‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 134 sur 329 · LES AMBITIONS DU CARDINAL D'AMBOISE LA DISGRACE DU MARÉCHAL DE GIÊ · texte numérisé non relu

LES AMBITIONS DU CARDINAL D'AMBOISE LA DISGRACE DU MARÉCHAL DE GIÊ

Pendant qu'après la perte du royaume de Naples, Louis Xn envoyait sur les Pyrénées deux armées qui n'eurent aucun succès, et, au delà des Alpes, une troisième, dont la marche fut retardée par une grave maladie de La Trémoille, son général, le pape Alexandre VI mourut {18 août 4503). Rien n'accusa plus le caractère temporel de la papauté au xvi® siècle, que les détails de Vélection qui suivit la mort du pape. Elle fut disputée comme une souveraineté politique. César Borgia avait tout fait du vivant de son père pour porter au saintsiège une de ses créatures. Quoique malade, il eut encore assez de présence d'esprit pour se faire livrer violemment les clefs du trésor pontifical et y voler dix mille ducats; il se fit transporter en litière chez les cardinaux et les personnages auprès desquels il pouvait encore avoir accès. Comme lui, le cardinal d'Amboise avait espéré exercer une pression politique sur le con-

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clave* Il comptait surtout, pour déterminer le choix des cardinaux, sur la présence de V armée française qui traversait alors l'Italie, Avec une créature de César Borgia, le pape devenait le chapelain du duc de Romagne; avec le cardinal d'Amhoise, il devenait le chapelain du roi de France. Tous les partis étaient à Rome en confusion. Les cardinaux désiraient être libres de pourvoir en connaissance de cause aux intérêts de la chrétienté et de r Italie. Ils refusèrent d'entrer en conclave si le cardinal d'Amhoise n'arrêtait l'armée française à Nepi, et si César ne sortait de Rome. On obéit.

§ d. — LE CARDINAL D^AMBOISB CANDIDAT A LA TURE. ÉLECTION DE PIE III.

(Jean d'Auton.)

Le cardinal d'Amboise étant lors à Rome logé à la vice-chancellerie, le cardinal Ascaigne, qui au roi avait promis de bien besogner, simulait toujours, en paroles lentes et mots couverts, continuer propos, voire de bouche, mais d'effet besognait pour le cardinal de Seine % grand orateur et ami du roi des Romains ; et, pour lui vouloir faire son cas, s'endetta au banquier Dalbène et à un autre nommé Espannoche, desquels il eut plus de cent mille ducats pour acheter la voix du Saint-Esprit, si par grâce ne la pouvait avoir. Or advint que, pour procéder de par Dieu à l'élection papale, trente-sept cardinaux furent assemblés; la messe du Saint-Esprit fut célébrée et le sermon fait, et, après ce, entrèrent cardinaux au conclave, où furent sept jours entiers sans pouvoir conclure, et ce durant, le cardinal de Bonivent * cuida là

i. De Sienne; ce cardinal était François Piccolomini. S. Bénéventi

Le cardinal d'Amboi»e,

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mourir; car il était fort vieux et maladif. Après que sept jours eurent demeuré en conclave, et que chacun des cardinaux eurent des voix ce qu'ils purent, le cardinal de Seine, qui grand'partie en avait de lui et d'autres qui au prochas du cardinal Ascaigne, lui étaient promises, se tira devers le cardinal d'Amhoise, qui en avait treize, et, sans celles, ne pouvait celui cardinal de Seine, trouver ses clefs; toutefois, celui cardinal d'Amboise, voulant faire un pape pacifique, et garder l'Eglise de schisme, lui donna ses voix ; et, ce fait, lui promit celui de Seine de lui bailler la légation de France et de Bretagne, et faire son neveu, l'évêque de Narbonne, cardinal; et ainsi fut pape ledit cardinal de Seine, et nommé pape Pie tiers. Ce fait, tantôt après, tint le premier consistoire, où se baillèrent les légations et se firent les cardinaux; et là pensait le cardinal d'Amboise avoir la sienne et faire son neveu cardinal, comme lui avait été promis, toutefois de ce ne voulut rien octroyer le pape; car Ascaigne, qui couvertement haïssait ledit d'Amboise, gouvernait le pape au moyen de l'aide qu'il lui avait faite : et voyant celui cardinal d'Amboise, que pour cette fois était frustré de son intention, et la menée que faisait le cardinal Ascaigne n'être avantageuse pour son profit ni bien sûre pour sa personne, se retira à un palais fort, où se tenait le duc de Valentinois, et là attendit la fin de sa fortune, qui fut telle, que par plusieurs lui fut dit qu'il se donnât garde en ses affaires; car le pape, ce lui dit-on, le voulait faire empoisonner et tuer ses gens; et, en ce temps, fut tué un des archers de sa garde, nommé Guillaume du Oulay, par les ruffiants de Rome. Par quoi ledit cardinal d'Amboise se tint sur ses gardes et demeura là longuement, comme je dirai, et avec ce, Dieu lui aida

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