FCITE DE LUDOVIC LE MORE
Milan (qui est le château de la ville) laisser entre lés mains de ses plus proches et connus, mais en bailla la garde à un chevalier de Pavie, nommé messire Bertrand de Court, et pour la défense de la place-,, plus de trois mille soudards, payés pour six mois,, lui laissa avec force vivres et bonne artillerie, en lui priant sur toutes choses, qu'aux Français ni autres ses ennemis, pour rien du monde ne rendît la place, et que, sans point de faute, un mois ne resterait que^ avec plus de trente mille Allemands, ne vînt à son secours.
Ainsi donna ordre à la garde du château et au demeurant de son affaire, au mieux qu'il put. Après que la nuit eut son cours révolu et donné place à la solaire lumière, le seigneur Ludovic, avec deux petits enfants qu'il avait, et le surplus de son arroi, où pouvaient être deux mille chevaux, se mit en voie et prit son adresse vers Coni, bonne ville et forte étaat sur le passage d'Allemagne, où iUec un jour seulement, demeura, et tout son charroi le plus tôt qu'il pût d'avant en envoya. A son départ, fut par les plus estimés messires de Ja ville, jusque dehors convoyé^ et lui, soi voyant à l'issue du pays où naissance, nourriture et félicitante vie avait eues, et à rentrée de l'exil douloureux où ennuyeuse fin lui fallait prenêre^ comme tourmenté de peine mentale, à voix désolée et regard éploré, dit à ceux qui accompagner l'étaient venus : que, puisqu'aux embûches de fortune ne pouvait plus fuir, et que par malheur contingent était du tout déshérité, mieux lui venait à gré par le glaive des Français être vaincu et chassé, que par la force des Vénitiens perdre un seul pied de terre, et que si les gens d'armes de Venise leur faisaient la guerre,, que pour mourir, à eux ne se rendissent, et qu'aux Français, sans faire défense, de bon vouloir se soumis-
sent; vu que le demeurant du duché était entre leurs mains, et qu'à la puissance d'iceux longuement ne pourraient durer. Et tout ce dit avec autres paroles lamentables et extrêmes regrets, prit congé de la gent et du pays, tout le long du lac, tirant vers les fins des Allemagnes.