‹ L'histoire de France (volume 2)Chapitre 86 sur 129 · PROCES DU DUC DB NEMOURS · texte numérisé non relu

PROCES DU DUC DB NEMOURS

tille, le dernier janvier 1476, et au-dessous, votre très humble et très obéissant sujet et serviteur, le pauvre Jacques.

§ 10. — LETTRE DE LOUIS XI AU PARLEMENT DE PARIS, RELA- TIVEMENT AUX TROIS CONSEILLERS QU*IL A RÉVOQUÉS POUR AVOIR VOULU ADOUaR LA PROCÉDURE CRIMINELLE FAITE CONTRE LE DUC DE NEMOURS (H jUin 1476).

Messieurs, j'ai reçu vos lettres par lesquelles désirez que je remette les offices que soûlaient avoir en parlement maître Guillaume le Duc, Etienne du Bays et Guillaume Grignan : et je vous réponds que la cause pourquoi ils ont perdu leurs offices , ce a été pour vouloir garder que le duc de Nemours ne fût , puni du crime de lèse-majesté, pour ce qu'il voulait me faire mourir et détruire la sainte couronne de France, et en ont voulu faire cas civil et punition civile, et pensais que, vu que vous êtes sujets de ladite couronne, et y devez votre loyauté, que vous ne voulussiez approuver qu'on dût faire si bon marché de ma peau. Et pour ce que je vois par vos lettres que si faites, je connais clairement qu'il y en a encore qui volontiers seraient machineurs contre ma personne, et afin d'eux garantir de la punition, ils veulent abolir l'horrible peine qui y est ; par quoi sera bon que je mette remède à deux choses : la première expurger la cour de tels gens, la seconde, faire tenir le statut que jà une fois j'en ai fait que nul ença ne puisse alléger les peines de crimes de lèse-majesté. Ecrit à Puiseaux, le onzième jour de juin.

Signé : Loys.

24 LOUIS XI ET S(m GOUVERIfEMENT

§ 11. — LOUIS XI DONNE DES INSTRUCTIONS A M. DE SAIST- PIERRE SUR LA MANIÈRE DONT DOIT ÊTRE TRAITÉ LE DUC DE NEMOURS, PRISONNIER A LA BASTILLE (le OCtobrC 1476).

Monsieur de Saint-Pierre, j^ai reçu vos lettres; il me semble que vous n'avez qu'à faire une chose, c'est de savoir quelle sûreté le duc de Nemours avait baillée au connétable cl'être tel comme lui pour faire le duc de Bourgogne régent et pour me faire mourir et prendre monseigneur le Dauphin, et avoir l'autorité et gouvernement du royaume, et le faire parler clair sur ce point-ci et le faire géhenner bien étroit. Le connétable en parle plus clair par son procès que ne le fait messire Palamède, et si votre chancelier n'eût eu peur qu'il eût découvert son maître le comte de Dammartin, et lui aussi, il ne l'eût pas fait mourir sans le faire géhenner et savoir la vérité de tout, et encore, de peur de déplaire à sondit maître, voulait que le parlement connût du procès du duc de Nemours, afin de trouver façon de le faire échapper, et pour ce quelque chose qu'il vous en die, n'en faites sinon ce que je vous mande.

Monsieur de Saint-Pierre, je ne suis pas content de ce que m'avez averti qu'on lui a ôté les fers des jambes, et qu'on le fait aller en autre chambre pour besogner avec lui, et qu'on l'ôte hors de la cage , et aussi que l'on le mène ouïr la messe là où les femmes vont, et qu'on lui a laissé les gardes qui se plaignaient de paiement, et pour ce que die ledit chanautres, gardez bien qu'il ne bouge plus de 3t que l'on aille là besogner avec lui et que 1 mette jamais dehors, si ce n'est pour le , et que l'on le géhenne en sa chambre ; et

PROCÈS DU DUC DE NEMOURS 3b

VOUS prie que si jamais vous avez volonté de me faire service, que vous me le faites bien parler.

Monsieur de Saint-Pierre, si monsieur le comte de Castres veut prendre la charge de la personne du duc de Nemours, laissez-la-lui, et qu'il n'y ait nulles gardes des gens de Philippe Lullier, et qu'il n'y ait que de ses gens les plus sûrs que vous ayez à le garder, et si vous me voulez venir voir un jour pour me dire en quel état les choses sont et amener maître Etienne Petit quant et vous, vous me ferez grand plaisir, mais que tout demeure en bonne sûreté et adieu. Ecrit au Plessis du Parc, le premier octobre.

Signé : Loys.

§ 12. — JACQUES d'armagnac, DUC DE NEMOURS, CONDAMNÉ A MORT ET EXÉCUTÉ (1477).

(Jean de Troyes, Livre des faits.)

Audit an 1477, le lundi quatrième d'août, messire Jacques d'Armagnac, duc de Nemours et comte de La Marche, qui avait été constitué et amené prisonnier es prisons de la Bastille Saint-Antoine, à tel et semblable quatrième jour d'août en l'année précédente, pour aucuns cas, délits et crimes par lui commis et perpétrés, durant lequel temps de son emprisonnement en icelui lieu de la Bastille lui furent faits plusieurs interrogatoires sur lesdites charges, auxquelles il répondit de bouche et par écrit, tant par-devant messeigneurs le chancelier de France, nommé maître Pierre d'Oriole, qu'autres des présidents et conseillers de la cour de parlement, par plusieurs et diverses journées, et encore par certains grands clercs du royaume, demeurants en diverses cités et villes dudit royaume, pour ce

mandés et assemblés de Pordonnance du roi en la ville de Noyon, avec et en la compagnée desdits de parlement, et en la présence de monseigneur de Beaujeu, illec représentant la personne du roi, fut tout vu et visité ladite procédure par ladite cour faite à rencontre dudit de Nemours, ensemble aussi les excusations par lui faites et baillées servants à sa salvation.

Et tout par eux vu, conclurent audit procès tellement que, ledit jour de liindi quatrième d'août, fut audit lieu de la Bastille messire Jehan Le Boulengier, premier président audit parlement, accompagné du greffier criminel de ladite cour, de sire Denys Hesselin, maître d'hôtel du roi, et autres, qui vinrent dire et déclarer audit de Nemours que : vues les charges à lui imposées, ses confessions et excusations par lui sur ce faites, et tout vu et considéré à grande et mûre délibération, lui fut dit par ledit président, et de par la cour de parlement, qu'il était crimineux de crime de lèze-majesté, et comme tel condamné par arrêt d'icelie cour à être ledit jour décapité es halles de Paris, ses biens, seigneuries et terres acquises et confisquées au roi. Laquelle exécution fut ledit jour faite à l'échafaud ordinaire desdites halles, à l'heure de trois heures après midi qu'il eut illec le col coupé. Et puis fut enseveli et mis en bière, et délivré aux cordeliers de Paris pour être inhumé en ladite église. Et vinrent quérir ledit corps èsdites halles jusques environ de sept à huit vingts cordeliers, à qui furent délivrées quarante torches pour mener et conduire ledit corps dudit seigneur de Nemours en leurdite éi'lise.

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