LOYS
§ 9. — LE DUC DE NEMOURS ÉCRIT DE LA PRISON DE LA BASTILLE A LOUIS XI POUR IMPLORER SA GRACE (1476).
Mon très redouté et souverain seigneur, tant et si humblement que faire je puis, me recommande à votre grâce et miséricorde. Sire, j'ai fait à mon pouvoir ce que par messieurs le chancelier, premier président, monsieur de Montagu et de Vifray, leur a plu me commander : car pour mourir ne vous veux désobéir ni désobéirai. Sire, ce que leur ai dit, me semblait que devais dire à vous et non à autre,
â2 LOUIS XI ET SON GOUVEKNËMËNT
et par ce vous supplie qu il vous plaise n'en être mal content, car rien jamais ne vous veux celer, ni cèlerai, Sire, en toutes les choses dessusdites. J'ai tant méfait envers Dieu et envers vous, que je vois bien que je suis perdu, si votre grâce et miséricorde ne s'étend, laquelle, tant et si humblement, et en grande amertume et contrition de cœur que je puis, vous supplie et requiers, en l'honneur de la benoîte passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et mérite de la benoîte Vierge Marie, et des grâces qu'il vous fait, plaise vous me l'octroyer, et libéralement donner; si ce seul prix a racheté tout le monde, je le vous présente pour la déUvrance de moi, pauvre pécheur, et entière abolition et grâce.
Sire, par les grandes grâces qui vous sont faites, faites-moi grâce et à mes pauvres enfants, ne souffrez que pour mes péchés je meure à honte et confusion, et qu'ils vivent en déshonneur, et au pain quérir : et si avez amour à ma femme, plaise vous avoir pitié du pauvre malheureux mari et orphelins. Sire, ne souffrez qu'autre que votre miséricorde, clémence et pitié, soit juge de ma cause , ne qu'autre que vous, pour l'honneur de Notre-Dame, n'en ait connaissance . Sire , derechef, en l'honneur de la benoîte passion de mon Rédempteur, tant et si très humblement que faire puis, vous requiers pardon, grâce et miséricorde : je vous servirai bien et si loyalement que vous connaîtrez que suis vrai repentant et que de force de bien faire veux amender mes défauts. Pour Dieu, Sire, ayez pitié de moi et de mes pauvres enfants, et entendez votre miséricorde, et à toujours ne cesserai de vous servir, et de prier Dieu pour vous, auquel supplie que par sa grâce. Sire, il vous donne très bonne vie et longue, et accomplissement de ses bons désirs. Ecrit en la cage de la Bas-