‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 135 sur 329 · LES FRANÇAIS TRAVERSENT ROME POUR MARCHER SUR NAPLES · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS TRAVERSENT ROME POUR MARCHER SUR NAPLES

Quatre jours après Télection du pape Pie, le roi en sut les nouvelles; par quoi ne voulut que son armée, qui autour de Rome tivait demeuré plus de six semaines, y séjournât plus; aussi n'était-ce point pour Tavancement de son affaire, ni à la foule de ses ennemis; car cependant les siens y perdaient temps, dépendaient leur argent, diminuaient leurs vivres, dissipaient leurs habillements, éloignaient la belle saison et approchaient l'ennuyeux hiver; les autres gagnaient pays, faisaient provision de victuailles, renforçaient leur armée, occupaient les passages et fortifiaient leurs places; toutefois, durant ce temps, leur vinrent six mille Suisses et trois mille Normands, qui les arrêtèrent quelque temps; et voyant le roi que temps se retardait, voulut avancer son armée. Or, était lors messire Louis, seigneur dfe la Trémouille, toujours tant malade qu'on n'y espérait nulle guérison, dont les gens d'armes avaient merveilleux regret; car c'était un chef pour la guerre hardi, sage, prompt et heureux; et le roi, sachant qu'ainsi malade ne pouvait à point conduire son armée, lui manda qu'il s'en retournât, et en son lieu mit Francisque de Gonsago, marquis de Mantoue, et avec lui quatre capitaines principaux français, nommés : messire Louis de Hédouville, seigneur de Sandricourt; messire Jacques de Lille,

6 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISE

bailli de Caen ; messire Antoine de Bessey, bailli de Dijon; et Jean Duplessis, autrement appelé Courcou, commissaire des gens d'armes de toute son armée. Son ordonnance ainsi faite, manda qu'on marchât; ce qui fut fait. Moult ennuyait à messire Louis de la Trémouille, que l'armée du roi ne pouvait gouverner et conduire, comme celui qui de bien servir le roi avait bonne envie; mais sa griève maladie qui toujours empirait ne le voulut; toufois, alors que Farmée voulut déloger, pour tirer en avant, il se mit avec, dedans sa litière, et la conduisit une journée loin, où là prit congé des capitaines et gens d'armes, en leur recommandant l'affaire du roi, et les priant que, à son service, fussent si bons, que, pour mourir, ne fissent défaut qui leur honneur amoindrît. Et, ce dit, plusieurs Français lui dirent adieu, les larmes aux yeux. L'armée se mit à chemin vers Rome, et lui au retour de France. Par les faubourgs de Notre-Dame de Populo de Rome passèrent les Français, tous en armes et bien ordonnés. Les Romains, par sur leurs murailles, les regardaient marcher. Le cardinal d'Amboise avec plusieurs autres cardinaux était lors dedans un jardin du feu cardinal Ursin, près du bourg de Populo, et grand nombre des seigneurs de la viÙe, lesquels regardèrent la passée des Français, qui marchaient en bel ordre et à grand nombre; car, selon le dire de ceux qui là étaient, furent là plus de douze cents hommes d'armes, que Français, que Lombards et Italiens, bien dix mille hommes de pied et d'artillerie, neuf gros canons, deux grandes coulevrines, huit moyennes et dix faucons, sous la 'ge d'un nommé Jannot de Samar, avec trentebons canonniers. Ainsi s'en alla l'armée des acais.

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