Caleville
à trouver son avantage, arriva, avec lesdits Anglais, le susnommé Mathieu God, qui, le jour précédent, était allé à Baveux, d'où il avait emmené, en sa compagnée, le plus grand nombre de gens qu'il avait pu tirer et enlever de ladite place. Lesquels, quand ils furent joints et qu'ils eurent tous ensemble bien considéré la conduite et la manière que tenaient les Français, ils aperçurent bien qu'ils étaient poursuivis par eux pour être combattus ; alors ils se campèrent et mirent leurs gens en très belle ordonnance. Si furent employés messire Robert Vère et Mathieu God pour gouverner ceux de cheval, qui étaient en nombre de huit cents à mille combattants et avaient Taile de la bataille du côté du ruisseau devers le pont.
Quant au susdit Thomas Kyriel et le surplus de son armée, ils se mirent à pied en belle ordonnance, en laissant à dos le village dudit lieu de Fourmigny, distant environ d'un trait d'arc en arrière d'icelui village, en se fortifiant très fort, d'un côté, de petites fosses et pieux fichés en terre. De vrai, ils furent mis en état et rangés en ordonnance trois heures devant que le connétable de France y pût être arrivé. Alors approcha d'eux le comte de Clermont avec toute sa bataille, jusqu'à trois traits d'arbalète, ou environ ; et là fît-il descendre partie de ses archers à pied ; et le» hommes d'armes demeurèrent à cheval, à côté d'iceux, sauf le seigneur de Magny, qui avait la '*^*"*'"î de les conduire, lequel tenait iceux archers côté dudit ruisseau.
. étant fait, ce comte de Clermont envoya entre ux batailles, pour escarmoucher avec ces Anenviron cinquante à soixante lances et deux archers, afin de les entretenir et amuser jus-
ques à la venue du connétable, qui devait arriver là, et aussi pour mieux garder et conserver leurs couleuvrines, qui tiraient fort sur la bataille d'iceux Anglais, qui en recevaient grand dommage et empêchement. Mais, quand le susdit Mathieu God se vit ainsi pressé par le moyen d'icelles couleuvrines, il ordonna environ six cents archers pour aller gagner ces couleuvrines ; ce qu'ils firent : car, par grande hardiesse, ils se mirent dedans leurs traits, en telle manière que force fut aux Français de les abandonner et de se retirer de là en désordre jusques à la bataille dudit comte de Ciermont. Cela étant encore fait, ledit Mathieu God aperçut venir du côté de devers Saint-Lô le connétable de France, qui descendait d'une montagne auprès d'un moulin à vent, avec toute sa puissance, qu'il tenait en belle ordonnance, et lequel tirait et s'avançait toujours pour venir fondre sur lui et sa compagnée. Sur quoi, redoutant et craignant que plus grand nombre n'y eût avec lui de gens, il abandonna le fort qu'il avait fait de fossés et de pieux, et se retira avec ses gens au plus près dudit Fourmigny, afin de mieux être clos et fermé à dos, en les remettant en ordonnance sur l'aile du côté du pont par où les Français devaient passer ; laquelle démarche ce connétable aperçut clairement, et de tant plus fit-il diligence de s'avancer pour se joindre avec la bataille du comte de Ciermont. Donc, eux étant mis et joints ensemble, ils envoyèrent grand nombre d'archers audit pont de Fourmigny, pour gagner le passage, ce qu'ils firent en peu d'espace de temps, et, incontinent ledit passage étant gagné, passèrent gens d'armes dessus à toute diligence, qui se mirent, comme autrefois ils avaient fait, en belle ordonnance et bataille, en face
et à la vue desdits Anglais : car les deux armées d'iceux comte de Clermont et connétable s'étaient jointes ensemble. Puis en ce point et en cet état, par mûre délibération, ils s'avancèrent tout le plus près qu'ils purent d'iceux Anglais, et combattirent là très vaillamment les uns et les autres, par l'espace de trois heures ou environ; pendant lequel temps y furent faites de grandes vaillances, tant d'un côté comme d'autre.
Entre les autres s'y gouverna bien sagement et vaillamment le seigneur de la Varenne, sénéchal de Poitou. A la fm duquel combat les Anglais furent défaits par force d'armes en deux ou trois parties : sur quoi, Mathieu God voyant la mauvaise partie qui leur advenait, il s'enfuit et emmena avec lui messire Robert Vére, Henry Norbery et plusieurs autres, qui se sauvèrent. Si demeurèrent sur la place de tués, de la part desdits Anglais, la quantité de trois mille sept cent soixante et quatorze, et de prisonniers, Thomas Kyriel, Henry Norbery, Thomas Ramefort, Thomas Druicq, Thomas Kaquebery, Jean Haise, et plusieurs autres jusques au nombre de quarantetrois gentilshommes ; lesquels morts étaient dispersés en diverses places, tant dedans ledit village de Fourmigny comme au dehors..
Or, environ le soleil couchant, après que tout ce combat eut été fini, lesdits connétable et comte de Clermont ordonnèrent certains hérauts, poursuivants et prêtres, pour le lendemain faire enterrer les morts. Et des Français il ne fut trouvé à redire, par la relation et le rapport des hérauts, que cinq ou six hommes d'armes ou environ, entre lesquels il n'y avait aucuns gens de nom. Et ce fait, ledit connétable, cette nuit, s'en alla loger assez près dudit Four-
migny, en un village nommé Trënières. Quant au comte de Glermont, il demeura cette nuit audit Fourmigny sur le champ , et voulut bien y consentir icelui connétable, pource que c'était la première besogne que ledit comte de Glermont avait encore eue en la guerre, attendu sa jeunesse et son bas âge. Or il faut ici dire et déclarer une partie des seigneurs qui à cette besogne furent faits chevaliers, car à les tous nommer, ce serait une chose trop longue. Premièrement y fut fait chevalier ledit comte de Glermont, le seigneur de Gastres, messire Godefroy de la Tour, M. de Vaubar, messire Olivier de Gottivi, messire Anthoine Deullant, le seigneur d'Anglure et plusieurs autres.
Le lendemain, après que les tués eurent été mis en terre en de grands charniers, partirent de là lesdits connétable et comte de Glermont avec leur armée, qui était, étant toute jointe ensemble, environ de trois mille cinq cents combattants ; et s'en allèrent à Saint-Lô, où ils séjournèrent trois jours entiers, pour eux et leurs chevaux rafraîchir ; et, eux étant encore là, ils tinrent conseil et conclurent d'aller mettre le siège devant une place nommée Vire, qui est ville et château, que les Anglais tenaient encore en leur obéissance, dont Henry de Norbery, chevalier anglais, était capitaine, lequel était prisonnier dès la journée susmentionnée de Fourmigny. Ainsi donc qu'ils l'avaient conclu, ils le firent, car incontinent ils y allèrent mettre le siège, où ils ne furent que six jours, car, ceux de dedans sachant la perte que ceux de leur parti avaient faite à la susdite jo'urnée de Fourmigny, et aussi que leur capitaine était prisonnier, ils prirent appointement et firent composition avec les assiégeants en telle manière : savoir, qu'ils
s'en iraient saufs leurs corps et leurs biens, et à condition qu'ils auraient, pour aider à payer la rançon dudit Henry, leur capitaine, la somme de quatre mille francs, et qu'en outre demeurerait toute l'artillerie de dedans, au profit des Français. Par cette manière ils s'en partirent, et rendirent ladite ville et le château de Vire.
Or, toutes ces choses étant venues à la connaissance du roi Charles, il fut bien joyeux et rendit grâces à Dieu des bonnes fortunes et bons succès qu'il lui envoyait de tous côtés.
§ 10. — CHARLES VII EimtEPREND LA CONQUÊTE DE LA
GUYENNE (avril 1451). — entr^ des français dans bordeaux. (Mathieu de Coucy, Chroniques, eh. xli.)
Or, pour retourner à ma matière, il faut parler de la conquête que le roi Charles fit, en peu de temps, de la duché de Guyenne et du pays de Bordelais; car après qu'il eut reconquis sa duché de Normandie, comme il a été dit ci-devant, et qu'il eut envoyé par avance aucuns seigneurs et capitaines es dits pays de Guyenne et de Bordelais, et qu'iceux s'entretenaient auxdits pays, il fut conclu par eux, qu'ils iraient courir devant la ville de Bordeaux environ cinq cents combattants, et que de là ils s'avanceraient vers le pays de Médoc. Pour conduire laquelle course et entreprise furent ordonnés un nommé Erminon de Labret, Robin Petit-Lou et l'Espinace, lesquels, par un jour de dimanche, qui fut le jour de la Toussaint, tirèrent devant ladite ville de Bordeaux ; mais incontinent que les Anglais qui étaient dedans en garnison ou autrement furent avertis desdits cou-
reurs, ils se mirent hâtivement et montèrent à cheval en grand nombre, puis ils saillirent de ladite ville au nombre de sept à huit mille hommes, entre lesquels était la plus grand'partie des barons du Bordelais, qui se tenaient dans ladite ville ; et si étaient le maire et le sous-maire d'icelle ville comme les chefs et capitaines des Anglais ; le tout en intention de combattre et abattre lesdits Français. De laquelle sortie les Français furent assez avertis, pource qu'ils les voyaient venir et approcher d'eux; et d'autant qu'ils n'étaient pas en lieu convenable pour les attendre, car la place n'était pas à leur avantage, ils délogèrent d'icelle et allèrent en une place nommée Blanchefort, à une petite lieue de ladite ville de Bordeaux; ce qu'ils faisaient en intention de passer outre, pour tirer dans le pays de Médoc et y faire une course ; car, vu le peuple qui y était, il leur semblait bien difficile, pour cette heure, d'avoir affaire avec eux. Néanmoins, les susdits Anglais marchèrent toujours leur train, croyant surprendre iceux Français dajQis leur susdit logement; mais ils s'en gardèrent bien, car ils avaient toujours des coureurs et faisaient bon guet autour d'eux. Toutefois, quand les Français virent qu'ils ne pouvaient trouver passage sans avoir combat, ils sortirent hors de leurdit logement, et se mirent aux champs en la plus belle et meilleure ordonnance qu'ils purent faire, et prirent le large environ l'espace de demi-lieue, d'autant qu'ils se trouvaient dans un fort pays ; ce que voyant les Anglais, ils commencèrent à s'avancer plus qu'auparavant, afin d'approcher leurs ennemis.
Quand les Français aperçurent leur marche, considérant aussi le poste où ils se trouvaient, qui était grandement à leur avantage, ils marchèrent contre
eux et approchèrent Tun l'autre; sur quoi se passèrent plusieurs grands faits d*armes, tant d'un côté que d*autre ; car en cette rencontre plusieurs lances ftirent rompues, et des gens et des chevaux portés par terre. Et ne dura ce combat guère que les Français n'y demeurassent victorieux, en telle manière que sur la place il demeura de tués quelque mille à douze cents. Et à la chasse et poursuite qui se fît après ceux qui se mirent en fuite, en tirant vers la ville de Bordeaux, il en demeura encore de vingt à vingt-deux cents, comme un héraut d'armes, nommé Orval, qui était en ladite besogne, en fit le rapport. Laquelle détrousse étant ainsi faite, iceux Français le firent hâtivement savoir au roi Charles, lequel en fut fort joyeux. Et lui écrivirent les capitaines que, si son bon plaisir était de leur envoyer trois cents lances de renfort, avec ce qu'ils étaient déjà, il leur semblait à voir qu'ils y serviraient bien, car le pays de Gascogne leur paraissait encore plus aisé à conquérir que n'avait été la duché de Normandie, pour tant que à cette heure il n*était aucune nouvelle que les Anglais dussent descendre en ce pays-là, et si il n'en était point descendu récemment, sinon dans douze bateaux, les gens desquels avaient été tous tués pour la plupart à la susdite défaite, qui étaient au nombre seulement de quatre cents ou environ. Sur ces nouvelles, le roi tint conseil avec plusieurs princes et seigneurs de son sang, comme aussi d'autres nobles hommes, capitaines et gens de guerre, pour savoir ce qu'il était bon de faire là-dessus. Auquel conseil il y eut plusieurs paroles et raisonnements tenus, touchant cette matière; car le roi demandait à chacun son avis. Finalement, il lui fut représenté qu'il était temps de besogner, et que ceux de la ville de
Bordeaux avaient eu de prime-face une grand*perte, qui était une épouvante pour tout le pays; et que besoin était d'assembler gens d'armes à puissance et de les envoyer et mettre dans ce pays-là ; qu'aussi il lui serait nécessaire de suivre en personne l'armée ; car sa présence causerait grand'crainte et effroi du pays. Ce conseil fut donc tenu et résolu ; et fit le roi son assemblée par tout son royaume, en ordonnant que ses gens d'armes fussent bien payés. Outre quoi, il fit publier certaines ordonnances utiles et nécessaires, du gouvernement que les gens d'armes tiendraient en faisant et continuant cette guerre.
Au mois d'avril de cet an mil quatre cent cinquante et un, partirent les gens de guerre assemblés par le roi Charles, et tirèrent es pays de Bordelais et de Guyenne, en grand nombre, et en intention de conquérir ledit pays; lequel, depuis le terme de trois cents ans, avait presque toujours tenu le parti des Anglais. A TefiFét de quoi fut commis de par lui, en ladite armée, pour la conduite et direction de cette conquête, le bâtard d'Orléans, comte de Dunois, lieutenant et capitaine général pour le roi Charles ; lequel, à l'entrée du mois de mai ensuivant, mit le siège devant Blaye, qui est une ville et un château merveilleusement forts. Et était fort bien garnie de gens, de vivres et de toutes munitions et provisions de guerre; et la garnison était composée de quelque six cents personnes, dont les principaux étaient le maire et le sous-maire de Bordeaux, le soudic de la Trau, frère du seigneur de Montferrant, soi-disant seigneur de l'Esparre, avec plusieurs autres gens de nom, lesquels avaient bien intention, et si était leur espérance, de tenir et garder ladite place l'espace de quatre mois ou plus, en attendant du secours des
Anglais ; mais, incontinent que le siège y fut mis, le comte de Dunois les fit plusieurs fois requérir qu'ils voulussent entendre aux offres, sommations et requêtes qu'il leur voulait faire de la part du roi Charles, son souverain seigneur, lesquelles étaient toutes honnêtes et raisonnables, et, pour venir à fin, qu'ils voulussent se mettre en l'obéissance d'icelui roi Charles. A quoi ils ne voulurent oncques entendre ni ouïr aucune d'icelles sommations;. mais, au contraire, étaient très mal gracieux et se^ montraient fort hautains en tous leurs faits et manières; dont icelui comte de Dunois fut mal content^ et tint conseil avec les nobles, capitaines et gens de conseil du roi, qui étaient en sa compagnée, pour savoir si on assaillerait ladite ville. Entre lesquels aucuns redoutaient fort l'issue de l'assaut d'icelle; car il leur semblait que, de la vouloir prendre de cette sorte, il ne serait pas possible de le faire sans grande perte, et cela faisait bien à craindre ; car après Bordeaux, la cité principale et capitale du pays, c'était la plus forte et redoutable place de la duché de Guyenne.
D'autres y avait, qui disaient au contraire que, vu les offres et sommations qui leur avaient été faites, et que c'était l'héritage de la couronne de France, on pouvait bien y livrer un assaut, pour voir la manière de faire de ceux de dedans ; et, si besoin était, on se pouvait ensuite retirer; car Dieu aide toujours le droit et conduit les gens qui soutiennent et gardent leur bon droit. Finalement ce conseil fut tenu; et, nonobstant l'espérance qu'ils avaient de tenir encore dans ladite place durant quatre mois, comme dit est ci-dessus, le comte de Dunois fit, un jour de samedi, dix-neuvième jour de mai, assaillir cette ville. Auquel assaut il y eut plusieurs grands faits
d'armes, tant d'un côté que d'autre; car ceux de dedans firent de grandes défenses et s'y gouvernèrent très vaillamment ; aussi les assaillants y faisaient-ils leur devoir fort âprement et rudement.
Toutefois, cedit jour de samedi, après le soleil couché, les Français entrèrent par puissance d'armes en ladite ville, d'où se retirèrent la plus grande partie des Anglais dedans le château ; et y eut lors grand nombre de leurs gens pris et tués, dont les Anglais qui s'étaient retirés au château furent fort dolents et étbnnés. Puis, considérant la mauvaise fortune qui leur était advenue et la grande perte qu'ils avaient reçue, à cause de ce qu'ils n'avaient voulu entendre aux offres et sommations qui leur avaient été faites auparavant, ils requirent au comte de Dunois qu'il voulût entendre à faire traité avec eux; de quoi icelui comte de Dunois fut content. Si furent députés de par lui, à cet effet, messire Jacques de Chabannes, grand maître d'hôtel du roi; le seigneur d'Escars, maître Jean Bureau, trésorier de France; le seigneur d'Esternay, général de France; Joachim Rohault, seigneur de Bois-Menart, conseillers du roi Charles. Et de la part de ceux qui étaient dedans icelui château, y furent commis messire Gadifîer Chartreuse, chevalier, Pierre de Montferrant, le soudic de la Trau, et Roland Charnau, écuyer. Lesquelles parties, après bonne sûreté baillée d'un côté et d'autre, se trouvèrent et communiquèrent ensemble grand espace, en telle manière que les Anglais rendirent enfin le château et le donjon, le vingt et troisième jour de mai ensuivant, en l'obéissance du comte de Dunois, pour le roi Charles.
Toutes lesquelles choses ainsi faites, passées et accordées, ledit comte de Dunois fit diligemment
m CHARLES VII ET LA MONARCHIE ABSOLUE
savofr au roi Charles, son seigneur; lequel, quand il en ouït les nouvelles, fut fort joyeux, et remercia Dieu dévotement. des bonnes fortunes et aventures qui lui advenaient chacun jour.
Ce fait, ledit comte de Dunois, le mardi ensuivant, alla mettre et poser le siège devant une autre place, no«nmée Bourg, laquelle était forte à merveille, qui guère ne dura ; car incontinent elle se mit en l'obéissance d'icelui comte de Dunois, pour le roi Charles. Et ensuivant son entreprise pour parfaire ladite conquête, assez tôt après il mit le siège devant la place de Fronsac, qui est place forte et puissante, devant laquelle ils ne furent guère que ceux de dedans ne requissent d'avoir appointement et traité, qui fut tel : qu'ils rendirent ladite place en l'obéissance du roi Charles, le quinzième jour de juin ensuivant; et demeura l'artillerie entièrement au profit du roi, au cas qu'en dedans cedit jour, où il y avait distance depuis le sixième jour jusques audit quinzième, ils ne chasseraient ledit comte de Dunois et sa compagnée hors de leur champ, étant devant ladite place par force et puissance d'armes. Et ce délai prirentils, pour ce qu'ils s'attendaient d'avoir secours du roi d'Angleterre, en dedans cedit jour; et pour ce faire, baillèrent dix-huit bons otages, et suffisants. Et demeura cependant audit camp le comte de Dunois, avec ce qu'il voulut retenir de ses gens, pour là attendre les adversaires du roi Charles son souverain seigneur, en intention de résister à leur entreprise et au secours qu'ils devaient donner à ceux de ladite place. Pendant lequel temps le comte de Dunois envoya Jacques de Chabannes, maître d'hôtel du roi, avec grande compagnée, entre les deux mers, et sur la Dordogne, du côté de ladite rivière, pour avoir
l'œil à ce qui pourrait survenir. De plus, il envoya de l'autre côté Jean Bureau, trésorier de France, avec grande compagnée de gens de guerre, devant les villes de Libourne, Saint-Émilion, et les places de la Motte et de Morlinval, qui incontinent se rendirent et mirent en l'obéissance d'icelui trésorier, pour le roi Charles. Par ainsi, il ne demeura ville ne place sur ladite rivière qui ne fût mise en l'obéissance dudit roi, sauf la ville de Châtillon en Pierregort, qui assez peu après fît comme les autres. Dedans lequel jour susmentionné, ceux de ladite place de Fronsac ne furent aucunement secourus des gens du roi Henri ; partant, il fallut bailler icelle place, suivant la composition qui en avait été faite, es mains dudit comte de Dunois : ce qu'ils firent un mardi, quinzième jour dudit mois.
Ces nouvelles furent diligemment signifiées au roi Charles, qui en fut très joyeux. Et lui écrivit le même comte de Dunois qu'il était de nécessité qu'il tirât avant dans ce pays-là, et qu'il se devait loger en une ville nommée Libourne, qui est grande et spacieuse, afin d'approcher la ville de Bordeaux ; ce qu'il fit en peu de temps ensuivant. Or, durant ces besognes, ceux de ladite ville de Bordeaux voyant et considérant les grandes pertes qu'avait fait et faisait chacun jour le roi Henry, comme aussi la grande puissance du roi Charles, lequel déjà s'avançait fort avant dans le pays, redoutant qu'ils ne fussent à la fm pris et emportés par puissance et force d'armes, ils tinrent plusieurs conseils en cette ville, par la conclusion desquels ils arrêtèrent de n'attendre la puissance du roi Charles; et ordonnèrent un nommé le Captau, lequel avec un bon sauf-conduit tira devers le comte de Foix, étant muni de certains mémoires et articles
contenant la volonté et intention de ceux de la ville, pour parvenir à un traité final avec le roi. Lequel comte, quand il les eut vus et visités, les renvoya par un nommé Ogier Vie au comte de Dunois, qui était lieutenant et capitaine général de cette conquête pour le roi Charles, lequel les reçut; puis, quand il les eut vus et visités bien au long, considérant qu'ils n'étaient pas profitables , ni à Thonneur du roi Charles, son seigneur, il dit que sur le contenu en iceux il ne pouvait ne ne voulait tenir parole ; mais lui dit que ledit Captau s'en pouvait bien retourner en icelle ville de Bordeaux, pour montrer la correction qu'il avait faite sur iceux mémoires et articles, à ceux de ladite ville.
Donc, avec bon sauf-conduit, s'en retourna icelui Captau en ladite ville de Bordeaux. Lequel Captau assembla les principaux capitaines et gens du conseil du roi Henry, avec les trois états de ladite ville, et leur fit rapport bien au long de ce qu'il avait remontré audit comte de Dunois, et pareillement la correction d'iceux mémoires. Sur quoi furent tenus plusieurs conseils et opinions par les dessusdits, comme aussi par les trois états du pays de Bordelais et de la duché de Guyenne, étant en l'obéissance des Anglais; et furent ensuite envoyées et mises sus plusieurs ambassades, tant d'un côté comme d'autre. Finalement, ils furent résolus de prendre traité et d'accepter appointement avec ledit comte de Dunois. Et pour ce faire, députèrent de leur part Pierre, archevêque de Bordeaux ; Bertaut, seigneur de Montferrant; Gaillart de Durefort; Jean de la Luyde, seigneur de Brède; Bertrand d'Angien, seigneur de Rion; et Guillaume Oderon, seigneur de Lansac. Et de la part d'icelui comte de Dunois, pour
le roi Charles , y furent députés : Potton de Sainte- Traille, écuyer d'écuyerie du roi; maître Jean Bureau, trésorier de France; et Oger Vie, comme juge de Mersent. Ainsi furent les dessus nommés, commis et ordonnés d'une part et d'autre, auxquels furent baillés de bons saufs-conduits et sûretés de parler et communiquer, aller et venir par ensemble. Enfin, tant fut par eux procédé sur cette matière, que le samedi, douzième jour de juin mil quatre cent cinquante-un dessusdit, fut fait et traité par les dessusdits, pour le fait de la réduction de ladite ville de Bordeaux et des autres places du pays de la duché de Guyenne, étant en l'obéissance des Anglois; de quoi furent dressés des articles.
Ainsi et par cette manière il fut traité et appointé par les susdits députés ; et de ce furent faites lettres en due forme et scellées des sceaux de chacune des deux parties. Et pour icelui traité sortir son effet, fut pris jour par les dessusdits, avec le comte de Dunois, de rendre et bailler ladite ville de Bordeaux en ses mains, comme au lieutenant général du roi Charles, le mardi dix-neuvième dudit mois de juin ; et pour ce faire, icelui comte de Dunois, accompagné de messeigneurs du sang royal et des conseillers et officiers dudit roi Charles, ci-après déclarés, le lundi dix-huitième jour d'icelui mois, environ Theure de vêpres, arrivèrent avec douze cents lances et deux mille cinq cents archers, tous en bateaux et navires, à deux lieues près de ladite ville de Bordeaux, où ils couchèrent cette nuit dans lesdits navires et bateaux; et le lendemain, qui fut le mardi dix-neuvième jour du même mois, ils descendirent tous ensemble, à soleil levant, devant icelle ville, vers une égUse au-dessous des Chartreux, et là se mirent en
bataille en beUe ordonnance. Auquel lieu vinrent par devers eux ïes seigneurs de Montferrant, de Duras et de l'Esparre, avec plusieurs autres seigneurs du pays de Bordelais ; et avec eux les jurats de ladite ville, qui par la bouche de l'un d'eux firent dire et proposer aux seigneurs de France qu'ils étaient là venus pour rendre la ville de Bordeaux, avec ses appartenances et dépendances, au comte de Dunois, lieutenant pour et au nom du roi Charles, en ensuivant les traités faits par entre les pairties. Làdessus, ils lui présentèrent les clefs pour en faire à son plaisir; lesquelles ledit comte de Dunois reçut; et incontinent il les bailla à maître Jean Bureau, qui, de par le roi Charles, avait été fait maire de ladite ville, auquel maire il en appartient la garde, selon les statuts d'icelle. Ce qui s'étant ainsi passé, ledit Bureau, comme maire de ladite ville, avec certain nombre des gens d'armes, alla prendre les possessions des portaux et tours du havre ; puis entrèrent messeigneurs les maréchaux, qui avaient après eux mille archers et vingt lances.
Après eux entrèrent messeigneurs les comtes de Nevers et d'Armagnac, avec trois cents lances, c'est à savoir, hommes d'armes à pied. Après allaient le seigneur de Verchin et Joachim Rohault, qui avaient après eux quinze cents archers, que conduisait un nommé Geoffroy de Saint-Belin. Après eux allait l'évêque d'Allets, et autres du grand conseil du roi ; puis venaient les officiers d'armes, trompettes, ménestreux jouant de leurs instruments, en grand nombre. Puis suivait le chancelier de France, qui avait devant lui une hacquenée blanche, couverte des armes du roi et par-dessus un drap d'or, sur lequel il y avait un cofiTret, dans lequel étaient les
sceaux du roi. Après allaient Potton de Sainte-Traille et un autre gentilhomme dont je ne sais le nom, qui portaient chacun une bannière, armoyée des armes de France toutes déployées. Après icelles bannières, suivait le comte de Dunois et de LongueviUe, comme lieutenant général et . représentant la personne du roi Charles. Puis suivaient les comtes de Glermont, de Vendôme et de Chartres, avec plusieurs autres seigneurs, en grand nombre. Après lesquels allaient les gens d'armes, qui étaient de sept à huit cents lances ou environ, que conduisait messire Jacques de Chabannes, grand maître d'hôtel de France. Or étaient iceux hommes d'armes à pied en belle ordonnance, qui allèrent tous ensemble jusques à la grande église cathédrale, où ils trouvèrent l'archevêque de ladite ville et tout le clergé, qui sortirent au-devant desdits seigneurs et les reçurent en bel ordre, en chantant : Te Deum laudamus.
Ce fut alors que ledit archevêque prit icelui comte de Dunois, à cause qu'il représentait, comme dit est, la personne du roi Charles, et le mena devant le grand autel, où il fit son oraison; et à un bout d'icelle grand'église , sur un haut lieu, alla ledit comte de Dunois avec ledit archevêque et plusieurs autres ; et là jura sur les saints évangiles , que tenait icelui archevêque, d'entretenir et faire entretenir, de la part du roi Charles, tous les traités et appointements par ci-devant faits avec ceux de ladite ville de Bordeaux et du pays ; ce que pareillement jurèrent' tous les officiers du roi Charles et les seigneurs là étant autour. Quoi fait, ledit archevêque et autres gens d'Église, comme aussi les nobles du pays et plusieurs bourgeois de la ville, avec les jurats d'icelle, jurèrent sur iceux évangiles que dorénavant ils
seraient bcms et loyaux sujets au roi Charles et à ses successeurs, sans jamais aller au contraire.
Pareillement levèrent les mains très grand nombre du commun de la ville, qui étaient présents, lesquels jurèrent d'ainsi l'entretenir et lui obéir, en criant à haute voix : Noëll Duquel serment toutefois, dans peu de temps après, se changea bien leur propos, comme il se verra ci-après. Puis Tune des deux bannières armoyées des armes du roi Charles, dont cidessus est faite mention, fut laissée à ladite église, et l'autre fut portée au château, dont ledit comte de Dunois fut prendre possession pour le roi son seigneur, et y prit son logement. Quant aux autres seigneurs, ils se logèrent par la ville, avec un grand nombre des gens d'armes, auxquels fut fait à cette heure, par ceux de ladite ville en général, très bonne chère.
§ 11. — PRISE DE BATONNE PAR LES TROUPES DE CHARLES VU (août 1451). — LES ANGLAIS NE CONSERVENT PLUS DANS LE BOTAUME QUE CALAIS.
(Mémoires de Jacques du Clercq, liv. I, ch. x.)
Après la reddition de la ville de Bordeaux, les comtes de Foix et de Dunois, le sixième jour du mois d'août, mirent le siège devant la cité de Bayonne. Quand ceux de Bayonne virent les grands approchements pour tirer contre la muraille et n'étaient point encore venues les grosses bombardes, le vingt-sixième jour dudit mois d'août, ils commencèrent à parlementer avec les comtes de Foix et de Dunois et les gens du conseil du roi de France, lesquels après plusieurs choses traitèrent en la manière
qui s'ensuit. Ceux de la ville de Rayonne promirent de se rendre en la main du roi et de livrer don Juan de Beaumont, le capitaine, père du connétable de Navarre , de Tordre de Saint- Jean de Jérusalem, lequel demeurerait prisonnier à la volonté du roi, ainsi que tous les gens de guerre étant en cette ville. Ceux de la ville promirent aussi de payer quarante mille écus. Et ce jour entra dedans la ville à heure de deux heures avec l'archevêque de cette ville pour en prendre possession le sieur de la Bessières ; et là furent portées les bannières du roi en haut de la tour du château par les hérauts du roi, chacun d'eux criant : Mont joie l
Le samedi vingt -unième jour du mois d'août audit an 1454, entrèrent les gens du roi en la ville de Bayonne. Et premièrement entra le comte de Foix, avec lui le maître d'autel du roi le sieur de Lautrec, frère dudit comte, le sieur de Noailles, le sieur de la Bessières, et plusieurs autres ; et avaient avec eux mille archers que gouvernait Lespinasse. Et après vinrent deux hérauts du roi et autres portant leur cotte d'armes; et après messire Bertrand d'Espagne, sénéchal de Foix, armé tout en blanc, qui portait la bannière du roi monté sur un coursier moult richement habillé» Et était auprès de lui son sénéchal de Béarn, aussi bien monté et richement habillé, et avait son cheval un chanfrein garni d'or et de pierres précieuses prisé à quinze mille écus, et grand nombre de gens après lui. Et sans intervalle venaient six cents lances à pied. Et de l'autre part entra le comte de Dunois, qui avait devant lui douze cents archers et deux des hérauts du roi et autres portant diverses armes. Après entra le sieur de Lohéac, maréchal de France, le sieur d'Orval et plu-
sieurs autres grands seigneurs et derrière eux six cents lances. Ainsi allèrent jusqu'à la porte de la grande église où était révéc[ue en habit pontifical, chanoines et autres gens d'Église revêtus de chapes et les attendaient avec les reliques. Et là descendirent les seigneurs à pied et allèrent faire leurs dévotions dans réglise, puis s'en allèrent en leur logis. Et envoya le comte de Foix la couverture de son cheval qui était de drap d'or et prisée à quatre cents écus d'or devant Notre-Dame de Bayonne pour feire des chapes. Le lendemain les seigneurs allèrent ouïr la messe en l'église et après la messe prirent le serment de ceux de la ville en la présence du sieur d'Albret, qui y était venu le samedi d'avant. Et en cette ville furent commis maires, messire Jean le Boursier, général de France, et messire Martin Gratien, lesquels demeurèrent pour gouverner la ville. Et le lundi prochain les dessusdits seigneurs avec leurs gens s'en allèrent aux pays à eux assignés pour vivre.
Et tantôt après les barons, chevaliers, nobles bourgeois et gens de tous états des pays de Bordelais, de Rayonnais et ceux des pays des environs allèrent à Taillebourg devers le roi de France pour confirmer les articles et appointements passés par eux, et faire au roi les hommages de leurs seigneuries. Après lesquelles choses faites au roi, le roi remit à ceux de Bayonne vingt mille écus des quarante mille qu'ils devaient payer.
Ainsi fut réduite en la main du roi de France toute la duché de Guyenne et de Normandie et généralement tout le royaume de France, excepté la ville de Calais, que les Anglais tenaient encore.
76 CHARLES YII
§ 12. — RÉVOLTE DE BORDEAUX. — LA OUTENHE RETOBIBB AU POUVOIR DES ANGLAIS (1452).
{Mémoires de Jacqices du Clercqy liv. II, ch. iv.)
L'an 1452, le sieur de Lesparre, quelques bourgeois et autres habitants de la ville de Bordeaux, par les conseils des sieurs de Montferrand, de Rozand, de Lansac et d'Anglade, trouvèrent moyen d'aller en Angleterre, et eux arrivés audit pays sous couleur qu'ils disaient que depuis qu'ils s'étaient mis en l'obéissance du roi de France ils étaient travaillés d'aides, subsides, tailles, gabelles et maltôtes que bonnement ils ne pouvaient plus souffrir, ils traitèrent et se remirent en l'obéissance du roi d'Angleterre. Le roi d'Angleterre fit assembler son conseil, et y furent convoqués tous les capitaines et seigneurs du pays; là fut conclu d'envoyer le sieur de Talbot au mois d'octobre dans le Bordelais. Après ce fait, le sieur de Lesparre et ses complices s'en revinrent, et, le mois d'octobre suivant, le sieur de Talbot partit d'Angleterre le dix-huitième jour dudit mois, accompagné de quatre à cinq mille combattants. Ils prirent deux petites places pour loger partie de leurs gens; Talbot commença à faire des courses dans ledit pays pour le mettre en sujétion, ce qui n'était pas difficile à faire, car il n'y avait nulle résistance, vu que l'armée du roi était retirée et n'y avait demeuré qu'une faible garnison. La venue de Talbot semée par ceux de Bordeaux, ils parlementèrent les uns avec les autres pour se remettre en la sujétion des Anglais. Quelques-uns voulurent que les Français qui étaient en garnison dans la ville, dont était capitaine pour le roi le sieur de Coétivy, sénéchal de
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Guyenne, et le sieur du Puy-du-Fou, s'en allassent leurs corps et biens saufs : d'autres allèrent ouvrir une porte de cette ville, par quoi furent pris tous les Français qui étaient en la ville au moins la plus grande partie. Ces nouvelles venues au roi de France, il fut moult dolent et envoya pour cette cause hâtivement les maréchaux de France, Joachim Rohault et plusieurs autres capitaines, jusqu'au nombre de six eents lances, et les archers et les coutilliers pour garder et enfoncer les places à l'entour de Bordeaux. Comme le comte de Glermont, lieutenant général esdite marche, voulait attendre jusqu'à la saison d'été suivante que le roi avait intention d'y envoyer plus de monde, avant que les gens du roi y fussent arrivés, Talbot et les barons du Bordelais mirent la plupart dudit pays en l'obéissance du roi d'Angleterre, et spécialement la ville et château de Castillon en Périgord. Or ne pouvait plus résister le comte de Glermont, fils aîné du duc de Bourbon, quoiqu'il s'y gouvernât grandement et vaillamment.
§ 13. — EXPÉDITION DE CHARLES VII POUR RECONQUÉRIR LA GUYENNE. — PRISE DE CHALAIS. — SIÈGE DE CASTILLON (1453).
(Mémoires de Jacques du Clercq, liv. III, ch. i.)
Audit an 1453, après que Charles VII eut tout l'hiver fait ses préparatifs pour reconquérir le pays de Guyenne et de Bordelais, le second jour de juin audit an, le roi partit du champ de Lusignan et alla à Saint-Jean-d'Angély. Et le douzième jour dudit mois mit le siège devant Chalais en Bordelais par messire Jacques de Chabannes, grand maître d'hôtel du roi, et par le comte de Penthièvre et le sieur de
Boussac. Et le dix-septième jour suivant fut icelui Chalais pris d'assaut par les sieurs dessusdits et autres de leur compagnie en nombre de quatre à cinq cents lances et les archers et guisarmiers. Il y avait dedans la ville en garnison huit vingts combattants, desquels à la prise d'icelle ville furent tués quatrevingts, et les autres se retirèrent en une tour où ils furent certain espace de temps attendant secours, lequel ne leur vint pas. Il fallut se rendre à la volonté du roi. Tous furent décapités, parce qu'auparavant avaient fait serment au roi et puis étaient devenus Anglais. Le sieur d'Anglade était parti de Bordeaux croyant venir les secourir, mais en venant il apprit la prise de la ville, ce pourquoi il s'en retourna hâtivement.
Audit an 53, le quatorzième jour du mois de juillet, fut mis le siège par les Français devant la ville de Castilion en Périgord, assise sur la rivière de Dordogne et occupée par les Anglais. Et y fit mettre siège le sieur de Lohéac et le sieur de Jollagues, maréchal de France, et plusieurs autres chevaliers et gens de guerre jusqu'au nombre de seize à dix-huit cents hommes d'armes et les archers. Entre lesquels étaient les gens du comte du Maine et les gens du comte de Nevers que conduisait messire Ferri de Grancy ; aussi étaient les gens du comte de Castres, fils du sieur de la Marche, Jean de Messignac et Guillaume de Luzac et les gens du comte de Bretagne dont était chef le comte d'Étampes son neveu, et, à la place de celui-ci, les conduisait le sieur de la Hunandhay et le sieur de Montauban parce que ledit comte était demeuré vers le roi. Et là était la grosse et menue artillerie du roi dont avait la charge mpssire Jean Bureau et Gaspard Bureau, son frère. Us
avaient en leur compagnie sept cents maneuvriers, lesquels, par ordonnance d'icelui messire Jean Bureau et son frère, creusèrent hâtivement des fossés* autour d'un camp où était toute Tartillerie. Et alors fut mis le siège devant Castillon. Quand ce fut venu à la connaissance du sieur Talbot, il partit incontinent de la ville de Bordeaux, accompagné de huit cents à mille Anglais de cheval, entre lesquels était son fils, le sieur de l'Isle, le sieur Desmoulins et plusieurs autres du royaume d'Angleterre, tant chevaliers qu'écuyers et aussi du pays de Bordelais. Et après venaient quatre à cinq mille Anglais de pied, et arriva icelui Talbot devant ledit siège le mercredi dix-septièihe de juillet environ le point du jour.
§ 14. — AUTRE RÉCIT DE LA DÉFAITE DE TALBOT A CASTILLON (1453). — COMUENT FUT RECONNU LE CORPS DE TALBOT.
(Mathieu de Coucy, Chroniques^ eh. lxxi.)
Quand ceux de Bordeaux furent assemblés en présence d'icelui de Tallebot, ils lui remontrèrent comment le roi Charles et son armée étaient déjà bien avant et épars es pays de Guyenne et Bordelais, à grand'puissance de gens d'armes, en reprenant comment ils lui avaient rendu ladite ville et cité de Bordeaux, à cette condition qu'il devait combattre icelui roi et sa puissance, s'il venait et entrait es dits pays. Et lui remirent au-devant, comment il avait plusieurs fois dit, en faisant le traité susmentionné de leur rendition, qu'il ne voulait que dix mille combattants pour combattre la puissance des Français; et que s'il voulait entretenir ce qu'il avait promis, quand ils lui firent l'obéissance et la subjétion d'icelie cité, il
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était heure et temps qu'il accomplit sa promesse, et qu'il allât faire lever le siège qui était déjà mis par les Français devant la ville de Ghàtillon en Pierregort.
Ces paroles ouïes et entendues par icelui de Talbot, reconnaissant bien qu'ils disaient vérité, sans paraître s'émouvoir aucunement de cette plainte, il leur fît réponse assez froidement; car il était rempli de bon sens naturel, et était vaillant en armes autant que chevalier fût qui en ce temps pût porter les armes ; et leur dit ainsi : « On les peut bien encore laisser approcher de plus près. Et soyez sûrs qu'au plaisir de Dieu j'accomplirai ma promesse, quand je verrai que le temps et l'heure y sera propre. » Sur laquelle réponse ceux d'icelle ville de Bordeaux montrèrent semblant qu'ils n'étaient pas contents; et se doutèrent qu'icelui de Tallebot n'eût pas grande intention et volonté de faire ce qu'il disait ; même ils commencèrent sur cette réponse fort à murmurer par ensemble ; ce qui fut rapporté audit de Tallebot, de quoi il se troubla à part soi. Et conclut incontinent de mander tous ceux qui étaient -dispersés es garnisons, tant es villes et forteresses de l'obéissance des Anglais étant es environs de Bordeaux, comme encore ceux qui étaient en icelle ville. Et fit tant, qu'en peu de jours il eut de huit à dix mille combattants ramassés ensemble. Puis un jour de la fête de la Madeleine, qui échéait un lundi de cet an mil quatre cent cinquante et trois, il partit d'icelle ville de Bordeaux, avec sa compagnée, et alla gîter ce même jour en une place nommée Libourne, à cinq lieues dudit Bordeaux et à trois lieues de la susdite ville de Châtillon. Mais pour savoir et découvrir mieux la conduite des Français ses adversaires, qui étaient logés
devant cette place de Châtillon, il envoya secrètement ses espions autour de leurs logements; il fit même savoir à ceux de dedans icelle ville qu'ils prissent courage, et qu'il venait à force et puissance en intention de les secourir, et qu'ils se préparassent le lendemain, quand ils le verraient approcher, afin que chacun d'eux fût en armes et prêt à sortir au dehors de leurs murailles, pour donner sur leurs adversaires ; car son dessein, comme il leur disait, était de ne jamais retourner qu'il n'eût fait retirer ceux qui étaient devant leur ville ou qu'il y mourrait à la peine.
Auxquelles nouvelles ceux de cette place de Châtillon furent grandement joyeux et en reprirent courage ; car il leur semblait par là que ledit de Tallebot avait grande volonté de les secourir, d'autant qu'il venait si hâtivement et que les Français n'avaient encore été là devant eux que deux jours. Sur lequel avis, ils lui mandèrent qu'il vint quand il lui plairait, mais qu'il leur semblait qu'il était expédient en premier lieu de chasser ceux qui étaient logés • dans l'abbaye auprès de leur ville, et que de toute leur puissance ils viendraient à cet effet en son aide pour le seconder. Lesquelles nouvelles lui étant ainsi rapportées, il partit sans long délai de son logement de Libourne, et s'avança toute la nuit jusques à un bois qui est assez près d'icelle abbaye, dans laquelle étaient logés les francs-archers des duchés d'Anjou et de Berry, qui avaient avec eux Pierre de Bauval, lieutenant de Charles d'Anjou, comte du Maine, lequel fut commis à cette garde, avec le ci-devant dit Joachim Rohault.
Et ainsi comme icelui de Tallebot avait pris la résolution de son entreprise, et que les Français étant
en icelle abbaye n'étaient aucunement avertis de sa venue, il tira le mardi ensuivant au matin avec toute sa compagnée vers celte abbaye, en jetant un cri effroyable; au bruit duquel les Français qui étaient dedans se mirent en déroute et sortirent dehors en intention de venir gagner le parc dont dessus est faite mention, dans lequel étaient logés ceux de leur parti ; et dans ce désordre sortirent les susdits francsarchers ; et icelui Pierre de Bauval et Joachim Rohault demeurèrent derrière, qui soutinrent le faix long espace de temps, en combattant les Anglais et en approchant de plus en plus ce parc.
Or, combien que les Français étant en icelui reconnussent bien la grande affaire que leurs gens, qui étaient partis de cette abbaye, avaient à soutenir, néanmoins ils n'en partirent point et ne leur firent aucun aide ni secours : ce qui fut cause qu'il y eut de primeface et à Tabord cinq ou six gentilshommes de tués du parti des Français; même ledit Joachim, par sa vaillance, fut plusieurs fois porté par terre; mais à l'aide d'iceux francs-archers, qui Taimaient fort, il fut relevé et remis sur son cheval, où, étant remonté, il fit ensuite de grandes vaillances ; car aussi avait-il promis auxdits francs-archers de vivre et mourir avec eux. Et, quelque chose que lesdits Anglais sussent faire, néanmoins les Français gagnèrent le parc; mais, avant qu'ils y pussent être arrivés, furent là. faites de grandes vaillances et beaux faits d'armes^ tant d'un côté comme d'autre; et des deux partis y moururent de quatre-vingts à cent hommes ou environ. Ce fait, voyant icelui de Tallebot que les Français avaient gagné ledit parc, il retourna en icelle abbaye, où il se logea pour s'y rafraîchir avec ses gens, en laquelle il trouva plusieurs vivres que les
Français y avaient fait venir, avec cinq ou six queues et pièces de vin, qui incontinent furent mises sur les fonds et abandonnées à chacun, lesquelles par conséquent ne durèrent guère. Et pour ce que ladite escarmouche avait été commencée et faite si matin, qu'encore icelui de Tallebot n'avait pas ouï la messe, son chapelain se disposa de chanter la messe ; et furent à ce sujet Fautel et les ornements tous préparés. Mais en ce faisant il fut de trop légère créance, car il ajouta foi à un qui ne fit que lui rapporter mensonges, lui disant à peu près ces mots : « Monseigneur, les Français abandonnent leur parc et s'enfuient ; il est heure ou jamais si vous voulez accomplir votre promesse. » Hélas, c'est ici un bel exemple pour tous princes, seigneurs et capitaines qui ont des peuples à gouverner sous eux, de ne pas croire légèrement tels ou semblables rapports; car en telle matière on ne se doit point fonder sur le récit d'un jongleur, mais de vrais et loyaux officiers d'armes, comme d'un chevalier et gentilhomme sûr de sa bouche. Mais icelui de Tallebot, pour le grand désir qu'il avait de servir le roi Henri son souverain seigneur, et aussi pour tenir la promesse qu'il avait faite à ceux de ladite ville et cité de Bordeaux, en fit cette fois tout autrement; car, croyant trop légèrement qu'on lui eût bien dit la vérité, il délaissa d'aller ouïr la messe contre son dessein ; et, en partant incontinent d'icelle abbaye, on lui entendit proférer ces mots : « Jamais je n'orray la messe, ou aujourd'hui j'aurai rué jus la compagnée des Français étant en ce parc ici devant moi ».
Or, combien que les Français étant audit parc fussent fort émus et troublés de la poursuite qu'icelui de Tallebot avait faite sur ceux qui s'étaient retirés de
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ladite abbaye et venus jusques à ce parc, ils disposèrent leur artillerie tout droit et en face d*où ils apercevaient venir ledit Tallebot et sa compagnée, qui s'avançait en très belle ordonnance, ayant avec lui grand nombre de trompettes et de clairons sonnants. Alors ces Anglais poussèrent un cri horrible et effroyable en criant à haute voix : « Tallebot! Tallebot! Saint George! » Mais, comme ils s'approchaient d'icelui parc, un vieil gentilhomme de la nation d'Angleterre, lequel avait vu et expérimenté en sa vie beaucoup de faits de la guerre, s'aperçut que les Français étant dans ce parc ne s'émouvaient de rien. Sur quoi, considérant qu'ils étaient postés en forte et avantageuse place, et que ce qu'on lui avait apporté de leur fuite n'était pas, il dit au seignçur de Tallebot ces mots : « Monseigneur, mon avis serait que vous retournassiez, car vous poyivez bien découvrir que le rapport qui vous a été fait n'est pas véritable ; vous voyez leur camp et leur conduite, vous n'y gagneriez rien cette fois. » Desquelles paroles icelui de Tallebot fut mal content et lui fît une rude réponse, en parlant à lui très injurieusement ; même il m'a été rapporté qu'après ce discours il lui donna d'une épée au travers le visage, duquel coup il mourut par après, combien que ne l'ai pas bien su à la vérité. Mais néanmoins icelui Tallebot, en suivant son grand courage, marcha toujours en approchant d'icelui parc, à l'entrée duquel il fit planter son étendard et le poser sur un des étaux avec lequel la barrière par où on entrait en icelui se fermait, et par celui qui portait cet étendard, dont je ne pus oncques savoir le nom, fut embarrassé icelui avec la lance d'icelui étendard ; et en ce point et cette posture il fut tué, eticelui étendard abattu et renversé à terre dans les
fossés dudit parc. Puis les Anglais, par le moyen du grand nombre d'artillerie que les Français de ce parc avaient, lesquels à toute puissance tiraient sur eux, commencèrent à se mettre en désordre; car à l'entrée, et à asseoir et à placer le susdit étendard, il y eut des leurs de tués jusque au nombre de cinq ou six cents, ce qui leur causa grande frayeur et déroute. Ce que voyant les Français, ils ouvrirent la barrière de leur parc et sortirent au dehors d'icelui, tant par là comme par-dessus les autres barrières et fossés d'icelui; et par grande valeur vinrent combattre main à main, où il y eut de merveilleux faits d'armes, tant d*un côté que d'autre.
A cette sortie fut tué le seigneur de Tallebot, lequel était armé d'une brigand ine couverte de velours vermeil, et ce d'un coup de dague dans la gorge, jàsoit ce qu'il eût eu une trace au travers du visage, et qu'il fût fort blessé de coups de trait par les cuisses et les jambes. Et me fut certifié par des hérauts et officiers d'armes, et par plusieurs seigneurs et gentilshommes, qu'à icelle heure, et pour ce jour, furent tués avec Tallebot quatre mille hommes, ou plus, des leurs ; entre lesquels y demeurèrent le fils et un des neveux dudit de Tallebot, et un qu'on nommait le bâtard d'Angleterre. Les autres voyant cette défaite se retirèrent, savoir aucuns dedans la susdite ville de Châtillon, et les autres s'enfuirent tant au travers des bois comme de la rivière, dans laquelle il y en eut grand nombre de noyés; et de plus il y en eut bien deux cents de faits prisonniers. Tout lequel jour les morts demeurèrent couchés et exposés sur la terre. ^
Et par les Français il y eut plusieurs questions, |)our savoir la vérité de la mort du sieur de Tallebot ;
car aucuns soutenaient qu'il était tué, d'autres y avait qui disaient le contraire.
Or, après que tout fut un peu apaisé, furent envoyés plusieurs officiers d'armes et hérauts, pour chercher entre les morts icelui de Tallebot ; et en faisant cette recherche, fut trouvé entre les autres un homme, qui paraissait d'assez bon âge, lequel leur semblait avoir été ledit seigneur de Tallebot, qu'ils mirent sur un pavois, et l'apportèrent audit parc. Auquel lieu, et en ce point il demeura toute la nuit ; durant laquelle, en la compagnée des seigneurs et de plusieurs autres, qui disaient avoir connu et vu ledit sieur de Tallebot en son vivant, il y eut plusieurs questions, et grande difficulté et incertitude sur la vérité de sa mort ; car si ceux qui disaient l'avoir bien connu et vu affirmaient que c'était lui, il y en avait plusieurs autres qui disaient au contraire. Toutefois le lendemain furent audit champ plusieurs hérauts et officiers d'armes du parti des Anglais, entre lesquels était le héraut dudit seigneur de Tallebot, qui avait vêtu sa cotte d'armes, lesquels requirent qu'on leur fit grâce d'avoir licence et permission de chercher leur maître; auquel héraut de Tallebot il fut demandé, s'il voyait son maître, s'il le connaîtrait bien; à quoi il répondit joyeusement, croyant qu'il fut encore vivant et prisonnier, que volontiers il le verrait; et sur ce il fut mené au lieu où Tallebot était mort, gisant sur le susdit pavois, et quand il le vit là, on lui dit : « Regardez si c'est là votre maître ». Lors il changea tout à coup de couleur, sans de primeface donner encore son jugement, ni dire son sentiment là- dessus, car il le voyait fori défait et défiguré par la tranche qu'il avait au visage ; et de plus il avait été depuis sa mort toute la nuit, et le lendemain
jusques à cette heure» par quoi il était beaucoup changé. Néanmoins il se mit à genoux et dit q^'incon^ tinent on en saurait la vérité, et alors il lui fourra l'un des doigts de sa main dextre dans sa bouche, pour chercher au côté gauche Tendroit d'une dent mace • 1ère qu'il savait de certain qu'il avait perdue, laquelle il trouva ainsi comme il entendait; et incontinent qu'il l'eut trouvée, lui étant à genoux comme dit est, il le baisa en la bouche, en disant ces mots : « Monseigneur mon maître, mon seigneur mon maître, ce êtes vous; je prie à Dieu qu'il vous pardonne vos méfaits. J'ai été votre officier d'armes quarante ans, il est temps que je le vous rende », en faisant piteux cris et lamentations, et en rendant eau par les yeux très piteusement. Et dès lors il dévêtit sa cotte d'armes et la mit sur sondit maître ; et par cette reconnaissance cessa la question et le débat qui étaient pour le sujet d'icelle mort.
§ 15. — BORDEAUX CAPnuLE {octobre 1453).
SOUnSSION DÉFINITIVE DE LA GUYENNE.
{Mémoires de Jacques du Clercq^ liv. III, ch. u.)
La ville de Bordeaux étant assiégée par le roi de France et les Anglais se voyant oppressés de toutes parts et ayant manque de vivres ; toutes les places et forteresses du pays par force d'armes étant sous l'obéissance du roi de France, ils demandèrent à avoir amiable composition. Le roi de France, ouïe leur requête, voulant toujours user de pitié et de miséricorde comme il était coutumier de faire, considérant d'ailleurs qu'il y avait dans son camp très grande mortalité, fut content de traiter avec les Anglais par
la manière qu'il s'ensuit. Et fut l'accord fait, c'est à savoir : que la ville et cité de Bordeaux lui serait rendue, et demeureraient tous les habitants ses vrais et loyaux sujets et feraient le serment de ne jamais se rebeller contre la couronne de France, reconnaissant le roi être leur souverain seigneur. Et les Anglais eurent congé de s'en aller en leurs navires au pays d'Angleterre ou à Calais si bon leur semblait. Et pour ce que aucuns des seigneurs des pays et de la cité avaient été en Angleterre quérir les Anglais, rompant leur foi et serments faits Tannée précédente au roi, lequel à grande force, peines et frais les avait conquis, furent bannies de Bordeaux vingt personnes telles que plût au roi de ceux qui avaient été quérir les Anglais. Du nombre de ces personnes furent le sieur de Duras et le sieur de Lesparre, et fut icelui traité fait le dix-septième jour d'octobre audit an 1453.
Messire Pierre de Beauveau, sieur de la Bessière, mourut environ trois jours après la bataille de Castillon; et aussi mourut messire Jacques de Chabannes, grand maître de l'hôtel du roi, qui fut moult regretté, car il était vaillant chevalier. La ville ainsi rendue au roi, le roi eut incontinent toutes les places du Bordelais et de la Guyenne; le pays fut délivré des Anglais. Le roi commit, pour le garder, le comte de Clermont, fils du duc de Bourbon, et le fit son lieutenant général, et y laissa avec lui messire Théaudé de Valpergue. Maître Jean Bureau, trésorier de France, demeura maire de la cité et, avec eux, délaissa plusieurs gens d'armes, archers, arbalétriers pour la garde du pays dont il était besoin. Ce fait, en tout le royaume de France n'y avait ville ni forteresse, ducs ni seigneurs qui n'obéissent au roi, réservé les villes
de Calais, Ham et Guines, lesquelles étaient au roi d'Angleterre. Et disait-on que le roi les fut aller conquérir si elles n'eussent pas été du domaine et comté
Médaille commémorative de l'expulsion des Anglais. {Face).
d'Artois, laquelle comté était au duc de Bourgogne, et aussi qu'il n'y pouvait venir sans passer par les pays d'icelui duc. Le roi partit donc du pays de Bordelais et s'en retourna à Tours.