‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 104 sur 329 · RÉFORME DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

RÉFORME DES CORDELIERS

murs de la ville de Paris. Et eux doutant que les religieux de ladite abbaye de Saint-Germain ne se voulussent soumettreàréformation,et que par quelque effort ou défense se missent en devoir, contre leur pouvoir, de répugner, prirent grand nombre de sergents et autres gens armés, et ainsi dedans le monastère s'en allèrent, et là, sans monition ni citation faire auxdits religieux, mirent trois d'iceux dehors le susdit monastère ; et là firent plusieurs excès, ainsi que par la teneur d'une arrestation sur ce baillée appert. Desquels choses lesdits religieux appelèrent en cour de Rome, devant le roi et en la cour de parlement.

Lesdits religieux firent leurdite appellation, et icelle relevèrent en forme de droit, et plaidoyèrent leur cas, tellement qu'ils furent réintégrés en leurs offices et bénéfices, et ledit monastère dûment réformé.

Le roi était lors à Paris, qui de jour en jour sur les affaires de son royaume, et pour le bien de la chose publique, mettait diverses opinions en son conseil, et lui-même toujours présent, pour conclure sur tous différends selon son vouloir et l'avis de ses conseillers; et ainsi exploité par longtemps, eut délibéré propos de s'en aller au mois de mai ensuivant, delà les monts, pour certaines affaires et nécessaires choses, pour le mieux desquelles était sa présence requise.

En Tan mil cinq cent deux, le huitième jour du mois d'avril, le roi partit de Paris pour aller à Orléans et à Blois, auquel lieu de Blois séjourna le surplus des jours dudit mois d'avril et tout le mois de mai.

§ 5. — DÉPART DU ROl'POUR l'iTALIE.

Ayant le roi disposé de ses affaires, et en icelles mis police ordonnée, il, sur la fin du mois de mai, partit de Blois, pour aller en son voyage delà les monts. La reine l'accompagna jusqu'à Lyon. Le roi de Navarre le convoya trois journées, et puis s'en alla en son pays. Le roi Frédéric le suivit tout le voyage; et le cardinal d'Amboise, légat, ne demeura, mais audit voyage le suivit, sans l'éloigner de tant, qu'à tout besoin n'eût loi ni loisir de parler à lui, et lui ses affaires communiquer. Ledit légat, à toute heure, sur la dépêche de toutes choses survenant, mettait les mains à l'œuvre si adroit, que, au plaisir du roi, à l'honneur et au profit commun, mettait fin à l'effet de la besogne. Le cardinal Ascaigne fut avec le roi jusqu'à Lyon. Aussi le suivirent audit voyage Louis de Luxembourg, comte de Ligny, Engilbert de Glèves, comte de Nevers, le comte François de Dunois, le sire de la Trémouille, messire Pierre de Rohan, maréchal de France, le prince de Tallemont et plusieurs autres. D'archevêques, évêques, abbés et protonotaires y avait grand nombre. Les deux cents gentilshommes de sa maison, ses pensionnaires, les quatre cents archers et les cent Suisses de sa garde, et en somme tous ceux qui avaient de lui pension ou gagies, sauf ceux qu'il lui plut, firent ledit voyage, à peine d'être cassés. Par quoi tellement et en si noble état était accompagné, que onc prince ne le fut mieux. Que dirai-je? Tant chevaucha avec ses gens, que le huitième jour du mois de juin fut à Lyon. Et de là s'en alla à Grenoble en Dauphiné, auquel lieu fut par l'espace de quinze jours, ou environ, et cependant le duc Philibert de Savoie s'en alla devers lui à Grenoble.

LE ROI EN ITALIE ill

§ 6. — SÉJOUR DD ROI A ASTI. — PLAINTES DES ITALIENS CONTRE CÉSAR BORGIA.

Peu de jours après, le roi prit pays par le Dauphiné, et lira droit en Lombardie, et tant marcha, que le troisième jour du mois de juillet fut dedans Salaces, et là très honorablement reçu par le marquis François de Saluées, lequel était très bon Français, loyal serviteur et bon ami du roi. Le huitième jour du mois de juillet, le- roi arriva à sa ville d'Ast, en laquelle fut là tant bien venu, que, grands et petits, de sa venue, firent fête solennelle. Dedans l'hôtel d'un nommé messire Alexandre Malbelle fut logé, et là demeura onze jours entiers, pour ordonner au surplus de ses affaires.

Le roi étant en sa ville d'Ast, comme dessus a été dit, devers lui furent le duc Hercule de Ferrare, le duc d'Urbin, Romain; le marquis Francisque de Gonzague, marquis de Mantoue ; Louis, marquis de Saluées; Antoine, marquis de Montferrat; les ambassadeurs du roi des -Romains, ceux de Venise et de Florence, de Bologne, de Pise, de Gênes, et plusieurs prélats et seigneurs des villes, seigneuries et communautés des Itales; desquels les uns vinrent là pour offrir service au roi et lui faire obéissance ; les autres, pour avoir amitié avec lui et alliance confédérée; les autres, pour avoir de lui quelque charge ou pension, et les autres pour se plaindre à lui du duc César Borgia, duc de Valentinois, lequel était lors sorti de Rome avec grosse gendarmerie, et assaillait leurs places, et courait leur pays, et prenait à toutes mains ce que par force pouvait conquêter et ravir, et, entre autres, se plaignit de lui le duc d'Urbin, disant que, à fausses enseignes, et feignant faire la guerre par l'aveu et vouloir di; roi, avait Tartillerie de celui

112 LOriS XII ET PHILIPPE LE BEAU

duc d'Urbin empruntée, et qu«, après ce, de sa même artillerie avait battu et pris ses places, lesquelles il tenait par force et occupait sans autre droit y avoir; de quoi demandait celui duc d'Urbin avoir restitution, et requérait au roi que, en son affaire, lui plût donner aide et secours, vu que, pour lui cuider faire service et plaisir, avait perdu sesdites places; et aussi que son plaisir fût mander au duc de Valentinois qu'entre ses mains remît lesdites places, comme raison le voulait.

Aussi firent plainte au roi les ambassades de Florence, et dirent que celui duc de Valentinois avait par force pris et pillé plusieurs villes et châteaux de leur seigneurie, et que sans juste querelle guerroyait les Florentins, lesquels pareillement demandaient contre lui secours au roi, comme ses serviteurs, amis et confédérés. La seigneurie de Bologne disait aussi que, à main hostile et sans autre droit, courait ses terres, et faisait aux Bolonois mortelle guerre et durs assauts, dont requéraient aussi au roi, comme ses humbles sujets et bons alliés, avoir aide. Le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue et tout plein d'autres, firent leur plainte de celui duc de Valentinois, et dirent que toutes crudélités, tyrannies, forces et violences exerçait, et faisait toutes les inhumanités dont se pouvait aviser; et que si le roi ne mettait sur ce brève provision , que les seigneuries des Itales, ses sujettes et alliées, voire ses pays mêmes de Naples et de Milan, en pourraient ennui, perte et dommage encourir; ce qui totalement serait au désavantage du roi et au rabais de la louable réputation des Français, vu que le roi même et son armée étant delà les monts, celui duc de Valentinois osait présumer guerroyer ses alliés et amis, et faire près de lui hostile assemblée, et telle, que de plus de

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