‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 63 sur 129 · Receveur général des finances · texte numérisé non relu

Receveur général des finances

pagnie étant rassemblée à Notre-Dame de Paris, toute ia Cour de parlement, ensemble l'Église et l'Université, sur les trois heures partirent par ordre, savoir : ceux de l'Eglise, les autres ensuivant. Et en la façon qu'avait é^é apporté le corps, de Notre-Dame, ils passèrent la rue de la Calandre, et au-devant du palais, sur le pont aux Changeurs ; et au milieu du pont ils posèrent le corps, pour ce que les mesureurs de sel, au milieu du pont, doivent rendre le corps aux saleniers de la rue Saint-Denis ; et par ainsi eux le prirent ; et les mesureurs de sel baillèrent leurs robes de deuil, et de là le corps fut porté devant Saint-Innocent. Quand ce vint au dehors de la ville, la plupart de la seigneurie monta à cheval, et les hérauts aussi montèrent de même ; et autour du corps il y avait quelque vingt hommes armés des archers de la ville de Paris, la procession tenant toujours son chemin, les chanoines avec leurs aumusses fourrées. Quand le corps fut au village qui se nomme la Chappelle, l'abbesse de Montmartre, ensemble ses religieuses, arrivèrent au-devant dudit lieu, et là il fut posé; et y furent dites plusieurs belles oraisons. De là il fut porté à une petite croix qui est entre les deux grandes croix, au-dessus du I.endit, laquelle divise la justice de Paris d'avec celle de Saint-Denis, là où ceux dudit Saint-Denis attendirent le corps, lesquels étaient enchappés, et portaient la plus belle croix que l'on pouvait, et tout en oriflamme. Et là fut posé le corps; puis toutes les processions de l'Université s'en retournèrent quand ils eurent reçu le corps, et furent dites certaines oraisons par monseigneur de Chartres; et fut mis le corps sur deux tréteaux, et les bonnes gens de Saint-Denis voulurent prendre le corps pour le porter; mais ils ne furent pas assez forts, et il y pensa avoir un peu de débat; alors monseigneur de

Dunois ordonna que ceux de Paris le portassent; et par ainsi il fut porté par ceux de Paris jusques dedans l'église Saint-Denis; car il était nuit. Et pour ce qu'il était trop tard, ne furent point lors dites les vigiles, mais un grand nombre d'oraisons et répons sur le corps. *

A l'heure de huit heures commença la sonnerie et la messe des morts. Messeigneurs de Poitiers et de Chartres tenaient le chœur, et la messe fut dite par monseigneur de Bayeux, patriarche, monseigneur d'Angers servant de diacre et monseigneur de Béziers de sous-diacre. Quand ce vint à loffrande, il n'y vint que monseigneur d'Orléans. Les hérauts allant devant, vinrent offrir, et firent honneur au corps comme ils avaient fait dans Notre-Dame de Paris. L'assiette du chœur fut pareille comme à Notre-Dame, excepté que le recteur ni ses quatre procureurs n'y étaient point; car incontinent que ceux de Saint-Denis eurent reçu le corps, toutes les processions s'en retournèrent, et l'Université aussi.

La messe étant dite, monseigneur d'Orléans et toute la seigneurie, ensemble madame d'Orléans, se mirent dans la chapelle là où le corps devait être enterré, comme aussi les évêques, les abbés, avec aucuns des seigneurs de la cour, et grand nombre de chevaliers et écuyers; et fut après apporté le corps, ensemble la pourtraiture, par les serviteurs de l'autel du chœur, jusque dedans la chapelle, les religieux de cette église venant autour du chœur, en chantant ce qu'il appartient en tel cas ; et y avait grande presse. Au-de^us de la voûte de la chapelle il y avait un grand crampon de fer à tendre les cordes, lesquelles furent mises en un coffre de cuir par des gens préposés exprès à ce faire; et fut descendu le coffre de cuir en la fosse et posé sur deux barres de fer ; et

les chambellans, tant qu'ils purent, soutinrent le drap d'or, pour garder que le peuple ne le vit.

Quand on eut demeuré là une demi-heure, le héraut d'armes cria tout haut : Or oyez. Et faillit que les oraisons n'étaient pas encore achevées de dire. Peu après* monseigneur de Bayeux mit de la terre en sa main, et la jeta dans la fosse. Alors le héraut dit ce qui s'ensuit à haute voix, tout en pleurant : Friez pour Vdme du très excellenty très puissant et très victorieux prince j le roi Charles VU de ce nom. Et ayant dit cela, il prit sa masse en la main, et arriva contre le corps en la fosse. Pensez qu'il n'y eut si dur cœur qu'il ne pleurât lors. Puis, après l'espace de temps que l'on pouvait achever un Pater noster^ il retira sa masse, les armes devers le haut, et cria : Vive le roi Hors les secrétaires se mirent à crier : Vive le roi Louis.

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