‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 173 sur 329 · RÉVOLUTION A GÊNES · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION A GÊNES

tenu au roi, et de beaucoup d'autres choses plus grandes qu'il a faites pour lui depuis. En quoi il n'a épargné sa personne, ses gens ni son argent. Et n'y a point de doute que par les armes le pape n'eût Jamais subjugué ceux de Bologne.

§ 2. — RÉVOLUTION A OÊNBS *.

En cette saison, semblablement ceux de Gènes se mutinèrent, le peuple contre les nobles, et le peuple maigre contre les gras, firent des exploits et outrages merveilleux. A quoi le roi mit peine d'y pourvoir

i . et Le roi d'Aragon, veuf par le trépas d'Isabelle, sa femme, prit, l'année même, la nièce du roi de France, Germaine de Foix, qui fut emmenée en grand triomphe en Espagne, et la vint quérir le comte de Fuentes et un évéque jacobin. Depuis qu'elle fut en Espagne, elle a bien rendu aux Français les honneurs qu'elle avait reçus du pays, car jamais ne fut vue de tous ceux qui depuis l'ont connue, une plus mauvaise Française.

« Je ne veux pas dire que tous vrais chrétiens ne sont pas sujets de l'Église et qu'ils n'y doivent obéir, mais je ne dis pas aussi que tous les ministres d'icelie soient gens de bien : et de ce je puis bailler exemple assez ample du pape Jules deuxième, qui, pour récompense des bons services que le roi Louis lui avait rendus de le faire mettre, je ne sais pas bien à quel titre, dedans Bologne, pour commencer à chasser les Français d'Italie, par subtils et sinistres moyens, fit révolter les Génois et mutiner le populaire contre les nobles, lesquels ils chassèrent tous hors de la ville, et élurent entre eux un duc, appelé Paul de Novi, homme de travail et du métier de teinturier.

a Un gentilhomme génois, nommé messire Jean-Louis de Flisco, qui était fort bon Français, le seigneur de

et y envoya plusieurs fois, en leur montrant l'inconvénient où ils se mettaient. Toutefois, cela n'y fit rien et s'assemblèrent quinze ou vingt mille hommes, criant Populo, Populo! et firent de terribles excès. Et en ce changement, allèrent mettre le siège devant Monaco, et y menèrent grand nombre d'artillerie, et continuèrent ledit siège trois ou quatre mois. Et quelque chose qu'on leur sût remontrer, ne se voulaient départir de leur folle entreprise. Et en l'an mil cinq cent et sept, le troisième jour d'avril, le roi partit de Grenoble, pour aller rabattre l'orgueil des Génois, là où il n'avait pu pourvoir par douceur ni gracieuses remontrances. Et arriva à Suse le onzième jour dudit mois là où le duc Charles de Savoie

Las, qui tenait le Ghâtelet, et plusieurs autres avertirent le roi de France. Et parce que le sage prince, qui avait assez d'expérience en telles affaires, voyait bien que si cela n'était bientôt rhabillé, il en pourrait sortir de gros inconvénients, il délibéra de passer les monts avec bonne et grosse puissance, ce qu'il fît en grande diligence, car pour beaucoup de raisons la matière le requérait. Le bon Chevalier était alors à Lyon, malade de sa fièvre quarte que, sans la perdre, il a gardée sept ans et davantage. Il avait en un bras un gros inconvénient d'un coup de pique qu'autrefois il avait eu, et en avait été si mal pansé qu'un ulcère lui en était demeuré qui n'était pas encore du tout bien guéri. Au retour du royaume de Naples, le roi son maître l'avait retenu pour un de ses écuyers d'écurie, attendant qu'il y eût quelque compagnie de gens d'armes vacante pour l'en pourvoir. Il en pensa en soi-même que, néanmoins qu'il ne fût bien sain, ce lui tournerait en grande lâcheté, s'il ne suivait son prince, et ne regardant à nul inconvénient, il se délibéra de marcher avec lui. En deux ou trois jours il eut donné ordre à ses affaires, et se mit au passage des montagnes, comme les autres. » (Le Loyal Serviteur.)

Page 1