BATAILLE DE FOBMIGNY. — CONQUÊTE DÉFINITIVE
DE LA NORMANDIE (décembre 1449).
(Mathieu de Coucy, Chroniques, eh. xli.)
Le comte de Richement, connétable de France, était en la ville de Dinan, en Bretagne, où il apprit nouvelles dudit seigneur de Clermont, comme aussi que les Anglais voulaient passer les grèves, pour venir et entrer dans le Cotentin. Sur quoi il partit incontinent d'icelle ville de Dinan, avec trois cents lances, ou environ, ayant en sa compagnée Jacques de Luxembourg, frère du comte de Saint-Pol ; et avec eux le comte de Laval, le maréchal de Lohéac et plusieurs grands seigneurs, chevaliers et écuyers ; et tirèrent pour ce jour à Saint-Lô, où ils passèrent la nuit. Durant laquelle le susdit comte de Clermont fit savoir à ce connétable que lesdits Anglais avaient arrêté, dans peu, de passer les grandes grèves. Sur lesquelles nouvelles ce connétable, avec toute son armée, se délogea le lendemain, bien matin, de Saint-Lô, et prit son chemin pour rencontrer les Anglais entre Bayeux et lesdites grèves. Or, pource que le comte de Clermont était le premier averti du dessein et de la résolution d'iceux Anglais, il délogea de son poste susmentionné de Carentan et envoya quatre-vingts à cent lances, et les archers, dont Pierre de Louvain
eut la charge, sur lesdites grèves, afin d'en défendre le passage aux susdits Anglais. Eux étant là arrivés, descendirent à pied partie des archers et hommes d'armes, qui se mirent très avant en l'eau ; ce que semblablement firent lesdits Anglais, en intention de vouloir s'entre-pré venir et gagner le passage. Au milieu de laquelle eau ils se combattirent grand espace de temps. Et, quand les Français se voyaient trop chargés et trop pressés des Anglais, ils se retiraient par plusieurs fois vers leurs gens, qui étaient demeurés sur le bord de la rivière. Enfin, ils furent contraints de retourner avec la grosse compagnée qu'ils avaient ; car la vérité fut telle, que les Anglais firent, pour ce coup, retirer les Français, c'est à savoir leur bataille et leur arrière-garde tout ensemble, lesquels néanmoins ne purent pour cette fois passer ladite rivière. Ce qui étant aperçu par ledit comte de Clermont, il envoya hâtivement devers le susdit connétable, en lui faisant savoir ces nouvelles et le requérant que le lendemain, de grand miatin, il se voulut trouver, avec toute sa compagnée, sur le chemin de Carentan et de Bayeux, et que le premier d'eux deux étant là arrivé y attendît son compagnon, en intention de combattre les Anglais. Mais, quand iceux Anglais virent qu'ils ne pouvaient, par cette façon, passer la susdite rivière, ils firent monter partie de leurs archers de pied derrière ceux de cheval, jusqu'à ce qu'ils fussent passés le plus fort de la rivière; puis, quand ils virent qu'ils pouvaient id, ils les firent descendre à pied et tirer ntre les Français, qui s'étaient rapprochés ère.
cette heure que, d'un côté et d'autre, y 3s de grands vaillances d'armes ; car
ET LA ICONÂRCfllB ABSOLUE 55
ainçois *, et à mesure que lesdils Anglais, étant en cette rivière, comme dit est, pussent avoir gagné le passage d'icelle, il y eut une forte escarmouche, qui dura assez long espace de temps, en laquelle il fut tellement besogné par les Anglais, que force fut aux Français de remonter à cheval et tirer en arrière, en leur abandonnant le passage de ladite rivière : ce qu'ils firent, en tirant de Vexin de ce jour; et se logèrent, la nuit suivante, es villages de Trenières, Fourmigny et autres es environs. Le lendemain, le comte de Glermont, qui avait grand désir de se joindre auxdits Anglais, partit de son logement avec sa compagnée; et, en très bel ordre, tira tout le grand chemin devant Garentan et Bayeux en envoyant au-devant ses coureurs, jusques au nombre de vingt lances, pour découvrir la route et Tétat d'iceux Anglais, dont Audet d'Eudin et Ricarville ^ étaient les chefs ; lesquels firent si grand'diligence, qu'ils trouvèrent iceux Anglais auprès dudit lieu de Fourmigny, lesquels traversaient et changeaient de logis à autre. Mais, quand ils aperçurent lesdits coureurs et qu'ils reconnurent que c'étaient leurs adversaires, ils se rassemblèrent et rangèrent en très bel ordre en ce lieu de Formigny, ne sachant pas encore au vrai que les Français eussent intention et volonté de les combattre ; même ne se doutaient-ils aucunement de cela, jusques à ce qu'ils aperçurent l'avantgarde dudit comte de Glermont, qui les approchait, dont était chef Tamiral de France.
Or, ainsi que chacune des parties regardait à rencontrer l'occasion d'entreprendre l'une sur l'autre, et