‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 10 sur 329 · LE DUC D ORLÉANS ET MADAME DE BEAUJEU · texte numérisé non relu

LE DUC D ORLÉANS ET MADAME DE BEAUJEU

de vingt-quatre à vingt-cinq ans, avait son logis en la ville, mais mondit seigneur d'Angoulême était toujours avec monseigneur son chef, qui lui faisait si très bonne chère qu'il était possible. Et est certain que oncques frères ne s'aimèrent mieux, aussi étaientils cousins germains. Et crois pour vérité que pour lors il n'en était nuls au monde qui eussent tant de bonnes vertus en eux qu'avaient ces deux. Et faisait mondit seigneur la plupart du temps diner, souper et coucher avec lui monseigneur d'Angoulème, et ne ,se pouvait lasser de lui faire bonne chère. Et il avait raison. Car je suis sûr que mondit seigneur d'Angoulème, pour lui faire service, n'eût épargné son corps, sa vie ni ses biens. Je vis plusieurs fois en ce temps "chevaucher à monseigneur d'Orléans dedans la cour du château d'Amboise des plus rudes chevaux que je vis oncques. Et n'est nul qui les eût su si bien guider ni conduire qu'il faisait. Et certes c'était le parangon des autres. Aussi avait-il le cœur, et était suivi et aimé de la plupart de tous les gentilshommes qui se trouvaient en quelque assemblée que ce fût. Durant le temps que cette compagnie était à Amboisc, il y eut beaucoup de propos mis en avant. Car la raison voulait, vu l'âge du roi, que monseigneur d'Orléans, qui était le plus prochain de la couronne, eût l'administration de toutes les affaires. Car le droit est tel que quand le roi demeure en bas âge, le plus prochain à succéder doit être régent durant la minorité du jeune roi. Mais au regard de la personne, elle doit être mise entre les mains de ses plus prochains non capables de sa succession. Or étaient les choses en ces termes, mais les aucuns ne trouvaient pas cela bon. Pourquoi fut advisé d'assembler les Etats, et fut ordonné le lieu où ils se tiendraient à Tours. Cependant le roi fut

mené à Blois, et de là à Beaugency, où la cour se tint un temps, en faisant beaucoup de bonnes chères*.

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