IX. Pour le comté d'Étampes, si le duc admettait
• une compensation, elle pourrait être faite par les médiateurs, au moyen de Mâcon ou autrement, jusqu'à concurrence de trois mille livres tournois de revenu en sus de la valeur des terres d'Etampes et de Gien.
X. Quant à la requête faite par le duc pour ce qui reste dû sur le douaire de Michelle de France, son épouse défunte, payement en sera fait, par les soins des médiateurs, après vérification.
XI. Le roi consentira à dédommager le] seigneur de Saint-Georges et Antoine.de Vergy des pertes subies par eux.
Xn. Pour la stricte observation des choses susdites et des autres qui, pour parvenir à la paix, seront avisées, il est décidé, du consentemeiit des parties, que la reine de Sicile et le duc de Bretagne sont déclarés médiateurs de ladite paix, et que le duc de Savoie en sera conservateur. Et si, dans l'avenir, on prétendait que des infractions à la paix ont été commises, les conservateurs ou leurs délégués en pourraient connaître et décider, en punissant les coupables , sans qpie pour cela ladite paix puisse être considérée comme rompue; ils pourront en outre s'aider de la « puissance » dont il sera parlé ci-après.
XIII. Les choses convenues pour le bien de la paix seront jurées par les parties entre les mains des médiateurs, et par les conservateurs, en telle forme que par eux sera avisé. Les médiateurs les jureront également, ainsi que leurs sujets, gens d'Église, nobles et autres.
XIV. Le serment sera aussi prêté par les princes du sang étant « avec le roi », savoir : le duc d'Alençon, Charles, monseigneur de Bourbon, Richard de Bretagne, le comte d'Aumale , et aussi par les princes étant «. avec le duc de Bourgogne », savoir : le duc
22 CHARLES Vil
(le Brabant, le comte de Richemont, le comte de Saint-Pol; par tous les serviteurs des princes et par tous les États du Royaume, tant gens d'Église, nobles que bonnes villes, qui jureront d'observer étroitement ladite paix, et d'aider les conservateurs à la faire garder. En outre, tous vassaux « liges et simples » seront déliés des obligations contractées à l'égard de ceux qui violeraient cette paix.
XV. La paix sera « autorisée et décernée » par notre saint-père le Pape, avec stipulation de peines canoniques contre les infracteurs, ainsi qu'il sera avisé.
XVI. Au cas où les médiateurs seraient en désaccord, le Pape sera juge du débat, ou, en son lieu, un légat désigné par lui.
XVII. Pour garantir la sûreté de la paix, le roi « sera content que lesdits médiateurs mettent en son hôtel et en son service de leurs gens bien notables, et en tel et si bon nombre qu'il devra suffire, pour être à son Conseil et es choses qui se feront, afin que lesdits médiateurs puissent être sûrs et assurés qu'il ne se fera rien contre ni a,\i préjudice de la paix, mais seront curieux de besogner et avertir à ce qu'elle soit soigneusement gardée en tous points et par tous articles ». Et pour arriver à la « perfection » de ladite sûreté , il est expédient que Tanguy du Ghastel et le président de Provence, ou l'un d'eux Tienne devers le duc de Bretagne pour lui parler.
XVIII. Le duc de Bretagne supplie le roi que, pour avoir une paix générale dans tout son royaume, son plaisir soit de faire aux Anglais de telles offres que, selon Dieu et raison, ils en doivent être contents. A quoi les ambassadeurs du roi ont répondu qu'ils n'avaient pas de pouvoir à cet égard, mais qu'ils transmettraient très volontiers ce vœu au roi.
ET JEANNE D'aRC 23
Ce traité de Nantes, dont aucun historien n'avait parlé avant M, de Bèaucourty ne fut malheureusement qu'un projet. Les négociations n'aboutirent pas, et le prince médiateur en fut pour sa peine. La guerre continuait sur tous les points. Charles VII, pour mettre la Bretagne de son côté, offrit l'épée de connétable à Arthur, comte de Richemont, frère du duc de Bretagne.
§ 9. — LE COMTE ARTHUR DE RICHEMONT ABANDONNE LE PARTI ANGLAIS ET ACCEPTE l'ÉPÉE DE CONNÉTABLE. — SON TRAITÉ ATEC CHARLES vn (7 IDaPS 1425).
(VaUet de Viriville, Hist. de Charles VII, t. I, p. 439.)
Premièrement, jure et promet Monseigneur le comte de Richemont que, pour quelconque chose
Sceau du connétable Arthur, comte de Richemont. (Archives nationales, n* 56S.)
qui puisse advenir, il ne consentira en manière quelconque, mais de tout son pouvoir Tempêchera, que la personne du roi soit nulle part où il y ait seigneur
plus fort que le roi. Mais sera toujours le roi le plus fort à son pouvoir ni à tout le moins aussi fort, s'il lui plaît, et sera le roi accompagné en ce cas île telles gens comme il lui plaira.
Item, jure et promet que, de tout son pouvoir, il aidera à tenir la personne du roi en franchise et liberté en usant de Sa Seigneurie franchement et pleinement en toutes choses comme il a fait jusqu'à présent. Item, Jure et promet que les serviteurs du roi, c'est à savoir, messires Tanguy du Chàtel, prévôt de Paris, le président (Louvet), le sire de Giac, Guillaume d'Avaugour, et Pierre (Frotier), aimera, soutiendra et portera, ni pour quelconque chose qui soit ne fera, fera faire ou consentira chose qui soit au dommage de leurs personnes, ni de leurs biens et états, et pareillement feront serment de vouloir le bien de monseigneur le duc de Bretagne et le pourchasser à leur pouvoir comme il ferait le bien du roi, et avec ce le bien de mondit seigneur le comte de Richemont ainsi qu'il leur promet.
Item, jure et promet que pour quelconque paix traitée ou à traiter ne souffrira ni ne consentira pour quelconque cas advenus l'éloignement des serviteurs du roi dessus dits d'avec le roi, ni la ruine de leur
mais qui en parlerait empêchera la chose.
n, des gens d'armes qui sont autour du roi et
mpagneront, monseigneur le comte de Riche-
s'en rapportera au roi.
n, le roi lui baille sa connétablerie en la forme
nme l'ont eue ses prédécesseurs.
témoignage desquelles» choses ledit monseigneur
nte de Richemont a ci mis son seing manuel et y mettre son scel le huitième jour de mars l'an
uatre cent vingt et quatre. Signé : Arthur.
ET JEANNE D'ARC 2ô
En qualité de connétable, Richemont avait la haute direction de Varmée royale et des opéi^atiom militaires. Il devint bientôt le véritable chef du gouvernement. Bien qu'il eût juré a d^ aimer » les anciens conseillers royaux, il devait naturellement essayer de les supplanter auprès du roi. De là des rivalités et des luttes souvent fort vives, notamment avec le président Louvet. Il y eut un moment oit le roi fut emmené à Poitiers par Louvet, tandis que Richemont occupait Bourges. Charles marcha sur Bourges. Heureusement que Vintervention de la reine de Sicile arrêta le conflit : Louvet fut disgracié. Le roi dut faire amende honorable au connétable et lui laisser toute autorité. Les anciens conseillers, Tanguy du Chastel, Cadart, Frotier, d'Avaugour, furent obligés de se retirer. Mais ces luttes intestines avaient singulièrement discrédité le parti français aux yeux des villes restées fidèles. Il fallut que Charles Vil et son connétable écrivissent à certaines d'entre elles pour les rassurer et les mettre au courant du changement qui s'était produit dans V administration des affaires.
I 10. — LETTRE DE CHARLES VII AUX HABITANTS DE TOURNAI (1er août 1425).
(De Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 103, d*après les Archives de Tournai.)
De par le Roy,
Chiers et bien amez, pour ce que nous savons véritablement que tousjours estes desirans, joyeux et bien confortez de savoir de noz bon estât et santé la certaineté, et que de tous voz cueri et affections desirez la prospérité de noz affaires et seigneurie, nous
26 CHARLES Vil
VOUS signifions que, la mercy Noslre-Seigneur, nous sommes en bonne santé de nostre personne ; aussi sont nostre très chiere et très amée compagne la Royne, et nostre très chier et très amé filz le Daulphin. Vous faisons aussi savoir que devers nous sont nostre très chiere et très amée mère la Royne de Secilie, beaux cousins Charles de Bourbon, comte de Clermont, le comte de Richement, connestable de France, Richart de Bretaigne, comte d'Estampes, les comtes de Vendosme et de Harecourt, et plusieurs autres de nostre sang et lignaige, plusieurs prelaz, presque tous les barons et autres grans seigneurs, chevaliers et autres nobles, en bien grant nombre, tant de Bretaigne comme des autres païs à nous obeissans; et de jour en jour attendons la venue de beaux cousins le comte de Foix, le comte de Perdriac *, le sire de Lebret *, lesquels sont sur chemin à venir devers nous, à grant puissance de gens d'armes et de trait. Et sont les choses par deçà si bien appoinctées, par la grâce de Nostre- Seigneur, que de présent n'y a aucun trouble en nostre fait, ne division entre nous et lesdiz seigneurs de nostre sang, ne autres barons, nobles et bonnes villes de notre dicte obéissance, ains est tout en bonne union et concorde, et à nous bien obéissant. Vous signifions en oultre que, par l'advis des dessus diz, avons et aurons devers nous continuelement doresenavant de ceux de nostre sang, des prelaz, barons et grans seigneurs et gens de conseil, en grant et bon nombre, et des autres de nostre royaume, de tous païs, tous nos subgiez, preudomes et loyaulx, pour nous accompaigner et estre entour nous, pour
i. Pardi ac.