‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 57 sur 129 · PROCÈS ET EXÉCUTIOK DU SEIGNEUR DE RETZ, OENTILBOMME BRETON · texte numérisé non relu

PROCÈS ET EXÉCUTIOK DU SEIGNEUR DE RETZ, OENTILBOMME BRETON

(Monstrelet, Chroniques^ liv. II, cb. ccxLvni.)

En Tan dessusdit, advint en la duché de Bretagne une grande, diverse et merveilleuse aventure ; car le seigneur de Raix, qui pour lors était grand maréchal de France, et était moult noble homme et très grand terrien, et issu de très grande et très noble génération, fut accusé et convaincu d'hérésie, laquelle il avait par longtemps maintenue, c'est à savoir par la sédition et enhortement principalement du diable d'enfer, et aussi d'aucuns ses complices et serviteurs, comme il confessa avoir fait mourir plusieurs enfants sous bas âge et femmes enceintes, sur intention de parvenir à aucunes hautesses et chevances, et aussi honneurs désordonnés. Desquels enfants et autres créatures, après qu'il les avait fait mourir violentement, faisait prendre aucune partie de leur sang, duquel on écrivait livres où il y avait* conjurations diaboliques et autres termes contre notre foi catholique. Pour lequel cas dessusdit, après qu'il eut été pris et diligemment examiné, et aussi qu'il eut connu tout son fait, d'en avoir fait mourir par cette mau-

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vaise manière jusqu'au nombre de huit vingts oit plus, il fut en sa présence, par sages et notables juges, condamné à être pendu et étranglé, tant qu'il fût mort, et après son corps hars en un feu. Si y étaient présents avec ledit duc grand nombre de seigneurs et autres notables hommes, tant séculiers comme clercs. Si fut faite cette condamnation et aussi Fexécutian en la ville de Nantes en Bretagne. Toutefois, après ladite exécution première accomplie, et qu'il fut mis au feu et en partie brûlé, il y eut aucunes dames et damoiselles de son lignage, qui requirent au des susdit duc de Bretagne de avoir le corps pour mettre en terre sainte, lequel duc leur accorda, et y fut mis. Et jà soit ce qu'il eût eu cette fauôse et inhumaine volonté, néanmoins si eut-il à la fin très belle et dévote connaissance et repentance, en requér rant moult humblement à son créateur merci et miséricorde de ses grands péchés et offenses. Pour la mort duquel seigneur de Raix, grand'partie des nobles dudit pays de Bretagne, et spécialement ceux de son lignage en eurent au cœur très grand'douleur et tristesse; et aussi, avant que cette aventure lui advînt, il était moult renommé d'être très vaillant chevalier en armes.

§ 3. — LE COMTE DE SAINT-POL PILLE ON CONVOI ROTAL. — EXPÉDITION DES GENS DU ROI DANS LES ÉTATS DE CE SEIGNEUR. — IL EST CONTRAINT A SE SOUMETTRE (1441).

(Monstrelet, Chroniques^ liv. II, ch. cclv.)

Entre-temps que le roi de France était avec soa armée au pays de Champagne, comme vous avez ouï dessus, il avait ordonné aucuns de ses plus féaux

serviteurs, pour aller en sa ville de Tournai et es marches de Flandre, pour acheter certain nombre d'artillerie et autres habillements de guerre, pour mener en sa ville de Paris, afin de lui aider quand il en aurait besoin. Lesquels, c*est à savoir ceux qui y étaient commis, en firent très bonne diligence; et tant que des besognes dessusdites chargèrent plusieurs chars et chariots, et les conduisirent sûrement parmi les pays du duc de Bourgogne, depuis la cité de Tournai, sans trouver aucun qu'il leur baillât ou fît empêchement, jusqu'à tant qu'ils vinrent en une ville nommée Ribemont, où ils furent rencontrés des gens du comte de Saint-Pol, qui était en garnison en icelle ville. Entre lesquels étaient Jean, seigneur de Tarente, Guyot de Béthune, Othe de Neuville et plusieurs autres, tant hommes d'armes comme archers; lesquels détroussèrent du tout lesdites gens et serviteurs du roi, et prirent et emmenèrent lesdits harnais et artilleries, atout les chariots et habillements, et les boutèrent en ladite ville de Ribemont, auquel lieu ils en butinèrent et dissipèrent grande partie. Toutefois ce ne fut point du su et consentement, ni ordonnance dudit comte de Saint-Pol, ains en fut très courroucé et déplaisant. Laquelle détrousse venue à la connaissance du roi, en fut très indigné et mal content, et jura qu'il serait amendé et qu'il ferait guerre à icelui comte de Saint-Pol, s'il n'en £siisait du tout restitution et délivrance, et s'il ne lui faisait hommage et féauté des terres et seigneuries qu'il tenait de lui en son royaume.

Et lors, lui étant en la ville de Bar-sur-Aube, comme dit est dessus, venaient de jour en jour gens de guerre devers lui pour le servir; et quand il eut illec séjourné une espace, il s'en vint par Châlons et

Reims en la cité de Laon; et partout où il venait était reçu par les bonnes villes à lui obéissantes très honorablement, ainsi et par la manière qu'il est accoutumé de faire à son roi et souverain seigneur. Duquel lieu de Laon et de la marche à l'environ se départirent grand'partie de ses capitaines atout leurs gens d'armes, c'est à savoir La Hire, Antoine de Chabannes, Joachim Rohault et aucuns autres, pour venir et approcher les villes et forteresses que tenaient les gens dudit comte de Saint-Pol , et pour eux faire guerre. Lequel comte de Saint-Pol, qui était assez averti d'icelle venue, les avait fait garnir de ses gens du mieux qu'il avait pu; et se tenait de sa personne à Guise en Thiérache, pour aider et subvenir à ceux qui en auraient besoin et nécessité. Mais il advint que ceux de ladite garnison et les dessus nommés qui se tenaient à Ribemont de par ledit comte de Saint-Pol, comme dit est, quand ils ouïrent et surent que le roi et sa puissance les approchaient de si près, eurent si grand doute et si grand'peur, qu'avant que les Français vinssent, se départirent soudainement et en grand déroi, sans attendre l'un l'autre ; et abandonnèrent la ville et château dudit Ribemont, en les laissant au gouvernement du commun peuple. Lesquels demeurèrent moult désolés pour la départie des dessusdits, et se retrahirent vers leur maître et seigneur, ledit comte de Saint-Pol, audit lieu de Guise et en autres villes et forteresses appartenant audit comte, qui d'eux fut très mal content, et par spécial de ceux qui en avaient eu le gouvernement et auxquels il en avait baillé la charge. Et ce même jour ou le lendemain, vinrent devant ladite ville de Ribemont les Français, auxquels, au nom du roi Charles, fut baillée pleine obéissance ; et

les mit-on dedans ladite ville, dedans laquelle ils trouvèrent des biens très largement, et en partie en prirent à leur plaisir. Et entre les autres, y eùtra comme chef ledit Joachim Rohault. Et brefs jours ensuivants, la plus grand'partie de l'armée du roi se tirèrent devant la ville de Marie, et l'environnèrent, et l'assiégèrent à grand'puissance.

Dedans laquelle ville était de par le comte de Saint-Pol un gentilhomme assez expert et diligent enfait de guerre, nommé George de Croix, qui avait avec lui environ soixante combattants avec ceux de la ville. Si fut suffisamment sommé de par le roi de rendre la ville; mais il fit réponse, toutes les fois qu'il en fut requis, que, sans le su et consentement de son seigneur et maître le comte de Saint-Pol, point ne la rendrait. Pour lequel refus, les dessusdits assiégeants mandèrent en grand' diligence les gros engins et artilleries du roi ; et de fait les firent asseoir et affûter en très grand nombre devant les portes et murailles de la dessusdite ville.

Si comnnencèrent à jeter et adommager ladite muraille en aucuns lieux; et était leur intention et volonté de l'assaillir bref ensuivant. Mais, entretemps que les besognes dessusdites se faisaient, ledit comte de Saint-Pol, considérant qu'au long aller ce lui était chose impossible de tenir sesdites places contre le roi et sa puissance, attendu que déjà était assez averti que point n'aurait secours dudit duc de Bourgogne, se commença aucunement à dissimuler ; car, avec ce, les principaux qui étaient avec lui lui conseillèrent qu'il trouvât les moyens d'avoir traité et de demeurer paisible lui et ses seigneuries.

Lesquels moyens, tant par la comtesse sa mère, douairière, qui par avant avait été devers le roi et

encore était à Laon, comme par autres ses bons amis, se commencèrent à traiter et ouvrir; et fînalemeiit ledit comte de Saint-Pol alla à Laon devers le roi, duquel et du dauphin il fut reçu assez courtoisement, et aussi des autres seigneurs qui là étaient. Et certains brefs jours ensuivant, impétra et obtint envers ledit roi que ceux qui étaient devant ladite ville de Marie, et ses gens qui étaient dedans, ne fissent point de guerre l'un à l'autre jusqu'à certain jour pendant lequel temps on traiterait du surplus.

Par lesquels traités finablement, après que sur ce le roi et son grand conseil eut tenu plusieurs journées et que le comte de Saint-Pol eut été ouï sur ce qu'il voulait dire et requerre, fut ordonné qu'icelui comte de Saint-Pol demeurerait en la bonne grâce du roi, moyennant qu'il lui ferait hommage et serment de fidélité des terres et seigneuries qu'il tenait en son royaume, tant de par lui comme de par la comtesse de Marie et de Soisspns, sa femme, ainsi et par la manière que lui avaient fait et faisaient journellement ses autres vassaux ; et avec ce, qu'il ferait mettre sadite ville de Marie en l'obéissance du roi et ses commis, et en vider ceux qui dedans étaient ; et outre plus, lui baillerait certaines lettres signées et scellées de son scel, contenant certains points décla- ^rés en icelle, dont la copie sera ci-après mise et écrite. Après lesquels traités faits et accordés par icelles parties, on envoya tantôt de par le roi, audit lieu de Marie, certains commis pour prendre l'obéissance de la ville, comme dit est.

Lesquels commis portèrent un sauf-conduit du roi au dessusdit George de Croix, pour lui et pour ses gens, avec lesquels il se partit et alla à la Ferté-sur- Oise, par l'ordonnance dudit comte de Saint-Pol. £t

lot après entrèrent iceux commis dedans la dessusdite ville de Marie, et firent ce qui leur était commandé et ordonné de par le roi, en prenant ladite obéissance selon le dessusdit traité. Mais, bref ensuivant, ladite ville fut remise et rendue, par le consentement du roi et par son octroi, en la main dudit comte, comme devant avait été. Et adonc se délogèrent de là toutes gens de guerre et se tirèrent plus avant es marches de Vermandois, de Hainaut et de Cambrésis; et partout où ils allaient, faisaient de grands oppressions au pauvre peuple. Le comte de Saint-Pol, depuis qu'il eut sondit traité, commença à être très bien en la grâce du roi et de tous les autres grands seigneurs, et par spécial du dauphin; et lui promit de le servir dorénavant en toutes ses besognes et affaires contre les Anglais, s'il lui plaisait le mander ; et fut en ladite ville de Laon bonne espace de temps; et avant son département bailla ses lettres, dont dessus est faite mention, contenant la forme et manière qui ci-après s'ensuit :

« Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol et de Ligny, de Conversan, de Braine et de Guise, seigneur d'Enghien et de Beau-Revoir, et châtelain de Lille, à tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, salut. Savoir faisons que j'ai promis et par ces présentes promets, par foi et serment de mon corps et sous l'obligation de tous mes biens, faire et faire faire pleine et entière obéissance au roi notre sire et à ses officiers, tant en justice comme aux faits et conservations des droits royaux de ses finances, aides, greniers, tailles, hauts passages et autres touchant son domaine; et autrement, de faire cesser gardes et appactis mises sus, en ce qui est de ma puissance, depuis vingt ans en çà; et avec ce pro-

mets restituer au roi, et partout où il appartiendra, ce qu'il reste à restituer de l'artillerie du roi et marchandises prises par ceux de Ribemont, et ce qui reste de chevaux et chariots du roi pris par ceux de Marie.

« Et avec ce, ai promis et promets de répondre en la cour de parlement à tout ce que le roi ou son procureur voudra maintenir, requerre ou demander touchant la succession de feu monseigneur le comte de Ligny, mon oncle, à qui Dieu pardonne ! tant au regard des héritages comme des biens meubles que tenait et possédait mondit feu oncle au jour de son trépas, pour tant que toucher m'en peut, et pour les comtés de Ligny et de Guise, comme pour autres terres et seigneuries venus à mondit feu oncle; et de tenir, obéir et accomplir, en tant qu'à jnoi est, tout ce qui par ladite cour me sera sur ce dit, jugé et prononcé. Pour quoi j'ai pris et accepté jour, et me suis tenu et tiens pour ajourné en ladite cour de parlement, pour répondre au procureur du roi, au quinzième jour de juillet prochain prenant, pour y procéder ainsi qu'il appartiendra. Et généralement promets faire envers le roi mon souverain seigneur tout ce que bon et loyal sujet doit et est tenu de faire envers son roi naturel et souverain seigneur; ni ne souffrirai ni tiendrai en nuUes de mes places gens pour faire guerre, mal ni dommage sur le pays et sujets du roi. Et avec ce, promets, rendre et délivrer toutes les terres d'autrui que j'ai en ma main à cause de la guerre ; et au regard de Montagu, faire mon plein pouvoir d'icelle rendre. Toutes lesquelles choses je promets de tenir de point, ainsi que dessus est dit, sans enfreindre. En témoin de ce, j'ai signé ces présentes de ma main, et scellées du scel de mes

armes, le vingtième jour d'avril Tan mil quatre cent quarante et un. »

§ 4. — LA PïlAOUERIB. — COALITIONS FÉODALES CONTRE CHARLES Vn. — LB DAUPHIN LOUIS T PREND PAIT. — SOU- MISSION DBS RÉVOLTÉS (juillet 1440).

(Monstrelet, Chroniques, liv. II, eh.* ccxlv.)

Au commencement de cet an, Charles, roi dd France, fit grand'assembiée de nobles hommes et autres gens de guerre pour aller au pays de Bourbonnais détruire et subjuguer monseigneur le duc de^ Bourbon et ses pays ; lequel, à sa grand'déplaisance, avait séduit et emmené son fils le dauphin, qui par avant était logé à Loches en Touraine, au chàtel. Et était pour ce temps au gouvernement du comte de La Marche, qui était à cette heure en la ville et point ne se doutant que ledit dauphin se voulût partir sans parler à lui. Néanmoins le bâtard de Bourbon, Antoine de Ghabannes et autres capitaines avec foison de gens d'armes vinrent devers lui audit chàtel de Loches, et de son consentement le menèrent au pays de Bourbonnais en la ville de Moulins. Auquel lieu s'en allèrent avec ledit duc de Bourbon, le duc d'Alençon et le comte de Vendôme, les seigneurs de La Trimouille, de Ghaumont et de Prie avec plusieurs^ autres hommes et grands seigneurs. Si était leur intention que le dessusdit dauphin aurait seul le gouvernement et pouvoir du royaume de France, et que le roi Gharles, son père, serait mis comme en tutelle et gouverné par eux.

Et, afin d'avoir aide et faveur pour accomplir leur intention, mandèrent eu divers lieux les barons,

grands seigneurs et gentilshommes de plusieurs pays, auxquels ils déclarèrent leur intention, en requérant qu'ils voulussent faire serment audit dauphin et le servir contre tous ceux qui grever ou nuire lui voudraient. Entre lesquels y vinrent les seigneurs d'Auvergne; lesquels, cette requête ouïe, firent réponse par la bouche du seigneur de Dampierre que très volontiers le serviraient en tous ses affaires, réservé contre le roi son père ; et disaient en outre que, au cas que le roi viendrait à puissance au pays, et il les requît d'avoir leur aide et aussi d'entrer en leurs villes et forteresses, ils ne lui oseraient ni voudraient nullement refuser ; et qu'iceux requérants point à ce ne s'attendissent autrement.

Laquelle réponse ne fut pas bien agréable audit dauphin ni aux autres seigneurs; et se commencèrent très fort à douter que de leurdite entreprise ne leur vînt grand mal. Et avec ce étaient déjà avertis qu'icelui roi venait contre eux à moult grand'puissance, comme dessus est dit. Laquelle chose était véritable ; car le roi entra audit pays de Bourbonnais, et commença à faire très forte guerre aux villes et forteresses du devantdit duc de Bourbon et de ceux tenant son parti ; si en mit plusieurs en son obéissance. Et entre-temps ledit dauphin et ceux de son conseil envoyèrent devers le duc de Bourgogne pour savoir s'il voudrait en ses pays recevoir lui et les siens, et lui bailler aide en tous ses affaires; lequel duc, après qu'il eut eu délibération de conseil, sur ce fit réponse que tous ses pays avec ses biens étaient bien au commandement du dauphin quand il lui plairait y venir, mais pour nulle rien ne lui donnerait faveur ni aide pour faire guerre au roi son père; mais était prêt par toutes les manières qu'il

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pourr^tit de lui aider à rentrer en sa grâce. Disait outre qu'il lui conseillerait qu'ainsi le fît, et que trop grand déshonneur et dommage en pourrait advenir au royaume si cette guerre se continuait. Et, pour obvier et trouver manière et moyens, envoya le duc de Bourgogne ses ambassadeurs devers icelui roi, qui s'entremirent entre icelles parties.

Si fut fait le traité, par condition qu'icelui dauphin, le dessusdit duc de Bourbon et autres qui avaient offensé iraient par devers le roi en grand'humilité requérir pardon desdites offenses. Toutefois, avant que ceste chose pût être achevée, grand'partie des pays du duc de Bourbon et de ses favorisants furent très fort détruits par les gens de guerre dudit roi de France, qui sur eux étaient venus en très grand nombre. En après, le dix-neuvième jour de juillet, le roi étant à Cusset, vinrent devers lui le dauphin et le duc de Bourbon, accompagnés desdits seigneurs de La Trimouille, de Chaumont et de Prie; mais, quand ils furent à demi-lieue près dudit lieu de Cusset, un messager vint devers eux, lequel dit auxdits trois seigneurs que le roi ne les assurait point, et qu'il ne voulait point qu'ils vinssent devers lui. Et lors quand ledit dauphin ouït et entendit ce, il dit au duc de Bourbon : « Beau compère, vous n'aviez pas talent de dire comment la chose était faite et que le roi n'eût point pardonné à ceux de mon hôtel ». Et adonc jura un grand serment qu'il s'en retournerait et n'irait pas devers le roi son père; et lors ledit duc de Bourbon lui dit : « Monseigneur, tout se fera bien, n'en soyez en quelque doute ; vous ne pouvez retourner, car l'avant- garde du roi est en votre chemin. » Toutefois, si ce n'eût été le comte d'Eu et aucuns autres seigneurs qui étaient

ventis au-devant de lui, lesquels lui remontrèrent, il s'en fût rallé.

Si s'en rallèrent lesdits trois seigneurs audit lieu Moulins, et lesdits dauphin et duc de Bourbon entrèrent en la ville de Cusset et allèrent descendre à rhôtel du roi. Et eux, venant en la chambre où il était, s'agenouillèrent par trois fois devant qu'ils ve^ Hissent à lui; et à la tieçce fois lui prièrent en grand'humilité qu'il lui plût à eux pardonner son indignation. A quoi le roi répondit, en adressant ses paroleç à son fils, disant : « Louis, soyez le bienvenu ! vous avez moult longuement demeuré ; allezvous-en reposer en votre hôtel pour aujourd'hui, et demain nous parlerons à vous ».

En après parla au dessusdit duc de Bourbon assez longuement, sagement et prudemment, et lui dit : « Beau cousin, il nous déplaît de la faute que maintenant et autrefois avez faite contre notre majesté, par cinq fois ». Et lui déclara les propres lieux où ce avait été, disant : « Si ne fût point pour l'honneur et amour d'aucuns, lesquels nous ne voulons point nommer, nous vous eussions montré le déplaisir que vous nous avez fait; si vous gardez dorénavant de plus y rencheoir. » Après lesquelles paroles et plusieurs autres, les dessusdits dauphin et duc de Bourbon se départirent de là et s'en allèrent à leurs hôtels jusqu'au lendemain après la messe du roi, qu'ils retournèrent vers lui ; et derechef, présents tous ceux de son conseil, requirent très humblement .qu'il lui plût leur pardonner leur mal talent, et aux dessusdits trois seigneurs de La Trimouille, de Ghaumont et de Prie. Et le roi répondit qu'il n'en ferait rien, mais qu'il était assez bien content qu'ils retournassent chacun en leurs maisons et domiciles. Et

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adonc dit le dauphin au roi : « Monseigneur, donc faut-il que je m'en revaise, car ainsi leur ai promis ». Et lors le roi, non content de cette parole, répondit à ce et lui dit : « Louis, les portes sont ouvertes; et si elles ne vous sont assez grandes, je vous en ferai abattre seize ou vingt toises du mur pour passer où mieux vous semblera. Vous êtes mon fils, et ne vous pouvez obliger à quelque personne sans mon congé et consentement; mais sUlvous plait en aller, si vous en allez; car au plaisir de Dieu nous trouverons aucuns de notre sang qui nous aideront mieux à maintenir et entretenir notre honneur et seigneurie qu'encore n'avez fait jusqu'à ci. »

Après lesquelles paroles, le roi le laissa; et alla parler audit duc de Bourbon, qui prestement lui fit serment de le servir et obéira toujours mais. Et d'autre part ôta et destitua tous les officiers et gouverneurs dudit dauphin, réservés son confesseur et son cuisinier. Et au regard du traité dudit duc de Bourbon il promit de rendre et restituer dedans la main du roi, en brefs jours après ensuivant, Corbeil, le bois de Vincennes, Sancerre et le chàtel de Loches, lesquelles places il tenait en sa main ; et ne voulut point le roi nuUement consentir que ses gens d'armes se départissent du pays de Bourbonnais et d'Auvergne jusqu'à ce qu'il fût assuré d'avoir et posséder en sa main toutes les places dessusdites. Et pareillement pardonna le roi audit duc d'Alençon, au comte de Vendôme et plusieurs autres grands seigneurs et nobles princes qui avaient accompagné le dauphin es besognes dessusdites. Et quand tout ce fut fait et accompli en la manière dessusdite, et que le dauphin fut content de demeurer avecque le roi son père, on cria la paix, dont la teneur s'ensuit :

<( On vous fait à savoir, de par le roi, que monseigneur le dauphin et monseigneur duc de Bourbon sont venus devers lui en très grand'humilité et obéissance; et les a le roi reçus très amiablement en sa bonne grâce, et tout pardonné. Et par ce, veut et ordonne que toutes guerres et voies de fait cessent ; et que on ne prenne nuls prisonniers, laboureurs et autres gens quelconques, ni bétail ni autres biens, et que nuls ne fassent nulles extorsions Fun contre l'autre, soit en prenant places ou autrement; et que toutes gens puissent aller et venir sûrement, faisant leurs besognes, sans ce qu'on leur méfasse aucunement ; et aussi que nulles places ne soient abattues ni démolies es pays de mondit seigneur de Bourbon ni ailleurs.

« Donné à Cusset, le vingt-quatrième jour de juillet Tan mil quatre cent et quarante. »

Et était écrit dessous : « De par le roi et son grand conseil. Ainsi signé : De Jugon. )>

En outre, dedans assez brefs jours après ensuivant, le roi bailla à sondit fils le dauphin le gouvernement du Dauphiné. Si fit assez tôt après départir les gens d'armes des pays du duc de Bourbon, et leur donna congé de tirer vers Orléans et devers Paris.

§ 5. — PROCÈS ET DISGRACE DE PIERRE DE BRÉZÉ, SÉNÉCHAL DU POITOU (1448).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, eh. xxv.)

En ces propres jours de cet an mil quatre cent quarante-huit, assez tôt après la reddition du Mans, dont dessus est fait mention, s'émurent de grandes haines par plusieurs grands seigneurs de France, tant

du sang du roi comme autres, à rencontre de messire Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne et sénéchal du Poitou, lequel avait déjà eu par long espace de temps le gouvernement des affaires du roi, et avait le principal emploi pour la conduite et le maniement des iiesognes et affaires du royaume, en

Monnaie de Louis, fils aine de France.

plus grande partie selon son bon plaisir. Sur tous les autres mécontents, celui qu'il faut le premier nommer était le dauphin, premier fils du roi, qui avait cette matière bien à cœur, lequel pour lors se tenait en Dauphiné et était assez éloigné de la cour, sans avoir aucune autorité ne crédit en l'hôtel du roi son père. Si le fît-il accuser de beaucoup de crimes et grands maléfices envers sondit père le roi et les seigneurs de son grand conseil, lesquels il offrit de prouver, et aussi de faire partie formée contre lui. Adonc, ce seigneur de la Varenne, qui se vit ainsi accusé, comme dit est, en la présence du roi et de son grand conseil, fut de prime face bien émerveillé, et non pas sans cause. Si reconnut-il assez qu'il avait à la cour des adversaires largement et en grand nom-

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bre, lesquels toutefois, durant son règne et sa haute fortune, lui avaient, par plusieurs fois, montré sem* blant d'avoir pour lui grand amour.

Or, nonobstant cela, et malgré ces traverses, il se réconforta de lui-même le mieux qu'il put et s'avisa qu'il était venu Theure de montrer en ce rencontre son sens, si jamais on en avait : adonc requit au roi fort humblement que de sa grâce il lui plût le mettre et l'entretenir en justice, et qu'il pût être ouï en ses défenses, contre les accusations qu'on faisait contre lui, et avec ce, qu'il eût conseil à ses dépens, et il s'offrait d'ester pour répondre à tout ce qu'on voudrait ou saurait demander contre lui : mêmement, si besoin était, il promettait de se constituer prisonnier, et s'emprisonner lui-même, en quelque lieu qu'il plairait au roi lui nommer. Laquelle requête, ou au moins la plus grande partie d'icelle lui fut volontiers octroyée par le roi ; car, nonobstant qu'il fût ainsi accusé, comme dit est, le roi ne laissait pas d'être assez xîontent de lui pour sa personne ; mais il redoutait fort, et appréhenda toujours durant tout son vivant, les envies de sa cour; et bien en avait-il raison, car en son temps il en avait vu advenir de grands troubles et inconvénients entre ses propres serviteurs, à son grand déplaisir et préjudice.

Si fut renvoyée cette cause, par le conseil royal, en la cour de parlement; et là fut démenée et plaidée par long espace de temps, durant lequel ledit seigneur de la Varenne fut éloigné et mis hors du gouvernement qu'il avait auparavant ; et outre ce il fut désappointé de plusieurs de ses capitaineries et gouvernements, aucuns lui ayant été seulement laissés ; et nonobstant qu'icelle cause dura assez longuement pendant en ladite cour de parlement. Et que, comme

dit est, plusieurs grandes et criminelles accusations fussent faites et intentées contre lui, ce nonobstant, il s'excusa et déchargea à longue traite, tellement et par de si vives raisons, que le roi fut assez content de lui ; non pas que pour cela il rentrât si t6t au gouvernement qu'il avait eu auparavant.

§ 6. — INTtlOUES DE JEAN, DUC d'ALENÇON. — IL EST ARRÊTÉ PAR ORDRE DU ROI ET EMPRISONNÉ (1456).

(Mathieu de Coucy, Chroniques, ch. cxiv.)

Au commencement de Fan mil quatre cent cinquante et six, il fut grande renommée par le royaume de France, et spécialement sur les marches de Bretagne et Normandie, que Jean, duc d'Alençon, était mal content de ce que le duc de Bretagne tenait la ville de Fougères, dont ci-devant est faite mention, laquelle ville il disait lui appartenir, comme étant son propre héritage. Pour laquelle avoir, il avait plusieurs fois requis le roi Charles, afin de lui en faire raison ; mais pour ce qu'on n'y besoignait pas à sa volonté et suivant son désir, il se troubla en lui-même, comme aussi pour ce que quand il allait à l'hôtel du roi, il n'était pas reçu ni ouï comme il lui semblait qu'il devait être, attendu qu'il était sorti de la couronne, et si prochain que chacun pouvait savoir.

A cette cause, comme mal mû et conseillé de gens de méchant état, par lesquels aucunes fois les princes se trouvent réduits en grand déshonneur et dommage, il trouva manière d'avoir alliance avec le roi Henri d'Angleterre, qui depuis longtemps, comme aussi ses prédécesseurs, ont été renommés et réputés

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ennemis d'icelui roi Charles de France et de ses prédécesseurs; et par ces mauvaises alliances devaient lesdits Anglais descendre dans le royaume par aucunes marches et contrées appartenant audit duc d'Alençon, lesquelles il devait bailler et mettre entre leurs mains; et ce furent trouvées et surprises lettres signées de la main d'icelui duc d'Alençon, lesquelles furent présentées audit roi Charles. Lequel, quand il reconnut la grande faute qui était en ce duc d'Alençon, il en fut fort déplaisant; et en parla plusieurs fois à aucuns de son plus privé conseil; et disait qu'il vivait déplaisamment quand il fallait qu'il se donnât de garde de ceux en qui il devait se lier, mêmement de ceux de son sang. Finalement, pour obvier à l'entreprise dudit d'Alençon, par grande et mûre délibération de son étroit conseil, il conclut de faire prendre et arrêter prisonnier ledit d'Alençon, comme aussi de saisir et mettre en ses mains toutes ses places, villes, châteaux et forteresses, avec tous ses biens. Pendant laquelle conclusion icelui d'Alençon était absent et hors de sa duché et de ses pays ; car pour lors il s'était retiré hors desdites marches, afin que, quand les Anglais entreraient en ses places, il pût dire qu'il n'en pouvait mais et qu'il était absent, et se retira durant icelui temps en la ville de Paris, en laquelle il demeura par aucuns jours. Ce qui, étant venu à la connaissance dudit roi, et après qu'il fut pleinement et selon la vérité informé dudit cas, il ordonna au comte de Dunois, bâtard d'Orléans, d'aller à ladite ville de Paris, pour faire et constituer prisonnier icelui d'Alençon, comme dit est, et avec lui le seigneur de Moy, bailli de Vermandois, et certain nombre de gens de guerre, pour servir et fournir à ladite prise.

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Donc, environ le jour du Saint-Sacrement de cette an, icelui comte de Dunois arriva en ladite ville de Paris, et fît demeurer aux champs ledit bailli de Vermandois, et avec lui quarante lances et archers, lesquels, à l'heure que leur avait ordonné ledit d'Orléans, se devaient trouver au dehors et assez près de la porte Saint-Antoine, sur le chemin de Melun. Or, quand ledit d'Orléans fut arrivé en icelle ville de Paris, et qu'il sut où était ledit duc d'Alençon, il manda le prévôt de Paris et aucuns autres officiers du roi, auxquels il dit et déclara sa charge ; et leur fit commandement, de par le roi son souverain seigneur, d'être prêts et de le secourir, si icelui d'Alençon voulait faire aucune désobéissance et résistance; aussi qu'4ncontinent tous ses gens fussent pris et saisis. Et leur enchargea que- la chose fut tenue secrète jusques à ce qu'il eût fourni et se fût acquitté de son exploit, car si autrement en était fait, et qu'il manquât à sadite entreprise, il s'en déchargerait sur eux envers le roi. Sur lesquels paroles et commandements, chacun desdits officiers dit qu'il s'acquitterait de son devoir. Puis, quand ledit Orléans fut bien assuré de la volonté d'iceux officiers, il tira à l'hôtel de ce duc d'Alençon, droit ledit jour du Saint-Sacrement, et environ les quatre heures après midi; il lui alla faire la révérence. Lequel d'Alençon, sans se douter aucunement, lui fit grande réception et honorable ; et après qu'il eut un un peu devisé avec lui, et qu'il put savoir que ses gens, tant de dehors comme de dedans, étaient auprès de lui, il lui dit ces mots : « Monseigneur, pardonnez-moi, le roi m'a envoyé devers vous et m'a baillé charge de vous faire son prisonnier; je ne sais proprement les causes pourquoi ». Et pour à lui

obéir, en lui mettant la main sur Tépaûle, il lui dit derechef : « Je vous fais prisonnier du roi ». A laquelle parole ledit d'Alençon montra manière d'être bien déplaisant, et non sans cause; et vit lors grand nombre des gens dudit d'Orléans entrer, tant en son hôtel comme en sa chambre, et connut bien lors qu'il fallait qu'il obéît.

Ce fait, pour le doute de la murmure et du bruit qui s'en pouvait ensuivre dans ladite ville, il lui dit : « Monseigneur, sans ici faire plus de séjour, il faut partir de cette ville et prestement monter à cheval ». A quoi ledit d'Alençon lui repartit qu'il était bien là, et que jà n'était besoin de le transporter hors de la ville. Ce nonobstant, il fit tirer les chevaux dudit d'Alençon et aucuns de ses serviteurs, tels qu'il les voulut avoir, et les fit monter à cheval, et, sans long séjour, il le mena hors de ladite ville, par icelle porte Saint- Antoine, où assez près ils trouvèrent ledit bailli de Vermandois et les quarante lances dont dessus est faite mention. Quand ledit d'Alençon les aperçut de loin, il demanda quelles gens c'étaient, et s'il avait garde et sûreté de sa vie ; lequel d'Orléans lui répondit que c'étaient les gens du roi, et qu'il n'avait garde d'eux, mais venaient pour le mener et conduire devers le roi. En cet état ils tirèrent ce jour jusques à Melun, où il demeura par aucuns jours.

Or, incontinent que le roi fut assuré de ladite prise, il envoya audit lieu aucuns députés de sa part, pour interroger ledit d'Alençon sur les rapports qui lui avaient été faits, qui de ce firent grandement leur devoir; mais il ne leur voulut faire aucunes réponses, sinon, quand il les eut ouïs, il leur dit que, quand il se trouverait par-devers le roi, il ne lui cèlerait rien, et qu'il savait bien qu'il lui avait baillé le bout,

disant qu4l ne fallait point douter qu'il fût Anglais ; car oncques il ne l'avait été, ne n'avait volonté de rêtre; mais beaucoup lui déplaisait des manières que le roi tenait contre lui et ceux de son sang ; car, quand ils venaient par devers lui, ils étaient des

Sceau da duc d'Âlençon.

(Archives nationales, n» 898.)

quatre ou six jours avant ou sans qu'ils pussent avoir audience pour pouvoir parler à lui, et ne tenait entour lui qu'un nombre de méchantes gens et de méchant état, issus de petite lignée, qui à présent le gouvernaient.

Telles paroles, ou en substance, disait ce duc d'Alençon. Mais, quand le roi fut de ce adverti, il manda qu'on le Ht avancer par devers lui ; et lui fut ordonné, pour son état et pour son service, huit personnes de ses gens et non plus. Et en ce point et cet état, par ledit bailli de Vermandois, avec lesdits^ gens de guerre, et sous sa garde, il fut mené devers le roi, qui lors était au pays de Bourbonnais, dans un château nommé la Nonnette, où il se tenait lors.

i58 CHAKLES VII

Et quand il fut là ainsi arrivé, aucuns jours après, le roi le manda et le fit venir devant lui, où il lui reprocha comment il avait pris alliance avec ses anciens ennemis, auxquels il devait bailler ses places de la Falaise et de Domfront, pour descendre en son royaume. Sur lesquelles paroles, icelui d'Alençon, par hautain langage, répondit ces mots, ou en substance : « Monseigneur, je ne suis pas traître, mais bien peut-être que j'ai fait aucunes alliances avec aucuns grands seigneurs, afin de recouvrer ma ville de Fougères, que le duc de Bretagne tient à tort et sans cause raisonnable> et duquel je n'ai pu avoir raison en votre cour ». A quoi le roi lui répondit qu'il n'avait oncques été refusant de faire à chacun raison et justice, et qu'il n'était là jà besoin, sous ombre de telles couleurs, de prendre ne faire telles alliances à ses ennemis et adversaires, lesquelles il ne pouvait ignorer; car il en avait des lettres signées de sa main : et aussi par la relation d'un héraut et d'un Anglais d'Angleterre, qu'il avait fait prendre et qu'il tenait prisonniers, il en avait été certain. Après plusieurs paroles, icelui d'Alençon supplia au roi qu'il lui plût le mettre au délivre et liberté. A quoi le roi lui fit réponse que ce n'était pas chose à jeter en molle, ne si légèrement y besogner, sans grande délibération ; car il était bien déplaisant quand il convenait qu'il se gardât de ceux de son propre sang, et ne saurait plus en qui fier, et que sans faute il lui ferait son procès tout au long.

Après ces paroles il le fit remener et mettre en place sûre ; et ordonna de le garder tellement qu'on lui rendit compte de sa personne. Auquel lieu il fut prisonnier par l'espace de deux ans ou environ. Lequel emprisonnement fut aussitôt publié par tout

ET LA MONARCHIE ABSOLUE i59

le royaume de France et es pays voisins, et en parlait chacun selon son affection. De laquelle matière je vous lairrai à parler quant à présent, pour ce qu'il est besoin de parler de plusieurs autres besognes qui, pendant ledit temps, survinrent en plusieurs marches; et retournerai à ladite matière, en temps et en lieu, par où vous connaîtrez la fin de son procès.

I 7. — CONDAHNATIOir DE JEAN, DUC D^ALENÇON. — ARIÊT ROYAL QUI LE DÉCLARE CRIMINEL DE LÈSE-MAJESTÉ (OCtObfe

(Mathieu de Goucy, Chroniques, ch. cxxv.)

Le mardi dixième jour d'octobre, en Tan mil quatre cent cinquante-huit, en la ville de Vendôme, le roi Charles étant présent, accompagné de ses doaze pairs de France et de plusieurs grands seigneurs, tant de son sang comme autres, avec plusieurs en grand nombre de notables conseillers, tant de sa cour de parlement comme de ceux de son grand conseil, étant lez lui, messire Jean, duc d'Alençon, dont ci-devant est faite mention, fut par le roi condamné, pour les traités et alliances qu'il avait faites avec les Anglais, qui étaient anciens ennemis dudit roi Charles, et au grand préjudice et dommage de lui et de tout son royaume, c'est à savoir : qu'il fut déclaré criminel du crime de lèse-majesté et, comme tel, condamné à souffrir et recevoir la mort, et avec ce, tous ses biens entièrement confisqués au roi. Mais, en faisant icelle condamnation, le roi y retint sur le tout son bon plaisir, lequel il déclara prestement, et fut tel : que son plaisir était qu'au regard

de la personne dudit d'Alençon il lui plaisait que Texécution de sa personne ne s*en ferait jusques à son bon plaisir; et quant aux biens qui furent audit d'Alençon, jà soit ce que veut Ténormité des cas et crimes, les enfants dudit d'Alençon, selon droit, raison et les usages gardés et observés en tel cas, dussent être privés et déboutés de tous biens, honneurs et prérogatives, et mis en telle pauvreté et mendicité que ce fut exemple à tous autres, toutesfois, eu regard aux services des prédécesseurs dudit d'Alençon, faits aux prédécesseurs du roi Charles, et à la chose publique du royaume, en espérant aussi que lesdits enfants se conduiront et gouverneront envers le roi comme bons et loyaux sujets doivent faire envers leur souverain seigneur, et en faveur et contemplation des grandes requêtes faites au roi, par Artus, duc de Bretagne, comte de Richemont, oncle dudit d'Alençon; le roi, de sa grâce, en modérant la confiscation et forfaiture des biens dessusdits, voulut, déclara et plut que tous les biens meubles qui furent trouvés appartenants audit duc d'Alençon seraient et demeureraient à sa femme et à ses enfants, réservé l'artillerie, harnais et autres habillements de guerre étant en ses places ou autre part à lui appartenant, lesquels le roi retint à soi nuement, sans moyen.

Et au regard des terres et seigneuries et biens meubles, le roi, en modérant, retint à lui les ville, château et châtellenie de Yerneuil, tant deçà comme delà la rivière, avec les appartenances, appendances et dépendances desdites villes, châteaux, châtellenies et vicomtes, lesquelles, dès lors, le roi mit, adjoint et incorpora au patrimoine et domaine de sa couronne; et avec ce le roi retint à lui le surplus; des châteaux et

châtellenies, tours, vicomtes, seigneuries, rentes, revenus, possessions et biens immeubles qui furent de ladite duché d'Alençon, avec toutes les appartenances d'icelle duché, ensemble tous les droits, noms.

Sceau du dac d*Âlençon.

(Archives nationales, n" 899.)

raisons et actions qui forent ou pourraient échoir, tenir ou appartenir audit d'Alençon, à cause de ladite duché, tant en propriété, possession, comme autrement, et tous autres droits et seigneuries qui étaient parties de la couronne à partage de France, où qu'ils soient situés, réservé la comté du Perche, dont ci-après sera faite mention, pour en faire «t

ordonner par le roi à son bon plaisir. Et aussi retint le roi à lui le château et la châtellenie, terre et seigneurie de Blencetay, en Touraine : ensemble le péage qu41 avait et prenait sur les ponts de Tours, et autres rentes, terres et revenus qu'icelui d'Alençon avait et tenait en ladite ville et châtellenie de Tours. Semblablement il se réserva les services, hommages, droits, devoirs et reconnaissances qui compétaient et appartenaient audit d'Alençon, à cause de la comté du Perche, sur toutes les terres et seigneuries de Nogent-le-Rotrou, ses appartenances, et autres appartenant au comte du Maine, à cause de la comtesse sa femme. Et, pour le regard des autres seigneuries et biens immeubles qui furent et appartinrent audit d'Alençon, le roi les laissa, et voulut qu'ils fussent et demeurassent aux enfants dudit d'Alençon, ainsi et par la manière qui s'ensuit : c'est à savoir la comté, terre et seigneurie du Perche, pour en jouir par le seul fils dudit d*Alençon, et par ses lu>irs mâles, descendants de son corps en loyal mariage, sans toutefois aucunes dignités ne prérogatives de parties. Quant au surplus desdites terres et seigneuries qui furent et appartinrent audit d'Alençon, il les laissa et voulut qu'elles fussent et demeurassent auxdits enfants d'Alençon, tant mâles comme femelles, pour en jouir et user par lesdits enfants, sous la main du roi, jusques à ce que chacun d'eux fût en âge de les tenir; et après qu'ils seraient assez âgés, par leurs mains, comme leur propre chose, et par leurs hoirs descendus de leurs corps en loyal mariage, le tout selon les coutumes des pays où lesdite^ terres et seigneuries sont situées et assises.

Après toutes ces choses ainsi faites et prononcées, le roi l'envoya par huit hommes d'armes et vingt dç

ses archers en son château de Loches en Berry; et pour le servir lui^ fut ordonné son barbier, qui était aussi son valet de chambre.

§ 8. — LE DAUPHIN LOUIS SE RÉFUGIE DANS LES ÉTATS DU DUC DJL BOURGOGNE (1456).

{Mémoires de Jacques du Clercq, 11 v. III, eh. v.)

En 1456 le roi Charles VII avait envoyé secrètement messire Antoine de Chabannes, comte de Dam-

Sceau du comte de Chabannes. (Archives nationales, n« 694.)

martin, au pays de Viennois, avec grand nombre de gens d'armes, pour prendre et amener devers lui son fils Louis, dauphin, à raison de causes que je ne sais pas au vrai. Aucuns disaient qu'il avait tel-

lement taillé le pays du Dauphiné et mis au bas pour son entretien, si que plus n'en pouvait, et avec ce avait totalement ôté le temporel de ceux de l'Église, qu'ils n'avaient de leurs bénéfices que ce qu'il voulait. Aucuns disaient aussi que ledit Dauphin avait fait mourir une demoiselle nommée la belle Agnès, laquelle était la plus belle femme du royaume, et totalement Famour du roi son père, après la mort de laquelle, comme ci-dessus j'ai dit, le roi retint en sa cour sa nièce, nommée la demoiselle de Villequier, auquel gouvernement le dauphin avait été et était bien déplaisant. Et pour cette cause s'était absenté du royaume de France plus de douze ans entiers et s'était tenu au pays du Dauphiné, durant lequel temps il n'avait eu denier de son père ni du royaume, ains lui avait fallu vivre du pays. Autres aussi disaient que le roi le voulait retirer devers lui et lui donner état comme il appartenait. Autres encore contaient que, si le roi son père l'eût tenu, il l'eût mis en tel lieu que jamais on en eût ouï parler, desquelles choses je m'attends à ce qu'il en est.

Mais toutefois le dauphin, sachant que le roi son père tendait à le faire prendre secrètement, fit appointer son dîner en une forêt pour se dérober. Il feignit d'y aller diner et y faire une grande fête : à iceUe fête le cuida prendre le comte de Dammartin ; mais le dauphin, le jour qu'il devait partir pour aUer à la chasse, lui sixième ou septième, délogea à cheval et chevaucha vers les marches de Bourgogne. Et, sitôt que l'on sut son département, il fut suivi du comte de Dammartin de si près que on ne pourrait plus. Toutefois il leur échappa et vint à Saint-Claude, en Bourgogne ; il y fut reçu honorablement par le

Charles VII sur son tombeau, à Saînt-Denîs.

166 CHARLES VII ET LA MONARCHIE AiSOtUE

prince d'Orange, qu'auparavant le dauphin avait moult haï pour aucunes détrousses que ledit prince et le maréchal de Bourgogne avaient faites sur les gens du roi.

Toutefois, lui étant avec le prince, il manda le maréchal de Bourgogne et le pria de le mener devers le duc de Bourgogne. Lequel maréchal vint bien accompagné de gens de guerre, convia et amena le dauphin vers le duc de Bourgogne.

U arriva, environ le mois de septembre l'an dessusdit 56, à Louvain en Brabant et à Bruxelles, où le duc de Bourgogne était ; lequel duc quand il sut sa venue alla à rencontre de lui et le reçut comme aîné fils du roi de France. 11 lui donna pour entretenir son état deux mille couronnes d'or par mois et le pria d'élire pour sa demeure telle place qu'il lui plairait prendre en ses pays. Le dauphin choisit une forteresse en Brabant nommée Gemappes, laquelle était à quatre lieues de Bruxelles. Et depuis cette heure fut le maréchal de Bourgogne totalement en la grâce du dauphin.

§ 9. — MORT Ds CHARLES VII (22 juillet 1461). (Mathieu de Coucy, Chroniques, ch. cxxv.)

Au mois de juillet de l'an mil quatre cent soixante et un, droit le jour de la Madeleine, qui fut le vingt et deuxième jour dudit mois, alla de vie à trépas le très chrétien roi de France, Charles VII de ce nom, dans le château de Mehun-sur-Vèvre ; dont le peuple dudit royaume fut fort déplaisant. Et y eut en icelui de grands cris et lamentations ; car en son temps il avait bien sagement tenu et grandement bien gouverné sondit peuple en paix et en prospérité.

SUR LES AUTEURS ET LES OUVRAGES DONT LES EXTRAITS SONT TIRÉS

Eofl^oerrand de Honstrelet.

Ce chroniqueur naquit en Picardie vers 1390 et mourut en 1453. Il était de famille noble et servit sous les ordres de Jean de Luxembourg, comte de Saint-Paul. Il se trouvait à Compiègne et y vit Jeanne d*Arc quand elle fut prise par les Bourguignons. Il exerça ensuite la charge de prévôt de Cambrai.

Sa chronique ne se compose que de deux livres. Le premief s'étend de 1400 à 1422. Le second commence en 1422 et s'arrête à 1444. La meilleure édition est celle qui a été donnée par la Société de l'Histoire de France (1857 et années suivantes). Monstrelet est suspect de partialité quand il parle de son seigneur le comte de Saint-Paul. 11 s'est bien gardé, par exemple, de parler de la vente de Jeanne d'Arc aux Anglais. Il ne dit pas un mot du procès ni du supplice. En général, cependant, il juge éqaitablement les faits. Sa chronique est très détaillée et très précise. Il n'a pas l'éclat et le charme de Froissart, mais il est plus instructif pour les historiens. C'est de lui que procède toute Téeole des chroniqueurs bourguignons du xv« siècle.

OliTier de la Marche.

Ce chroniqueur, né vers 1426, mourut en 1502. Il était gentilhomme et entra dans les pages du duc de Bourgogne, dont il devint bientôt Técuyer. En 1452 il accompagna Chartes le Téméraire, comte de Charolais, dans son expédition contrôles Gantois. A partir de ce moment il resta constamment attaché à ce prince, qui lui confia plusieurs fois d'importantes missions politiques. Après la mort de Charles le Téméraire il passa au service de la princesse Marie, sa fille, et de Maximilien, son époux, dont il devint le premier maître d'hôtel.

L'œuvre la plus importante de ce chroniqueur, ce sont ses Mémoires, dont les textes les plus complets paraissent s'étendre de 1435 à 4492. Olivier de la Marche, comme historien, occupe aux yeux de la critique une place importante entre Georges Châtelain et Philippe de Commines. Il est plus intelligible et moins ampoulé que Châtelain : mais Thorizon politique de son œuvre offre moins d'étendue et par conséquent un intérêt moindre que celui de Commines. Olivier de la Marche a été non seulement l'historien, mais le poète de la féodalité, car une partie de ses mémoires sont écrits en vers. C'est lui qui nous fait le mieux connaître les nâœurs et les idées chevaleresques du xv« siècle.

Thomas Basin.

Ce chroniqueur, né à Caudebec en 1403, mourut en 1491. Il fut successivement chanoine de Rouen, professeur de droit canon à l'Université de Gaen, et évêque de Lisieux. Il facilita à Charles VII la conquête de la Normandie et se rallia à la cause du vainqueur, qui l'en récompensa en le nommant membre de son conseil privé. Plus tard il repoussa les avances que lui fit le dauphin Louis, fils de Charles VII, pour l'engager dans le parti de la Praguerie : ce qui lui valut les jiersécutions du prince devenu roi.

Basin fut un des deux prélats employés à préparer la réhabilitation de Jeanne d'Arc en 1453. Outre des ouvrages de théologie, on a de lui VHistoire de Charles VII et de Louis XI, écrite en latin. Cette histoire est du plus haut intérêt. Le ton dans lequel cet ouvrage est conçu et les circonstances au milieu desquelles il fut écrit ont engagé Basin à ne point y attacher son nom et à n'en faire connaître l'auteur que d'une manière énigmatique. Le nom d'Amelgard, prêtre liégeois, accolé à Tex-libris, sur un exemplaire manuscrit de cet ouvrage, a longtemps fait attribuer à cet inconnu la chronique de Thomas Basin. Mais cette question a été parfaitement éclaircie de nos jours par M. Quicherat

Cette chronique reprend la série des faits à l'assassinat de Louis, duc d'Orléans, en 1407, et les conduit jusqu'à la mort de Louis XI (1483). L'histoire de Charles VII y occupe moins d'étendue que celle de son successeur. Jusqu'au moment où l'auteur joua lui-même un rôle sur la scène des affaires publiques, il paraît s'être borné à une sorte d'épitomé des principaux événements, recueilli de sources connues ou indirectes. Son récit commence à prendre vers 1449 l'intérêt d'un témoignage direct, oculaire, animé, principalement en ce qui concerne les faits mémorables dont la province qu'il habitait fut le théâtre à divers intervalles.

Mathieu de Coney.

On sait fort peu de chose touchant la personne de ce chroniqueur, et son nom même est incertain. Les uns l'écrivent Coussy, d'autres Goucy, d'autres Escoussy ou Ëscouchy. Les seuls renseignements relatifs à sa biographie qui nous soient parvenus résultent de sa chronique. Mathieu nous y apprend qu'il était laïque, natif du Quesnoy-le-Gomte, en Hainaut, issu par sa mère de noble génération et originaire de la ville de Péronne, en Yermandois, où il résidait. Il était né sujet du duc de

Bourgogne et compatriote dé Monstrelet, dont il se fit le eontinuateur. Il écrivait entre la mort de Gliarles VII et celle de Philippe le Bon, c'est-à-dire entre 1461 et 1467; Son œuvre, ainsi qu'il l'annonce, continue immédiatement Monstrelet et poursuit la narration des événements jusqu'à l'avènement de Louis XI au trône. Ce récit forme la matière d'un premier livre, à la fin duquel l'auteur annonce qu'il se propose de reprendre la suite de son travail en composant un second livre. Mais le premier seul nous est parvenu.

Le récit de ce chroniqueur est peu étendu. Mais il contient des renseignements qui ne sont pas ailleurs.

Jaeqaes da Clercq.

Ce chroniqueur, né en 1420, mourut après 1467. Il était fils de Jacques du Clercq, conseiller et avocat du duc de Bourgogne. Sa chronique s'étend de Tan 1448 à la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (juillet 1467). Elle fest divisée en cinq livres, et c'est au premier de ces livres que nous avons emprunté la plupart des extraits donnés de ce chroniqueur. Au point de vue politique, la chronique de du Clercq présente un caractère neutre ou mixte, car, par ses alliances, sa famille, il était engagé à la fois dans le parti Orléanais et dans le parti bonrgui* gnon. Il est probable qu'elle est plutôt une compilation écrite à poste fixe qu'un récit de visu. Du Clercq a réuni aux données qui lui étaient fournies par les principales chroniques contemporaines le récit d'un nombre assez considérable d'épisodes ou d'événements qui se passèrent dans son entourage et que l'on ne retrouve pas ailleurs.

Jean CharUer.

Il était frère puîné du célèbre Alain Chartier et remplît les fonctions d'historiographe de l'abbaye de Saint- Denis, pour la période du règne de Charles VII. Sa chronique a été publiée par Godefroy, dans son Recueil de

Charles VU (Paris, 4661). Elle a été fondue de très bonne heure dans le corps des Chroniques de SaintrDenis. Elle n'est remarquable ni par l'élévation de la pensée, ni par Toriginalité du style, ni même par l'exactitude. Mais elle est contée avec naïveté et nous fait connaître les faits choisis par le roi pour être confiés à Thistoire et le sens ou le jour sous lequel il entendait qu'ils fussent appréciés.

Journal d'un bourj^eols de Paris.

On ignore le nom de Fauteur de ce journal. Les érudits ont pris Phabitude de le désigner par la qualité de bourgeois : mais c'était probablement un clerc, membre de rUniversité, hostile au parti des Armagnacs et fanatique des Bourguignons. Le Journal d*un bourgeois de Parts n'est pas, à proprement parler, une œuvre historique : « C'est un recueil intéressant d'anecdotes, de bruits populaires, de faits graves ou plaisants. L'auteur y rapporte tour à tour les changements dans les monnaies, les prix des vivres, les émeutes, les massacres, les accidents particuliers, les supplices, la sécheresse, la pluie, les orages, les fêtes, etc. Il ne faut pas demander à une telle composition de la critique ni de l'ensemble : on n'y doit chercher que des détails, et la curiosité du lecteur sera sur ce point amplement satisfaite. Aucun monument littéraire ne fait mieux connaître les mœurs et les habitudes de cette époque. »

I . — Charles VII reprend la guerre cop<tre les Anglais. — Campagnes de Normandie et de Guyenne. — Expulsion définitive de l^étrangbr et libération du territoire

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