‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 18 sur 329 · OCCUPATION DE MILAN PAR LES TKOUPES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE MILAN PAR LES TKOUPES FRANÇAISES

(Saint-Gelais. — Jean d'Auton.)

L'armée du roi marcha droit vers Milan. Les Milanais considérant la puissance qui venait contre eux, et voyant qu'il n'y avait aucun qui entreprît de les défendre contre un tel pouvoir, firent obéissance telle qu'il appartenait. Tout incontinent que les Français furent dedans Milan, ils approchèrent le château tant par dehors que par dedans ladite ville. Quoi voyant le capitaine, il commença à traiter de se rendre, ce qu'il fit. Et le tout fut par la diligence et la bonne conduite du roi, lequel auparavant y avait jà intelligence. (Saint-Gelais.)

Autour de Milan, quatre ou cinq jours séjournèrent les Français, et cependant, on livrait les garnisons; gens d'armes et piétons entraient en la ville; on charriait l'artillerie; on faisait tranchées et approches autour du château ; on parlementait avec ceux qui étaient dedans, lesquels pour Ludovic toujours tenaient bon et souvent contre les Français déchargeaient artillerie, disant que bien garderaient la place, et que vivant, sans leur merci, n'y entrerait, et que de vrai, si leurs estomacs efféminés eussent été enflés de cœurs virils, bien pouvaient exécuter de fait ce qu'ils disaient de bouche, et contre le pouvoir de tous humains avoir longue tenue, car ils

OCCUPATION DE MILAN PAR LES FRANÇAIS hO

tenaient bien sous main Tune des plus avantageu^s places du inonde, dont la forteresse, des larges fossés, des tours, boulevards, murs, avant-murs, forts, contre-forts, saillies, retraites, contre-mines, poternes, et autres défenses et repaires avec le fort de la Roquette, je remets au dire de ceux qui mieux les lieux auront visités ; mais que que soit, plus de douzo cents pièces d'artillerie, et plus de trois mille soudards, avec vivres pour plus de deux ans y avait. Devant la place étaient les tranchées commencées et assise l'artillerie pour battre le premier fort, et ja étaient logés dedans la ville les lieutenants du roi, plusieurs autres capitaines et plus de douze cents hommes d'armes, avec quinze ou seize mille piétons, lesquels toujours la place approchaient. Et bonne manière de défense tenaient les soudards du seigneur Ludovic; toutefois tant furent à la parfin de divers coups assaillis, qu'on leur fit envie de rendre ce que par force pouvaient garder, et prendre ce que pour honneur laisser devaient ; et ainsi par un beau matin le châtelain et ses soudards vidèrent la place, et dedans entrèrent le comte de Ligny, le seigneur Jean Jacques, le chevalier de Louvain, Poquedenare, avec leurs bandes, et tant d'autres gens d'armes de France, que trop plus difficile serait à Ludovic la reconquérir qu'elle n'a été aux Français facile à prendre; et faut croire qu'en telle garde est ores ladite place et en si forte main que, malgré tous les vents, en tous les anglets de son jardin, pour un jamais le noble lis florira.

Toutes ces choses mises à fin et terminées, furent les garnisons ordonnées être mises aux passages limitrophes et places de frontière du duché de Milan.

La ville et château, et tout le pays, ainsi rendus et soumis en l'obéissance du roi, par toutes les rues

et places chacun criait : « France, France! » et de l'enseigne de la croix blanche, grands et petits étaient parés, et des armes du roi la plupart des maisons ornées et décorées, et n*y avait ni Guelfe ni Gibelin, qui pour Fheure ne fussent bons Français ; mais si par crainte qu'ils avaient de perdre leur robe, ou par amour que de nouveau voulaient avoir aux Français, ou bien pour haine qu'ils avaient h Ludovic, le faisaient, j'en laisse le déterminer à ceux qui la fin en verront. (Jean d'Anton.)

§ 5. — ARRIVÉE DU ROI DE FRANCE EN nALIE. SON ENTRÉE A PAVIE.

(Jean d'Anton.)

Le roi par un temps, ayant avec la reine en France pris joyeux séjour, voulant, au plus vrai, savoir de l'état de la conquête de son duché de Milan, eut de passer les monts propos délibéré, et sur la fin du mois d'août se mit en voie avec son arroi, et tant avança ses erres, que plus de huit jours devant la Saint-Michel en la ville de Novare fut à séjour, et de là peu après s'en alla à Vigève, où voulut quelques jours faire demeure. Pour vouloir commencer à prendre seigneurie possessive de ses pays conquis, dedans la cité de Pavie où l'exercite studieux de toutes les Itales florit, un mardi, premier jour du mois d'octobre, fit son entrée tant triomphale et solennelle, qu'à toujours est digne de commémoration. Les docteurs régents et écoliers de l'université, gouverneurs et potestats, avec toute la commune de la ville, à telle festivité et recueil honorable le reçurent, que la marge de mon papier, pour au long la chose décrire, ne serait suffisante. Outre le lac, à l'entrée des Allcma-

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