LE DUC D'ANGOULÊME, ONCLE DE LOUIS XU
Or ne veux-je oublier de parler de monseigneur le comte Jehan d'Angoulême, duquel j'ai dit quelque chose ci-dessus, combien qu'il fût longtemps auparavant décédé. Il usa toute sa jeunesse en Angleterre, ainsi que j'ai jà dit. Et s'il ne hanta tant les armes que ses prédécesseurs ont fait, il n'en est à blâmer, car il n'a eu lieu, ni opportunité, ni temps. Si fut-il toutefois à la conquête de Guyenne par tout ce qui s'y fit grandement accompagné. Ce fut un prince sage, bon ménager et bien vivant, qui augmenta et mit en valeur le sien très grandement , tant qu'il vêquit, et fut bien aimé de tous ses sujets et voisins, et il le méritait. Car en France n'y avait prince qui tint si bon état, ni telle maison que lui à beaucoup près, vu le revenu qu'il avait. Eit appert de la bonne vie de quoi ledit comte a vécu, aux miracles qu'il plaît à Dieu faire à sa requête chacun jour en l'église de Sain^Pie^re d'Angoulême où il git. 11 trépassa l'an mil quatre cent soixante et sept, âgé de soixante et douze ans, et laissa son fils qui n'avait que huit ans, lequel bientôt après le roi envoya quérir, et fut nourri
autour de lui jusqu'à ce qu'il eut dix-sept ou dix-huit ans. En cette saison, si le roi eût voulu, il eût épousé Iliéritière de Flandre. Car les ambassadeurs du pays vinrent devers lui l'en requérir très instamment. Mais le roi ne le voulut oncques accorder, comme celui •qui ne voulait le haussement de ses parents. Et crois •que Dieu permit qu'il ne se fît pas, et pour le mieux. Ce bon et vertueux comte Charles en toutes les guerres qui furent en Picardie après la mort du duc Charles de Bourgogne était toujours avec le roi, et «'y porta aussi honnêtement et vaillamment, et mieux <jue nul autre seigneur qui y fut.
§ 7. — LE DUC d'oHLÉANS ET MADAME DE BEAUJEU.
Incontinent après la morl du roi Louis XI tous les princes et grands seigneurs et autres bons personnages de ce royaume se trouvèrent à Amboise, là où «tait le jeune roi Charles. Et déjà avaient pris le maniement de sa personne, monseigneur et madame •de Beaujeu, et avaient mandé le duc Jehan de Bourhon. Et étaient et lui et eux logés dedans le donjon •du château d' Amboise, et avaient gagné les gardes pour eux. La reine Charlotte, mère dudit roi Charles, n'était pas contente de cette manière de faire. Et disait, et il était vrai, qu'à elle appartenait d'avoir le gouvernement de son fils. Et menaient son affaire monseigneur de Dunois et un gentilhomme nommé Jehan Tiercelin, seigneur de Brosse. Et si ladite «dame eût vécu guère longuement, les choses ne fussent pas allées en l'état qu'elles firent. Monseigneur d'Orléans, lequel pour lors pouvait avoir de vingt et deux ans, était là, lequel était logé au grand château. Et monseigneur d'Angoulême, qui était de l'âge