VOYAGE DE LOUIS XII A GÊNES
Voulant le roi acquitter sa promesse envers les Genevois, et s'en aller à Gênes, pour là séjourner quinze jours, les maréchaux des logis et les fourriers du roi furent devant, et là marquèrent logis pour vingt mille chevaux, et firent vider aux Genevois les hautes chambres de leurs maisons, pour là loger les gens du roi. Et ce firent, afin que iceux Genevois, qui autrefois avaient par leurs hautes fenêtres, et du dessus de leurs maisons, à coups de pierres et dé barres de fer, parmi les rues assommé tout plein de Français et autres qui là passaient, ne pussent par là leur jouer de pareil cas. Toutefois vouloir n'en avaient, tîom me ils montrèrent depuis; car toutes leurs hautes chambres et basses bouti-
i24 LOUIS XII ET PBILIPPE LE BEAU
ques, et lieux propices pour loger gens et cbeyaux, désempêchèrent, et pour la venue du roi et de ses gens firent provision de farines, chairs, vins, bois, et de toute autre provision nécessaire pour le séjour du roi et de son train. Avec ce, firent là venir vingt mille charges d'avoine, et plus de trente mille quintaux de foin, outre la provision de la ville. La grande rue, par où le roi devait passer, firent toute semer de saJble, pour la sûreté des chevaux. Dedans le môle de la ville étaient grosses carraques, navires et brigandins chargés d'artillerie et de poudre à canon, pour faire merveilles, et tonner sur la mer, et saluer le roi à son entrée. Et aussi étaient dedans icelui havre pour le roi la grosse carraque nommée la Charente, la Cordelière, la Louise, la Clermont et plusieurs autres, toutes chargées de grosse artillerie, et, dedans, grand nombre de gens d'armes. Le château, qui, sur la croupe d'une haute montagne, était à main sénestre vers l'entrée de la tour de Codefa, et hors la ville, droit vis-à-vis du môle, était fortifié de trois cents mortes-paies français pour le roi, et moult bien artillée; et en était lors capitaine un nommé Guyon le Roi, seigneur de Ghillou. Et pouvait-on de là tirer et battre sur le havre, et le long de la mer autour de la ville, si besoin en était. Entre ledit château et les navires du roi étaient encloses les carraques et navires de Gênes. Dedans le palais de la ville, lequel est assez fort, et situé au milieu de la cité, était messire Philippe de Ravestain, gouverneur de Gênes, pour le roi, lequel avait un lieutenant nommé Guillaume d'Aix, et bonne garnison de Français, et force artillerie, pour tenir la ville d'icelle part en sujétion. Et ainsi étaient les gens du roi maîtres, à cause des forts lieux qu'ils tenaient. Ce qui était, pour les Français qui là sans danger voulaient aller, chose
DESCRIPTIOiN DE GENES 425
bien requise, et joué au plus sûr, si les Genevois leur eussent voulu de force ou de trahison user.