CAMPAGNES DE NORMANDIE ET DE GUYENNE
EXPULSION DÉFINITIVE DE L'ÉTRANGER ET LIBÉRATION DU TERRITOIRE NATIONAL.
§ 1. — LA GUERRE CONTRE LES ANGLAIS CONTINUE. — PRISE DE MEAUX PAR LE CONNÉTABLE DE RICHEMONT (1439).
(Monstrelet, Chroniques^ liv. Il, ch. ccxxxix.)
Arthus de Bretagne, comte de Richement, connétable de France, assembla jusqu'au nombre de quatre mille combattants de gens de guerre, avec lequel étaient La Hire, Floquet, le seigneur de Torsy, messire Gilles de Saint-Simon et plusieurs autres capitaines français, tant de gens de Champagne, Français comme autres, avec lesquels il se tira, à l'entrée du mois de juillet, devant la ville de Meanx en Brie, que pour lors tenaient les Anglais. Et tout de première venue se logea à Champ-Commun, qui est un bien gros village; et bref après ensuivant, fit assiéger une bastille devant icelle ville de Meaux, devant la porte de Saint-Remy; et après fit loger
ses gens en l'abbaye de Saint-Pharon, aux Gordeliers et en autres divers lieux de ladite ville. Et tantôt après fut mise une bastille en l'île, vers la tour de Coutance ; et il en fut faite une encore par messire Denis de Chailly, à la porte de Cormillon, vers la Brie; et depuis en furent faites cinq en deux lies, vers la tour de Sulpice, contre le marché, qui toutes furent fournies de gens de guerre.
En outre furent dressés plusieurs gros engins contre les portes et murailles de la dessusdite ville, qui très fort la dommagèrent. Et tant en ce fait continuèrent qu'en la fin de trois semaines le dessusdit connétable de France et ses capitaines conclurent l'un avec l'autre de faire assaillir icelle ville par leurs gens d'armes, qui en étaient en moult grand'volonté. Duquel assaut elle fut prise et conquise à peu de perte de leurs gens. Et fut pris dedans icelle le bâtard de Thien, lequel tantôt après eut le hâterel coupé, et avec lui un gentilhomme nommé Carbonnel de Haule, avec aucuns autres ; et si furent morts des dessusdits assiégés, tant en défendant leurs gardes comme eux retrayant au marché, environ le nombre de soixante hommes, et de quarante à cinquante prisonniers, parmi les deux dessusdits. Après laquelle prise le dessusdit connétable, et la plus grand'partie de sesdites gens, se logea dedans ladite ville; toutefois demeurèrent gramment de gens en aucunes desdites bastilles. Si étaient dedans le marché de Meaux, pour chefs de la part des Anglais, messire Guillaume Chambellan, messire Jean Rippelay et aucuns autres, environ cinq cents combattants. Et par avant, devant la venue d'icelui siège, avaient envoyé certains messages de leurs gens à Rouen pour signifier la venue desdits Français, leurs
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adversaires, en requérant aux commis du roi Henri d'Angleterre qu'ils fussent secourus au plus bref que bonnement faire se pourrait.
Pour lequel secours bailler, le comte de Cambregeh, qui lors avait la charge, de par icelui roi d'Angleterre, de la garde et gouvernement de la duché de Normandie, et avec lui messire Jean de Talbot, le seigneur de Fauquemberge, messire Richard d'Oùde ville * et aucuns autres capitaines anglais, accompagnés de quatre mille combattants ou environ, se mirent à chemin sur intention de lever ledit siège et chevauchèrent tant qu'ils vinrent dedans la ville de Meaux. Dedans laquelle le dessusdit connétable, sachant icelle venue, avait fait retirer ses gens et ses habillements de guerre, qui très bien leur vint à point ; car pour vrai s'ils eussent été trouvés aux champs, il y eût eu grand méchef d'un côté et d'autre. Et vous dis que les Anglais ne désiraient autre chose que de trouver lesdits Français pour les combattre; et de ce firent plusieurs requêtes par leurs officiers d'armes audit connétable, qui ne leur voulait accorder. Et entre-temps furent faites aucunes escarmouches entre les parties, à l'une desquelles lesdits Anglais gagnèrent sur les Français bien vingt bateaux de vivres et d'autres biens ; et d'autre part fut abandonnée une bastille que tenait le séide Moy.
iprès, assaillirent iceux Anglais et prirent de. Qe autre bastille qui était en l'île auprès du lé, dedans laquelle furent morts de cent à six hommes du parti des Français, et les autres prisonniers. Durant lequel temps, les dessus-
oodville.
dits Anglais, voyant que les Français n'avaient point volonté de les combattre, et aussi qu'il leur était impossible de les grever dedans leur fort, se disposèrent de retourner en Normandie, après qu'ils eurent rafraîchi leurs gens qui étaient audit marché de Meaux.
Si se départirent de Meaux, et par la même marche dont ils étaient venus s'en retournèrent audit pays de Normandie. Après lequel département, ledit connétable et ses gens s'efforcèrent derechef moult fort de guerroyer et combattre ceux du dessusdit marché par divers engins ; et tant en ce continuèrent que environ trois semaines après ensuivant, ledit sire Guillaume fit traité avec ledit connétable pour lui et pour ses gens, par telle condition qu'ils s'en iraient, sauf leurs vies et leurs biens. Lequel traité conclu et fini, leur fut donné bon et sûr sauf-conduit; et s'en allèrent à Rouen, où ledit capitaine fut fort reproché de ceux qui avaient le gouvernement; et de fait fut mis prisonnier au châtel de Rouen, pour tant qu'il avait si tôt rendu icelui marché de Meaux, qui était bien garni de vivres et aussi d'habillements de guerre, et si était aussi une des fortes places du royaume de France. Néanmoins, depuis, il trouva manière de lui excuser vers les seigneurs de son parti, par lesquels il fut mis à pleine délivrance. Au temps dessusdit, fut décapité et écartelé un gentil- . homme nommé Jean de La Fange, qui était au connétable de France, pour ce qu'il fut trouvé coupable d'avoir pourparlé avec les Anglais sur aucunes besognes qui étaient préjudiciables au roi de France et à sa seigneurie. Si fut pour lors aussi écartelé avec ledit Jean de La Fange un sergent du Ghàtelet de Paris.
§ 2. — LA GUERRE RECOMMENCE DANS LA RÉGION NORMANDE. — RAISONS QUI DÉTERMINENT CHARLES VU (1449).
{Mémoires de Jacques du Clercq, liv. I, eh. n.)
Charles, roi de France, dûment informé que les Anglais faisaient guerre au royaume d'Ecosse et au roi d'Espagne ses alliés, et pareillement à ses sujets de la Rochelle, de Dieppe, le tout continuellement sans rendre ni réparer, choses qu'ils faisaient entre les trêves; bien que par plusieurs et diverses fois, spécialement à cause de la prise de Fougères ^ il les eût fait sommer par ses ambassadeurs et ceux du roi de Bretagne, tant au roi même en son pays d'Angleterre qu'à ceux qui, de par lui, avaient le gouvernement de Normandie, considérant encore que, malgré les trêves, les Anglais de Mantes, Verneuil et Lagny allaient sur le chemin d'Orléans et de Paris dérober et couper les gorges des marchands qui passaient leur chemin, et le semblable faisaient les Anglais de Neufchàtel, de Gournay, de Gerberoy sur le chemin de Paris et d'Amiens et avec cela allaient de nuit par le plat pays prendre, tuer et dévestir les gentilshommes de l'obéissance du roi, que ceux qui faisaient cela se faisaient appeler les frais visages et se vêtaient et déguisaient d'habits dissolus et épouvantables afin qu'on ne les reconnût pas; lesquelles choses les Anglais refusant de réparer, le roi délibéra par conseil de leur faire la guerre par terre et par mer. Et firent lui et le duc de Bretagne