Bagages
voyant débarrassés de leurs ennemis, sfe trouvèrent frais et nouveaux avec leurs gens au front devant en la bataille, et en élevant derechef un grand cri. Et lors, assez bref ensuivant, se commencèrent les Français à déconforter, et les Anglais en grand'hardiesse se boutèrent en eux ; si les séparèrent et ouvrirent leur bataille en plusieurs lieux. Et tant continuèrent lesdits Anglais qu'en ce faisant ils obtinrent la victoire et gagnèrent la bataille, non pas sans grand'peine et effusion de sang de chacune partie; car, comme il fut su par rois d'armes, hérauts, poursuivants et autres gens dignes de foi, des Français dessus dits y eut de morts sur la place de quatre à cinq mille combattants, desquels y eut grand'partie d'Écossais, et environ deux cents prisonniers *.
Après que ledit duc de Bedfort eut obtenu la victoire de la bataille de Verneuil, comme dessus est dit, si rassembla ses princes autour; et en grande humilité remercia son créateur, ses mains jointes et les yeiix levés vers les cieux, de la bonne aventure qu'il lui avait envoyée. Après furent dénués et dévêtus grande partie des morts, et fut pris ce qu'il y avait de bon. Ledit duc de Bedfort se logea cette nuit autour de Verneuil, et fit très bien guetter son ost, pour que ses ennemis ne fussent aucunement assemblés; et le lendemain, ceux qui s'étaient retraits dedans la ville et chàtel, c'est à savoir lesdits Français, furent sommés de par ledit duc qu'ils rendissent la ville et forteresse. Lesquels, atteints de peur,
1 . D'après Wavrin, les pertes des Français auraient été de 7000 hommes. Au nombre des morts étaient les comtes d'Aumale, de Buchan, de Tonnerre et de Ventadour, le vicomte de Narbonne, le sire de Graville, etc.
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sachant la grande mortalité et déconfiture de leurs princes, firent traité, et rendirent ladite ville et forteresse en la main dudit duc, par condition qu'ils s'en iraient saufs leurs corps et leurs biens ; si y était le seigneur de Rambures. Et après que ledit duc eut regarni ladite ville et châtel de Verneuil de ses gens il retourna avec tout son ost en Normandie.
§ 8. — LE DUC DE SAVOIE SE PORTE MÉDIATEUR ENTRE CHAR- LES VU ET LE DUC DE BOURGOGNE. — IL ESSAYE D'AHENER ENTRE EUX UN ACCOMMODEMENT. — TRAITÉ DE NANTES (18 mai 1424).
(De Beaucourt, Charles VII, t. II, p. 353, d'après les Archives de Turin.)
I. Abolition générale sera donnée par le roi, aussi bien que par le duc de Bourgogne, pour tous les cas advenus à l'occasion des guerres et divisions, tant en ce qui regarde la mort du feu duc de Bourgogne que d'autres faits, sans comprendre toutefois dans cette abolition les enfants de Blois, connus sous le nom de Penthièvre, ni leur mère.
n. Une collégiale de vingt-quatre personnes, au maximum, sera fondée en un lieu situé hors de Montereau, lequel sera désigné par les médiateurs de la paix; il y sera fait par le roi une fondation, dans des conditions déterminées par les médiateurs, afin de prier Dieu pour les âmes de ceux qui sont morts durant les guerres et divisions.
III. Restitution sera faite, de part et d'autre, aux anciens possesseurs, des héritages et biens meubles dont on s'était emparé, sans tenir compte toutefois des arrérages et réparations; semblable restitution sera faite en ce qui concerne les bénéfices.
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IV. Le duc de Bourgogne fera rendre au roi et aux autres à qui il appartiendra, les villes, terres et pays qu'il occupe ; le roi fera de même à l'égard du duc.
V. Le duc de Bourgogne sera, à l'avenir, obéissant et sujet dévoué, « comme bon vassal et parent doit être envers son souverain seigneur ». Mais il aura, pour faire hommage, un délai dont la durée sera îixée par les médiateurs. Quant à sa venue vers le roi, soit en personne, soit par procureur, en vertu d'un mandement ou d'un ajournement qui lui serait fait touchant sa personne propre, les médiateurs en décideront une fois les parties entendues.
VL En ce qui regarde les prérogatives que le duc de Bourgogne désirerait posséder dans ses pays, le roi aura pour agréable quïl prenne les aides et tailles imposées pour la Couronne, soit sa vie durant, soit pendant tel temps qui serait déterminé par les médiateurs.
VIL Quant aux meubles qui auraient été pris à Montereau , lors de la mort du feu duc, restitution sera faite de ce qui sera constaté y avoir été pris suivant l'avis des médiateurs.
VIII. En ce qui concerne les comtés d'Étampes et de Gien, que le duc de Bourgogne prétend lui appartenir, comme le débat se poursuit à ce sujet devant le parlement entre diverses parties, le roi accepte indifféremment, ou que la justice suive son cours, ou que les médiateurs en décident sommairement. Dans le cas où ceux-ci trancheraient la question au profit du duc, le roi désire conserver Gien, et que compensation soit donnée au duc, à ce sujet, par les médiateurs.