Anne de Candale
84 LOUIS XII ET LE CARDINAL D AMBOlSE
lui faudront, ou en France fera telle guerre, que maints, qui de ceux ne peuvent mais, le compareront chèrement; et dès lors prit alliances et confédérations à tous ceux qu'il put savoir être ennemis couverts du roi; car nul pour lors était déclaré ennemi de France; et, en outre, voulut animer les autres à son pouvoir, et tant fit, que le roi des Romains, son père, toutes les Espagnes et Angleterre (comme se disait) avec les Vénitiens suivant les plus forts, et grande partie des Itales, se tinrent de son parti contre le roi. Dont soi voyant de lui moult puissant, et de tant d'alliances fortifié, se déclara ennemi du roi, qui délibéra de sa part obvier à tous ces dangers, avec Taide souveraine, disant qu'il mettra sus telle armée, que ce sera pour devoir rabattre les coups à tous ses ennemis. Or advint que le roi des Romains, comme prêt de tout temps de faire aux Français quelque alarme, voulut mettre sus grosse armée, pour courir sur le duché de Milan; le roi de Gastille, faire aussi une autre armée en Espagne pour vouloir descendre en Languedoc et en Guyenne; et les autres confédérés, chacun en son quartier, mettre sus grosse puissance, pour ennuyer le roi et assaillir son royaume de France. De quoi ne se mut le roi que bien à point, ains tint conseil sur son affaire, et envoya par ses pays faire mettre sus tant de gens, que le nombre et le pouvoir d'iceux lui semblaient devoir suffire à garder sa terre et chasser ses ennemis, et en outre, fit renforcer de gens d'armes son duché de Milan, disant que si le roi des Romains commence par ce côté, et que lui-même ira en personne, pour lui couper le chemin et empêcher le passage.
Or était le royaume de France menacé de toutes parts, et le roi, en propos délibéré de bien le défendre, et dépendre grand trésor à l'affaire dont en
avait plus que prince de chrétienté : ce qui tenait moult ses ennemis en crainte; car il avait gent et argent, ce qui, après l'aide de Dieu et le cœur des amis, fait obtenir les victoires, faire les conquêtes, et entretenir les royaumes. Combien qu'amas de pécune soit, à tout prince libéral, détestable, si est-elle à toute affaire^ secourable.
Or advint, en déduisant le moyen de ses menées, comme il plut à Dieu qui des royaumes dispose, que le roi de Castilie, étant en son pays d'Espagne, fut soudainement atteint de si griève maladie, que malgré le remède des médecins, en moins de huit jours, lut mort; dont tous ses alliés baissèrent le nez et firent silence, si que de tous points leur entreprise fut abattue et anéantie. Dont le roi demeura en son entier, et paisible en son royaume de France.
§ 14. — LOUIS Xn ET LES ENFAKTS DE PHILIPPE LE BEAU.
(Lettre de Louis Xlï aux officiers flamands de la cour du feu roi de Castilie.)
Très chers et bien-amés, nous avons présentement été averti par Courteville du trépas de feu notre bon frère le roi de Castilie, qui nous a été une très dure nouvelle; toutefois, puisque la chose est ainsi advenue, il se faut conformer au vouloir de Dieu, et faut que vous tous ses bons serviteurs vous montrez sages et bien servir mes cousins, ses enfants, et de notre côté, nous trouverez très enclins à vous y aider en toutes choses que connaîtrons que par vous et autres leurs bons serviteurs sera avisé être à leur bien et honneur, en donnant à connaître à chacun qu'ainsi que nous avons aimé le père que n'aimons point moins les enfants; nous en avons averti le seigneur
86 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISE
de Chièvre, qui est demeuré son lieutenant par deçà, afin que de si aucune chose y a en quoi il ait besoin de notre aide, qu'il nous le fasse savoir, pour nous y employer de très bon cœur, et si nous avons écrit à nos cousins, le duc de Gueldre et seigneur de Sedan *, pour faire cesser la guerre, connaissant clairement que les affaires de nosdits cousins ne requièrent point la guerre.
Et au regard d'entre vous, tant en général qu'en particulier, si en vous retournant, vous voulez passer par mon royaume, et revenir devers vous, nous vous ferons bien recueillir et traiter, et si vous ferons bonne chèi'e et vous aiderons de très bon cœur, comme dit est, à dresser les affaires de nosdits cousins; donné à Vierzon le deuxième jour d'octobre, ainsi signé Louis, et par le secrétaire Robertet, et au dos était écrit : « A nos très chers et bien-amés les comtes de Nassau, sire de Wille, et de Roes, nos cousins, et Srs. de Veyre et Claude de Bonnardt, grand écuyer. »
§ 15. — LETTRE DE CONDOLÉANCE DE GEORGE, CARDINAL D*AiI- BOISE, A MARGUERITE d'aUTRICHE, SUR LA MORT DE SON FRÈRE PHILIPPE, ROI DE CASTILLE.
(Lettres de Louis XII, t. I.)
Madame, je me recommande humblement à votre bonne grâce.
Madame, j'ai reçu les lettres qu'il vous a plu m'écrire et ouï ce qui vous a plu demander par Monsr. Daloyn 2, présent porteur, vous merciant bien
i. Robert de la Marck, seigneur de Sedan. 2. On croit que c'est Hallewin.
MARGUERITE d'aUTRICHE REMERCIE LE ROI 87
fort, madame, de ce que me faites cet honneur me faire savoir de vos nouvelles. Et au regard de ce qu'il a plu à Dieu prendre le roi, votre frère, je vous promets, madame, qu'il a très fort déplu au roi, mon maître, toutefois il faut et vous et lui vous conformer à la volonté de notre seigneur, et au demeurant de ce que touchera votre affaire, et celui de messeigneurs vos neveux, je vous promets, madame, que ledit seigneur en fera comme pour ses propres enfants, comme ledit Aloyn vous dira plus amplement, et de ma part, ainsi je vous promets faire, priant Dieu, madame, qu'il vous donne bonne et longue vie. Ecrit à Bourges, le treizième octobre.
§ 16. — MARGUERITE D^AUTRICHE, DUCHESSE DOUAIRIÈRE DE SAVOIE, REMERCIE LE ROI LOUIS XII.
Monsieur, très humblement à votre bonne grâce me recommande.
Monsieur, j'ai, par votre président Villeneuve, reçu vos bonnes et gracieuses lettres, et ouï ce que de votre part il m'a dit et présenté dont ne vous saurais assez humblement remercier, mêmement le bon vouloir qu'avez à messieurs mes neveux et à moi, auquel, monsieur, vous supplie vouloir continuer et avoir toujours mesdils sieurs mes neveux, leurs pays et affaires et moi en bonne et singulière recommandation, ce que m'assure ferez volontiers en suivant le contenu de vosdites lettres, et s'il y a chose en quoi vous puisse faire service de tout mon pouvoir le ferai, aidant notre Seigneur, auquel je prie, monsieur, vous donner très bonne vie et longue. Écrit à Bourg, ce vingt-cinquième d'octobre.