MEFAITS COMMIS PAR LES OFFICIERS DU DUC DE BOURBON
de Monseigneur, malgré leurs commissions écrites, malgré les oppositions et appellations ; ils ont même été condamnés à des amendes et obligés de renoncer à leurs appeaux avant d'avoir pu échapper, enfin ils ont été tellement molestés que, depuis quinze ou seize ans, à peine ose-t-on aller es dits pays pour y exécuter commissions ou mandements royaux. Ne sont-ce pas tous moyens de s'exempter de la justice souveraine?
Denier tournois de Louis XI.
Enfin on saura que monseigneur de Bourbon et ses officiers ont contraint plusieurs des sujets royaux, nobles et non nobles, qui ont obtenu du roi grâces et rémissions des meurtres, larcins et autres crimes, d'obtenir du seigneur de Bourbon lettres semblables à celles du roi, comme si celles-ci ne suffisaient pas; qu'ils ont été jusqu'à faire défense aux notaires jurés des chancelleries du roi, es dits pays, de n'y recevoir aucun contrat sous les sceaux du roi, fors sous les sceaux de mondit seigneur de Bourbon. Il faut ajouter que, chaque jour, les sénéchaux, baillis, et autres officiers du duc, ainsi que leurs lieutenants, s'efforcent d'entreprendre et entreprennent connaissance et juridiction de tous cas privilégiés ou non, comme de rescision de contrats, de falsification de monnaies et usance d'icelle, et autres cas, dont ils n'ont pouvoir ni droit de connaître.
30 tOUIS XI ET SON GOUVERNEMENT
§ 14. — EXTRAIT DE l'oRDONNANCE DE PLESSIS-LÉS-TOURS
SUR LES GRANDS JOURS d'auvbrgne (25 juillet 1481).
Pour le bien et Futilité de notre royaume, et pour l'abréviation des plaids et procès de nos sujets, plusieurs plaintes nous ayant été par ci-devant faites afin de réformer et corriger les fautes et abus qui se font et se peuvent faire par plusieurs personnes et en divers lieux, dont punition n'a pu être faite, le temps passé, nous, de l'avis de plusieurs seigneurs de notre sang et notables gens de notre conseil, avons reconnu la nécessité de faire tenir les grands jours en notre ville de Montferrand, parce que, depuis l'époque (1454) où ils y furent tenus, plusieurs procès, tant d'appel qu'autres, se spnt mis es dits pays, et ne finiraient pas si de grands jours n'intervenaient. Ainsi à Montferrand seront envoyés un des présidents de notre parlement de Paris, douze de nos conseillers, un substitut de notre procureur général et autres officiers de justice nécessaires pour expédier les causes des pays des plaines et montagnes d'Auvergne, du haut et bas Bourbonnais, du Nivernais, du Forez, du Beaujolais, des bailliages de Saint-Pierre-le-Moustier, de Montferrand, du Lyonnais, de Gombraille, de la Marche, et du ressort d'iceux, à commencer du premier septembre prochain, jusqu'à la fin d'octobre suivant. Ces juges connaîtront de toutes matières réelles et possessoires jusqu'à 10 000 livres tournois payables une fois, et aussi de toutes matières d'appel, et de toutes exécutions pour répression de tous abus et crimes perpétrés par nos officiers et autres personnes : nous voulons même qu'ils corrigent, si besoin est, es usages, tout ce qu'ils verront être à propos de faire pour le bien de nos pays ; nous voulons enfin que leurs décisions soient définitives, comme si elles avaient été rendues par le Parlement lui-même.
LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LOUIS XI.— AFFAIRE DE LA PRAGMATIQUE ET RELATIONS AVEC LE SAINT- SIÈGE. ^ INTERVENTION DE LOUIS XI DANS LES AFFAIRES DE L'ITALIE. — SON ALLIANCE AVEC LES MÉDICIS DE FLORENCE ET LES SFORZA DE MILAN. — TRAITÉ AVEC LES VILLES HANSÉATIQUES.
Nous voyons surtout dans Louis XI le vainqueur de la féodalité et Vheureux négociateur qui sut faire notre unité nationale en réunissant au domaine royal un certain nombre de grands fiefs. Mais il ne faut pas oublier quil fut un des fondateurs de la diplomatie française et que , grdce à son activité comme à son adresse, la France exerça dans les pays étrangers et notamment en Italie une influence considérable. Ce résultat avait été déjà préparé, il est vrai, par les habiles conseillers de Charles VIL Mais Vaction de Louis XI sur les États italiens, centre de la diplomatie européenne à cette époque, fut continue et parfois décisive. La facilité avec laquelle s'opéra la conquête de Charles VIII reste inexplicable pour celui qui n'a pas étudié les relations de Louis XI avec la papauté, avec Florence et avec Milan,
§ 1. — EXTRAIT DE LA LETTRE ADRESSÉE PAR LE PAPE PIB U A LOUIS XI POUR LE FÉLICITER DE SON PROJET D'ABOLIR LA PRAGMATIQUE SANCTION (26 OCtobrC 1461).
Béni soit Dieu, qui a été le gardien de votre personne, qui vous a conservé afin que vous puissiez rendre à la sainte Église romaine sa liberté. Le grand Constantin, les deux Théodose, Ghaçlemagne, plusieurs de vos ancêtres se sont acquis une gloire immortelle pour avoir rendu à TEglise, leur mère, Thonneur qui lui est si légitimement dû. Parce que vous marchez sur leurs traces , nous vous aimons de tout notre cœur, nous vous complimentons, et la postérité parlera de vous. Avoir spontanément pris la résolution d'anéantir la Pragmatique, c'est ce qu'il y a de plus beau, c'est un effet de votre prudence qui fait voir que vous êtes un grand roi, et que vous vous gouvernez par vous-même. Ce qui est juste et honnête ne se persuade pas aisément à une multitude souvent agitée de diverses passions ; mais la lumière jaillit plus pure et plus vive du milieu d'un petit nombre de personnes choisies. Ce sont là les conseils dont parle l'Écriture. Il faut peser les voix plutôt que les compter. Il vous a suffi de savoir que la Pragmatique déplaisait à Dieu, pour la bannir de vos Etats et ne pas souffrir qu'on mette en question cette bonne résolution. Avoir une volonté si ferme, c'est être roi, et même grand roi. On n'a que du mépris pour ceux qui se laissent gouverner et ne voient rien par eux-mêmes. Nous approuvons donc et nous louons cette résolution d'abolir la Pragmatique, et nous vous exhortons à l'exécuter sans retard. On ne doit pas remettre au lendemain le bien qu'on peut faire le jour même, et' Dieu aime celui qui
ASSEMBLÉE d'oRLÉANS 33
donne de bon cœur... Si les prélats et les universités de votre royaume veulent quelque chose de nous, c*est à vous qu'ils doivent s'adresser; par vous seul ils pourront l'obtenir *.