DE MÉSINTELLIGENCE ENTRE LA ROYAUTÉ
§ 1. — CHARLES yil REMET EN SON OBÉISSANCE LES PATS CHAMPENOIS VOISINS DE LA BOURGOGNE. — CONDAMNATION ET EXÉCUTION DU BATARD DE BOURBON (1440).
' (Monstrelet, Chroniques, liv. II, ch. ccxiii.)
Durant le temps dessus dit, Charles, roi de France, fit moult grand'assemblée de gens de guerre de plusieurs de ses pays ; et avec ce remanda les capitaines des compagnies dont dessus est faite mention qu'ils vinsseui devers lui avec leurs gens. Et, quand tout fut assemblé devant la rivière de Loire, il se partit de Bourges en Berry, son fils le dauphin en sa compagnie, le connétable de France, messire Charles d'Anjou et autres grands seigneurs en très grand nombre,
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avec lesquels il se tira à Troyes en Champagne, et là séjourna environ trois semaines. Et étaient ses gens logés par les villes, sur le plat pays, dont celui pays était moult fort travaillé ; et si y avait grand'partie es parties d'Auxerre et de Tonnerre et sur les marches de Bourgogne. Auquel temps, plusieurs villes et forteresses se mirent en son obéissance, lesquelles par avant lui avaient fait forte guerre à ses pays ; et aussi apaisa la guerre des Barrois et Lorrains et du comte de Vaudemont ; et si se pacifia avec lui le damoiseau de Commercy et plusieurs autres seigneurs des marches de Bourgogne qui par avant étaient en son indignation. Et ces besognes faites et accomplies, s'en vint ledit roi en la ville de Bar-sur- Aube, auquel lieu vint devers lui le bâtard de Bourbon, qui avait sous lui à son commandement une très grosse compagnie de gens d'armes qu'il avait longtemps entretenus sur les champs ; mais quand il fut venu audit lieu de Bar, il fut accusé d'aucuns crimes devers le roi. Et après que sur iceux eut été diligemment examiné, et son procès fait, fut condamné à être roué et jeté dedans un sac à la rivière, tant qu'il fût noyé et tant que mort fût accomplie ; et ainsi fut fait. Et depuis qu'il fut mort, fut tiré dehors de ladite rivière et mis en terre sainte.
Si fut lors assez commune voix qu'on lui avait ce fait, pource que durant la guerre d'entre le roi et son fils le dauphin y était à grand'puissance avec sondit frère, le dessusdit duc de Bourbon, et avait été cause principalement de déloger icelui dauphin du roi son père. Et d'autre part, au retour du voyage de Harfleur, où il avait été avec le comte d'Eu, comme dit est ailleurs, il s'était tiré à Saint-Omer devers le duc de Bourgogne, auquel il avait promis de le ser-
Tir, si aucuns aflfeires lui survenaient, en la faveur du dessusdit duc de Bourbon, beau-frère au duc de Bourgogne dessusdit. Pour laquelle exécution ainsi faite sur icelui bâtard de Bourbon, aucuns des autres capitaines qui par longtemps avaient tenu les champs sous ombre des armées du roi furent en très grand doute et crémeur que pareillement ils ne fussent punis de leurs anciennes mauvaises œuvres.