DÉPART DES ANGLAIS. — ENTRÉE SOLENNELLE DU ROI
{Journal d'un bourgeois de Paris, année 1438.)
Les gens qui tenaient Paris parlementèrent avec le roi, et à ce s'accordèrent que les Anglais s'en iraient salives leurs vies, comme étrangers conquérant terre ; car ils n'étaient pas venus de France de leur autorité, et tous ceux qui avec eux étaient de la langue
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de France se rendirent à la volonté du roi. Et ainsi fut fait ; la plus grande partie de ces Français renégats furent pendus par leur gorge, et aucuns autres allèrent en long pèlerinage une corde au col. Cet appointement fait le samedi dix-neuvième jour d'octobre l'an ^438, le mardi ensuivant ils rendirent Neufchâtel, et s'en allèrent. Et ceux de Paris s'en tinrent bien mal contents, et ne firent pour la prise du châtel ni joie ni feux allumés, ni n'en tinrent compte .comme ils firent pour la prise de la ville, car on sonna par toutes les églises de Paris, on fit partout joie et liesse toute nuit et feux et danse» pcu'ce qu'on était ainsi délivré des Anglais, gui étaient trois cents, tous meurtriers et larrons. La plus grande partie d'eux se mirent en la rivière pour plus emporter de leurs bagages, et quand ils passèrent devant Paris il fut crié sur peine de la hart que nul ni nulle ne fut si osé ni si hardi de leur dire pis de leur nom, dont le peuple de Paris fut moult malcontent, meus à souffrir lui convint pour cette fois. Car de nulles choses il n'osait parler qui touchât le bien public, ayant eu tant d'oppressions, tant de tailles, tant dé calamités, tant de grandes chertés de pain et de tous autres vivres que oncques on eût vues depuis cent ans. Mais l'espérance de la venue du roi les consolait, laquelle fut bien en vain.
Car quand il vint à Paris il y vint le lendemain de la fête de Saint-Martin d'hiver, l'an 1438, ce dont on fit aussi grande fête qu'on pouvait faire à Dieu. A rentrée de Ja bastide Saint-Denis par où il entra tout armé avec le clergé et avec le dauphin, jeune d'environ dix ans, tout armé comme son père le roi, les bourgeois lui mirent sur la tête un ciel où l'on a coutume de porter Notre-Seigneur à la Saint- Sauveur.
Portrait de Charles VII.
d52 CHARLES VII ET JEANNE d'aRC
Et aiusi le portèrent jusqu'à la porte aux peintres dans la ville. Et entre ladite porte et la bastide il y avait plusieurs beaux mystères comme à la porte des Chants il y avait des anges chantant; à la fontaine du ponceau Saint-Denis moult belles choses qui seraient moult longues à raconter. Devant la Trinité on joua la passion, comme on fit pour le petit roi Henri quand il fut sacré à Paris, comme devant est dit.
Item, à la porte aux peintres et devant le Châtelet, et devant le palais et depuis ladite porte aux peintres, tout fut tendu à ciel jusqu'à Notre-Dame-de- Paris, si ce n'est le grand pont.
Et quand le roi fut devant F Hôtel-Dieu ou environ, on ferma les portes de ladite église de Notre-Dame, et vint révoque de Paris, lequel apporta un livre sur lequel le roi jura comme roi qu'il tiendrait loyalement et bonnement tout ce que bon roi faire devait. Après furent les portes ouvertes, et le roi entra dans Téglise et se vint loger au palais pour cette nuit. Et fit-on moult grande joie cette nuit comme de bassiner, de faire feux dans les rues, danser, manger et boire et de sonner plusieurs instruments. Ainsi vint le roi à Paris comme devant est dit.
SUR LES AUTEURS ET LES OUVRAGES DONT LES EXTRAITS SONT TIRÉS
Enipieppaiid de Monstrelet.
Ce chroniqueur naquit en Picardie vers 1390, et mourut en 1453. Il était de famille noble et servit sous les ordres de Jean de Luxembourg, comte de Saint-Paul. Il se trouvait à Compiègne et y vit Jeanne d'Arc quand elle fut prise par les Bourguignons. II exerça ensuite la charge de prévôt de Cambrai.
Sa chronique ne se compose que de deux livres. Le premier s'étend de 1400 à 1422. Le second commence en 1422 et s'arrête à 1444. La meilleure édition est celle qui a été donnée par la Société de l'Histoire de France (1857 et années suivantes). Monstrelet est suspect de partialité quand il parle de son seigneur, le comte de Saint-Paul. Il s'est bien gardé, par exemple, de parler delà vente de Jeanne d'Arc aux Anglais. Il ne dit pas un mot du procès ni du supplice. £n général, cependant, il juge équitablement les faits. Sa chronique est très détaillée et très précise. II n'a pas l'éclat et le charme de Froissart, mais il est plus instructif pour les historiens. C'est de lui que procède toute l'école des chroniqueurs bourguignons du xv^ siècle.
i54' NOTICES
Jean Chartier.
Il était frère puîné du célèbre Alain Chartier et remplit les fonctions d'historiographe de Tabbaye de Saint- Denis, pour la période du règne de Charles VU. Sa chronique a été publiée par Godefroy, dans son Recueil de Charles F// (Paris, 1661.) Elle a été fondue de très bonne heure dans le corps des Chroniques de Saint-Denis. Elle n'est remarquable ni par l'élévation de la pensée, ni par l'originalité du style, ni même par l'exactitude. Mais elle est contée avec naïveté et nous fait connaître les faits choisis par le roi pour être confiés à l'histoire et le sens ou le jour sous lequel il entendait qu'ils fussent appréciés.
Alain Chartier.
C'est l'écrivain franc^ais qui a joui de la plus grande renommée littéraire au xv« siècle. Il n'a pas laissé de chronique, bien qu'on lui ait longtemps attribué celle du héraut Berry : mais ses ouvrages en prose et en vers sont pleins de renseignements précieux sur l'histoire de Charles VII et de son temps.
Journal d*nn bourgeois do Paris.
On ignore le nom de l'auteur de ce journal. Les érudits ont pris l'habitude de le désigner par la qualité de bourgeois : mais c'était probablement un clerc, membre de l'Université, hostile au parti des Armagnacs et fanatique des Bourguignons. Le Journal d*un bourgeois de Paris n'est pas, à proprement parler, une œuvre hiatorique : «C'est un recueil intéressant d'anecdotes, de bruits populaires, de faits graves ou plaisants. L'auteur y rap-
porte tour à tour les changements dans les monnaies, les prix des vivres, les émeutes, les massacres, les accidents particuliers, les supplices, la sécheresse, la pluie, les orages, les fêtes, etc. 11 ne faut pas demander à une telle composition de la critique ni de l'ensemble : on n'y doit chercher que des détails, et la curiosité du lecteur sera sur ce point amplement satisfaite. Aucun monunient littéraire ne fait mieux connaître les mœurs et les habitudes de cette époque. »
Perceval de Cagny.
Ce chroniqueur appartenait à la maison du duc d'Alençon, c'est-à-dire du capitaine qui s'est tenu le plus constamment avec la Pucelle. C'est en 1436, c'est-à-dire cinq ans après l'exécution de Rouen qu'il rédigea sa chronique. Peu de chroniqueurs de cette époque ont été aussi bien informés.
Procès de Jeanne d'Arc. — Condamnation et réhabilitation.
Le procès de condamnation de Jeanne d'Arc se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale. « C'est une grosse en bonne forme du procès, délivrée par l'un des notaires- greffiers nommés par l'évêque de Beauvais. A la suite du procès se trouvent une information d'office faite après la mort de Jeanne, le procès d'un religieux qui avait mal parlé du jugement rendu contre elle, deux lettres du roi d'Angleterre , une aux souveraines de l'Europe, l'autre aux évêques, aux nobles et habitants des principales villes de France, et enfin deux lettres de l'Université de Paris au pape et au collège des cardinaux. »
Le procès de réhabilitation se trouve également dans
un manuscrit de la Bibliothèque Nationale. C'est une expédition entièrement authentique.
Les deux procès ont été publiés, pour la Société de THistoire de France, par M. J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d*Arc^ 5 vol. in-8<», 1841-1849. Cette publication est suivie de tous les documents historiques relatifs à Jeanne d'Arc, et accompagnée de notes et d'éclaircissements.
I. — Premières ân.nérs du règne. — Le roi de Bourges. — Défaites de Gravant et de Vernelil. — Gouver.ni--
MENT DU CG.NNÉTABLE DE RlCHEMOiNT (1422-1428).
§ \. — Avènement de Charles VII. — Paris reste dans l'obéissance du roi d'Angleterre (1422) 1
§ 2. -> Doléances des cultivateurs pillés par les
soldats 3
§ 3. — Lettre par laquelle le roi convoque les villes
aux Étals généraux d'Issoudun, en 1422. 4
§ 4. — Traité d'Amiens, par lequel les ducs de Bedford, de Bretagne et de Bourgogne se liguent contre Charles VII ")
^ -ô. — Mariage du duc de Bedord avec Anne,
fille du duc de Bourgogne (janvier 1 423) . 8
§ C. -- Défaite des partisans de Charles VIT à Gravant (31 juillet 1423) 9
§ 7. -- Le duc de Bedford prend Ivry. — Nouvelle défaite des Français à Verneuil (17 août
§ 8. — Le duc de Savoie se porte médiateur entre Charles VII et le duc de Bourgogne. Il essaye d'amener entre eux un accommodement. Traité de Nantes (18 mai 1424). 19
§ 9. — Le comte Arthur de Riehemont abandonne le parti anglais et accepte Tépée de connétable. — Son traité avec Charles VII (7 mars 1425) 23
§ 10. — Lettre de Charles VII aux habitants de
Tournai (1" août 1425) 25
§ 11. — Deux lettres du connétable de Riehemont
aux habitants de Lyon (31 juillet 1423).. 27
§ 12. — Montargis est assiégé par les armées réunies de Sufîolk et de Warwick. — La ville se défend héroïquement. — Elle est sauvée par le bâtard d'Orléans (Dunois) et par La Hire. — Bataille de Montargis. — Défaite des Anglais (5 septembre 1427) 31
§ 13. — Analyse des doléances et réclamations des princes ligués contre La Trémouille. — Ils réclament la convocation des Étals généraux (juillet 1428) 35
§ 14. — Tableau des sommes votées au roi par les
États généraux, de 1423 à 1435 38
§ 15. — Analyse du traité du 30 octobre 1428, conclu
entre la France et TEcosse 40
§ 16. ~ Le siège d'Orléans. — La journée des Harengs (12 février 1429) 41
II. — La France sauver par l'intervention de Jeanne d*Arc. — Sacre de Charles vu a Reims. — La Pucellr
ÉCHOUE AU siège DE PaRIS. — ELLE EST PRISE A COM- PIÈGNE. — Son PROCÈS ET SA MORT (1429-1431).
§ 1. — Apparition de Jeanne d'Arc à Chinon. -—
Elle décide le roi à une tentative éner- * gique pour délivrer Orléans (mars 1429). 46
§ 2. — Ce qu'on disait de Jeanne d'Arc dans les
partis anglais et bourguignon 51
§ 3. — Jeanne d'Arc pénètre dans Orléanss— Prise
de la bastille de Saint-Loup. — Retraite des Anglais (avril-mai 1429) 52
§ 4. — Sur les instances de Jeanne, Charles YII quitte la Touraine et" convoque Tarmée - à Gien (juin 1429) 51
§ 5. — Séjour de Charles YII et de Jeanne d'Arc à Saint-Aignan. — Entrevue des seigneurs de Laval avec la Pucelle (8 juin 1429) 59
§ 6. — Prise de Jargeau et de Beaugency (12-18, juin). — Victoire des Français à Patay (19 juin 1429) 63
§ 7. — Les préliminaires du voyage de Reims
(juin et juillet 1429) 11
§ 8. -— Extrait des lettres adressées par le roi aux habitants de Reims pour les engager à le recevoir (4 et 11 juillet 1429) 74
§ 9. — Charles VII est reçu à Auxerre, à Troyes et à Reims. — Son sacre (17 juillet 1429). — Prise de Château-Thierry 75
§ 10. — Le duc de Bedford rassemble ses forces près de Paris pour livrer bataille à Charles VIL — Sa lettre insolente à ce dernier (août 1429) 82
§ 11. — Le roi et le duc de Bedford sont près d'en venir aux mains entre Lagny et Senlis (août 1429) 86
§ 12. — Tentative de la Pucelle contre Paris (8 septembre 1429). — Elle est blessée et se retire 89
§ 13. — Autre récit du même fait 93
§ 14. — Autre récit du même fait 96
§ 15. — Le roi s'en retourne dans le Berry (février
§ 16. — Jeanne d'Arc est prise devant Compiègne et envoyée au château de Beaurevoir (mai 1430)v 98
§ 17. — Prdcès de Jeanne d'Arc. — Extrait de Tin-
160 TABLB DES MATIÈRES
terrogatoire du 22 février 1431. — L'apparition des saints. — Les voix 101
§ 48. — Procès de Jeanne d'Arc. — - Extrait de la séance du 27 février. — Les voix. — L'arrivée à Ghinon. — Sainte-Catherinede-Fierbois 102
§ 19. — Arrêt de condamnation lancé contre Jeanne d'Arc. — Lettre du roi d'Angleterre au duc de Bourgogne... • 100
§ 20. — Revision du procès de Jeanne d'Arc en 1456. — Extrait des dépositions. — Déposition de Jean Toutmouillé, de Tordre des Frères prêcheurs : la mort de Jeanne d'Arc (31 mai 1431) 111
§ 21. — Déposition d'ïsambert de la Pierre, l'un des assesseurs qui avaient opiné dans les deux jugements de condamnation des 19 et 29 mai 1431 : la mort de Jeanne d'Arc 113
IIÏ. -- Continuation de la guerre contre les Anglais. — Nouveaux succès de Charles VIL — Négociations avec LE DUC DE Bourgogne. — Les Français et les Bourguignons se réconquent. — Tratté d'Arras. —Entrée du roi a Paris (1431-1438).
§ d. — Le jeune roi d'Angleterre, Henri VI, essaye de relever la cause anglaise en venant se faire couronnera Paris. — Cérémonie du sacre (décembre 1431) HT
§ 2. — Engagement pris par l'Espagnol Rodrigue de Villandrando, un des plus célèbres routiers de cette époque, envers le comte de Beaufort (1432) 122
§ 3. — Charles VII veut se porter médiateur entre le concile de Bâle et le Pape. — Sa lettre aux Pères du concile (28 août ih^). ... 123
§ 4. — Juvénal des Ursins , évoque de Beauvais, se plaint au roi des crimes des gens de guerre (1433)
§ 5. — Nouvelle supplique adressée par Tévéque de Beauvais aux États généraux réunis à Blois, au sujet des violences des gens de guerre (1435)
§ 6. — Fin de la guerre civile. — Réconciliation du roi de France avec le duc de Bourgogne. — Traité d'Arras (décembre 1435).
§ 7. — Mort de la reine Isabeau de Bavière (1435).
§ 8. — Le duc de Bourgogne envoie une ambassade au roi d'Angleterre pour lui faire connaître l'accord qu'il vient de conclure avec Charles VII et les raisons qui l'y ont déterminé. — Indignation des Anglais (1435)
§ 9. — Le duc de Bourgogne arrive à prendre l'offensive contre les Anglais, ses alliés de la veille (1435)
§ 10. — La ville de Paris se rend aux Français (1436) '...
§ 11. — Paris reçoit Charles VII (octobre 1438). — Départ des Anglais. — Entrée solennelle du roi
Notices sur les pbincipaux auteurs et ouvrages dOiNT les extraies sont tirés
Coulommiers. — Imp. P. Drodard et Gallois.
RACONTÉB
PAR LES CONTEMPORAINS
ET
EXTRAITS