FUITE DE CESAR BORGIA
grand honneur et excellent triomphe, et puis le premier consistoire tint, auquel donna le saint- père le pape audit cardinal d'Amboise la légation de France et d'Avignon, et fit François de Clermont, neveu dudit d'Amboise, cardinal; et à ce même consistoire furent faits avec celui de Clermont trois autres cardinaux, c'est à savoir : le neveu du pape, lévêque de Mende, et un autre évêque espagnol; aussi fut fait patriarche de Jérusalem le cardinal de Sainte-Croix. Un autre consistoire derechef fut tenu, et là faites plusieurs belles ordonnances sur l'affaire de la chrétienté; auquel étaient le cardinal d'Amboise légat en France et tous les autres cardinaux de Rome.
§ 4. — fuitb de césar borgia. — retour du cardinal d'amboise.
César Borgia, duc de Valentinois, était lors à Rome malvoulu de chacun, et mémement des Ursins, au moyen des crudélités et tyrannies que durant le temps du pape Alexandre leur avait faites; par quoi pensa que là demeurer ne lui serait bonne sûreté, dont prit ce qu'il avait d'argent, et secrètement sortit de Rome, accompagné de huit Allemands et d'aucuns de ses serviteurs ; puis se mit en mer à Ostie et tira droit à Naples, où de là se retira et rendit au capitaine Gonsales Ferrand, lequel tenait camp devant le pont du Garillan; disant que bon Espagnol était, et que très bien servirait le roi d'Espagne, à son pouvoir, et pour montrer comment, disait qu'il mettrait en bref les Espagnols en la duché de Milan, qu'aisément pourraient conquêter.
Tant d'autres raisons de soupçon contre celui Borgia furent mises en avant, que celui capitaine Gon-
iO LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISE
sales le fit prendre, et tous ses gens furent tués, réservé un Allemand et un de ses coques, lesquels se sauvèrent comme ils purent, et, lui ainsi pris, perdit bagues et argent, puis fut mis sur mer et envoyé en Espagne prisonnier dedans la tour criminelle de Tolède, pour là passer le demeurant de ses malheureux jours, comme chacun dit. C'est l'exil douloureux du cruel tyran qui mal a commencé, continué en pis et fini de même. Après ces choses mises à chef le cardinal d'Amboise s'en voulut retourner devers le roi, qui lors était à Lyon sur le Rhône; dont le jour qu'il partit, le pape commanda à tous les cardinaux de Rome qu'ils le conduisissent jusque hors la ville, ce qu'ils firent, et pleuvait tant ce jourlà qu'il n'y eut mule de cardinaux qui n'en eût les pleines oreilles.
§ 5. — maladie du roi. — PRÉCAUTIONS PRISES
par le maréchal de gié.
Tantôt après ce, le roi fut gravement malade et moult altéré, tant que plusieurs cuidèrent que de lui fût fait et entre autres messire Pierre de Rohan, maréchal de Gyé, qui lors avait grande autorité en France, lequel, pensant le roi prochain de la mort, transmit à toute diligence à Amboise devers Louis de Montroyal, lequel avait en gouvernement la personne de François d'Angoulême, qui devait succéder à la couronne, et celui Montroyal avertit de la maladie dudit seigneur en lui priant, si le cas advenait, qu'il se tînt saisi dudit comte d'Angoulême, et, avec ce, qu'il tînt à Amboise bon pour lui, et que très bien le guerdonnerait; en outre manda au lieutenant de ses gendarmes, qu'il fît le plus grand amî^s