Mis sur sa tête
étaient vingt hommes d'armes, qui avaient leurs chevaux couverts de couleurs pareilles. Après vint Guillaume de Courcelles, valet de chambre du roi, qui était fort bien habillé et avait quatre pages bien parés. Puis vinrent les seigneurs de Pressigny, de Brion, de Villequier, Paviot et Antoine de Beau val, tous en très bon état et bien accompagnés. Après suivaient Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, Ponset de Bourguignen, Maregny Cancelot, Jean du Chastel, le Bon de Relly, chevalier, le seigneur de Mommet, Geoffroy dé Saint-Belin, Pierre Louvain, le bailli de Chartres, Hue de l'Asnier, écuyer d'écuyerie du roi, lors demeurant à Amiens, et quantité d'autres chevaliers, écuyers et grands seigneurs d'autorité et grand renom, qui étaient en hautain et bon état, de tous habillements à eux nécessaires, desquels on ne peut pas bien ici déclarer par le menu les noms l'un après l'autre ; mais, pour en dire le vrai, peu a été vu que nul des rois de France, prédécesseurs de celui de présent, longtemps auparavant, entrât en aucunes villes et cités de son royaume, si honorablement ne en plus bel et suffisant arroi, que fit celui-ci, en ladite ville de Rouen. Quant aux gens de guerre, tant hommes d'armes comme archers, il y en avait très grand nombre qui étaient tous préparés et disposés en leurs habillements, comme si alors tout présentement ils dussent avoir et entrer en bataille, le tout pour la plus grande garde et sûreté du roi et des seigneurs dessus nommés, lesquels chevauchant en cette manière, depuis la porte par où ils entrèrent, vinrent, en tenant l'ordre auparavant décrit, jusqu'à l'église cathédrale de Notre-Dame; duquel lieu sortirent l'archevêque et autres gens d'Eglise, avec des saintes reliques, les-
quelles ils présentèrent au roi. Alors il se mit à pied et les baisa, lui étant à genoux; puis il s'en alla devant le grand autel, faire son oraison bien dévotement; de là il s'en retourna loger en Thôtel de Tarchevéque, qui était préparé pour lui fort honorablement. Pour le regard des bourgeois et du peuple, il y en avait si grand nombre par les rues où le roi passa, qu'icelles, avec les maisons, en paraissaient comme couvertes; lesquels, tous généralement, s'efforçaient de montrer joyeuse chère à sa venue, ainsi qu'ils firent durant tout le temps qu'il y séjourna. Quant aux princes et grands seigneurs, et aussi les autres de tous états, ils se logèrent en divers lieux de la ville, es meilleures et plus riches maisons, tant chez les gens d'Église comme chez les bourgeois; car un chacun des habitants se faisait voir fort désireux et soigneux de leur complaire et leur faire bonne chère.
Outre cela, assez continuellement, durant le terme de huit jours ou environ que le roi séjourna en ladite cité, les bourgeois firent beaucoup de joyeusetés, récréations et divertissements à tous ses gens, en leur faisant très souvent allumer de grands feux par les rues et dresser des tables chargées de vins et viandes, abandonnées et destinées à ceux qui en voulaient prendre. Ils firent, outre cela, plusieurs notables grands dons et présents au roi, aux princes et autres grands seigneurs, spécialement aux huissiers d'armes, à qui ils en firent largement. D'autre part, les gens d'Église et les bourgeois firent proposer au roi chacun à leur tour, fort authentiquement et sagement, en lui remontrant qu'il ne désistât point, pour l'occasion de l'hiver, à poursuivre et faire la guerre aux Anglais ses ennemis, en tant qu'ils se
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trouvaient lors avoir le dessous, disant que si ainsi il ne le faisait, par le moyen des villes et forteresses qu'ils tenaient encore dans la Normandie ils pourraient bien continuer à faire assez de maux et causer de grands inconvénients au pays, lui ofifrant à ce sujet de l'aider, par spécial les bourgeois, de leurs corps et chevances.
Or, après que le roi, qui tenait son grand conseil en la salle dudit archevêché, assis en une chaire fort richement couverte, les eut ainsi bénignement ouï parler, il leur fit faire réponse par son chancelier, en les remerciant de leur bon vouloir, et cela en termes si courtois que tous départirent de sa présence très contents et satisfaits. Auparavant, savoir depuis son entrée, il avait pris le soin de faire publier, par plusieurs fois réitérées, dedans la cité, en divers lieux et carrefours, qu'il n'y eût aucun de ses gens, de quelque état, condition et qualité qu'il fût, qui méfît en rien à aucuns des citoyens de cette ville, ni qui prit du leur sans payer, ou de leur bon gré, et ce sur peine capitale. Lesquelles ordonnances ainsi publiées furent très bien entretenues.