois il donna cinquante quatre mille écus comptans (qui était à la raison de dix mille écus le mois, et quatre mille par-dessus), et l'évêché d'Amiens pour son neveu, et autres offices et terres pour lui et pour ses amis. Ledit médecin lui était si très rude que l'on ne dirait point à un valet les outrageuses et rudes paroles qu'il lui disait. Et si le craignait tant ledit seigneur, qu'il ne l'eût osé envoyer hors d'avec lui. Et si s'en plaignait à ceux à qui il en parlait, mais il ne l'eût osé changer, comme il faisait tous autres serviteurs, pour ce que ledit médecin lui disait audacieusement ces mots : « Je sais bien qu'un matin vous m'envoyerez comme vous faites d'autres; mais par la...! (un grand serment qu'il jurait), vous ne vivrez point huit jours après )). Ce mot l'épouvantait fort, et tant qu'après ne le faisait que flatter et lui donner, ce qui lui était

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un grand purgatoire en ce monde, vu la grande obéissance qu'il avait eue de tant de gens de bien et de grands hommes.

Il est vrai qu'il avait fait de rigoureuses prisons, comme cages de fer et autres de bois, couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles ferrures de quelque huit pieds de large, et de la hauteur d'un homme et un pied de plus. Le premier qui les devisa fut l'évêque de Verdun qui en la première qui fut faite fut mis incontinent, et y a couché quatorze ans. Plusieurs l'ont maudit, et moi aussi qui en ai tàté, sous le roi de présent, l'espace de huit mois.

Autrefois avait fait faire à des Alemans des fers très pesans et terribles pour mettre aux pieds; et y était un anneau pour mettre au pied, fort malaisé à ouvrir, comme à un carcan; la chaîne grosse et pesante, et une grosse boule de fer au bout beaucoup plus pesante que n'était de raison, et appelait-on les Fillettes du roi. Toutesfois j'ai vu beaucoup de gens de bien prisonniers les avoir aux pieds qui depuis en sont saillis à grand honneur et à grand'joye et qui depuis ont eu de grands biens de lui et entre les autres un fils de monseigneur de la Grutuse de Flandres, pris en bataille; lequel dit seigneur maria, et fît son chambellan et sénéchal d'Anjou, et lui bailla cent lances. Aussi au seigneur de Piennes, prisonnier de guerre, et au seigneur du Verger. Tous deux ont eu gens d'armes de lui, et ont été ses chambellans, ou de son fils, et autres gros états : et autant à monseigneur de Rochefort, frère du connétable, et à un appelé Roquebertin, du pays de Catalogne, semblablement prisonnier de guerre, à qui il fit de grands biens, et plusieurs autres qui seraient trop longs à nommer, et de diverses contrées.

Or ceci n'est pas notre matière principale; mais faut revenir à dire qu'ainsi comme de son temps furent trouvées ces mauvaises et diverses prisons, tout ainsi avant mourir, il se trouva en semblables et plus grandes prisons, et aussi plus grande peur il eut que ceux qu'il y avait tenus. Laquelle chose je tiens à très grande grâce pour lui , et pour partie de son purgatoire. Et l'ai dit ici pour montrer qu'il n'est nul homme, de quelque dignité qu'il soit, qui ne souffre ou en secret ou en public, et par spécial ceux qui font souffrir les autres.

Ledit seigneur, vers la fin de ses jours, fit clore tout à l'entour sa maison du Plessis-lès-Tours de gros barreaux de fer, en forme de grosses grilles, et aux quatre coins de sa maison quatre moineaux de fer, bons, grands et épais. Lesdites grilles étaient contre le mur du côté de la place et de l'autre part du fossé ; car il était à fonds de cuve ; et y fit mettre plusieurs broches de fer maçonnées dedans le mur qui avaient chacune trois ou quatre pointes, et les fit mettre fort près l'une de l'autre. Et davantage ordonna dix arbalétriers, à chacun des moineaux dedans lesdits fossés , pour tirer à ceux qui en approcheraient avant que la porte fût ouverte; et entendait qu'ils couchassent auxdits fossés, et se retirassent auxdits moineaux de fer. Il entendait bien que cette fortification ne suffisait pas contre grand nombre de gens, ni contre une armée; mais de cela il n'avait point de peur. Seulement craignait-il que quelque seigneur ou plusieurs ne fissent une entreprise de prendre la place de nuit, demi par amour et demi par force avec quelque peu d'intelligence, et que ceux-là prissent l'autorité, et le fissent vivre comme homme sans sens et indigne de gouverner. La porte du Plessis ne s'ouvrait qu'il ne

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fût huit heures du matin, ni ne baissait-on le pont jusques à ladite heure; et lors y entraient les officiers; et les capitaines des gardes mettaient les portiers ordinaires, et puis ordonnaient leur guet d'archers, tant à la porte que parmi la cour, comme en une place frontière étroitement gardée ; et n'y entrait nul que par le guichet, et que ce ne fût du su du roi, excepté quelque maître d'hôtel et gens de cette sorte qui n'allaient point devers lui. Est-il donc possible de tenir un roi pour le garder plus honnêtement et en étroite prison que lui-même se tenait? Les cages où il avait tenu les autres avaient quelque huit pieds en carré, et lui qui était si grand roi avait une petite cour de château à se promener; encore n'y venait-il guères; mais se tenait en la galerie, sans partir de là, sinon par les chambres ; et allait à la messe sans passer par ladite cour.

Voudrai t-l'on dire que ce roi ne souffrit pas aussi bien que les autres, qui ainsi s'enfermait, qui se faisait garder, qui était ainsi en peur de ses jenfants et de tous ses prochains parents, et qui changeait et muait de jour en jour ses serviteurs qu'il avait nourris, et qui ne tenaient bien ni honneur que de lui, tellement qu'en nul d'eux ne s'osait fier, et s'enchaînait ainsi de si étranges chaînes et clôtures? Si le lieu était plus grand que d'une prison commune, aussi était-il plus grand que prisonniers communs. On pourrait dire que d'autres ont été plus suspicionneux que lui, mais ce n'a pas été de notre temps, ni par adventure homme si sage que lui, ni qui eût si bons sujets, et avaient ceux-là par adventure été cruels et tyrans; mais celui-ci n'a fait mal à nul qui ne lui eût fait quelque offence. Je n'ai point dit ce que dessus est dit, pour seulement parler des suspicions de notre roi, mais pour dire que

Louis XI. (Bibl. Nat., recueil de Gaignières.)

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la patience qu'il a portée en ses passions, semblables à celles qu'il a fait porter aux autres, lui est par moi réputée à punition queNotre-Seigneur lui a donnée en ce monde pour en avoir moins en l'autre, tant es choses dont j'ai parlé comme en ses maladies bien grandes et douloureuses pour lui, et qu'il craignait beaucoup avant qu'elles lui advinssent, et aussi afin que ceux qui viendraient après lui soient un peu plus piteux au peuple, et moins âpres à punir qu'il avait été; combien que je ne lui veux pas donner charge, ni dire avoir vu meilleur prince;. et s'il pressait ses sujets, toutefois il n'eût point souffert qu'un autre Teût fait, ni privé, ni étrange»

Après tant de peur et de suspicions et douleurs, Notre-Seigneur fît miracle surJui et le guérit tant de l'âme que du corps, comme toujours a accoutumé en faisant ses miracles; car il l'ôta de ce misérable monde en grande santé de sens et d'entendement, et bonne mémoire, ayant reçu tous ses sacrements, sans souffrir douleur que l'on connut, mais toujours parlant jusqu'à une patenôtre avant sa mort. Et ordonna de sa sépulture, et nomma ceux qu'il voulait qui l'accompagnassent par chemin ; et disait qu'il n'espérait à mourir qu'au samedi et que Notre-Dame lui procurerait cette grâce, en qui avait toujours eu fiance et grande dévotion et prière. Ef tout ainsi lui en advint, car il décéda le samedi pénultième jour d'août l'an mil quatre cens quatre-vingt et trois, à huit heures au soir, audit lieu du Plessis, où il avait pris la maladie le lundi de devant. Notre-Seigneur ait son âme, et la veuille avoir reçue en son royaume de paradis !

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