‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 103 sur 329 · REFORME DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

REFORME DES CORDELIERS

ques entrèrent au chœur, lesdits Cordeliers disaient un verset, tous à genoux, où il y a : Adjuva noSy Deus^ salutaris nostei\ Et ainsi furent là longtemps à chanter hymnes, laudes et cantiques, et tant qu'il ennuya à ceux qui à eux voulaient parler; dont leur firent signe qu'ils cessassent, ce qu'ils ne firent. Mais sitôt qu'ils avaient achevé l'un ils commençaient l'autre ; dont leur fut fait commandement, de par le roi, de cesser et faire silence ; lesquels, pour ce, ne se turent ni finirent leur chant, qui dura plus de quatre heures, et tant que lesdits évêques s'en retournèrent devers le légat, auquel racontèrent les choses susdites. Par quoi, pour mettre fin à la chose, raessire Jacques de Touteville, prévôt de Paris, et messire Jean de Poitiers, seigneur de Clérieu et gouverneur de Paris, avec cent archers de la garde du roi et les sergents de la vHle, furent transmis audit collège, avec ceux qui avaient la charge de ladite réformation. Et fut dit que, si lesdits Cordehers ne voulaient ohéir au mandement papal et au commandement du roi, ils seraient chassés comme avaient été les Jacobins. Et ainsi le jour ensuivant, qui fut le vingt-deuxième jour de mars, furent les susdits au collège des Cordeliers, et, pour de plus solenniser la chose, Tévêque d'Autun mena avec lui maître Pierre Bonnin, procureur général du roi au grand conseil, pour assister et demander raison. Et ainsi tous ensemble furent audit collège, où trouvèrent les Cordeliers dedans l'église comme à l'autre fois, et là voulurent continuer leurs chants, comme jà avaient fait. Dont leur fut fait commandement exprès, de par le roi, de cesser et imposer silence; lesquels enfin donnèrent audience aux gens du roi, et s'accoisèrent. Ce fait, l'évêque d'Autun leur fit ostension et lecture des lettres et mandement du pape, et commandement de la

puissance apostolique, et sur peine d*encourir les fulminations d'icelie, d'obéir à ladite réformation à eux transmise, et de là en avant ne manier, par eux, ni par personne interposée, or, ni argent, ni maison, ni lieu, ni chose à eux commune ou particulière approprier, et de vivre selon la manière de la perfection de leur état, qui est Tacte de pauvreté volontaire, et l'union d'ardente charité, et de tenir et observer totalement la règle de leur ordre et profession selon les traditions de leur père saint François, et ainsi qu'expressément par les chapitres du droit canon leur est enjoint et commandé. Sur quoi firent iceux Cordeliers réponse, que sans manier argent ne pourraient suivre les études, ni profiter en~savoir; et sur ce alléguèrent aucunes dispenses et privilèges apostoliques. Toutefois, ce nonobstant, se voulurent soumettre à la réformation d'aucuns bons religieux de leur ordre, pourvu que de leur affaire ne se mêlassent les Cordeliers de l'Observance, lesquels, comme ils disaient, étaient postérieurs en leur ordre, et différents au vœu de leur bulle; et ainsi défendirent iceux Cordeliers leur querelle, en montrant titres, règles, autorités, raisons et exemples, et firent apporter en leur chapitre les décrétales et clémentines, dispenses et privilèges et tous les droits dont aider ils se purent. Et faut dire que rien ne demeurait en reste; car, en la congrégation d'iceux Cordeliers étaient plusieurs grands docteurs et licenciés en tous droits. Toutefois, en voyant l'évéque d'Autun, commissaire sur ladite réformation, le dire d'iceux, et que sur ce débattaient, appela maître Pierre Bonnin, procureur du roi, auquel dit qu'à la main séculière requît qu'iceux Cordeliers fussent mis hors, et chassés comme rebelles et désobéissants. Et voyant ces pauvres frères le pourchas de l'apprêt de leur extermi-

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nation, et que par force on leur voulait faire vider leur maison, les aucuns d'eux se prirent à pleurer et douloir tant piteusement, que là n'y eut homme à qui le cœur n'amollît de compassion ; les autres dépouillèrent leurs habits, disant que plutôt renonceraient à leur ordre, et vivraient en apostasie, que d'être soumis aux Observantins ; et les autres, comme mats et confus, ne surent que dirent, sinon que, s'ils eussent su qu'à tant étroite règle eussent été obligés, de corde nouée jà n'eussent fait ceinture.

En ce faisant, là survint un Cordelier nommé frère Mathieu Bellon, confesseur et aumônier d'Engilbert, monseigneur comte de Nevers, lequel, en la présence de tout le consistoire, eut grosses et rudes paroles avec frère Olivier Maillard, lui disant que là n'était son repaire, et que bientôt à son déshonneur en sortirait. Or, advint que, ce nonobstant, lesdits Gordeliers se voulurent humilier de plus, et eux soumettre au châtiment de la discipline de quelques autres de leur ordre, que le légat leur voudrait bailler. A quoi ne se voulurent arrêter les commissaires de la réformation, mais voulurent suader et contraindre le procureur du roi de requérir l'aide séculière pour chasser iceux Gordeliers. Dont pour ce, ne se hâta le procureur du roi, voyant l'offre de raison qu'iceux Gordeliers faisaient, et la manière de procédure et exécution réformatoire que contre iceux voyait faire : telle qu'on leur voulait user de discipline sans miséricorde, ce qui est un fléau de justice tant sévère, que si l'une sans l'autre est tenue, maintes choses anéantit et détruit. Pour suivre propos, les réformateurs pressaient ledit procureur du roi de faire mettre la main à ces pauvres frères, lequel ne s'émouvait de rien, et voyant l'évéque d'Autun qu'autre chose ne voulait dire, lui demanda tout haut qu'il

était là veau faire, et qu'il requérait. Auquel lit réponse, en soi riant, que sur ce autre chose ne saurait que demander s'il ne requérait baptême ; et autre chose ne lui dit. Après tout fut avisé, vu qu'à la raison se rangeaient lesdits Cordeliers, qu'aucuns d'eux iraient parler au légat, et que de tout le différend de ladite réformation conclurait comme celui qui de ce faire avait pouvoir amplement autorisé. A chef de ce propos, chacun se mit iau retour, et furent pour cette affaire quatre Cordeliers docteurs parler au légat; lequel, ouï leur dire, ordonna six Cordeliers du collège d'Amboise, six de Blois, six de Bourges et six d'Autun, pour iceux réformer et gouverner, et aussi leur bailla frère Jacques DaUtry, du collège de Blois, pour être leur gardien. En cette manière fut procédé en l'exécution réformatoire ; et ce fait, frère Olivier Maillard, avec ses Cordeliers, fut honteusement rois hors dudit collège et hué d'un chacun. Par toute la ville de Paris était bruit de cette chose, dont les uns l'approuvaient, les autres non; tant alla le cas en avant que jusque devant le roi en fut question telle, qu'entre le légat et le comte de Nevers. paroles injurieuses se murent, mais le roi rapaisa tout.

§ 4. — RÉFORME DE l'oRDRE DB SAINT-BENOÎT.

En l'exécution de réformation fut persévéré continuellement;, si que, après que lesdits mendiants furent réduits en dû état, la commission pour réformer les religieux de l'ordre de Saint-Benoît fut baillée à deux religieux de Tordre de Cluny, nommés frères Jean Rolin et Philippe Bourgoing, lesquels adressèrent premièrement leur commission aux religieux de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, hors et près des

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