‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 156 sur 329 · MORT DE LA DAME THOMASSINE SPINOLA · texte numérisé non relu

MORT DE LA DAME THOMASSINE SPINOLA

A Gênes pareillement fut dit pour vrai nouvelles de la mort du roi; de quoi les Génois montrèrent par semblant être moult troublés, et pensèrent sur

[)2 LOUIS XU ET LE CARDINAL D AUBOISE

leur affaire ce qu'ils voulurent; et entre autres, fut une dame génoise, nommée Thomassine Espinolle, dont j'ai parlé ci-devant; laquelle montra bien ici le nœud de l'amour des bonnes femmes indissoluble, et leur constance immobile ; car à l'exemple de la bonne Julia, femme de Pompée, qui voyant les habits de son seigneur teints du sang des bêtes ordonnées au sacrifice, le cuidant mort, sans autrement s'en enquérir, creva de deuil; cette dame recommandable, au seul rapport de la première voix, disant : « Le roi est mort! » laissa toute cure mondaine et plaisir humain, pour se retirer en sa chambre de deuil, où répandit un torrent de larmes, et rendit un million de soupirs, disant : « Ores est mort le mien intendio, accroît de mon état,'support de ma vie et défense de mon honneur; ce qui m'ôte l'envie de plus vivre, et me donne vouloir de finir mes jours. » Ainsi se doutait l'éplorée dame, montrant comment son intendio était d'elle bien voulu, et l'amour dont elle lui en voulait, qui était, comme j'ai dit, entre eux honorable et au préjudice de nuls. Ores en fut tant, que la pauvre dame, éprise de deuil et environnée de regrets, fut, par l'accès de mélancolie, conduite jusqu'au lit de la mort, qui, huit jours après ce, par une douleur de la fièvre continue, lui sépara l'àme du corps; dont les Génois en firent funérale fête, et moi, historial récit, tant pour révéler la nouvelleté du cas que pour magnifier le féminin amour.

Page 1