PARIS SB REHD AUX FRANÇAIS
(Monstrelet, Chroniques^ I. II, eh. cxcvi.)
Au commencement de cet an s'assemblèrent le comte de Richemont, connétable de France, le bâtard d'Orléans, les seigneurs de La Roche, de l'Ile- Adam, de Ternant, et avec eux messire Simon de Laiain et Sanse, son frère, et plusieurs autres capitaines français et bonrgfuignons, accompagnés de cinq à six mille combattants ou environ, lesquels, eux partant de Pontoise, vinrent devers Paris, espérant d'y entrer par subtils moyens que y avait le seigneur de TIle-Adam et autres favorisant la partie de Bourgogne. Si furent illec de quatre à cinq heures; et après, voyant qu'ils ne pouvaient venir à leur intention, se logèrent à Aubervilliers, Mont-Martre et autres lieux à l'environ, et le lendemain assaillirent la ville de Saint-Denis, où il y avait de quatre à cinq cents Anglais, qui furent pris de force, et en y eut de morts environ deux cents, et les autres se relrahirent en Tabbaye, à l'entour du Velin ; lesquels Anglais furent assiégés, mais ils se rendirent, sauves leurs nés, réservés aucuns du pays, qui demeurèrent à volonté. Et le lendemain, qui était jeudi, messire
Thomas de Beaumont, lequel nouvellement était venu à Paris avec six cents Anglais qu'il avait amenés de Normandie, alla dudit lieu de Paris à iceux vers ladite ville de Saint-Denis pour savoir et enquerre de l'état des Français, desquels il fut aperçu; et saillirent hors à grand'puissance contre lui. Si furent assez tût mis à grand meschef et tournés à déconfiture, et en demeura de morts en la place bien trois cents et quatre-vingts prisonniers, desquels fut l'un ledit messire Thomas ; et les autres se sauvèrent en fuyant à Paris, et furent chassés jusqu'aux portes de la ville. Et adonc les Parisiens, qui étaient moult favorables au duc de Bourgogne, c'est à savoir le quartier dés halles, aucuns de l'université, Michaut Laillier et plusieurs autres notables bourgeois de Paris, eux voyants la perte qu'avaient faite les Anglais et la puissance qu'avaient les Français et Bourguignons auprès d'eux, se mirent ensemble par diverses compagnies, et conclurent l'un avec l'autre de bouter les Anglais hors de leur ville, et y mettre les Français et Bourguignons dessus dits. Si le firent savoir au seigneur de Tlle-Adam, afin qu'il y menftt les autres. Lequel annonça ces nouvelles au connétable de France et aux autres seigneurs, lesquels tous ensemble se conclurent d'y aller ; et se partirent de Saint-Denis en belle ordonnance le vendredi très matin.
Et entre-temps, Louis de Luxembourg, évoque de Thérouenne, les évoques de Lisieux et de Meaux, le seigneur de Villeby et plusieurs autres tenant le parti des Anglais, doutant ce qui leur advint, c'est à savoir que le commun ne se tournât contre eux, firent loger leurs gens en la rue Saint-Antoine auprès de la bastille; et firent ladite bastille bien garnir de vivres
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et de plusieurs habillements de guerre ; et avec ce se tinrent leurs gens armés et sur leur garde pour eux y retraire si besoin leur en était. Et les dessus dits Français et Bourguignons venus devant ladite ville de Paris, vers la porte Saint- Jacques, outre Teau, vers Montlhéry, envoyèrent le seigneur de l'Ile -Adam parlementer à ^eux des murs, lequel leur montra une abolition générale de par le roi Charles de France,
Monnaie de Charles VII, frappée on Bourgogne.
de son grand scel, en les admonestant très instamment qu'ils se voulussent réduire en Tobéissance du dessus dit roi Charles, à Tinstance et faveur du duc de Bourgogne, qui s'était réconcilié avec lui, daquel ils avaient si bien tenu le parti, et encore demeuraient sous son gouvernement. Lesquels Parisiens, oyant les douces paroles et offres que leur faisait ledit seigneur de TIle-Adam et autres de sa partie, s'incUnèrent et conclurent assez bref ensuivant l'un avecque l'autre de mettre les dessus dits seigneurs en leur ville.
Alors, sans délai, furent dressées échelles contre la muraille, par lesquelles icelui seigneur de l'Ile- Adam monta et entra en ladite ville, et avec lui le bâtard
d'Orléans et grand foison de leurs gens. Avec lesquels s'assemblèrent grand foison de Bourguignons et grand foison du commun d'icelle cité, qui tantôt commencèrent à crier parmi ladite ville : « La paix ! vivent le roi et le duc de Bourgogne! » Et tantôt après firent ouvrir les portes, par lesquelles entrèrent dedans ledit connétable et autres seigneurs, avec leurs gens d'armes, qui se retrahirent vers la bastille Saint- Antoine, où étaient les Anglais, c'est à savoir les dessus dits évoques et seigneurs, qui déjà se retrayaient dedans ladite bastille et cuidaient aucunement résister ; mais ce fut peine perdue, car leurs adversaires étaient trop puissants au regard d'eux, par quoi ils furent *assez tôt reboutés en icelle, et en y eut de morts et pris en petit nombre. Et après furent faites barrières au-devant de la porte de la bastille de quartiers de bois. Et se logèrent gens d'armes aux Tournelles et autres logis au plus près, afin qu'iceux Anglais ne pussent saillir dehors. Et lors tous leurs biens qu'ils avaient laissés furent pris et départis; et aussi plusieurs des principaux qui avaient tenu leur parti furent mis prisonniers et leurs biens confisqués, et avec ce, de par le roi Charles, y furent faits nouveaux officiers. En après, l'évêque de Thérouenne, le seigneur de Villeby et leurs complices étant en ladite bastille eurent parlement avec les Français, lequel parlement, par le moyen du seigneur de Ternant et de messire Simon de Lalain, vint à conclusion par tel si qu'en rendant ladite bastille, ils s'en iraient, saufs leurs corps et leurs biens. Si eurent sauf-conduit du connétable de France, sous lequel ils s'en allèrent à Rouen par eau et par terre, et à leur département firent lesdits Parisiens grand huée en criant : « A la queue ! » Et
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par ainsi demeura ladite ville de Paris en Tobéissance du roi Charles ; et issirent iceux Anglais par la porte des champs, et allèrent par autour monter sur l'eau derrière le Louvre. Si perdit ledit évêque de Thérouenne sa chapelle, qui était moult riche, et grand'partie de ses joyaux et autres bonnes bagues, qui demeurèrent audit connétable. Toutefois il fut aucunement favorisé dudit seigneur de Ternant et de messire Simon de Lalain ; et lui fut secrètement rendue aucune partie de ses biens, qui étaient aval la ville, à l'entrée de laquelle fut déployée la bannière du duc de Bourgogne et son étendard, pour amener lesdils Parisiens à eux tourner de ce parti. Et si y furent faits chevaliers nouveaux, de par le connétable dessus nommé, des marches de Picardie , Sanse de Lalain et Robert de Neuville, avec aucuns antres de la partie des Français. Après laquelle entrée demeurèrent dedans icelle ville grand espace de temps ledit connétable, et avec lui ledit seigneur de Ternant, qui lors fut fait prévôt de Paris. Et le dessus dit messire Sanse de Lalain et les autres Picards retournèrent es lieux dont ils étaient venus.
§ 11. — PARIS REÇOIT CHAhLts VU (octobre 1438). —