TRAITÉ DE SÉGOVIE
§ 5. — TRAITÉ DE séooviB (16 octobre 1505) *. (Paul Lacroix, Histoire du xvi' siècle,)
Ce traité, comme la plupart de ceux de ce temps là, prenait pour motil la gloire de Jésus-Christ et Taccroissement de la religion chrétienne. Le Roi Catholique et le Roi Très-Chrétien, ainsi que deux âmes en un seul et même corps, devaient se donner aide et secours l'un l'autre envers et contre tous, pour la défense de leurs Etats et de leurs droits ; le roi de France enverrait au besoin mille hommes d'armes à son allié ; le roi d'Espagne mille génétaires. En faveur de cette nouvelle confédération, ils renonçaient à toutes les alliances qu'ils avaient conclues antérieurement. Leurs sujets pouvaient aller, séjourner et commercer librement dans les États de l'un et de l'autre; toutes offenses étaient remises à ceux qui avaient suivi le parti de l'un des deux rois contre l'autre ; ainsi les princes et seigneurs italiens
i. Le 21 octobre, les villes de Flandre avaient reçu des lettres patentes dans lesquelles Tarchiduc déclarait que son intention n'était pas d'entreprendre contre les droits, prééminences et souverainetés du roi; qu'il voulait garder ses hommages et serments de fidélité envers lui; qu'il annulait les mandements à ce contraires, et protestait ne les avoir signés que par force. Philippe d'Autriche crut alors être assuré du roi de France, et pouvoir laisser son pays de par deçà en paix, tandis qu'il irait en Espagne revendiquer son royaume de Gastille contre son beau-père.
Celui-ci ne le craignait plus maintenant : son traité de confédération avec Louis XII et de mariage avec Germaine de Foix avait été conclu le 12 octobre, et quatre jours après il l'avait ratifié à Ségovie.
64 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMOOISE
bannis seraient autorisés à revenir dans le royaume de Naples et à jouir des biens qu'ils y possédaient, pourvu qu'ils prétassent serment de fidélité au Roi Catholique et à la reine son épouse. Le prince de Rosano, Honorât et Alphonse de Saint-Séverin, et tous les prisonniers faits durant les dernières guerres et encore retenus dans les prisons, étaient mis en pleine liberté sans rançon ; tous les partisans du Roi Très- Chrétien dans les aflfaires d'Italie, de quelque condition qu'ils fussent, reprendraient dès lors la possession entière de tous les biens immeubles qu'ils avaient au commencement de la guerre, en 1502, lors même que ces biens eussent été transférés en d'autres mains par donation ou autrement. Le préfet de Rome, François-Marie de la Rovère, neveu du pape, était réintégré dans les domaines qu'on lui avait confisqués comme adhérent du roi de France ; le cardinal légat, en vertu de cette paix, redevenait propriétaire de la seigneurie de Sarno et du duché de Candie, nonobstant toutes aliénations. On restituait aussi à Isabelle, veuve du roi Frédéric, les immeubles qui lui appartenaient avant la guerre, à condition qu'elle et ses enfants feraient leur demeure où il plairait au Roi Catholique. En outre, pour la plus grande sûreté de la paix, le Roi Très-Chrétien, de concert avec les orateurs du Roi Catholique, accordait, dès à présent, le mariage de ce prince avec madame Germaine de Foix, et promettait d'envoyer l'épousée, honorablement accompagnée, vers les frontières d'Espagne le plus lot que ce mariage pourrait être consommé. Le Roi Catholique concédait en dot à sa femme, pour elle et ses héritiers, la portion du royaume de Sicile, au delà du détroit, à laquelle il avait droit selon l'ancien partage de cette conquête, ainsi que le royaume de Jérusalem ; à défaut d'héritier direct, la