‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 164 sur 329 · PHILIPPE LE BEAU SE PRÉPARE A PASSER EN CASTILLE · texte numérisé non relu

PHILIPPE LE BEAU SE PRÉPARE A PASSER EN CASTILLE

dot de madame Germaine retournerait au Roi Très- Chrétien et à ses successeurs. En récompense des grandes dépenses que le royaume de Naples avait causées au Roi Très-Chrétien, le Roi Catholique était tenu de lui payer une somme d'un million de ducats de bon or et de juste poids, répartie chaque année en paiements égaux dans l'intervalle de dix ans, sous la caution de sûrs répondants à Gènes et Avignon; mais dans le cas où ces répondants viendraient à manquer, le Roi Catholique offrait en garantie tout l'avoir des marchands espagnols qui se trouveraient en France, lors du défaut de paiement. Néanmoins le Roi Très-Chrétien serait forcé de rendre cette somme intégralement, si à la mort de Germaine de Foix les royaumes de Naples et de Jérusalem revenaient à lui ou à ses héritiers. Les deux rois devaient, après la consommation du mariage, faire demander ensemble au Saint-Père une nouvelle investiture de Naples au profit du Roi et de la Reine Catholiques ; l'extradition des rebelles était convenue entre les deux parties; le roi d'Angleterre serait nommé conservateur du traité; enfin le Roi Très- Chrétien abandonnait au Catholique la dénomination de roi des Deux-Siciles et de Jérusalem, avec tous les titres, lettres, chartes et instruments du royaume de Naples.

§ 6. — PHILIPPE LE BEAU SB PRÉPARE A PASSER EN CASTILLE i NAUFRAGE ET SÉJOUR EN ANGLETERRE.

L'archiduc, à qui lors, à cause de sa femme (Jeanne la Follej, fiJle de la feue reine d'Espagne, appartenait ledit royaume, fit son armée et amas de gens pour aller prendre possession de ces pays d'Espagne, et faire

66 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISË

là son entrée ; et premier que partir, prit trêve et abstinence de guerre avec le duc de Gueldre, duquel il avait pris quelques places où mit grosses garnisons et bonnes gardes, et aussi ordonna de ses affaires de son pays de Flandre, et laissa gouverneurs et lieutenants pour lui audit pays, et ce fait, avec granà nombre de Flamands et Allemands, bien garni de finances, se mit sur mer, tirant vers la terre d'Espagne, et par quelque temps, lui et ses gens eurent vent à gré; mais à l'approcber d'Espagne, leur survint une fortune de mer tant impétueuse, que tout son navigage fut soudainement séparé et éparti, les uns d'un côté, les autres d'autre, desquels périrent par naufrage trois navires et grand nombre de galions où noyèrent de trois à quatre mille hommes; et est à savoir que la plupart d'iceux furent par tempête reculés jusqu'à la côte d'Angleterre, où ledit archiduc et ceux qui étaient en son navire Guidèrent tous périller; car leurdit navire fut rompu, et éclaté contre les terres. Si fut ledit archiduc incontinent, avec ceux qui près de lui étaient, secouru par légers brigantins et petites barques, tant qu'à sûreté furent menés en terre ferme ; et pour ce que ledit naufrage s'était fait en Angleterre, ledit archiduc fut mené et conduit à Londres, où le roi d'Angleterre était lors, lequel le festia honorablement et le consola au mieux qu'il put de la défortune de sa perte, en le traitant le plus humainement qu'il sut faire; et après que quelque bon espace de temps eut là demeuré, il demanda s'en aller en ses pays, priant le roi d'Angleterre ne ]e plus détenir, vu les affaires qu'il avait; auquel dit le roi d'Angleterre, que de droit pouvait être son prisonnier, vu que son naufrage avait fait en Angleterre, mais ne le voulait traiter comme prisonnier ; ains lui ferait comme à frère et bon ami, en

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