MALADIE DU ROI
de gens qu'il pourrait, et que sur les passages de
Le maréchal de Gié en coslume d'enseigne. (Recueil Gaignières.)
la rivière de Loire les mît pour garder, afin que, si le roi venait lors à mourir, la reine ne se retirât
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en Bretagne, et que Madame Claude fût bien gardée. Encore, manda au sire Alain d*Albret, que le roi n'était pour le faire long, et que, pour secourir au bien public, mit sus dix mille hommes prêts de besogner, si à temps venait, et que de sa part autres dix mille ou plus, en mettrait sus; et, ce fait, s'en partit de cour à toute diligence et s'en alla à Amboise, dont il était capitaine, et avait léans aucuns de ses archers pour la garde dudit château, et là avertit la comtesse d'Angoulême de l'état de la personne du roi, disant qu'il s'en allait mourir, et plusieurs autres paroles dit, qui depuis lui portèrent dommage, comme sera dit par après. Or, se trouva le roi assez bien disposé, ce lui sembla, pour s'en pouvoir venir; dont se mit à chemin la reine quant et lui, et tout leur train, et vinrent à Blois, où était lors Madame Claude leur lille, et là fut le roi, avec l'aide de Dieu et le secours de ses médecins, guéri tout sain, et lui étant là, s'en revinrent les prisonniers délivrés par la composition de Gayette, et, des premiers, s'en vint messire Bérault Stuart, seigneur d'Aubigny, auquel le roi fît bonne chère, puis s'en revint messire Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice, qui pareillement eut bon recueil du roi et de la reine et de tous les gentilshommes.
En celui même temps, messire Pierre de Rohan, maréchal de Gyé, qui durant le temps de trois rois en France avait, entre les autres, au conseil eu le haut parler et au besogner le maniement des affaires, fut débouté de cour et éloigné de la personne du roi, et ce, au moyen de la folle entreprise et improvu lan-
gage dont par ci-devant avait usé, desquelles choses
Le maréchal de Gié en costume de guidon. (Recueil Gaignières.)
fut accusé envers le roi et la reine; et, pour avérer le fait, celui maréchal de Gyé fut à Orléans, par
M LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISE
messire Guy de Rochefort, chancelier de France, interrogé, enquis et ouï, assistant à ce, maîtres Etienne Garmonne, tiers président à Paris; Jean de Selva, second président à Rouen; Antoine du Prat, maître des requêtes ordinaires ; Antoine de Louviers, conseiller à Paris ; Jean de Pavie, conseiller à Toulouse, et le juge mage de Garcassonne, en présence desquels, sur les paroles dont on le chargeait, et l'entreprise de faire armée en France sans le su du roi, de quoi avait été accusé; après l'interroge fait par ledit chancelier, nia tout, disant que de ce ne savait rien, et qu'à tort lui était ce forfait reproché. Dont pour la matière ensuivre, fut mené par les gens d'armes du roi et conduit par aucuns des gens d'armes de la compagnie à Amboise, pour être affronté à madame Louise de Savoie, comtesse d'Angoulême, et à Louis de Montroyal ; présents à ce, lesdits Garmonne et de Selva, du Prat et Garcassonne; et là, en son visage, lui furent dites les paroles que sur la mort du roi avait autrefois proposées, et montré ce que par écrit avait envoyé; ce que nia derechef. Après ce, fut celui de Rohan mené à Ghartres, où lui fut baillée la ville pour prison, et lesdits conseillers s'en allèrent à Paris pour faire de ce leur rapport au chancelier et à ses autres dits collègues, par lesquels fut appointé que par lesdits rapporteurs serait mené à Dreux devers le sire d'Albret pour être à lui affronté. Or fut ainsi pourmené ledit messire Pierre de Rohan, ce qui moult lui ennuyait, vu les grands honneurs et autorité hautaine en quoi s'était par ci-devant trouvé en France; ce néanmoins, fut mené à Dreux, et lui étant à ce voyage, dit auxdits seigneurs qui le conduisaient, que le sire d'Albret était son ennemi mortel, et que, s'il allait à Dreux mal accompagné, il se doutait de sa personne, par
quoi requit avoir de ses gens pour le tenir en sûreté ;
Le maréchal de Gié en costume de général. (Recueil Gaignière» )
auquel dirent lesdits seigneurs que de ce n'avait garde, car il était en la main du roi et en sa sauve-
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garde pour l'heure, et sur ce, fut mené au château de Dreux, où était ledit sire d'Albret, au lit malade. Dedans la chambre où il était, entrèrent les conseillers et celui de Rohan, lequel entra tête couverte et sans faire aucune révérence audit sire d'Albret, mais s'assit sur un banc d'osier vis-à-vis du lit où était ledit malade couché. Les sieurs du conseil eurent chacun leur chaise près du lit, lesquels interrogèrent là celui d'Albret sur ce qu'il savait des charges mises sus audit de Rohan et en sa présense; lequel d'Albret dit, oyant tous, que lesdites charges par lesquelles était illec messire Pierre de Rohan affronté étaient vraies, comme par message lui avait mandé de bouche et écrit par lettre signée de sa main ; lesquelles furent vues et lues devant tous. Ce fait, fut demandé audit de Rohan qu'il voulait dire sur ce; lequel dit que c'étaient choses controuvées et que vérité ne contenaient, et qu'au sire d'Albret avait été fait le bec pour en dire, comme l'oiseau fait en cage, et commença par paroles piquantes et mots injurieux à charger sur ledit sire d'Albret, le cuidant mettre aux champs, pour avoir occasion d'objecter contre lui; mais de rien ne s'émut ledit d'Albret, ains toujours persista en son dire et fut ferme en son propos; ce qui fut, par lesdits seigneurs du conseil qui là étaient, bien ouï et entendu. En ce faisant, ledit de Rohan qui n'avait cause d'être joyeux, par manière de contenance, avec la main se peignait la barbe, laquelle avait fort grande, et à la fois s'en couvrait une partie du visage, si que il n'en apparaissait que le front et les yeux. Or avait le sire d'Albret en main un petit marmot * qui faisait sur le lit un millier de singeries, et, entre autres, en fit une