DOLÉANCES DES CULTIVATEURS PILLÉS PAR LES SOLDATS
A l'Époque de l'invasion anglaise (1422). (Journal d'un bourgeois de Paris, p. 162.)
Ne vous eussiez été en quelque compagnie que vous ne vissiez les uns lamenter ou pleurer à grosses larmes, maudissant leur nativité, les autres fortune, les autres les seigneurs, les autres les gouverneurs^ en criant à haute voix bien souvent et assurément :
Hélas! Vrai très doux Dieu, quand nous cessera
cette douleur extrême et cette douloureuse vie et damnable guerre. »
Que ferons-nous? Mettons tout en la main du diable, ne nous importe ce que nous devenons , autant vaut faire du pis qu'on peut comme du mieux. Mieux nous vaudrait servir les Sarrasins que les chrétiens et pour ce faisons du pis que nous pourrons. Aussi bien ne nous peut-on que tuer ou que prendre, car par le faux gouvernement des traîtres gouverneurs il nous faut renier femmes et enfants, et fuir au bois comme bêtes égarées. Non pas un an ni deux, mais il y a déjà quatorze ou quinze ans que cette danse douloureuse commença.
Je ne crois mie que depuis le roi Clovis, qui fut le roi premier chrétien, France fut aussi désolée et divisée comme elle est aujourd'hui, car oncques puis que le nom vint en France de Bourguignon et d'Armagnac, tous les maux que l'on pourrait penser ni dire ont été commis au royaume de France, tant que la clameur du sang innocent répand ji crie devant Dieu vengeance.
§ 3. — LETTRE PAR LAQUELLE LE ROI CONVOQUE LES VILLES AUX ÉTATS GÉNÉRAUX d'iSSOUDUN, BD 1422.
(De Beaueourt, Histoire de Charles VU, t. II, p. 578.)
De par LE RoY,
Chiers et bien amez, nous avons ordonné et présentement mandons plusieurs gens d'Église, nobles, et de chascune des bonnes villes certain nombre, de tous les païs de Languedoyl à nous obeissans, estre devers nous en nostre ville d'Yssoudun au xvi» jour de janvier prouchainement venant, pour assister et estre presens à oyr que nous voulons leur faire dire
sur la provision des affaires de nostre royaume, tant sur le fait de la guerre comme autrement, au bien de nous, de nostre dit royaume, de vous et de tout nostre peuple, et pour avoir sur ce leur advis et conseil. Et pour ce voulons, vous mandons et commandons estroictement que vous envoliez deux notables personnes d'entre vous ausdiz lieu et jour, pour la cause dessus dicte, ayant puissance de par vous de consentir et accorder tout ce qui, à ladicte journée, sera pour le bien dessus dit advisié, appoinctié et conclu. Et gardez que en ce n'ait faulte, toutes excusacions cessans et arrière mises.
Donné en nostre chastel de Meun-sur-Evre, le vni® jour de décembre.
Mallière.
§ 4. — TRAITÉ d'AMIENS, PAR LEQUEL LES DUCS DE BEDFORD, DE BRETAGNE ET DE BOURGOGNE SE LIGUENT CONTRE
CHARLES vn (janvier 1423).^
(Monstrelet, Chroniques^ 1. II, ch. vn.)
Au commencement de cet an mil quatre cent vingt et trois, s'assemblèrent à Amiens les ducs de Bedfort, de Bourgogne et Bretagne, avec eux de chacune partie grand nombre de chevaliers et écuyers. Et avec ledit Bedfort, qui se nommait régent de France, était le grand-conseil du jeune roi Henri d'Angleterre. Et avec le duc de Bretagne était Ai tus, comte de Richemont, son frère. Lesquels princes venus audit lieu d'Amiens firent l'un à l'autre grand' révérence et semblant de tout amour. Et donna le duc de Bedfort royalement à dîner aux autres princes en l'hôtel épiscopal de l'évêque d'Amiens, où
il était logé. Et après ces choses traitèrent Tun avec l'autre, et firent alliance par la forme et manière contenue en une lettre scellée de leurs sceaux et signée de leurs signes manuels, de laquelle la copie mot après autre s'ensuit :
« Jean, gouverneur et régent du royaume de France, duc de Bedfort ; Philippe, duc de Bourgogne, et Jean, duc de Bretagne, à tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, salut. Savoir faisons que, pour la considération des amitiés et prochaineté de lignage qui jà sont entre nous, moyennant les mariages conclus, accordés et confirmés entre nous Jean, duc de Bedfort, régent de France, et notre très chère et très aimée compagne et cousine Anne de Bourgogne, d'une part, et notre très cher et très aimé frère Artus, duc de Touraine, comte de Montfort et d'Ivry , et de notre très chère et très aimée sœur et cousine Marguerite de Bourgogne, d'autre part, et pour le bien du roi notre sire et de ses royaumes de France et d'Angleterre, de nous et de nos dominations et seigneuries, de nos terres, pays et sujets, nous et chacun de nous jurons et promettons être et demeurer tant que nous vivrons en vraie fraternité, bon amour et union ; et nous entr'aimerons et entretiendrons comme frères, parents et bons amis ; garderons et défendrons l'honneur l'un de l'autre tant en couvert comme en public, sans fraction ni quelconque dissimulation ; avertirons l'un et l'autre de tout
is saurons et entendrons être au profit, honneur ou blâme l'un de l'autre, et de
iiries, terres, pays et sujets. Et si aucun noiis faisaient mauvais rapport l'un de
us n'y ajouterons point de foi, mais re-
sûrement chacun devers nous ceux qui
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feront lesdits rapports. Et , par vrai amour et charité, ferons savoir incontinent à celui de qui telle relation aura été faite, pour en faire ainsi comme raison sera. Et si nous ou l'un de nous avons affaire pour notre honneur ou nos pays, terres et seigneuries garder et défendre contre aucuns autres qui nous voudraient grever ou endommager, nous et chacun de nous serons tenus d'aider et servir celui de nous qui aura à besogner, si de ce sommes requis, à cinq cents hommes d'armes ou de trait valant ledit nombre, en la manière que celui qui aura à besogner voudra. Et sera tenu celui qui sera requis, payer ses gens à ses dépens pour le premier mois ; et celui qui les requerra sera tenu de les payer du sien au temps qu'ils serviront outre. Et si aucun de nous veut avoir plus grande puissance pour aide, celui qui sur ce et de ce sera requis sera tenu d'aider le requérant le plus abondamment qu'il pourra, ses pays demeurés garnis.
« Item, que de toute notre puissance et par les meilleures voies que nous saurons aviser, nous nous emploierons pour le relèvement du pauvre peuple du royaume, qui tant a à souffrir et tant souffre de pauvreté, à débouter les guerres hors de ce royaume et le mettre en paix et tranquillité. Afin qu'en icelui royaume Dieu soit servi et honoré et que marchandise et labour y puissent avoir cours, nous et chacun de nous promettons loyaument et en parole de princes faire tenir et accomplir toutes les choses dessus dites par la manière dessus dite, autant que nous vivrons, sans dorénavant faire ni aller à rencontre, par quelque manière que ce soit, sous l'obligation de nos biens, tant meubles qu'immeubles, présents et à venir. En témoin de ce, nous avons fait
mettre nos sceaux à cesdites présentes, lesquelles nous avons scellées et signées de nos propres mains; et avons écrit au-dessous nos propres noms en la ville d'Amiens, le dix-septième jour d'avril Fan mil quatre cent vingt et trois. »
Avec icelui traité et accord dessus dit furent parconfîrmés les deux mariages dessus déclarés, c'est à savoir du duc de Bedfort, régent, et de Anne, sœur au duc de Bourgogne. Et avec ce, de Artus de Bretagne et de Marguerite, sœur au duc dessus dit, laquelle par avant avait eu épousé le fils aîné du roi Charles, dauphin de Vienne et duc d'Aquitaine. Et fut vérité que le duc de Bourgogne donna à sa sœur Anne, avec le duc de Bedfort, sa comté d'Artois avec toutes les appendances héritablement, en cas toutefois qu'il n'y eût nul héritier de sa chair né en loyal mariage.